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Full text of "Revue des études juives 1913"

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REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



VERSAILLES. — IMPRIMERIES CERF, 59, RUF DUPLESSIS. 



S^a-fà*, REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 

PUBLICATION TRIMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME SOIXANTE-CINQUIÈME 







PARIS 






A 


LA 


LIBRAIRIE DURLAGHER 






142, 


RUE DU FAUBOURG-SAINT-DENIS 










1913 


*3 
4,- 



101 



L'ESSENCE DU PHARISAISME 



L'ardeur avec laquelle on a scruté au siècle dernier les 
problèmes des origines chrétiennes ne s'est point ralentie. Et Ton 
voit constamment surgir de nouveaux travaux, qui intéressent, 
directement ou indirectement, le judaïsme de l'époque évangé- 
lique : c'est une période de l'histoire qui ne cessera pas de sitôt de 
provoquer des recherches et des controverses passionnées. La 
société où le christianisme a pris naissance est aujourd'hui mieux 
étudiée qu'autrefois grâce à une plus grande vulgarisation et 
utilisation des sources juives, et grâce aussi à la méthode scienti- 
fique qui prévaut dans leur classement et leur examen ; et l'atten- 
tion que prêtent de nos jours bon nombre de savants chrétiens aux 
textes mieux dépouillés de la littérature rabbinique est faite pour 
renouveler des questions très rebattues, mais encore insuffisam- 
ment éclaircies. Il s'en faut néanmoins qu'on aborde ces questions 
avec toute l'objectivité souhaitable. Les auteurs chrétiens les plus 
au courant de la littérature juive et les plus résolus à en faire 
état n'apparaissent pas toujours exempts de l'esprit de ten- 
dance, et s'ils ne méconnaissent pas de parti pris des textes 
irrécusables, s'ils s'efforcent de rendre justice aux docteurs et 
aux scribes, ils ne peuvent se défaire dans leur appréciation 
du judaïsme primitif d'une disposition d'esprit initiale qui les 
empêche souvent de le bien entendre. Le Nouveau Testament est 
pour eux le couronnement d'une évolution religieuse dont les 
écrits de l'Ancien, échelonnés selon les résultats de la critique 
biblique, permettent de dessiner la courbe. Mais le judaïsme des 
scribes, successeurs d'Ezra, reste, pour eux, en dehors de cette 
évolution vivante. Infidèle à la foi libre et féconde des prophètes, 
paralysé dans les mailles de plus en plus serrées d'un légalisme 
lourd et stérilisant, il n'a plus gardé que la lettre des précieux 
enseignements du passé, et la lettre a tué l'esprit. La haie jalouse 

T. LXV, n» 129. 1 



■2 REVUE DES ETUDES JUIVES 

mise autour du jardin Ta étouffé, et il n'y a presque plus que des 
broussailles. Heureusement que parmi ces broussailles, ou plutôt à 
côté d'elles, a poussé un nouveau rameau où s'est réfugiée toute 
la sève du génie prophétique, et ce rameau nouveau en est devenu 
Le plus magnifique et le plus complet épanouissement. Nos 
modernes théologiens ont beau être émancipés des formules dog- 
matiques d'autrefois et avoir exploré le sol juif où cette renais- 
sance s'est produite, l'antithèse reste bien nette et bien affirmée 
chez eux entre le christianisme et le judaïsme rabbinique. Tout le 
merveilleux, toute la thaumaturgie du Nouveau Testament écartés, 
il n'en demeure pas moins que la foi de Jésus, quoique frère d'ori- 
gine, de langue, d'éducation première des Juifs de son temps, 
diffère de leur foi comme le jour de la nuit, comme un être vivant 
d'une momie. Au fond, c'est toujours la même conception qui 
reparaît, celle du judaïsme apprécié moins en lui-même que par 
contraste avec le christianisme et complaisamment noirci en vue 
de mettre mieux en lumière les traits du nouveau venu. Le reten- 
tissant ouvrage d'Adolf Harnack sur 1' « Essence du christianisme », 
paru à l'aube du xx 9 siècle, a donné à cette conception en quelque 
sorte classique toute l'autorité nouvelle que peut lui conférer la 
parole d'un savant aussi éminent et d'un théologien aussi exempt 
en apparence de prévention. Les jugements sévères portés par le 
professeur d'histoire ecclésiastique de Berlin et par tant d'autres 
sur le judaïsme du temps de Jésus ont suscité nombre de protesta- 
tions de la part de rabbins, qui, une fois de plus, avec plus ou moins 
de talent, en ont entrepris la défense et ont opposé à ï «Essence 
du christianisme » « l'Essence du judaïsme ». 

On a retracé, ici-même, il y a quelques années 1 , ce nouvel 
épisode dune controverse séculaire, résumé les argumentations 
des deux partis en présence, et montré plus spécialement ce qu'est 
en droit de répondre et d'affirmer une apologétique juive bien 
informée. Mais de telles démonstrations ne convaincront jamais 
l'adversaire. De part et d'autre on reste sur ses positions, et le 
débat s'éternise. La raison en est qu'il n'y a pas là seulement une 
question de science, mais de conscience ; que ce qui plane sur la 
discussion, quoi qu'on en ait, c'est ici la conviction que le christia- 
nisme a frappé de déchéance la forme religieuse du judaïsme, et là 
que le christianisme au fond n'a rien dit d'essentiel qui n'ait été 
dit avant lui, et qu'il n'est qu'un judaïsme émancipé de la Loi, 
altéré bientôt par une dogmatique nouvelle, incompatible avec le 

1. M. Liber, L'esprit du christianisme et du judaïsme, Revue, LI, 191 ; LU, 1. 



L'ESSENCE DU PHARISAÏSME 3 

monothéisme pur.* Or, ce qu'il faudrait pour apprécier sainement 
les polémiques du passé, c'est laisser de côté résolument toute 
arrière-pensée d'apologétique, ne pas se demander ce qui valait 
mieux de telle ou telle l'orme religieuse, car, dans une question 
ainsi posée, on décide toujours par des raisons qui ne sont pas 
d'ordre scientifique, et examiner uniquement, à la lumière de 
l'histoire et des textes authentiques, ce qu'a voulu être et ce qu'a 
été réellement la l'orme religieuse considérée. 



I 

Voilà justement ce qu'a tenté de faire, dans un ouvrage récent 
qui vient à son heure, M. R. Travers Herford 1 , déjà connu par 
une excellente étude sur le « christianisme dans le Talmud et le 
Midrasch 2 ». M. Herford s'est avisé qu'un malentendu fondamental 
vicie le jugement des auteurs qui ne connaissent le judaïsme pha- 
risien que par le Nouveau Testament. Depuis les premiers qui se 
sont fait leur opinion d'après les fameuses imprécations contre les 
« pharisiens hypocrites » jusqu'à ceux qui, avec moins de passion, 
mais l'esprit hanté par l'antique anathème, dénoncent l'éternelle 
« Schriftgelehrsamkeit », tous ont méconnu le caractère vrai et, 
pour employer le mot en vogue, F « essence » de la religion selon la 
Tora, qui est précisément le pharisaïsme. 

« Le pharisaïsme, dit M. Herford 3 , a eu dans l'histoire une triste 
destinée. Rarement les chrétiens ont eu l'occasion de connaître ce 
qu'il signifiait réellement, et peut-être plus rarement encore le 
désir de profiter d'une telle occasion. . . Si des hommes instruits 
tels que Lightfoot, Wagenseil et principalement Eisenmenger, ont 
exploité la littérature rabbinique presque d'un bout à l'autre, ce 
fut surtout dans le but de vilipender ce qu'ils y trouvaient. Et de 
nos jours, quoiqu'on ne trouve plus parmi les savants qui étudient 
le Talmud cette fureur injurieuse d'un Eisenmenger,il y a toujours 
cette habitude invétérée de considérer le judaïsme rabbinique 
comme un moyen d'exalter le christianisme... Il est bien rare 
qu'on essaye d'étudier ce qu'il signifie réellement pour ceux qui 
s'y tiennent comme à leur religion, qui y vivent et y meurent 
depuis deux mille ans ». Le récent ouvrage d'Oesterley et Box, The 

1. Pharisaism, Us aim and Us method, Williams et Norgate, Londres, 1912, in-8° 
de vn-340 p. 

2. Cf. Revue, t. XLVI1I , p. 290. 

3. P. 331. 



4 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Religion and Worshin oflhe synagogue, malgré le sincère désir 
d'impartialité qui l'anime, juge encore le rabbinisme,dit M. Herford, 
« by the standard of the Christian religion » . Or, « le temps est 
venu de reconnaître au pharisaïsme le droit d'être jugé à son 
propre point de vue » (p. 334). 

C'est dans ce dessein que M. Herford a pris la plume et Ton 
peut dire que jamais critique plus objective n'a été tentée, tant 
dans l'Église que dans la synagogue, que celle de l'auteur de Pha- 
risaism, Us aim and its melhod. Ce livre n'est pas un panégyrique, 
mais un acte de stricte justice et une sereine étude de psychologie 
historique. L'homme qui l'a écrit est un chrétien, de la nuance la 
plus libérale, mais qui reconnaît formellement en Jésus « the 
greatest man who ever lived in regard to his spiritual nature » 
(p. 114). L'objectivité chez un auteur qui conserve son point de vue 
religieux personnel n'en a que plus de mérite et de prix. 

M. Herford était fort bien préparé à sa tâche. Il y a trente ans 
qu'il pratique la littérature rabbinique et midraschique, et cette 
littérature a révélé peu à peu à son intelligente et pénétrante sym- 
pathie la mentalité vraie du scribe et du pharisien tant décriés. Un 
fait l'avait frappé, dont il soulignait déjà l'importance en 1903, 
c'est que, si le judaïsme rabbinique est à un autre pôle de la pensée 
religieuse que la religion de Jésus, « il s'est montré, au même titre 
qu'elle, ainsi qu'en témoignent dix-neuf siècles d'histoire, capable 
de toutes les fonctions d'une religion vivante 1 ». Or le judaïsme 
rabbinique du Talmud et des époques postérieures est l'héritier 
incontesté et le continuateur fidèle du pharisaïsme ; il faut donc 
croire que le pharisaïsme n'a pas été si dénué d'âme et d'esprit, si 
dégénéré de l'ancien prophétisme qu'on se plaît trop souvent à ie 
représenter. La suite de ses études n'a fait que convaincre davan- 
tage M. Herford du caractère superficiel et inexact des interprétations 
qui avaient cours relativement à la conception centrale du phari- 
saïsme, à savoir la religion de la ïora, et c'est à l'expliquer, à la 
mettre dans tout son jour, à en montrer la méthode et les consé- 
quences, que l'auteur a dépensé le meilleur de ses efforts et de son 
talent. 



Il 



La « théorie de la Tora » est exposée au second chapitre du livre, 
ie premier étant consacré à une esquisse historique du pharisaïsme 

1. C/trislianily, p. 360. 



L'ESSENCE DU PHARISAISME 5 

sur laquelle nous reviendrons tout à l'heure. M. Herford dit partout 
la « Tora » et non la Loi, ce qu'il justifie par une remarque faite 
maintes fois parles apologistesdu judaïsme, mais qu'on aime à retrou- 
ver sous une plume non suspecte de partialité, c'est que l'hébreu 
«Tora » n'a pas pour équivalent exact le mot « Loi », quoique cette 
traduction ait pour elle l'autorité fort ancienne de la Septante, qui a 
rendu Tora par vô^oç. Et justement, cette version, non pas fausse, 
assurément, mais inadéquate, est à l'origine de bien des malen- 
tendus : reproduite par le Nouveau Testament, elle a été en partie 
la cause de l'injuste limitation de sens qui a voulu réduire le 
judaïsme à n'être qu'une norme légale, rigide et formelle, ne pou- 
vant exercer, dans le domaine de la théorie, qu'une intelligence 
raisonneuse, volontiers subtile ou pédante, et, dans la pratique, 
qu'une volonté asservie. Tora, cela signifie, et dès les premiers 
emplois du mot, « doctrine, enseignement », puis, plus spéciale- 
ment, enseignement de caractère religieux, rituélique, apanage des 
prêtres dans l'antique Israël, enfin un corps d'enseignements 
variés placés sous le nom et l'autorité de Moïse. Il est vrai que 
c'est surtout sous forme de préceptes et de commandements que la 
Tora est apparue clans l'ensemble des codifications dont s'est formé 
le Pentateuque ; mais le Pentateuque n'est pas tout à fait la même 
chose que la Tora. Il en diffère comme le vase de son contenu. 
Bref, le mot est si riche de sens, qu'il vaut mieux le conserver tel 
quel, sans le traduire. Cette Tora fut présentée aux Juifs par Ezra 
comme la révélation de Dieu à Moïse, et l'œuvre propre d'Ezra fut 
d'accentuer l'obligation de la réalisation individuelle de la Tora 
dans la vie. Les prophètes avaient été de sublimes prédicateurs de 
justice, mais en dépit de leur zèle et des enseignements des 
prêtres, l'amère leçon de l'exil prouva qu'Israël n'avait pas servi 
son Dieu comme il l'aurait dû. Ce fut le rôle d'Ezra de tirer la 
leçon de la catastrophe et d'en empêcher le retour en façonnant la 
vie religieuse d'Israël par une discipline rigoureuse. Ezéchiel avait 
jeté le germe de cette réformation ; ce germe porte ses fruits sous 
Ezra. Entre les prophètes et lui, point de réelle solution de conti- 
nuité. Simple différence de méthode et d'application, non de 
principe. Il s'agit de réaliser dans la vie de chacun la concep- 
tion prophétique des rapports entre Dieu et son peuple. La sévère 
prohibition des mariages mixtes, la cruelle dissociation des unions 
déjà conclues sont des corollaires logiques de l'acceptation de 
la Tora définitive. L'observation du Sabbat, les autres prescrip- 
tions du programme consigné dans lex e chapitre de Néhémie et qui 
n'exprime d'ailleurs qu'une partie des devoirs imposés, ont eu 



6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pour but de faire d'Israël une corporation fermée. C'est l'origine de 
la fameuse « baie » mise autour de la Tora, abusivement confondue 
par beaucoup avec celle-ci, alors que cette clôture n'était destinée 
qu'à permettre à la vie selon la Tora de s'épanouir librement et sans 
entraves. Un Juif, dit M. Herford, pouvait parfaitement vivre en 
règle avec la Tora, remplir ses devoirs envers Dieu et les bommes, 
méditer, prier, sans avoir conscience de cette limitation, tant qu'un 
contact brutal, un choc avec l'extérieur ne l'en avait point averti 
(p. 68). Ezra, précurseur du rabbinisme, n'a donc point condamné 
Israël à un légalisme stérile. Sans doute, en cherchant ainsi à l'isoler 
de l'ambiance non juive, il a restreint son développement général, 
« humain », et l'on peut regretter que les Juifs, du moins ceux qui 
ont été fidèles à la tendance qui s'est affirmée la plus vivace — car 
il y a eu d'autres courants et d'autres directions, — n'aient point 
participé à la culture gréco-latine et vu ainsi s'ouvrir d'autres 
horizons de manière à élargir leur pensée, mais on peut croire 
que, sans Ezra, c'en était fait de l'élément qui seul, à un moment 
de l'histoire, fut en état de conserver et de perpétuer l'héritage 
prophétique. La Tora a donc été l'instrument de la réalisation indivi- 
duelle du programme général et idéal signifié par les Isaïe et les 
Jérémie. Elle a peut-ôtre propagé une religiosité moins élevée, 
moins sublime que la libre inspiration des grands voyants, mais il 
est de fait que le Juif ordinaire, en faisant de la Tora le guide 
suprême de sa conduite, a atteint un degré de spiritualité qui a très 
certainement manqué à l'Israélite d'avant l'exil. Il est faux de 
prétendre que la Tora n'ait apporté que des préceptes légaux et ait 
fait tarir la source de la ferveur sincère, la joie du service désin- 
téressé de Dieu, du rapport personnel de la conscience avec la 
Divinité. Ezra n'a point rabaissé la religion. Et il n'y a pas de 
raison d'admettre que le niveau religieux ail; fléchi au cours du 
développement que la conception de la Tora a pris jusqu'au 
Talmud, car cette conception est demeurée la même en son 
essence. Les rabbins de l'époque pharisienne et du Talmud n'ont 
fait que manifester, plus qu'Ezra ne le pouvait à son heure, la pléni- 
tude et la richesse de la Tora acceptée comme la révélation 
divine. 

La preuve que la vie spirituelle s'est développée sous l'impulsion 
donnée par Ezra, M. Herford la trouve dans le succès, autrement 
incompréhensible, de l'institution de la Synagogue et dans la 
rédaction du Psautier. La synagogue avec sa double fonction, prière 
collective et enseignement, est un fait sans précédent; on n'en 
connaît point l'origine exacte ; on en sait toutefois la fortune écla- 



L'ESSENCE DU PHARISAÏSME 7 

tante. Et Ton voit d'autre part qu'elle s'est développée en môme 
temps que s'affirmait la conception de la ïora. La synagogue a été 
l'exaltation de cette idée, puisqu'elle a journellement favorisé et 
l'étude et la pratique de laTora. Et elle est devenue, d'ailleurs, le type 
et le modèle du culte chrétien. La Tora ne saurait donc être accusée 
d'avoir paralysé la vie spirituelle du judaïsme. D'autre part, le 
Psautier offre beaucoup de morceaux qui s'accordent mieux avec 
le service tout simple de la synagogue qu'avec l'appareil pompeux 
du Temple. Plus on fait descendre, comme le veut l'exégèse 
moderne, la date de l'achèvement du Psautier, plus on le met en 
corrélation avec le judaïsme façonné par la Tora, — certains 
psaumes sont tout à fait imprégnés de l'esprit pharisaïque, — plus 
on met en évidence que la religion de laTora ne saurait être le sec 
formalisme quon affirme comme un axiome. Mentionnons ici la 
judicieuse étude que fait M. Herford, au dernier chapitre de son 
livre, du psaume exix. On sait combien la monotonie et la facture 
toute mécanique de ce psaume ont exercé la verve des critiques 
modernes: ils raillent volontiers le pédant qui a tenu la gageure 
des « huit alphabets ». Ils oublient que le genre alphabétique n'a 
pas nui autant qu'on le prétend à la fraîcheur et la sincérité de 
l'inspiration des écrivains bibliques ; mais ce que M. Herford met 
en valeur, c'est la ferveur réelle de la méditation du psalmiste qui 
s'exerce tant sur l'excellence divine de la Tora et la bonté de Dieu 
qui l'a révélée que sur l'obligation qu'il a d'en accomplir les pré- 
ceptes ; s'il y a moins de poésie là qu'ailleurs, il n'y a pas moins 
de joie, de libre élan, et de sentiment de la réalité vivante de Dieu. 



Il 



Ces considérations ont permis à M. Herford de relier logiquement 
l'époque d'Ezra à celle où le pharisaïsme est devenu un élément 
distinct de la vie nationale du judaïsme. Le développement histo- 
rique est plus malaisé à suivre. Et ce n'est qu'à coup d'hypothèses 
qu'on peut essayer de tracer révolution de la communauté reli- 
gieuse organisée par Ezra et Néhémie jusqu'à l'époque où la secte 
pharisienne devint prépondérante. M. Herford l'a essayé, à titre de 
simple esquisse d'ailleurs, dans son premier chapitre. 

Il n'a pas voulu proposer une monographie complète des Phari- 
siens, et on ne peut que l'en louer, car l'histoire des origines du 
pharisaïsme est fort obscure, et le nouveau document, récem- 



8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ment découvert et diversement commenté, relatif à la secte saddu- 
céenne ' o'esl pas fait, malgré ses révélations, pour rendre le pro- 
blème plus aisé à résoudre. Il faut doue se contenter de noter le 
lien vraisemblable qui unit les Pharisiens aux Hasidéens de l'époque 
maccabéenne et ceux-ci au noyau de fidèles adeptes de la Tora 
forint' 1 par les Soferim et les hypothétiques membres de la Grande 
Synagogue. M. Herford, assez traditionaliste, croit fermement à 
l'existence de ce corps et fait des hommes de la Grande Synagogue 
l'équivalent des Soferim de la tradition rabbinique. Il allègue, en 
faveur de la valeur documentaire de la mischna qui les concerne 
dans le premier chapitre d'Abot, d'abord l'anonymat et ensuite le 
fait qu'une seule et unique maxime leur est attribuée. Si le docu- 
ment était fantaisiste, on aurait prêté davantage aune autorité aussi 
vénérable. Il y a de la finesse dans cette observation, mais on a 
montré bien des fois combien il est difficile de faire de l'histoire 
avec une page peut-être tendancieuse, qui indique la chaîne de la 
tradition en négligeant les prêtres, en négligeant aussi, chose à 
remarquer, celui que M. Herford pose comme le vrai précurseur de 
la tendance pharisaïque, à savoir Ezra. Quelle a été au vrai la 
destinée du petit groupe formé par lui au milieu des autres 
éléments se réclamant aussi du passé, et qu'on retrouve, eux ou 
leurs successeurs, à l'époque de Jésus, Sadducéens, Esséniens, 
Hellénistes, et ceux que M. Herford appelle les « Apocalyptists », 
c'est ce qu'il est bien hasardeux de vouloir déterminer dans l'état 
actuel de la science. En tout cas, le tracé schématique qu'il en 
propose n'est pas dénué de vraisemblance. 

Je ne sais si, comme l'affirme un peu arbitrairement notre auteur 
[). 32), nul ne peut être comparé à Ezra, au point de vue de 
Y « énergie spirituelle », parmi les docteurs qui se sont succédé 
jusqu'à Akiba (et Hillel ? et Yohanan ben Zaccaï?), mais il est pro- 
bable, en effet, qu'Ezra est celui qui a donné le coup de barre 
décisif au judaïsme post-exilique et il semble bien aussi que, 
mutatis muêandis, c'est le même esprit qui a animé la société 
religieuse dont il a été l'àme et celle dont la physionomie morale 
se laisse apercevoir dans les documents rabbiniques très postérieurs 
à son temps. Et comme il est indéniable qu'une chaîne relie ces 
époques, bien qu'on n'en voie plus tous les anneaux, M. Herford 
a pu légitimement dessiner le type du pharisien, du docteur en 
Tora à travers les siècles. 

Revenons à la « théorie de la Tora». La Tora a produit d'âge en âge, 

i. Voir I. Uvi, lievue, LXl, 161 ; LXIII, 1. 



L'ESSENCE DU PI1ARTSA1SME 9 

des séries d'interprètes, autorisés par une procédure d'ordination 
insuffisamment connue, pour les premiers temps du rabbinisme, 
à mettre au jour ou à adapter les richesses qu'elle recelait, à dire 
tout ce qu'elle commandait aux fidèles Pour toutes les'circonstances 
où la Tora était muette ou ne prescrivait rien d'explicite, il appar- 
tenait à ces interprètes qualifiés de décider conformément à l'esprit 
de la Tora et selon certaines règles. Règles et décisions, la 
« Tradition des ancêtres », la future Halacha, tout cela, dans la 
conviction des docteurs, n'est rien de surajouté, ce n'est pas une 
autre Tora, c'est la Tora elle-même, dont ils « explicitent » seulement 
toute la puissance virtuelle d'enseignement, de direction ou d'édi- 
fication. La Tora est inépuisable, étant l'expression de la volonté 
de Dieu ; et tout l'immense labeur qui a abouti au Talmud n'est 
que le déploiement, l'épanouissement progressif des virtualités 
infinies de la Tora. C'est ce que M. Herford s'efforce de mettre 
en lumière en montrant du même coup les deux routes que ce 
développement a pris : Halacha et Haggada, la sorte de malen- 
tendus dont le mot Halacha, comme celui de Tora, a été le prétexte, 
et il explique comment les nombreuses « miçwot» qui semblent 
avoir pesé sur Ta vie entière des Israélites, étaient pour les vrais 
adeptes une joie et non une charge, qu'elles avaient pour but 
profond — pour but et pour résultat, — de la « sanctifier », quoi 
qu'en pense une critique superficielle, et en quelque vain forma- 
lisme, au surplus, qu'ait pu dégénérer en tout temps l'obéissance 
à la Loi chez les âmes vulgaires qui se contentent de 1' « opus 
operatum ». 

Même si les pharisiens n'avaient tiré de la Tora que les « miçwot», 
ils y auraient pu, dit M. Herford, trouver satisfaction pour leurs 
besoins spirituels. Mais ils en ont tiré bien autre chose. A côté de 
la Halacha a fleuri la libre Haggada. C'est dans ce domaine que l'on 
va chercher plus spécialement la théologie, la philosophie religieuse, 
la morale rabbinique, bien des éléments annexes, qu'on ne peut 
d'ailleurs systématiser sans abus et sans méprises '. Tout ce qu'en- 
seignent, avec une grande variété et souvent une véritable indé- 
pendance de pensée, les haggadistes du Talmud et du Midrasch, 
ne saurait être considéré comme article de foi. Mais c'est toujours 
la Tora, l'interprétation de ce qui est implicitement contenu dans 
la divine révélation, c'est la Tora au sens large, qui embrasse toutes 

1. M. Herford vise principalement l'ouvrage de F. Weber, System dev altsynago- 
galen palàstinischen Théologie, 1880, manuel classique des théologiens allemands 
qui abordent cet ordre d'études et qui a inspiré d'autres ouvrages du même genre. 



10 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

les Écritures Saintes et dont la vertu ne s'est nullement épuisée 
dans la parole écrite. Et c'est par là même qu'il a été loisible au 
pharisien, et il ne s'en est pas l'ait faute, d'introduire dans la Tora 
ses propres conceptions morales et religieuses, que le texte sacré 
ait été le point de départ ou le point d'arrivée de ses déductions. 
Dans quelle mesure l'haggadiste, aux riches ressources d'esprit ou 
de sensibilité, a-t-il eu conscience de son apport personnel, c'est 
une question qui se pose souvent quand on lit le Talmud et à 
laquelle il n'est pas toujours facile de répondre. Quoi qu'il en soit, 
et d'où qu'ils aient tiré les acquisitions nouvelles de leur sagesse, 
les docteurs se sont ingéniés à les abriter sous le pavillon de 
l'Écriture, ils les ont présentées expressément, à de rares exceptions 
près, comme l'enseignement même de la Tora, lato sensu, car la 
parole de Dieu, selon l'image du Talmud, est comme le roc que le 
marteau brise en éclats : il en peut jaillir bien des significations 
variées. Pour peu que l'haggadiste tînt pour excellents tel ou tel 
usage, telle ou telle doctrine, telle ou telle croyance, telle ou telle 
opinion, du moment que l'Écriture est pour lui le seul véhicule de 
la révélation divine, il doit y avoir une allusion quelconque — la 
plus légère suffit — pour suggérer ou ratifier ces excellentes choses. 
Bref, la Haggada fait partie intégrante de la Tora comme la Halacha. 
Tout cela était connu évidemment, mais M. Herford semble renou- 
veler ce sujet complexe, par la clarté qu'il y projette. C'est au 
chapitre v qu'il traite spécialement de la Haggada : il y indique fort 
bien de quelle prudence on doit user pour faire état des dires des 
docteurs, quel souci il faut avoir des différentes époques, et il dis- 
cute lui-même, sous ces réserves, quelques points importants de la 
théologie pharisaïque, les conceptions sur Dieu, sur la rémuné- 
ration, sur le mérite des œuvres, montrant le caractère spécial 
imposé à ces croyances fondamentales par la forme même de la 
religion de la Tora. 



IV 



Si l'on se pénètre de cette signification large et compréhensive 
de la Tora pharisienne, — et la théorie exposée par M. Herford, dont 
nous avons donné un bref résumé, est d'un homme qui a compris 
ces choses par le dedans, — on trouvera très spécieuse sur bien 
des points son explication du conflit qui sépara irréconciliable- 
ment du judaïsme pharisien les fondateurs du christianisme. Il ne 



L'ESSENCE DU PIIARISAISME 11 

fait point dans son livre de critique des textes évangéliques et 
n'examine point les questions d'âge, de rapport mutuel, d'authen- 
ticité qu'ils soulèvent, et assurément il est un peu risqué de 
négliger des discussions qui ne sont pas sans importer à l'intelli- 
gence du conflit. Pourtant, à moins de se ranger du côté de ceux 
qui font évanouir complètement la personnalité de Jésus, on peut 
se contenter de partir des controverses telles que les Évangiles 
nous les rapportent, quelle qu'en soit la chronologie, pour élucider 
le problème dans les termes où l'a exposé M. Herford, et essayer 
de se faire une opinion sur la raison profonde du dissentiment 
qui creusa tôt ou tard un abîme entre le judaïsme et le chris- 
tianisme. 

Jésus malmène les Pharisiens en de violentes invectives ; le 
Talmud, œuvre des continuateurs des Pharisiens, n'a vu en Jésus 
qu'un magicien qui a égaré et séduit Israël {Sanhédrin, iOl b). Il 
s'agit pour l'historien impartial de savoir avant tout comment on 
a pu en arriver à de pareilles extrémités. On a mille fois indiqué 
quel fonds de principes, de traditions ont possédé en commun les 
deux partis en présence. Similitudes superficielles de paroles, 
d'adages, similitudes plus profondes de conceptions religieuses» 
paternité divine, royaume de Dieu, etc., ce sont là choses admises 
sans conteste par tous les esprits de bonne foi tant soit peu au 
courant de la question. M. Herford y insiste à son tour et montre 
(p. 116 et suiv.) en quoi consiste ce fonds commun, qui est peut- 
être plus considérable encore qu'on ne pense d'ordinaire. Gela 
posé, M. Herford aborde l'étude du conflit. Etude délicate, s'il est 
vrai, comme il lui paraît, que les opposants eux-mêmes n'en aient 
pas toujours senti la véritable signification. L'apparition de Jésus, 
successeur de Jean-Baptiste, prêchant la repentance et annonçant 
la venue prochaine du royaume du ciel n'avait rien en soi qui pût 
mettre en défiance le peuple, ni les Pbarisiens (M. Herford ne 
s'occupe pas des griefs que les autres fractions du judaïsme ont pu 
articuler contre Jésus, et des circonstances qui ont amené son 
procès). Ces manifestations de caractère prophétique étaient 
conformes aux idées et aux espérances du moment. Le point de 
départ des suspicions pharisiennes est vraisemblablement indiqué 
dans cette phrase de Matthieu, vu, 29 : « Il enseignait comme s'il 
avait autorité et non comme leurs scribes.» « D'où sait-il tout 
cela ? » est la question que les actes et l'attitude de Jésus provo- 
queront sur les lèvres des Pbarisiens jusqu'à la rupture. C'est que, 
au conservatisme habituel aux adeptes d'une religion établie dès 
longtemps, se joignait chez eux une vénération profonde pour le 



12 HEVUE DES ETUDES JUIVES 

principe de L'autorité traditionnelle. Seuls les représentants auto- 
risés de la tradition étaient reçus à enseigner le contenu de a 
révélation divine : un pharisien ne pouvait tenir pour valable ou 
astreignant que renseignement ou la prescription émanant direc- 
tement, ou par voie de référence, de maîtres dûment qualifiés. Ce 
que Jésus a fait et sans doute de plus en plus, c'était d'enseigner 
la Toraà sa façon, de mêler à des choses connues, en circulation, 
d'autres qui, louables ou non, devenaient suspectes non tant 
comme nouvelles que parce qu'elles ne s'exprimaient plus en 
fonction de la Tora et de la méthode traditionnelle d'interprétation. 
De là surprise, inquiétude, hostilité bientôt, surtout quand ces 
hardiesses finissent par aller à rencontre même des prescriptions 
tenues pour sacrées. Les « scribes » formaient peut-être un corps, 
mais non une corporation fermée, animé de cet esprit de caste et 
de monopole qui engendre à l'égard des non-professionnels la 
jalousie mesquine, le dénigrement aveugle et enfin la persécution. 
De pareils sentiments ont dû se manifester, sans doute, chez tels 
ou tels ; ils sont de tous les temps et de tous les milieux. Mais c'est 
mal comprendre l'esprit pharisien que d'en faire l'incarnation de ces 
travers. Les docteurs étaient en somme des laïques, et qui voulait, 
pouvait, en étudiant, être des leurs. La Tora, avec tout ce qu'on 
entendait par là, n'était pas un monopole, mais simplement le 
seul moyen convenable, pour eux, de connaître et d'accomplir la 
volonté divine. Hors de là, il n'y avait à leurs yeux qu'arbitraire et 
danger. De là l'inquiétude à l'égard de méthodes et de langages 
qui déconcertaient leur mentalité. Dans les différents incidents où 
les Évangiles mettent aux prises Jésus et les docteurs, M. Herford 
choisit les plus représentatifs, comme la question du Sabbat, du di- 
vorce, et quelques autres encore, et montre comment, autant qu'elle 
apparaît à travers la version évidemment tendancieuse des incidents 
relatés, l'attitude des Pharisiens se justifie sans peine du point de 
vue où ils se placent et où ils ne pouvaient pas ne pas se placer. 
Nous ne suivrons pas M. Herford dans la détermination forcément 
hypothétique, mais ingénieuse, des différentes phases d'une oppo- 
sition croissante, qui trouve son expression la plus aiguë dans le 
fameux chapitre xxiii de Mathieu. Contentons-nous de renvoyer le 
lecteur à ces fines analyses et mentionnons seulement la conclu- 
sion ou il aboutit : c'est que deux conceptions religieuses entiè- 
rement différentes se sont heurtées, celle où la Tora est l'autorité 
suprême, celle où cette autorité est l'immédiate intuition de Dieu 
dans une conscience individuelle. D'un côté, une idée, de l'autre, 
une personne. Combat inégal où l'on s'est méconnu de part et 



L'ESSENCE DU PHARISAÏSME 13 

d'autre, par un malentendu qui a été porté à l'extrême quand 
Jésus est devenu vraiment le centre de la nouvelle foi avec Paul. 
Nous modifions ici, un peu, la théorie de M. Herford, car il y a 
peut-être anachronisme à parler dès l'époque de Jésus — si tant 
est qu'on puisse rien savoir de positif sur ses faits et gestes — 
d'une « complète inaptitude mutuelle à comprendre la position de 
l'adversaire » (p. 470). Sans contester qu'il y ait eu dans les contro- 
verses entre Jésus et les Pharisiens le germe de l'incompatibilité 
des deux fois, Jésus, qui entend accomplir la Tora, est encore, 
malgré tout, trop près des Pharisiens, pour décider que cette 
incompatibilité fût d'ores et déjà irrémédiable de son temps. 

D'ailleurs, M. Herford semble amender lui-môme ce qu'il énonce 
de trop absolu, de trop géométrique, à la fin du chapitre ni, quand 
il en vient à caractériser au chapitre suivant l'attitude de Paul 
vis-à-vis du pharisaïsme. C'est dans les épitres de l'apôtre des 
Gentils, les quatre grandes épitres aux Corinthiens et aux Romains, 
les seules dont M. Herford fasse état, mais dont l'authenticité lui 
apparaît indubitable, que l'antithèse devient absolue entre une 
doctrine qui fait de la Tora le guide suprême de la vie religieuse, 
et celle qui fait non plus d'un livre, mais d'un homme, l'alpha et 
l'oméga de la vie spirituelle et l'instrument du salut. Jésus dénonce 
l'hypocrisie et les autres défauts de Pharisiens, mais ne rejette pas 
la Tora dans l'ensemble. Sans leurs défauts, les Pharisiens ne 
tombent pas sous sa censure, témoin celui dont il dit qu'il n'est 
pas loin du royaume de Dieu (Marc, xn, 34). Chez Paul, c'est tout 
autre chose ; il condamne systématiquement le pharisaïsme, et 
vise non plus la pratique, mais la théorie. C'est tout le système qui 
est erroné à ses yeux. Et la condamnation qui a pesé, lourdement, 
sur le judaïsme est ainsi beaucoup plus grave, d'autant plus grave 
que Paul se donne comme ayant été un pharisien zélé, avant le 
chemin de Damas. Mais précisément, et c'est là l'originalité des 
explications de M. Herford, Paul ne saurait être reçu à juger le 
pharisaïsme : à l'époque des épitres, il y a vingt ans qu'il a 
dépouillé le « vieil homme », que la place qu'occupait la Tora dans 
son âme est prise totalement par Jésus, dont il est comme 
possédé et illuminé. Il ne voit plus le judaïsme qu'à travers le 
christianisme, à travers la célèbre construction théologique qui a 
fait la fortune qu'on sait : corruption universelle, corruption chez 
le peuple de Dieu lui-même, Loi source et occasion de péché, mul- 
tiplication des lois entraînant la multiplication des péchés, d'ailleurs 
nécessaires pour amener l'arrivée du rédempteur, dont la mort 
volontaire acquitte les hommes des obligations de cette Loi, juslifi- 



14 REVUE DES ETUDES JUIVES 

cation par la foi, etc. Cette construction comporte une conception 
de la Loi et du judaïsme qui l'altère gravement, à moins qu'elle ne 
soit complètement fictive « al its best a distortion and at its worst 
a fiction », dit M. Herford (p. 198), et le reste du chapitre est 
consacré à montrer combien répugne au pharisaïsme vrai, tel 
qu'il s'est exprimé sincèrement, avec ses mérites et ses défauts, 
dans le Talmud, l'idée que la Tora est la source du péché, un 
fardeau intolérable, une cause de désespoir pour ceux qu'une 
transgression éloigne du salut, et que c'est exactement le contraire 
qui est la vérité. De plus, la Tora, bien comprise, possède parfaite- 
ment pour ses adeptes ces moyens de grâce et de retour à Dieu 
que Paul lui refuse pour les réserver au seul Christ. Les Pharisiens 
n'ont point fait de théologie raffinée, mais « les choses profondes 
de Dieu », grâce, foi, saint esprit, ne leur ont jamais manqué : 
« Tout ce que le juste accomplit, il le fait par le saint esprit », dit 
un Pharisien (Tanhouma sur Vayehi) et cette citation est caracté- 
ristique de la conception pharisaïque, du rapport de l'homme à 
Dieu. Ce sont là quelques-unes des idées que M. Herford développe 
dans cet intéressant chapitre, auquel se rattachent étroitement les 
deux derniers. Dans celui qu'il intitule Pharisaism as a spiritual 
religion, et que nous avons déjà mentionné, M. Herford après 
avoir interrogé les textes où s'est exprimée la piété pharisienne, 
trace un parallèle plein de linesse entre les deux types d'esprit 
produits par la dévotion à une personne et la dévotion à une 
idée et conclut ainsi: « Le mot d'ordre dans le Nouveau Testament 
est Amour, et dans le Talmud : Sagesse, mais chacun d'eux peut 
revendiquer comme idéal la plus haute et la plus noble acception 
de ce mot d'ordre. » 



Bornons ici cette analyse d'un ouvrage dont nous avons voulu 
signaler surtout le haut intérêt. M. Herford l'a volontairement 
dépouillé de tout autre appareil d'érudition qu'un simple index 
alphabétique des noms et des matières ainsi qu'un index des cita- 
tions de l'Ancien et du Nouveau Testament et de la littérature 
rabbinique. C'est un ouvrage de vulgarisation, la mise au net de 
conférences données dans l'automne 1914 aux auditeurs chrétiens 
du Manchester Collège à Oxford ; de là parfois des redites et des 
longueurs, qu'un remaniement plus complet aurait évitées, mais 



L'ESSENCE DU PHARISA1SME 1S 

de là aussi une chaleur de ton et une élévation de langage ' qui 
en rendent la lecture fort attrayante. D'ailleurs, la science solide 
qu'on sent à la base de l'argumentation ainsi que la conscience 
scrupuleuse et la pénétration d'esprit que l'auteur met au service 
d'une enquête délicate entre toutes, sans parler du courage qu'il y 
a à contredire des opinions passées en dogme, mérite la plus 
sérieuse et la plus sympathique attention. Quelques réserves qu'ap- 
pellent certains aperçus de M. Herford, son livre est un des plus 
sensés qui aient été consacrés au sujet qu'il traite ; il a de quoi 
instruire et faire penser le lecteur juif comme le lecteur chrétien, 
et il est bien propre à inspirer plus de sérénité et de justice dans 
un débat éternellement renaissant et aussi vieux que la chrétienté 
elle-même. 

JlJLIEiN Weill. 



1. Voir, par exemple, la eonclusioti^du premier chapitre, p. 



UN 

DOCUMENT ARAMÉEN DE LA MOYENNE-EGYPTE 



Le monument qui fait Toi/jet du présent article est sorti du sol 
égyptien au début de l'année 4912. Le principal intérêt qu'il présente 
vient de ce qu'il a été trouvé dans une région de l'Egypte où jamais 
encore des vestiges araméens n'avaient été rencontrés, en pleine 
Egypte moyenne, à égale dislance du district mempbite et de la 
Haute-Egypte thébaine que l'on était habitué, jusqu'à ce jour, à 
considérer comme les seuls domaines où des foyers araméens 
s'étaient constitués. De ces foyers divers, le plus riche et le mieux 
connu depuis longtemps est celui d'Éléphantine, avec les papyrus et 
les pièces de correspondance sur tessons que les maisons ruinées 
de l'île ont livrés en vingt occasions \ et dont un lot immense a 
récompensé, en dernier lieu, les vastes et méthodiques recherches 
allemandes 2 ; on connaît assez bien, depuis lors, la colonie juive 
qui ilorissait à Éléphantine dans le cours de l'époque perse. Mais 
celle d'Eléphantine n'était pas la seule ; les Juifs d'Éléphantine 
étaient en correspondance avec ceux d'Abydos 3 , et la colonie 
d'Abydos est connue par les nombreuses inscriptions souvent 
relevées dans le grand temple ''. Quelque peu au sud, entre Abydos 

1. Papyrus : Lidzbarski, Aramàische Texte etc., dans Ephemeris fur Semitische 
Epigraphik, II (1903-1907), voir pp. 210-220, 223, 224 suiv. ; CI. S., Inscr. uram., 
I, pi. xx (;t texte, p. 175-177. Tessons : Lidzbarski, loc. et/., p. 228 suiv., et Aus dem 
Muséum in Kairo, 2, Avamàiscke OsLraka, dans Ephemeris etc., III, 3 e fasc. (1911), 
p. 119-123; CI S., Inscr. aram., I, pi. xn. — Lidzbarski et le CI. S. fournissent, 
pour chaque monument, des bibliographies détaillées. — Un certain nombre des 
documents sont repris par Sachau, v. note suivante. 

2. Puhlication intégrale: Sachau, Aramàische Papyrus und Ostraka etc., 1911. 

3. Lettre d'un homme d'Abydos au chef de la colonie juive d'Eléphantine, dans 
Sachau, loc. cit., p. 55-57 et pi. 12. 

4. Lidzharski, Die phônizischen und aramâischen Inscltriften, in dem Tempel 
von Abydos, dans Ephemeris etc., III, 3 e fasc. (1911), p. 93- 1 1G (publication intégrale 
après nombre d'autres travaux) ; CI. S., Inscr. aram., I, texte, p. 129-135. Lidzbarski 
et le C./..S. fournissent des bibliographies complètes. 



UN DOCUMENT ARAMÉEN DE LA MOYENNE-EGYPTE 17 

et Thèbes, il y a des inscriptions araméennes dans la montagne, au 
voisinage d'Akhmim ' et de Saba Rigaleh-. C'est tout, je crois, pour 
la Haute-Egypte 3 . Mais à l'autre extrémité du pays, aux portes du 
Delta, les ruines de Memphis et les nécropoles avoisinantes, 
Saqqarah etAbousir, ont fourni à plusieurs reprises des documents 
araméens analogues à ceux d'Éléphantine, papyrus, tessons écrits, 
aussi quelques stèles '*. 

Voici paraître une inscription araméenne, aujourd'hui, dans une 
localité sise au voisinage de la ville moderne de Minieli, à 300 
kilomètres environ au sud du Caire, c'est-à-dire à mi-chemin de 
Memphis et de Thèbes. A côté du petit village de Zaouiét El-Maietin, 
le « Couvent des Morts », ainsi nommé d'une petite chapelle qui 
existait à l'entrée du grand cimetière moderne, se dresse, en 
bordure du Nil, une haute et longue butte de décombres resserrée 
entre le fleuve et un éperon saillant de la montagne. C'est le Kom 
El-Ahmar> la « Butte Rouge » : le nom est extrêmement fréquent 
en Egypte, et où on le rencontre, il désigne invariablement une de 
ces buttes, hautes et vastes parfois comme des collines, qui sont 
des villes mortes, et dont les ondulations arides tranchent sur les 
teintes sombres de la terre cultivée par la couleur rougeâtre de 
leur surface, où se montre à nu le mélange qui forme toute la 
masse intérieure, dans les interstices des murs encore debout, de 
brique crue démolie et d'une quantité considérable de poterie 
rouge en tessons. Le Kom El-Ahmar de Zaouiét El-Maietin, dans 
lequel je commençai des fouilles étendues au printemps de l'année 
1912, est le cadavre d'une grande ville d'époque gréco-romaine, 
dont le nom antique est encore inconnu à cette heure ; c'est là, 
dans la matière des décombres qui remplissent les maisons et les 
rues, au milieu d'innombrables débris de vases et d'objets mobi- 
liers de toute sorte de l'époque romaine, que fut trouvé l'objet qui 
nous intéresse ici, un tesson de vase en terre cuite rouge portant, 
du côté de la convexité, une inscription de cinq lignes, à l'encre 
noire, conservée entière et dans des conditions telles que la 
netteté de chaque signe est absolument parfaite. 

1. CI. S., ib., I, texte, p. 135. 

2. Cl. S., ib., I, pi. xi et texte, p. 136. 

3. Un grand nombre d'antres documents sont notés, en outre, comme provenant 
de localités indéterminées de l'Egypte : voir CI. S., Inscr. aram., I, pi. xni, xiv 
(stèles), xv à xix (papyrus), et texte, p. 142-171. 

4. Papyrus: Lidzbarski, loc. cit., daus Ephemeris etc., 11 (1903-1907), p. 220, et 
111, 3 e fasc. (1911), p. 127-128 ; CI. S., loc. cit., I, pi. xx, xxi, et texte, p. 171-174. 
Tessons : CI. S., loc. cil., I, pi. xn. Stèles : CI. S., ib., pi. xi. 

T. LXV, n° 129. 2 



IV 



HKVUK DES KTUDES JUIVES 



Le document 1 est reproduit ci-dessous d'après une photographie. 
Les dimensions du tesson sont m ,l7() en largeur et m , 143 en bau- 
teur. L'écriture esl fort semblable à celle des papyrus, malgré 
quelques singularités particulières, et l'on arrive, sans trop de 
peine, a transcrire - : 

I I I 73 DTnn nu oamN 
o:mN -iwnb I I I 72 o*«72 

| | | | 1T17 I I I 12 NDD 

I I I 72 onma 

| I I 72 ^r.i nn -ot 




11 est clair que nous avons là un état de contributions fournies 
par cinq personnes, dont le nom de chacune, à chacune des cinq 
lignes, est suivi de l'indication uniforme : « Trois m. » ; nous 



1. Déjà signalé brièvement par II. Weill, Catalogue sommaire des Antiquités 
ég y p tienne t exposées au Musée Guimet, etc., 1912, p. 56 (K 138), et noté par 
M. Schwab, Deux inscriptions hébraïques, plus loin, p. 147. 

1. Je remercie wemenl M Israël Lévi du concours qu'il m'a donné pour la lecture 
et pour la première analyse du document. 



UN DOCUMENT AKAMEEN DE LA MOYENNE-EGYPTE 19 

nous occuperons, dans un inslant, de cette dernière abréviation. 
Aux lignes 2 et 3, après « m. 3 » le texte paraît continuer, mais on 
se rend compte sans peine que les deux demi-lignes qu'on trouve 
à cette place doivent former un petit paragraphe spécial, écrit 
après tout le reste, et que le scribe a mis là, parce qu'il ne restait 
plus, sur le tesson, de meilleure portion de surface libre. Avant 
de lire ce paragraphe additionnel, analysons les noms des cinq 
souscripteurs. 

A la ligne 1, on lit: E-ou-th-n-s bar Todros. Le nom du père, 
seul, est clair, et laisse reconnaître immédiatement, sous l'habi- 
tuelle orthographe des documents araméens, le nom grec ©sôowooç, 
fréquent chez les Juifs de l'époque gréco-romaine. Quant au 
premier nom, il donne sans doute quelque chose comme Euthénès, 
et a l'allure d'un nom grec. A la ligne 2, il semble bien qu'on ait 
le nom très purement égyptien de Menas, fréquent en Egypte à 
l'époque copte. A la ligne 3, Phaba (?) est d'apparence juive. A la 
ligne 4, Nothos se lit sans difficulté. A la ligne 5, enfin, Shebai bar 
Behai est juif, et l'on note que Shebai n'est pas inconnu par 
ailleurs *. 

Chacun de ces cinq personnages ayant versé 3 m..., il a été fait 
un autre paiement encore, que mentionne l'addition inscrite à 
hauteur des lignes 2 et 3 : 



l O' 



l-hmr E'Ou-th-n-s 
Zouzin 4 

« pour le hmr d'Euthénès (?), 4 zouz. » Faut-il comprendre : 
« pour le vin d'Euthénès », ou « pour Y âne d'Euthénès » ou 
« pour l'ânier d'E. »? Il est impossible de le dire. 

Voyons maintenant ce que sont les deux unités monétaires qui 
paraissent dans le compte, le m... et le zouz. Pour ce qui 
concerne le m..., la question a été examinée et discutée par 
Lidzbarski, qui a rencontré la même abréviation, semblablement 
employée, dans un documeut araméen d'Egypte présentant, avec 
celui qui nous occupe, les plus remarquables analogies. Comme 
l'objet de Zaouiét El-Maietin, cet autre monument 2 est un tesson 
de poterie rougeâtre, écrit à l'encre noire sur la face convexe. 
L'inscription, moins bien conservée que la nôtre, est beaucoup plus 



1. Ezra, 2, 42 ; II Sam., 17, 27. 

2. Lidzbarski, loc. cit. dans Ephemeris etc., II (1903-1907), p. 243-248 ; Sadiau, 
Aram. Papyrus etc., pi. 62 et texte, p. 230-231. L'objet, au musée de Berliu, a, 
paraît-il, été acbeté à Edfou. 



20 REVUE DES ETUDES JUIVES 

étendue ; elle est disposée en deux colonnes, dont celle de droite, 
très elïacée, comprend une quinzaine de lignes, et celle de gauche, 
onze lignes conservées. A chaque ligne, on lit le nom d'une per- 
sonne, suivi d'une indication numérique dans laquelle, partout, 
l'abréviation 73 ligure. L'analogie de disposition et d'objet avec 
notre document est évidente ; les caractères de l'écriture aussi sont 
les mêmes, et une circonstance fortuite des plus bizarres ajoute 
encore à la ressemblance, le fait que l'un et l'autre des deux tes- 
sons portent dans la terre cuite, en travers des surfaces couvertes 
par l'écriture, l'empreinte d'une corde qui sans doute avait été 
nouée autour de la panse du vase neuf et encore humide. 

La comparaison matérielle des deux objets aurait peut-être pour 
résultat, comme on voit, d'éclairer l'histoire du tesson précédem- 
ment connu, que possède le musée de Berlin. Transcrivons ici, 
pour la lecture intéressante de quelques noms propres, les onze 
lignes de la colonne de gauche, la mieux conservée : 

I » o-mn i 

I I 73 o-mn 2 

I I 73 «an 3 

I 73 Ken rpnao 4 

| 73 735© 5 

I 73 1 (?)N(?)m©n 6 
| 73 bawTatzj 7 

| Wi | 73 73-12N 8 

-i v^rin 9 

s n">DN nn DnD io 

| | | | 1 73 31573 H 

Aux lignes 1 et 2 figurent deux 7Wras = Tbeodoros, au nom 
écrit exactement comme à la ligne 1 du tesson de Zaouiét El-Maietin. 
A la ligne o, on remarque un Salomon, à la ligne 7 un Samuel, à 
la ligne 8 un Abram, à la ligne 10 un Nathan, tous noms purement 
juifs qui, plus nettement que pour l'autre inscription, décèlent le 
caractère exclusivement juif du document. Comme dit fort bien 
Lidzbarski, cette liste de noms suivis de chiffres doit avoir trait à 
quelque opération intérieure de la communauté juive, telle que 
réception de contributions pour les frais de la synagogue. A la ligne 
M de la colonne, cependant, après Nathan, voici paraître un 

1. Sachau (loc. cit.) lit NiDOn. 

2. Sachau (loc. cit.) lit ^n"n«. 



UN DOCUMENT ARAMÉEN DE LÀ MOYENNE-EGYPTE 21 

Mi/on (?) dont le nom rappelle ceux des Théodore et des Euthénès(?) 
précédemment rencontrés '. 

Que paient-ils? D'après les chiffres conservés, la contribution de 
chacun est de \ m. . ; ou de 2 m. . . , sauf pour le Milon (?) de la 
ligne 11, qui donne 5 m. . . , et pour YAbram de la ligne 8, qui donne 
1 m. . . plus \ *3n, d'après quoi le reba ainsi rencontré ne peut être 
qu'une fraction du m ... Le reba se retrouve plusieurs fois, placé de 
môme dans la même succession d'éléments arithmétiques, dans les 
chiffres de la colonne de droite de l'inscription, que nous ne tran- 
scrirons pas à cause de l'incertitude de la plupart des noms propres, 
très mal conservés. Retenons seulement les chiffres de la fin des 
lignes, qui sont les suivants : 



I I I a?3-i I I Ta a 

I I 73 b 



I I » Ira c 

I Ta d 

I 73 lira e 

I a>m I 73 f 

I T3 g, 

| | | 3*3-1 | 73 A 

I I 73 i 

Aux lignes a, /"et ^, comme on voit, figure l'unité reba, dans les 
combinaisons 2 m + 3 rebin, \ m-\-ï reba, 1 m + 3 rebin, d'où 
ressort clairement que le reôa, comme nous l'avons déjà remarqué, 
est une fraction du m. . . Mais le m. . . lui-même est une fraction 
du ra, comme il ressort des chiffres des lignes c et e : 1 s • -\- 2 m, 
2 5+1 m. Nous avons donc, en somme, la mention de trois unités 
superposées, dont les plus grandes sont multiples de celles immé- 
diatement inférieures, le ra, le 73 et le *3i. Que sont-elles ? 

11 ne fait pas de doute, tout d'abord, que ra est bpra, le sicle, qui 
s'était confondu en Egypte, à l'époque ptolémaïque, avec la drachme 
courante. Quant à 73, où l'on pourrait, être tenté de voir rra73, la 
mine, Lidzbarski explique que c'est bien plutôt n*73, une unité dont 

1. Voir de plus, dans Sachau (loc. cit.), ce qui concerne les formes grecques, 
connues par ailleurs, de plusieurs des noms de la liste, notamment des noms, sans 
doute égyptiens, de la ligne 3 et de la ligne 9. 



K REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

le nom. sans doute d'origine araméenne, sert à traduire celui de 
Y obole hébraïque dans les traductions de l'Ancien Testament. 
L'obole est une fraction du sicle ; quelle au juste? Cela nous est 
indiqué par certains documents du m e siècle ap. J.-C, où paraît le 
rtyn avec la valeur du 4- du denier de Néron, dont on sait d'autre 
part qu'il équivaut à la drachme ptolémaïque courante. Le 73 (meh) 
est donc, en somme, le -5- du id ou sicle, et cela explique que la 
numération en meh puisse aller jusqu'à 5, comme à la ligne 11 de 
la colonne de gauche du tesson de Berlin. 

Quant à cette subdivision du meh ou obole, qu'on appelle le 
reba, d'après le nom môme, c'est évidemment le « quart » i . Cette 
sous-unité est d'ailleurs bien connue ; son nom est écrit d'ordi- 
naire, comme ceux du sicle et de l'obole qu'on vient de voir, par la 
lettre initiale, n. 

Si nous revenons maintenant au tesson similaire de Zaouiét 
El-Maietin, dont l'inscription comporte cinq fois la mention 3 » et 
une fois la mention 4 "jttt, nous verrons que pour l'explication 
arithmétique du document, il nous reste à voir ce qu'est le zouz, 
et dans quel rapport il est avec le meh. Or, cela aussi est connu, 
le nom du m n'étant qu'une autre appellation du sicle, ou denier, 
ou drachme courante, et le zouz équivalant, comme le sicle, à 6 73 2 . 
Les 4 zouzin payés, d'après notre nouveau document, « pour le 
hmr (?) d'Euthénès », représentent donc un tétradrachme, et valent 
24 oboles; c'est une -somme beaucoup plus forte, comme on voit, 
que ce qu'ont versé, d'autre part, les cinq personnes qui paraissent 
dans l'inscription, et qui ont donné 3 oboles chacune, soit 15 oboles 
en tout : le hmr d'Euthénès, dont nous ne voyons pas ce qu'il 
pouvait bien être, était plus coûteux que l'objet de l'autre 
contribution. 

Ces questions de numération monétaire une fois éclaircies, il ne 
nous reste plus à nous demander que la date à laquelle il convient 
de placer le tesson de Berlin et le nôtre. Lidzbarski, décrivant 
l'inscription de Berlin après de nombreux documents araméens, 
tessons et papyrus, qui pour la plupart viennent d'Eléphanline et 
sont d'époque perse, fait remarquer les caractères très différents 
de cet autre tesson dont il est très probable que la provenance 
n 'est pas la même, et dont on voit immédiatement, par les noms 
grecs que l'inscription comporte, qu'elle est postérieure à l'époque 



1. On vérifie, notamment <Jans l'inscription de Berlin qui nous occupe, que la 
numération en rebin s'arrête au chiffre 3. 

2. Voir S. Krauss, Talmudische Archéologie, Il (1911), p 406-407. 



UN DOCUMENT AHAMÉE.N DE LA MOYENNE-EGYPTE 23 

perse, et doit être considérée comme ptolémaïque. Les caractères 
paléographiques permettent de préciser quelque peu, et d'attribuer 
le document au 11 e siècle av. J.-C. Les mêmes observations s'ap- 
pliquent exactement au nouveau document de Zaouiét El-Maietin, 
dont la date, vers le milieu de l'époque ptolémaïque, est corroborée 
par la présence du tesson dans des couches de décombres formées 
aux alentours de l'ère chrétienne. 

Au point de vue historique, il faut simplement retenir de ce qui 
précède qu'à l'époque ptolémaïque il y avait une communauté 
juive dans cette ville imporlantede la Moyenne-Egypte dont le Koin 
El-Ahmar de Zaouiét El-Maietin va peut-être nous livrer le nom. 
En tenant compte de ce que nous savons, principalement pour 
l'époque perse, des colonies juives d'Éléphantine et d'Abydos, et 
ce que nous entrevoyons de celle de Memphis vers le début de 
l'époque romaine, nous serons conduits à penser que des colo- 
nies analogues pourraient bien s'être formées un peu partout, du 
haut en bas de l'Egypte, à partir du iv j siècle av. J.-C, et qu'il 
faudrait nous attendre à rencontrer de ces groupements de très 
nombreux vestiges, non seulement à Éléphantine, à Memphis ou 
dans la province de Minieh, mais aussi en n'importe quelle autre 
localité des régions intermédiaires. 

Raymond Wetll. 



DOCUMENT RELATIF 



A LA 



« COMMUNAUTÉ DES FILS DE SADOG » 



Le texte reproduit ici en fac-similé provient de la fameuse 
Gueniza du Caire, qui nous a conservé tant de monuments de 
l'antiquité juive. Il a été trouvé par M. Bernard Ghapira dans le lot 
de fragments qui avaient échappé aux recherches de M. Schechter 
et qui, grâce à M. JackMosséri et au capitaine Raymond Weill, ont 
été réunis et mis à l'abri des accidents. M. B. Ghapira s'occupe 
actuellement à les cataloguer, ainsi que ceux qu'à ma demande, 
il a exhumés du cimetière Bassatine, où j'avais soupçonné l'exis- 
tence de reliques de la littérature ancienne. 

L'intérêt que présente ce texte, formé d'un tronçon de parchemin, 
est tout entier dans la mention de « la communauté des fils de 
Sadoc ». Une telle dénomination aurait intrigué, en d'autres 
temps, la curiosité des savants, sans la satisfaire ; mais depuis la 
découverte faite par M. Schechter, également dans la Gueniza du 
Caire, d'un écrit consacré à une secte sadokite résidant dans la 
Damascène ', la première pensée qui vient à l'esprit est qu'elle vise 
justement cette secte, ou, comme le veut M. Charles 2 , ce parti. 

Cette première impression est-elle corroborée par un examen 
attentif du texte, c'est ce qu'on va voir. 

Tout d'abord, il importe de constater que notre lambeau de par- 
chemin n'a pas été découpé dans un volume, c'est une feuille 
indépendante. En effet, comme le montre le fac-similé, le haut et 
le bas de la pièce ont été laissés en blanc, ce qui serait insolite si 

1. Voir Revue, t. LXI, p. 161, et LXIII, p. 1. 

•2. IL H. Charles, Fragments of a Zadokite work, Oxford, 1912, p. vu. 



DOCUMENT RELATIF À LA « COMMUNAUTÉ DES FILS DE SADOC » 25 

c'était la suite ou même la fin d'un ouvrage. C'est donc un tout 
devant se suffire à soi-même. 

D'autre part, il est visible que la feuille primitive a été rognée 
des deux côtés, car il y a à gauche des commencements et à droite 
des fins de mots. Il est fâcheux qu'on ne puisse pas mesurer 
l'étendue de l'amputation. 

Cette circonstance n'est pas faite pour rendre facile l'interpré- 
tation de ces quelques lignes. 

Donnons d'abord la transcription et la traduction du texte : 



PD... 


1 


.. ^3373 miT ni>... 


2 


...prix ^aa m>... 


3 


..mn]5i Ntt^ pin bs>... 


4 


. ..DUUJi ""ÛStD»... 


5 


...bim ■nirnp... 


6 


...■rçan *moi b... 


7 


...in ibbrp *)■"©... 


8 


...fm ua*b Tb ■»■»... 


9 


Traduction. 





1 ... prêtre. 

2 ... qu'ils m'instruisent par le moyen des fils de. . . 

3 ... la communauté des fils de Sadoc . . . 

4 ... sur les règles de pureté et d'impureté . . . 

5 ...« juge mes jugements » 

6 ... ils consacrent et le profane. . . 

7 ... se tiennent autour des estrades . . . 

8 ... récitent des cantiques ou . . . 

9 ...«que le Seigneur donne force à son peuple, [que le Seigneur 

bénisse sa nation par la paix ! »] 

La ligne I contenait certainement l'en-tête ; voilà pourquoi 
l'écriture s'arrête au milieu. Il n'en reste que le dernier mot, fl-o 
« cohen, prêtre, descendant des prêtres ». Etait-ce le qualificatif 
de l'auteur de la pièce, ou du destinataire, ou la fin du titre du 
contenu, qui traite justement des privilèges des prêtres ? 

L. 2. Un mot de cette ligne "orm « qu'ils m'instruisent » indique 
bien le caractère du document : c'est une sorte de consultation. 
L'expression se rencontre dans diverses Consultations des Gaonim. 
"•nw, qui suit, ne signifie pas « au sujet des fils de », mais se 
rapporte à ceux dont on réclame les lumières. Sont-ce les habitants 



26 



RKVUE DES ÉTUDES JUIVES 



d'une localité ou les membres d'une Académie dont la science est 
ainsi sollicitée ? 

L. 3. On serait tenté de rat- 
tacher ^373 à ce qui se lit à la 
ligne 3 : p"HS ^a m* '«sa», 
mais ce serait oublier que la 
ligne 2 ne finissait pas à "^de 
et qu'avant mj il y avait 
certainement un ou plusieurs 
mots. 

La « communauté des fils de 
Sadoc » pourrait être une dé- 
nomination honorifique que 
se donnaient les Caraïtes, et 
notre pièce émanerait ainsi 
d'un membre de cette secte 
s'adressant à ses chefs. 

Il est certain que les Caraïtes 
aimaient à se rattacher aux 
Sadducéens et que volontiers 
leurs adversaires les stigma- 
tisaient comme des héritiers 
de leur hérésie. Seulement de 
là à s'intituler eux-mêmes 
« Communauté des fils de 
Sadoc », il y a loin. De fait, 
jamais cette expression ne se 
rencontre sous leur plume, 
ni sous celle des auteurs 
musulmans ou rabbanites qui 
leur ont consacré des notices. 
11 y a plus, « Sadducéens *> 
et « fils de Sadoc » sont deux 
titres qui autrefois n'étaient 
nullement identiques. 11 a 
fallu les recherches et les 
conjectures de la critique 
moderne pour que cette équa- 
tion soit devenue monnaie courante. « Les fils de Sadoc » étaient 
des prêtres, et jamais il n'est venu à l'idée des Caraïtes que leurs 




DOCUMENT RELATIF A LA « COMMUNAUTÉ DES FILS DE SADOC » 27 

ancêtres spirituels aient appartenu an sacerdoce. Il est bien ques- 
tion dans certains écrits caraïtes d'un livre ou de plusieurs livres 
de Sadoc auxquels les fondateurs de la secte auraient emprunté 
divers détails de leur code religieux \ «mais ce Sadoc n'est nulle- 
ment présenté comme la souche des prêtres dont s'occupe le 
prophète Ezéchiel. 

Il faut donc écarter résolument cette hypothèse. 

Une autre conjecture paraît se recommander avec plus de force, 
c'est celle qui identifierait cette « communauté des fils de Sadoc » 
avec les « fils de Sadoc » d'Ezéchiel. Justement les lignes 4, 5 et 6 
de notre consultation suivent de près le texte de ce prophète (44, 
23-24). Mais, si spécieuse que soit cette solution, elle ne saurait 
s'imposer, car Ezéchiel, ni aucun livre de la Bible, ne parlent d'une 
« communauté des Sadocides ». On ne se représentait pas les 
prêtres appelés à exercer le pontificat dans les temps futurs comme 
un groupement. A supposer même qu'Ezéchiel les aurait ainsi 
réunis dans sa pensée et dans son plan de la Jérusalem de l'avenir, 
les Juifs d'après l'exil et à plus forte raison du haut moyen Age 
étaient assez instruits du sort des prêtres pour ne pas ignorer que 
nulle part il n'existait de colonie des Sadocides. 

Il n'y avait qu'un seul groupement prétendant au titre de « com- 
munauté des fils de Sadoc », c'était celui qui était établi dans la 
banlieue de Damas et était constitué à l'origine et en majorité par 
les prêtres qui s'exilèrent de Jérusalem longtemps avant la destruc- 
tion du second Temple et qui se couvraient de l'autorité de Sadoc. 
Ce sont précisément les Sadokites dont il a été question plus haut. 

Sans doute, dans l'écrit publié par M. Schechter, le parti n'est 
pas appelé du nom de « communauté des fils de Sadoc»; mais 
cette circonstance est peut-être due à ce que, au moment de la 
rédaction de l'opuscule, avant la destruction du Temple 2 , cette 
dénomination n'était pas encore en usage. 

A en croire M. Charles, le titre de « fils de Sadoc » était même 
déjà donné au parti par l'auteur de l'opuscule. Cette opinion se 
fonde sur ces mots : 

■rçai a"nbm D^arran n»Rb arnsn bnpTrp -nn o-b bx z^pri 'nsMfâ 
ntzrui Dmb:»n îkisp ^aa m*na "■onpn mla©» pn -nnv tcn piis 
fcpibam rrorr ynKtt D^srrn ba-ja** "aÈ an tiranan û*n nbn ^b 
tn?m m-inca D^-na^n û^n \s^np bsnizr ""vm an pnis ^m arrny. 



1. Voir Revue, XL1V, p. 170 et suiv. 

2. M. Charles me donne raison sur ce point, qui a été contesté par divers savants, 



28 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

. . .comme Dieu le leur a promis par l'organe du prophète Ezéchiel : 
« Les prêtres et les irrites et les fils de Sache qui ont veillé à la 
garde de mon sanctuaire, tandis que les enfants d'Israël s'éga- 
raient loin de moi, eux m'offriront la graisse et le sang*. » Par 
prêtres il faut entendre les Israélites repentants, qui sortirent du 
pays de Juda [pour aller dans celui de Damas] ; [par Lévites], ceux 
qui se joignirent à eux, et par fils de Sadoc, l'élite portant ce nom 
qui exercera le pontificat à la lin des temps 2 . » 

Si l'opinion de M. Charles devait être suivie, mon interprétation 
des mots de notre parchemin en serait fortifiée ; malheureusement 
la conjecture me paraît difficilement acceptable. 

En effet, comme on le reconnaît au premier coup d'oeil, l'auteur 
du libelle découvre dans le texte d'Ezéchiel une allusion à trois 
catégories de personnes : 1° les prêtres qui ont quitté la Judée 
pour se rendre dans la Damascène; 2° ceux qui se sont joints à 
eux, quoique laïcs ; 3° l'élite d'Israël, portant proprement le nom 
de « fils de Sadoc » qui exerceront à la fin des temps les fonctions 
sacerdotales telles qu'Ezéchiel les a décrites 3 . 

Or, bien certainement l'écrivain n'a pas entendu que ces pontifes 
de l'avenir pourraient être tous les membres de la Communauté, 
aussi bien laïques qu'Ahronides. Ce sont seuls les descendants 
authentiques de Sadoc qui seront appelés à cet honneur. 

Mais s'il me faut repousser l'appui que m'offre M. Charles, il n'en 
reste pas moins qu'en raison de la croyance des prêtres du parti 
sadokite dans la légitimité de leurs prétentions et en raison aussi 
du rôle hors pair attribué par eux à Sadoc, la communauté sépara- 
tiste, formée à l'origine principalement de prêtres se rattachant à 
Sadoc, a pu avec le Lemps prendre ou recevoir le titre de « commu- 
nauté des fils de Sadoc ». 

Notre fragment de lettre est donc une Consultation sur les Sado- 
kites et leurs coutumes spéciales. Pour éprouver cette curiosité, il 
faut que l'auteur ait eu quelque notion et de leur existence et de 
leurs traits distinctifs. En effet, on verra que les points qui l'inté- 
ressent, au moins pour les trois premières lignes, sont ceux qui 
sont caractéristiques de l'écrit sadokite. 

On sera peut-être un peu surpris d'abord d'une telle curiosité ; ce 
souci de s'instruire, par pur amour de la vérité, n'est pas commun 
à l'époque où vraisemblablement a vu le jour notre missive. 

1. Ezéchiel, 44, 15. inutile de relever les altérations de l'original, voir Revue, LXI, 
p. 178, note 11. 

2. Voir sur tout ce passage, ib., p. 178 et 179. 

3. D'HES-'n correspond à ...Dinpnb 1 1173 3H d'Ezéch. xliv, 15 



DOCUMENT RELATIF A LA « COMMUNAUTE DES FILS DE SADOC » 29 

A cette objection il serait permis de répondre que peut-être les 
renseignements demandés avaient une importance pratique; l'or- 
thodoxie a toujours besoin de connaître les hérésies pour s'en garder 
ou les dénoncer. Mais les consultations du temps qui nous restent 
ruinent de fond en comble cette affirmation sur l'incuriosité des 
Juifs d'alors. Au contraire, on est surpris des questions posées aux 
chefs d'Académie : on ne les consulte pas seulement sur le sens de 
certains termes du Talmud, mais encore sur nombre de questions 
sans intérêt immédiat. Les Teschoubot Hagaonim publiées par 
M. Harkavy sont très instructives à cet égard. 

L. 4. Cette ligne nous révèle tout de suite l'objet de la demande : 
l'auteur, établissant un lien entre cette « communauté des fils de 
Sadoc » et les « prêtres-lévites fils de Sadoc » dont les fonctions 
ont été décrites par Ezéchiel (chapitre 44), suit presque fidèlement 
cette description. De ces prêtres il est dit (verset 23) : « Ils appren- 
dront à mon peuple à discerner le sacré du profane et leur 
enseigneront ce qui est impur et pur. » C'est des lois du pur et 
de l'impur qu'il est question ici. Il est à peine besoin de dire que 
l'auteur de notre lettre ne s'est pas borné à reproduire le verset 
d'Ezéchiel, car, en ce cas, quel eût été l'objet de sa demande? Il 
voulait sans doute savoir si, en qualité de fils de Sadoc, les Sadokites 
s'étaient arrogé leurs privilèges, ou peut-être désirait-il connaître 
les règles spéciales qu'ils observaient en matière de pureté et 
d'impureté. Précisément ces Sadokites étaient en désaccord sur ce 
point avec les Pharisiens. 

L. 5. [ijsûizr est un lapsus pour [i]sabw. Cette ligne atteste mieux 
l'emploi fait par l'auteur de ce chapitre d'Ezéchiel, car c'est un 
emprunt textuel au verset 24 : ^aDEwn asui^b may rvnn zm b:n 
TriBW. L'affixe pronominal de la première personne est la preuve 
incontestable d'une citation. On demandait donc si, conformément 
à ce verset, les Sadokites rendaient la justice. La réponse nous est 
fournie par l'opuscule édité par Schechter. 

L. 6. Le blanc qui précède wnp semble repousser l'idée d'y voir 
le verbe wip"» tronqué. Etant donné la présence de bim tout de 
suite après, on est tenté de corriger w+rp, qui n'offre aucun sens, 
en bim iznp «sacré et profane. » Mais, s'il s'agissait du privilège 
des prêtres d'enseigner à discerner entre le sacré et le profane, 
il y aurait binb. 

Le verset d'Ezéchiel imp^ viraiii nai donne plutôt à croire qu'il 
y avait iia'ip' 1 et qu'il était parlé du droit des prêtres de consacrer 
les jours de fêtes, c'est-à-dire d'en fixer la date. Les Sadokites en 



30 REVUE DES ETUDES JUIVES 

voulaient justement beaucoup aux docteurs d'avoir révolutionné 
le calendrier et bouleversé les dates des fêtes. 

Dans cette interprétation bin indiquerait les jours ouvrables, 
niais il est difficile de reconstituer la phrase qui aurait encadré 
ce mot. Faudrait-il ajouter nb"»na^ ? 

L. 7. 11 faut peut-être lire au commencement dn « si ». Il est 
parlé ici du privilège qu'avaient les prêtres de bénir le peuple. 
D'après la Miscbna (Middot, 2, 6), il y avait dans le Temple de 
Jérusalem une estrade (pvr) du haut de laquelle les prêtres accom- 
plissaient cette cérémonie. Le ïargoum jérusalémite de Nombres, 
(>, 23, commentant cette partie de leur ministère, dit : 'pnonDtn 
fittDTi hy lin" 1 ^ « en étendant les mains, montés sur l'estrade ». 
Celui de Cantique, °2, 7, porte : ■•pD-QE'i IVPaDTi br l^-i^pi « ils 
se tenaient sur leurs estrades et bénissaient » (cf. Targoum de Ps., 
134,2). 

Le verbe "mo* 1 n'est pas celui qui est employé d'ordinaire; on dit 
plutôt pnb rùy « monter sur l'estrade » {Sc.habbat, 118 6), pour 
exprimer l'action de s'y rendre, ou *iny, pour celle de s'y tenir. 
Le sens de la phrase n'en est pas moins certain. L'auteur deman- 
dait sans doute si, pour bénir l'assemblée, les prêtres sadokites se 
servaient aussi d'estrades comme les autres Cobanim, ou simple- 
ment s'ils usaient aussi de cette prérogative. 

L. 8. Les cantiques étaient autrefois la chose des Lévites; mais, 
comme, dans Ezéchiel, les prêtres sont aussi dits Lévites, les 
Cohanim de la communauté de Sadoc s'étaient-ils aussi arrogé cet 
office? Peut-être l'auteur de la lettre s'est-il rappelé un passage du 
Sifrè, Nombres, 39, où vmab, « pour le servir », placé à côté de 
toeh *]-ob « pour bénir en son nom », est interprété comme signi- 
fiant « dire des cantiques ». 

Le mot "in doit probablement se compléter par ab : « les membres 
de la communauté des fils de Sadoc » accomplissent-ils tout cela 
ou non ? 

L. 9. La fin, empruntée à Ps., 29, 11, est une formule de 
souhait qui n'a pas ici de sens particulier. 

Si, comme nous le croyons, la « communauté des fils de Sadoc » 
mentionnée dans notre document est bien celle des Sadokites, ce 
lambeau de parchemin offre un certain intérêt. 

C'est sans doute un autographe, car, par la suite, on ne se serait 
pas avisé de reproduire ces quelques lignes en apparence sans 
portée. C'est ce que confirme, au surplus, la circonstance que la 



DOCUMENT RELATIF A LA « COMMUNAUTÉ DES FILS DE SADOC » 31 

missive est écrite sur parchemin . Pour une simple copie, on n'aurait 
pas fait la dépense d'une matière aussi coûteuse. Or l'écriture ne 
paraît pas antérieure au x e siècle. Il en résulte donc que la secte, 
née deux siècles avant l'ère chrétienne, n'était pas encore disparue 
douze cents ans plus tard. 

On aurait, d'ailleurs, abouti à la môme conclusion en s'appuyant 
sur l'âge des deux mss. de l'opuscule sadokite , ceux-ci n'ayant pas 
vu non plus le jour avant cette date. Or, ils ne sont pas l'œuvre de 
copistes amoureux de l'antiquité qui auraient reproduit des pages 
sans intérêt pour leur temps; ces scribes sont certainement des 
gens de la secte. 

On avait le droit de s'étonner que ce groupement n'eût pas été 
signalé par quelque témoin. La chose est faite ; si laconique qu'il 
soit, notre tronçon de lettre est un témoin de l'existence des Sado- 
kites encore au x e , sinon même au xi e siècle. 

Israël Lévi. 



RABBANAN ET RABBANIN 



Pour désigner, en araméen, les docteurs, c'est-à dire aussi bien 
les membres des académies que les représentants et les autorités 
de la tradition halachique, le ïalmud babylonien emploie toujours 
le terme de pan, qui signifie : « nos maîtres, nos docteurs » et est 
l'équivalent araméen de l'hébreu irnian. La môme désignation est 
employée dans le Talmud palestinien ainsi que dans les recueils 
midraschiques de Palestine. Mais dans ces dernières sources on 
trouve, alternant avec "pm, l'orthographe ^sm, qui, loin d'être 
isolée, est au contraire très fréquente, en sorte qu'on peut se 
demander si par hasard "pan n'est pas l'orthographe véritable des 
sources palestiniennes. Dans le Talmud babylonien cette ortho- 
graphe (avec la désinance y— au lieu de } T ) ne se trouve, à ma 
connaissance, nulle part 1 . 

Pour répondre à cette question, il faut d'abord consulter les faits. 
Autant que possible nous devons remonter à des textes manuscrits. 
Pour le Talmud de Jérusalem nous disposons des fragments de la 
Gueniza édités par L. Ginzberg; pour le Midrasch, de l'apparat 
critique de l'édition du Beréschit rabba par Theodor. 

Mais d'abord examinons à ce point de vue l'édition princeps du 
Yerouschalmi (Venise, vers 1520). Dans ce but j'ai choisi au hasard, 
dans chacune des quatre parties de celte édition, un certain nombre 
de pages et dressé, pour ces pages, la statistique de l'orthographe 
•paa-i à côté de celle de "pan. Les passages sont indiqués d'après la 
colonne et la ligne ; les lignes ont été comptées dans l'édition de 
Krotoschin, dont les colonnes concordent exactement avec celles 
de l'édition princeps, tandis que pour les lignes il y a de petites 
divergences. Je tiens encore à faire remarquer que, pour le point 
qui nous intéresse, l'édition de Krotoschin suit sans exception 

I. Voir plus loin, p. 37, n. 1, l'unique exception. 



RABBANAN ET RABBANIN 33 

l'édition princeps et ne se permet vis-à-vis d'elle aucun changement 
arbitraire pour l'orthographe de pan et de "pann. Les données 
statistiques qui vont suivre sont par conséquent valables pour les 
deux éditions. 

Sur les deux premiers feuillets du premier volume (Berachot, 
2a-3o 7 ) j'ai compté l'orthographe pan treize fois : 2 c 9, 2c? 14, 3a:n, 
39,55; 3634; 3 d se, 57, 59, 62, 64 {bis), es ; l'orthographe pann cinq 
fois : 3a g, 7, ig, 25 ; 3c?i9. 

Sur deux autres feuillets du premier volume (Maasser schéni, 
54a-55o*) l'orthographe pan ne se trouve pas du tout, l'ortho- 
graphe paan S Y trouve sept fois : 54a23, 30; 04657; 55a 37, 42; 
556 44 ; 55 c?68- 

Deux feuillets du deuxième volume {Sabbat, 9a-10c/) donnent 
l'orthographe pan quinze fois : 9 a 13, 67 ; 9 6 50, 58, 76 ; 10a ie, 17, 20, 
21, 23, 42 , 10 a 48 ; 10 c? 20, 24, 3G ; l'autre orthographe deux fois seule- 
ment : 96 74 ; 10 c 6. 

Sur deux feuillets du troisième volume (Yebamot, 8a-96) pan 
figure huit fois : 8 a 29, 34 ; 8615, 52 ; 9a 28 ; 96 13, 14, 56 ; — paan cinq 
fois: 86s; 9a 16, 28 ; 9 6gi; 9c 24. 

Dans le quatrième volume trois feuillets [Sanhédrin, 24a-26o 7 ) 
ne contiennent pas du tout la forme pan, tandis que paan s'y 
trouve treize fois : 24 6 19, 20, 21, 25, 42; 2563c ; 25c 30, 49, 64; 26c? 34, 
67, 68, 70- — Quatre autres feuillets du môme tome (Schebouot, 34 a- 
37 c?) offrent neuf fois pan : 34635, 6g ; 35 c 10, 37; 366 19, 21, 31 ; 36c g; 
37 c 48, — et huit fois paan : 34639, 40, 43, 44, 47, 48 ; 37c? 68 {bis). 

Ces chiffres, qu'on peut considérer comme des spécimens de tout 
le reste, procurent l'impression que l'orthographe pan domine au 
commencement et que l'orthographe en p. prévaut ensuite. Il ne 
saurait être question d'un système dans l'alternance des deux 
orthographes ou d'une différence de sens présumée entre elles ; il 
suffit de jeter un coup d'oeil sur les textes eux-mêmes pour s'en 
assurer. Je note seulement que dans Yebamot, 9 a 28, la même 
phrase contient d'ahord paan, puis pan. 

On peut admettre, en ce qui concerne l'édition princeps du 
Yerouschalmi, soit que cette alternance arbitraire dans la présence 
ou l'absence de la lettre Yod dans la dernière syllabe de notre mot 
est attribuable à l'imprimeur, c'est-à-dire au compositeur et au 
correcteur, ou bien que le compositeur et le correcteur s'en sont 
tenus à leur modèle manuscrit et que l'irrégularité dans l'ortho- 
graphe de ce mot se trouvait déjà dans le manuscrit sur lequel 
l'édition est basée. C'est la seconde hypothèse qui est fondée, 
comme le prouvent les fragments de laGueniza édités parL.Ginzberg 

T. LXV, n° 129. s 



34 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

et qui appartiennent à différents manuscrits du Yerouschalmi '. Le 

savant éditeur s'expliquera dans un volume à venir sur l'âge et les 
différences de ces fragments. Mais on peut établir dès maintenant 
que les deux orthographes du mot qui nous intéresse s'observent 
dans tous les fragments. Je me suis donné la peine de noter dans 
l'ouvrage de M. Ginzberg (p. 1-290) les passages qui présentent les 
deux orthographes. Je les indique ici d'après la page et la ligne. 
On trouve 1»n: 2 n ; 3 ; I4a2î 29 <;,«,; 34 20 ; 36»®; 39' u; 58 2 , a; 
62m; 65i3,ao,26; 66 19 ; 76 37 ; 80io; 82 9 ; 99 29 ; 102 i, 4 ; 108 26 ; 
III i; H3 u ; H5ao ; 119 9 ; 127 14 ; 133 17, 20, 27, 29 ; 134 3, 20 (bis) ; 
139 :i ; 157 19; 158 8 ; 16l23(ôw); 164 5, g; 165 m u; 182 5 [bis) 
201 5 (bis) ; 201 7 ; 213 22 ; 240 1 2 ; 245 21 ; 260 29. L'orthographe -pan 
se trouve, dans les mêmes fragments, aux endroits suivants : 5 14, 
56 4 , s, !), 32 ; 64i7 ; 85 28 ; 95 6 ; 97 3 ; 100 9i M ; 101 4 ; 104 22 , 114 5, 
15; 124 23 ; 140 D ; 142 2 i ; 143 3; 145 7 ; 146 25; 147 2; 162 4, 8, 9, 12,13; 
163i8,i 9 ; 168 5; 18320 ; 190 2; 191 21; 192 2 , 21 ; 199 13; 207 u, ie ; 
208 9; 213 23, 26, 28 ; 21 5 14 ; 21622,25,26; 218 15, 2 o ; 219 5 ; 220 20 ; 
223 i, 2, s ; 224 2 ; 226 u ; 270 is ; 271 3, 9, 12, 19 ; 277 u ; 278 3, 5 ; 
289 19. Ainsi la première orthographe figure plus de cinquante, la 
seconde plus de soixante fois. 

Le même manuscrit peut employer indistinctement les formes 
pan et ipam, comme le montre l'édition de Berachot (Yerouschalmi) 
par M Lehmann (Mayence, 1875). Par exemple, le mot s'y lit plu- 
sieurs fois sur Berach., 1, 2 (Sa, 1. 7-10) et il est écrit la première 
fois sans yod, puis toujours avec yod (l'édition princeps a "pan 
même la première fois). 

Dans les variantes du manuscrit du Yerouschalmi de Rome (sur 
Zeraïm), que M. Ginzberg a publiées à la fin du volume précité 
(p. 347-372), on trouve une fois *pm, Berachot, Sd, 1. 53 (comme 
dans les éditions), et plusieurs fois "pas"). — Les citations du Yerou- 
schalmi dans l'édition princeps du Yalkout Schimeoni, également 
éditées par M. Ginzberg (p. 311-343), donnent une orthographe 
presque aussi souvent que l'autre ; "pai : 314is; 317 3 ; 320 19, 2 o ; 
323 4; 33226 ; 333 2 4, 30 ; 341 39; 343 22 ; — pa-i : 314 9, 10; 316 2c, 
35; 321 14; 327 u ; 343 s:;, 37. 

Dans l'édition du Beréschit rabba de M. Theodor 2 , ce qui frappe 
d'abord, c'est que le manuscrit de Londres, qui est à la base de 
l'édition, n'a qu'exceptionnellement l'orthographe pan, et c'est à 
savoir dans les passages suivants (indiqués d'après les pages et les 



1. ''nbïJTWI "H'H'C Yeruschalm't Fragments. Volume I, New-York, 1909. 

2. Je mets à contribution le premier volume, dont nous disposons maintenant. 



RABBANAN ET BABBANIN 35 

lignes de cette édition) : 22 g ; 36 h ; 48 4 ; 64 < ; ; 269 g. Partout 
ailleurs le texte de Tlieodor a fsm et la rigoureuse minutie avec 
laquelle ce distingué éditeur du Beréschit rabba s'en tient à son 
modèle donne à penser que pour ce détail aussi le caractère parti- 
culier du manuscrit principal a été fidèlement respecté. L'apparat 
critique de M. Tlieodor — mais là il lui arrive souvent de ne pas 
tenir compte de l'orthographe de notre mot — laisse voir que cer- 
tains manuscrits ont constamment ou de préférence pan. C'est le cas 
du manuscrit désigné par s (manuscrit de Munich n° 97, de l'année 
1418) : voiries variantes de 20 io ; 64 6 ; 73 9 ; 85 7 ; 134 7; 136 3 ; 
161 g ; 346 1 ; 404 4 ; 423 7 ; 427 1 ; 435 4 ; 452 s- Les éditions indi- 
quées par 1 et qui sont basées sur celle de Venise, ont souvent pan 
là où le manuscrit de Londres a psan, voir 11 7 ; 26 1 ; 29 7 ; 34 3 ; 
47 1 ; 60 10 ; 73 9 ; 85 4 ; 88 3; 134 7 ; 161 6 ; 234 i ; 435 5. Le manu- 
scrit du Vatican désigné par t a, lui aussi, souvent pan. 

Comme exemple de l'orthographe constante sans * on peut citer 
la Pesikta, dont l'édition par Buber, directement basée sur des 
manuscrits, porte témoignage à l'égard de ceux-ci. Dans la Pesikta 
on trouve exclusivement l'orthographe pan et voici les pages en 
question, dont quelques-unes contiennent le mot plus d'une fois : 
12a, 236, 27a, 27 6, 28a, 326, 336, 47a, 476, 51a, 58a, 606, 69a, 
82a, 85a, 1026, 120a, 1206, 158a, 159a, 166a, 1716, 1916, 197a. 

Ainsi un des Midraschim palestiniens, qui est un des plus anciens 
produits du genre, ne connaît pas du tout l'orthographe psa"), pas 
plus que le Talmud de Babylone. Ce fait prouve irréfutablement 
que la forme primitive de notre mot ne peut avoir été que "jsan et 
que l'autre forme doit être considérée comme une variante, mais 
sans conséquence pour la signification première du mot. 

Le caractère primitif de l'orthographe i:an étant ainsi établi, il 
resterait à expliquer comment l'autre orthographe a pu s'intro- 
duire dans une si large mesure aussi bien dans les textes du 
Talmud de Palestine que dans ceux des Midraschim. Rien ne prouve 
qu'on prononçait et qu'on écrivait déjà "pan à l'époque des Amoras 
et que cette orthographe remonte aux exemplaires originaux de 
ces œuvres ; le Talmud de Babylone prouve même le contraire. Il 
est plus naturel d'admettre qu'on a commencé à prononcer et à 
écrire psan au lieu de pan lorsque le mot psan est devenu d'un 
usage courant chez les Juifs et que, par suite, il s'est glissé invo- 
lontairement même dans les copies de textes anciens à la place 
du mot pan. Or, le mot "pan, Rabbanin, est devenu effectivement 
un terme du langage ordinaire lorsque les Caraïtes se séparèrent 
de la communauté traditionnelle des adeptes du judaïsme, qu'ils 



3ô REVUE DES ETUDES JUIVES 

désigoatenl du nom de Rabbanin [Rabbanim) '. Ce furent proba- 
blement les Garaïtes qui appelèrent leurs adversaires, attacbés au 
Talmud, « rabbanites », désignation qu'ils empruntèrent au terme 
officiel qui désigne dans le Talmud les représentants de la tradition 
talmudique, à savoir au mot Rabbanan. Les partisans des « Rab- 
banan » reçurent le nom de « Rabbanin », rabbanites. Les Arabes 
ont adopté le mot dans ce sens et appellent les adversaires des 
Garaïtes pnaNanba. Cette désignation des Juifs traditionnels était 
d'autant plus exacte que le nom de "pan donné aux docteurs, aux 
représentants de la tradition, n'est pas seulement commun et usuel 
dans le Talmud, mais qu'il était également usité dans les académies 
babyloniennes pour en désigner les membres, c'est-à-dire les doc- 
teurs de l'époque post-talmudique. C'est ce qu'on voit, par exemple, 
dans la Lettre de Scberira, où "pan désigne non seulement des Tannas 
et des Âmoras, mais encore les docteurs des académies gaoniques ; 
voir les exemples, pour ce dernier emploi, dans l'édition de Neu- 
bauer [Mediaeval Jewish Chronicles, I), p. 33, 34, 37, 38, 40, M. 
Je crois donc que le terme de 'pa.an, dérivé de fam, a conduit les 
copistes à se permettre l'emploi fréquent de cette forme dans les 
textes du Yerouschalmi et du Midrasch. Mais par un autre côté 
encore cette prononciation et cette orthographe /taô^zm/i devaient 
s'imposer aux copistes. En effet, ce terme n'était pas devenu seule- 
ment le nom du parti des Juifs rabbiniques; les chefs spirituels de 
ceux-ci, les docteurs qui continuèrent et développèrent l'étude du 
Talmud, étaient, eux aussi, appelés û"om. Le nom du parti devint 
un nom honorifique et c'est comme tel qu'il désigne dans la Chro- 
nique d'Abraham Ibn Daud les représentants de la science, spécia- 
lement de la science talmudique, après l'époque des Gueonim. Sa 
relation si importante sur les cinq Isaac est introduite par les mots 
D^aan ntDTon au) vm ; un peu avant, il avait donné à l'époque précé- 
dente, dont les coryphées furent Samuel Hanaguid en Espagne, 
R. Hananel et R. Nissim à Kairouan, la qualification de "pisa-n nnnn 
maaia (éd. Neubauer, ibid., p. 73). Plus loin (p. 78), il parle de 
pnar Dana m»ii) traai ï-nûeti bus pn. Je n'ai pas à faire ici l'histoire 
du mot D*»aa-i dans ce dernier sens, qui aboutit à l'emploi qui en 
est fait pour désigner les rabbins d'aujourd'hui 2 . Je voulais seule- 

1. Sur "pam ou p31, opposé à D^NTp, v. dans les Likkoutê Kadmoniol de 
Pinsker, les passages indiqués dans l'Index au mot D^aan. 

2. Un détail seulement. Dans les ligues d'introduction de l'Itinéraire de Benjamin de 
Tudèle od lit que Benjamin cite, dans la description des pays traversés par lui, 173 
DrP33l an- Mais ce mot ne ligure pas dans l'ouvrage lui-même ; les représentants des 
tudes juives y sont appelés D^Taan ou n^Dn ifBbrU 



RABBANAN ET RABBANÏN 37 

ment montrer ici à quelle influence on doit attribuer l'orthographe 
alternée "pan et "pm dans les manuscrits (puis dans les éditions) 
du Yerouschalmi et des Midraschim. 

Si l'orthographe ■pnn n'a pu se faire place dans le ïalmud de 
Babylone, ce n'est pas seulement parce que le texte de ce Talmud 
a été traité avec grand soin, mais aussi parce que dans les écoles 
babyloniennes, d'où venaient en dernière ligne les copies du Babli, 
le mot pm, « Rabbanan », n'avait pas cessé, comme on l'a vu par 
Scherira, d'appartenir à la langue vivante. 

Au début de cet article nous avons posé comme évident que le 
terme prn signifie « nos maîtres », c'est-à-dire qu'il se rattache au 
substantif an et que "jj— est le suffixe possessif de la première 
personne du pluriel. C'est une forme comme pn?p, « nos seigneurs ». 
Je compte revenir ailleurs sur ce point et montrer comment le 
terme "irrnm de l'hébreu tannaïtique est devenu "pan et comment 
ce dernier terme a été à son tour supplanté dans l'hébreu des 
Midraschim postérieurs par Wtti Quoi qu'il en soit, le fait est 
indubitable. Cependant l'existence d'un substantif ■jan a fait qu'on 
y a rattaché fa an, ainsi séparé de an. Buxtorf (Lexicon Chald. Talm. 
et Rabbin., col. 2177) dit à l'article ^sn : « Talmudici fréquenter 
utuntur terminatione fœminina, ut cum dicunt : *pan ian. » Après 
avoir cité encore quelques exemples, il dit à la fin, en effleurant la 
vérité : « Hoc usu non est paris dignitatis cum singulari Rabban, 
sed qui in Talmud vocantur Rabbanan, eos Rabbini in Commen- 
tariis citantes, dicunt irrn'an nttN, Dicunt Rabbini, Magistri nostri.» 
Buxtorf prend donc "pan pour le pluriel de ia-\ pluriel formé à 
l'aide de la terminaison "57 des féminins pluriels. Il ne connaît pas 
l'orthographe 'paan, mais consacre un paragraphe spécial à iraan ou 
"pioan, désignation des Rabbanites par opposition aux Caraïtes. — 
Levy, dans son Worterbuch zu den Targurnim, cite, à la suite de 
l'article "jan (II, 4016), un exemple de "psan dans le Talmud de 
Palestine et un exemple de pan dans le Talmud de Babylone. Il 
considère donc les deux formes comme des pluriels de"jan. Dans 
le Worterbuch ïiber die Talmuden und Midraschim (III, 417a), il 
donne à l'article hébreu 'jan le pluriel "pnan 1 . Ici il traite donc le 



1. Entre autres exemples de *p3an, Levy en cite un tiré du Talmud babli : YIÎ"P3 
*psan *pDa î"Pb, Sanliedrhi, 106 b, mais en faisant remarquer avec raison que le mot 
« est probablement une corruption de pDI, car *p"2n se rencontre seulement dans le 
dialecte de Yerouscbalmi » (cette dernière indication doit naturellement être rectifiée 
d'après la présente recherche). Effectivement, En Yakob aussi bien que Yalkout 



38 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mol comme un pluriel hébreu (équivalent à û^an, dont il donne 
d'ailleurs un exemple, voir plus loin), quoique, dans les passages 
cités par lui, il figure dans un contexte araméen. Puis vient l'article 
araméen &«an avec son pluriel fjïn, sans môme qu'il soit noté, 
comme chez Buxtorf,que c'est une l'orme du féminin pluriel.— Kohut 
(Aruch Completum, VII, 245a) marche sur les traces de Levy et, 
dans l'article ^an, il cite d'abord comme pluriel hébreu psan, puis 
comme pluriel araméen pan. — Jastrow (Dictionary , col. 1444) 
donne pour l'hébreu "jan les pluriels D^an etpsan, et pourl'araméen 
pn, ewan, les pluriels paan et pan. — Dalman (Aram. und neuhebr. 
Wôrterbuch, p. 378) cite aussi notre mol dans l'article a»a-i, mais 
non comme un pluriel ordinaire; il dit: « 2' Docteur (Lehrer), 
ïjan nos docteurs ». A quoi il faut suppléer par sa Grammatik des 
jùd.-palâst. Aramàisch, p. 135, n. 3, où il s'exprime ainsi : « pan 
n'est pas le pluriel de an (Stein, Talmudische Terminologie, p. 51), 
mais est abrégé du judéen aosan ». Au même endroit, il mentionne 
p:an comme pluriel de fan, avec cette remarque : « jamais déterminé 
ar^an ». — M. Margolis, Lehrbuch der aram. Sprache des bab. 
Talmuds, p. 32, paraît adopter l'opinion de Dalman, car il fait 
suivre la forme pan, qui figure dans le Tableau des substantifs avec 
suffixes, de la remarque : « orthographe défective ». 

Malgré l'accord des lexicographes, auxquels se rallient, en ce qui 
concerne la détermination de la forme du substantif, des gram- 
mairiens comme MM. Dalman et Margolis, on doit tenir pour, sûr et 
certain que pan (paan) ne se rattache pas à fan, mais à an. Car 
c'est ce dernier mot qui est le singulier de nrman, dont pan est la 
traduction. Du reste, les exemples que les dictionnaires donnent 
pour "jan dans le sens de « maître, docteur », n'ont aucun force 
probante. Le principal texte est l'agada sur Ps., xvi, 7, dans Gen. r., 
ch. lxi, in init. : nvaia rm û^an ^ra p»a vnvba *pd rfapn ib pri 
rraam smn irna miTabm (rapporté à Abraham). Mais D^an n'est pas 
primitif ici. Dans le Midrasch Tehillim, sur Ps., i, § 13 (éd. Buber, 
p. 13), une leçon offre n^a kid p*a ; les éditions antérieures et six 
manuscrits ont pan "Wa. Ainsi s'explique la leçon de Gen. r. Le 
mot pan lui-même, qui appartient à la langue des amoras, a pris la 
place de û^an, que donne Abot de R. Nathan, ch. xxxm (éd. 
Schechter, p. 94). û^:an dans Gen. r. est donc une modification 
hébraïsée de paan, qui, lui-même, vient, ici comme souvent ailleurs, 



Machiri (sur Ps., lu, éd. Buber, I, 287) ont pnn pDa. Le passage parallèle de Sabbat, 
23 6, a également pan p:a rnb il". Cette altération, qui se constate aussi dans 
U manuscrit de Munich, a été entraînée par le mot p33 qui précède. 



HAUBANA N ET R AU BAN IN 39 

de isan. — Un second exemple est tiré de Schir rabba sur i, 10, où 
se lit l'interprétation suivante : ^-iki^ ] 'paa-imba ûmna '■pnb tins 
D^i^ttbrn iba D^mna. À coup sûr, il y avait primitivement ici "pa-i; 
rien que la présence de l'article, qui ne se trouve nulle part avec 
ce mot, prouve l'incorrection de la leçon. Dans le Targoum pn est 
employé pour traduire -\w et cela presque toujours au pluriel. Le 
sens n'est pas celui de « docteur », mais « chef, guide ». Aussi 
l'abstrait m:sn désigne-t-H le pouvoir temporel, la domination. 
Mais je ne puis entrer ici dans les détails. 

Je signalerai seulement deux acceptions du mot l'an, qui parais- 
sent justifier le sens de « maître » qui lui est donné. C'est d'abord 
la désignation des écoliers par pi ma bu: mpirri. Comme pn ma 
ne se trouve pas en dehors de cette expression, on peut com- 
prendre pn (— Dsn) comme une forme avec suffixe se rapportant à 
nipirn : les enfants appartenant à l'école de leur maître, les écoliers. 
Quant au titre honorifique de pn, porté pour la première fois par 
Gamliel I et pour la dernière par son arrière-petit-fils et homonyme 
Gamliel III (au lieu du titre de ^an usité généralement), j'incline à 
la regarder aussi, avec Z. ¥ranke\[Darkê ha-Mischna, p. 58), comme 
une forme avec suffixe, plus précisément comme une forme ara- 
méenne : « notre maître ». C'est l'équivalent du titre de N;an qui 
était porté par certaines autorités des écoles babyloniennes et 
que Levy explique à tort comme l'état emphatique de pn. Si 
« Rabban » est une forme araméenne, on s'explique pourquoi Juda I 
n'a pas accepté ce titre et qu'on l'ait désigné par l'équivalent 
hébreu de pn, à savoir wan ; Judal était l'adversaire de l'usage de 
l'araméen en Palestine (v. Sofa, 49 b) et il se peut ainsi qu'il se soit 
prononcé contre le titre pn. 

C'est ainsi que la démonstration d'une ancienne faute de copie 
dans les textes du Talmud Yerouschalmi et de la littérature midra- 
schique nous a amené à rectifier une erreur moderne de la lexico- 
graphie talmudique. 

Budapest. 

W. Bâcher. 

i. Yaikout : a^ann. 



SUR QUELQUES NOMS PROPRES 

DANS DES DOCUMENTS DE LA GUENIZA 

RÉGEMMENT PUBLIÉS 



Dans la deuxième partie — qui vient de paraître — de son travail 
si neuf et si riche, intitulé « le divorce juif et l'acte de divorce 
juif »,M. Blau a mené à bonne fin ses .recherches sur ce sujet et il 
y mis au jour une telle abondance de matériaux et de déductions 
perspicaces que c'est une vraie jouissance de le suivre. Aussi bien 
cette étude sera-t-elle sans doute appréciée à sa valeur par des 
spécialistes. Je me borne ici à signaler que cette deuxième partie 
contient un certain nombre de documents de la Gueniza, qui tous, 
sauf deux, sont publiés pour la première fois et qui tous, saut' un, 
se composent d'actes de divorce remontant an xi e et au xn e siècles. 
L'auteur les a surtout utilisés comme matériaux pour l'histoire du 
texte de cet acte ; nous voudrions seulement examiner les noms de 
personnes qu'ils renferment, — travail qui était naturellement 
étranger à l'objet de l'étude de M. Blau, mais qui ne manque pas 
d'un certain intérêt. 

Tout au début (p. 3-6), l'auteur reproduit sept de ces actes de 
divorce, en partie textes originaux, en partie formulaires ; parmi 
ceux de la première catégorie figure — c'est le n° 1 — un acte de 
divorce daté de Fostàt 4 Eioul 1400 de l'ère des contrats (1089). Cet 
acte, qui se trouve dans la Bibliothèque publique de New-York, a 
paru en fac-similé dans \aJew. EncycL, IV, 624, et en transcription 

1 . Die judische Ehescheiduny und der judische Scheidebrief, zweiter Teil, 
Budapest, 1912. (Annexe du Jahresbericht der Landes-Rabhinerschule in Budapest 
pour 1911-1912.) 



QUELQUES NOMS PROPRES DANS DES DOCUMENTS DE LA GUENIZA 41 

dans Eisenstein, Ozar Yisrael, III, 270. M. Blau l'a emprunté à ce 
dernier ouvrage, d'où une erreur dans le nom du second témoin. 
Ce nom n'est pas i l 9 tp f -pa )TiDTi ^b*, mais, comme on le voit dis- 
tinctement sur le fac-similé, bb "^m 't>3 "jrDn ^b*. Ce Ali ha-Cohen 
b. Yahya reparaît dans d'autres documents de la Gueniza : comme 
témoin dans une Kelouba de l'année 4063 (ms. Bodl., 2874 33 ) et 
comme partie dans un contrat de 1085 (ibid., 2876 H , où il porte le 
titre de ons). De même*, le premier témoin signataire de notre acte 
de divorce, Hillel ha-Hazzân b. Ali, figure dans plusieurs documents 
de la Gueniza conservés à la Bodléienne : 2873 38 (de Tan 1067), 
2878 64 (1098) et 2878 63 (sans date). 

M. Blau raconte (p. 90) que sa deuxième partie était déjà sous 
presse quand, au cours d'un voyage à Londres, il trouva dans la 
collection de M. E. N. Adler dix autres actes de divorce provenant 
de la Gueniza, qu'il reproduit à la fin de son étude (p. 96 et .s.) ; de 
deux d'entre eux (n os 1 et 6) il donne aussi les fac-similé. Les noms 
contenus dans ces actes, notamment ceux des témoins, donnent 
également lieu à quelques observations. 

Au bas du n° 1 , daté de Fostàt 1020 et qui représente ainsi le plus 
ancien acte de divorce original connu jusqu'à présent, a signé 
comme premier témoin : êtido rr✠"a-a "t. . . ; de plus, M. Blau fait 
observer qu'au-dessus de «-iso il y a encore "prin en petites lettres, 
un d au-dessus du ta de msaiïî et un n au-dessus de s\ ce qu'il 
avoue ne pas pouvoir expliquer. En examinant le fac-similé, on 
remarque d'abord qu'il y a aussi un ■> au-dessus du premier 3 de 
^:na et un ? au-dessus du n, ce qui fait ensemble ror, ensuite qu'il 
ne faut pas lire rpaa«, mais rnaata. On doit donc restituer ^mn ns 1 *] 
lira anso rraara mn l\yi; ce Yéfet b. David b. Schekanya paraît 
aussi comme témoin dans une Ketouba de l'année 1034 (ms. 
Bodl., 2873 ;:i ); comp. ibid., 2706 <G , qui contient une collection 
de Yocerot et où on lit : w na ns^b mm r-raraïab "nnsi >nn 

rp33© "13. 

Le même Yéfet pourrait être le témoin qui a signé le n° 2, daté 
de Postât 1039-1048 2 , etil faudrait restituer ici tyi yarfc lînn ns*] 
«nso ymn. Nous le trouvons, en effet, avec cette signature comme 

1. Ces suscriptions au-dessus des noms se trouvent dans d'autres fragments de la 
Gueniza, p. ex. dans la Ketouba (éditée par moi, R. E. J., XL VIII, 175) datée de 
Fostat 1029 (non 1030) et où la première signature doit probablement être restituée 
ainsi : "Jinn T , *n " , 3""iD lTn[n riD" 1 ], identique avec le Yéfet b. David qui va être 
mentionné. 

2. La partie droite de cet acte de divorce est coupée et il n'est resté de la date que 
133 : on a la marge entre 1350 et 1359, c'est-à-dire 1039-1048 (non 1038-1047). 



42 REVUE DES ETUDES JUIVES 

témoin dans le document Bodl., 2874 12 , qui remonte probablement 
à 1037 (cf. ibid. % 2807 47 ô). 

Dans le n° 3, de Fostàt 11 10, nan na 'jon répudie sa femme ribias 
pon na. D'abord il faut, sans aucun doute, au lieu de nan, lire rian, 
nom qui correspond à l'hébreu ina (de là nbb« nan = ba»n3, voir 
mon 11 Nome Meborak, p. 6, = i?/v. Zw\, VII, 176). Quant a nbk«B, 
c'est la forme féminine du nom arabe base» = bss (v. Stein- 
schneider, J. Q. /?., XI, 586, 592). Ce nom ne reparaît à ma connais- 
sance que dans un acte de fiançailles de Fostât 1049 (édité par 
M. Isr. Lévi, R.E.J., XLVII, 301). — Les témoins qui figurent ici 
sont deux personnages connus par ailleurs. Le premier, '-pa prop 
an 'jn'nb 'x't "H-ison baiera *, se rencontre assez souvent dans les 
documents de la Gueniza à la Bodléienne, d'abord comme témoin 
dans un acte de divorce de l'an 1126 (ms. 28T7 39 ), puis dans des 
documents des années 1124-27 (ms. 2807', 2821 ,0 et 2873 7 j. Il était 
membre du tribunal de Fostât, comme il ressort du ms. 2876 08 
(cf. 2877 2r; ) ; c'était donc un personnage connu. C'est encore lui qui 
signe deux documents des années 1115 et 1124, documents publiés 
par Merx, Documents de paléographie hébraïque et arabe, n os 1-2. 
Est-il identique avec l'auteur d'un commentaire arabe de II Samuel 
(Ms. Brit. Mus., n° 167), comme l'admet G. Margolioutb [Catalogue, 
I, p. 125; cf. «/. Q. R., X, 385 et s., et Steinscbneider, Die arab. Lite- 
ratur der Juden, § 193)? Je ne saurais le décider, mais ce n'est pas 
impossible. — Le second témoin de notre acte de divorce, na mzna 
"jnan nbno, figure en la même qualité dans un contrat de 1156 (ms. 
Bodl., 2836 22 , où le nom du père est écrit inexatement nbtt, mais 
rectifié dans l'Index du Catalogue : Berakhotu Koben b. Sbelab ; 
corriger dans ce sens dans ma 77 Nome Meborak, p. 18 — Riv. Jsr., 
VII, 223, et v. l'appendice à mon article sur le nom Kanzi, ib., IX). 
Les témoins du n° 4 (Fostât, 1124) sont: yi û^n '-na Tttbttn prot^ 
(?) Va'Y* 1 "«oisa et ja nOTj '-pa *nbn insbn. Le surnom Noufoùsi est 
porté par le ^DiDDn niDtt 'n censément cité dans YÀroukh, s. v. sint* 
(éd. Kobut, I, 152; cf. Riv. Jsr., IX, Le); d'après Souyûti, s. v., 
il provient d'une tribu berbère, les Noufoûsa (v. Steinscbneider, 
,/. Q.R.< XI, 308). Mais, en réalité, cet adjectif signifie « du Djebel 
Nefousah » (noisu nn) en Tripoli taine 9 . Notre Isaac b. Hayyim 

1 . L'abréviation signifie fc*an D*5iyn ""nb p" 1 "!^ nDT- Mais dans les documents 
de la Gueniza qui vont être mentionnés tout de suite il signe le nom de son père avec 
la formule 'an 'yn 'nb 'HT ; ne faudrait-il pas, ici aussi, lire ainsi ? V. Kaufmann, 
Gesammelte Schriften, I, 20, 23. 

2. C'est là aussi qu'en l'année 1123 Josef b. Samuel b. Efraim copia pour Nissim 
b. Saadia le traité talmudique Kerilot (cf. Talmudical Fragments in the Bodleian 
Library, éd. Schechter and Singer, p. o). 



QUELQUES NOMS PROPRES DANS DES DOCUMENTS DE LÀ GUENIZA 43 

Noufoûsi est le destinataire d'une lettre d'affaires émanant d'un cer- 
tain Nissim b. Schéla (ms. Bodl., 2878 129 ). Quant à Halfon ha-Lévi b. 
Manassé, il paraît très souvent dans les documents de la Gueniza. 
11 figure d'abord plusieurs fois avec Isaac b. Samuel ba-Sefardi 
déjà nommé (ms. Bodl., 2807 \ 2876 e8 , 2877 2:; ), puis dans d'autres 
documents des années 1089 (collection Rainer, 1242), 1126 (ms. 
Bodl., 2876 ; ), 1132 {ibid., 2878 7 ) ou non datés {ibid., 2834 29 , 
2874 20 ô et 2874 30 ). En outre, le ms. 2805 16 contient de lui une 
lettre où il est encore appelé spNapbtf fa 1 ; peut-être était-il éga- 
lement membre du tribunal de Postât (v. ms. 2876 68 ). 

Le n" 5, de l'an 1125, provient de npst rrstt près Fostât (êO'tod^ 
rattaosb). Le nom de cette localité, qui est mentionnée ailleurs, 
p. ex. dans le ms. Bodl., 2876 68 , cité à l'instant, doit se lire Mounya 
Zifta (v. Yakoût, II, 936 ; IV, 675). La femme divorcée s'appelle ici 
aa->o na naoa. Banât est l'abréviation de quelque nom composé (v. 
Steinschneider, J.Q.R., X, 136). Le nom de arro m'est inconnu ; 
il vient peut-être de riajro (Siyâba), qui est chez les Arabes un nom 
de femme aussi bien qu'un nom d'homme (v. al-Moschtabih, éd. 
de Jong, p. 290). Cet acte de divorce est soussigné par les témoins 
Abraham b. ... et Lévi b. Abraham âô, que je ne connais pas par 
ailleurs. 

Dans le n° 6, de Fostât 1128, la femme divorcée se nomme no 
■nmtDan maïaa mpin -noatt na babnbi*. Le nom de femme Dalâl se 
rencontre ailleurs (v. plus loin), mais sans Sitt (sur quoi v. Stein- 
schneider, J.Q.R., XI, 330). Son père était, à ce que nous voyons, 
un esclave affranchi ; il semble que d'abord il portait seulement le 
nom arabe deBa^âraetque, quand il fut affranchi, il y ajouta le nom 
hébreu correspondant, Mebasser. D'après Steinschneider (J. Q. R., 
XII, 196), ce dernier nom doit être considéré comme arabe et lu 
Mubas'sir, mais notre cas montre que -nzntt était considéré comme 
un nom hébreu et prononcé Mebasser, car autrement on se deman- 
derait pourquoi Basara aurait échangé son nom arabe contre un 
autre nom arabe. Mebasser est donc un nom arabe hébraïsé, 
analogue à l'arabe Mubârak, devenu en hébreu Meborak 2 . Du reste, 

1. M. B. Chapira (Mélanges Hartwig Derenbourg, p. 122) veut, pour cette raison, 
l'identifier avec un certain Abu Sa'id b. Abu Sahl b. al-Kataïf ; mais cette identifi- 
cation n'est pas admissible, v. mes observations Riv. Isr., VI, 187., 

2. De même, le nom Héfeç (Vîn), par exemple, pourrait être une forme hébraïsée 
de l'arabe Khafs. II y a aussi des traductions et paraphrases hébraïques de noms 
arabes. Ainsi on emploie le nom biblique ^^a' ,, pour nNnâtt (« celui qui est choisi »), 
v. dans J.Q.R., N. S., II, 233, le poème en l'honneur de nNrÔ72 -pnbN, qui est 
rendu, p. 234, 1. 8, par 137175 "Htm (mal compris par l'éditeur, M. Davidson, qui 



44 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nous trouvons encore à Fostàt en 1099 un personnage nommé 
tantôt Basara b. Halfon, tantôt Mebasser b. Halfon [J.Q. /?., IX, 
410) '. — Outre Halfou b. Manassé, déjà nommé, cet acte de divorce 
porte la signature du témoin Halfon b. Galib ha-Hazzan, qui signe 
avec le premier un document de Tan 1127 (ms. Rodl., 2877 2:i ) et 
deux contrats de mariage des années 1128 et 1131 (ibid., 2873 40 et 
2874 s ). — Sur les porteurs du nom de abaa, Gâlib, v. Steinschneider, 
/. Q. fl., X, 513 (ajouter entre autres Meborak b. Gàlib. sur 
lequel on peut voir mon 11 Nome Meborak, p. \\=Riv. Isr., 
VIL, 215). 

Dans le n° 7, de Fostât 1145, les époux divorcés s'appellent : 
Joseph a^NbN iaa ■npnfc'i b. Moïse et D"W:* &mpm73i ^nwn, fille 
de Amram(v. J. Q. /?., XI, 485 en bas). Le nom de DiewNb» ne m'est 
pas autrement connu, pas plus que yrran (qui a l'air berbère); 
par contre, o*wa* (Umeys)est un nom arabe (D^jba, v. al-Mosch- 
tabih, p. 370), qui paraît encore dans un contrat de mariage de 
Fostât 1128 (ms. Bodl. 2873'°) : mma ninTJ na . . .(1. d-kh*) u^iz-j 
S»5 ipTn (v. Riv. Isr., IX, Le). — Le nom du premier témoin est 
effacé ; le second se nomme Yéfet b. Schemarya. M. Blau a mis un 
point d'interrogation après Yéfet, mais c'est sans raison, car dans 
un document de Fostât de l'an 1145 (ms. Bodl. 2878 H ) une des 
parties se nomme : ninâ p...03"iDn nD*> nvîÊ p5b ^by ia« *p©b« 
if prn rm»izj ; ce doit être le même que le nôtre 2 . 

Dans le n° 8, de Fostât 1140, M. Blau fait suivre le nom du mari 
divorcé, Abraham b. "pT 1 , d'un point d'interrogation. Peut-être 
faut-il lire "p^ ; nous connaissons, en effet, un "pa* -12 orna, c'est- 
à-dire Abraham b. Yachin, possesseur du fragment xm des Saa- 
dyana de Schechter (v. mon Schechter's Saadyana, p. 8, s. v.). Il 
est vrai que celui-ci était Kohen et, si le nôtre était identique avec 
lui, il aurait été désigné, lui aussi, comme aaronide. La femme 
divorcée se nomme Dalâl (bsbi), fille de Joseph. Nous avons déjà 
eu plus haut le nom de Sitt al-Dalâl; nous trouvons de plus une 
nommée Dalâl, fille de Mas'oùd, dans le ms. Bodl. 2878 3î . — Le 
premier témoin est ici Natan b. Samuel hé-Haber, sans doute celui 



corrige en nann nnai, v. n. 116). Mais on trouve aussi le nom ^3172, qui est sans 
doute une traduction correcte de ce nom arabe, par ex. a"o "in 3 173 "13 r,~p~\y 
de l'an 1081 (./. Q. R., XIII, 221), irmE à Djezirat ibn Omar (chez Benjamin de 
Tudèle, éd. Asher, p. 52), etc. 

1 . Mais non identique avec Mebasser b. Halfon, signataire d'un document de Fostàt 
1085 iris. Bodl. 2878 133 ), car il aurait eu alors plus de cent ans. 

2. Nommé encore dans un fragment, de la Gueniza sans date, où il il est appelé 

vi ipîn rriTSW irrin "p îae &"» pTH pd^ ninrâ (J. Q.R., ix, U6). 



QUELQUES NOMS PROPRES DANS DES DOCUMENTS DE LA GUENIZA 45 

en l'honneur duquel Juda Halévi a composé, à Damas, son poème 
pTn u^Din (Diwan, éd. Brody, I, 112) ; Natan y est désigné comme 
secrétaire de l'école talmudique de Fostâl (a"ns73 T*a na^izrn nono) 1 ; 
il est aussi le destinataire d'une lettre en prose rimée, commen- 
çant par mooisna -its ^a» (Ibid., p. 214). Natan est encore cité 
plusieurs fois dans les documents de la Gueniza à la Bodléienne, 
à savoir dans des documents des années 1128-1132 (ms. 2821 1 \ 
2873 so et 28T8 7 ), en outre dans un document de l'an 1090 (ms. 
2878 109 ), époque à laquelle, si la date est juste, Natan devait être 
encore fort jeune. — Le second témoin, Joseph ha-Lévi b. Yéfet, 
est un inconnu 2 . 

Le n° 9, de Fostât 1066, qui a déjà été édité par M. Schwab 
(R. E. J., LVI, 128), n'est pas un acte de divorce original, mais un 
formulaire. Il n'en est pas moins soussigné parle copiste du for- 
mulaire, Aron b. Ephraïm, qui signe : ta^nsa a-pa nrraiïïn pria 
anmzn cddo. Nous trouvons la même signature au bas d'un acte 
de divorce de 1058 (ms. Bodl. 2855 9 ), en outre au bas d'un contrat 
de mariage de 1060, où il signe : 55 û"nsa T'a nrwian pna (ibid., 
2873 43 ), et au bas d'une lettre, où il signe : iTnm nrraittn pria 
ins» D-nc» ^ana (J. Q. R., XIX, 731). 

Le n° 10 est également un formulaire, sans nom propre cette 
fois. Mais c'est le no 11 qui offre un intérêt tout particulier. C'est 
un acte d'affranchissement daté de Jérusalem, 1057, dans lequel 
Abraham b. Isaac *mn p aann^n donne la liberté à son esclave 
(femme) cp&na (ou tpaià). Dans le nom du maître, ce qui frappe 
d'abord, c'est nannan au lieu des mots ordinaires na^an, finpnïa'i, 
ri»n»n, etc. Puis on trouve ici un nom autrement inconnu, TVtti ; 
peut-être faut-il lire mn, nom porté par des Juifs (v. Steinschneider, 
J. Q. R., X, 530; XII, 127). Le nom de la femme est également 
inconnu jusqu'à présent. Ce document est signé par Çémah b. 
Elazar et par le prince et gaon Daniel b. Azarya, sur lequel on peut 
voir Bâcher, J. Q. /?., XV, 84, et mon article, R. É. J., XLVI1I, 
165, — Parmi les lacunes, celle de la 1. 11 peut être restituée 
ainsi: bfinizra [ou)] ^b [nfioJtaKbi, d'après un acte d'affranchissement 
analogue daté de Fostât 1085 (reproduit en fac-similé dans Jew. 
EncycL, XI, 405, et en transcription par Mars, J. Q. /?., N. S., I, 



1. Ibid. p. 113, un poème eu l'honneur d'un lils île Natan ("iDTOn p DDnn T"y 

p: '-]), début: n^n mpra ban. 

2. Peut-être identique avec le personnage nommé dans ms. Bodl.2861 16 : (sic) OTT^p 

"rna -nbn pd-> na ^ibn -\^n -nnan C|ot 'pattn D"»yan -ib*b nos 



40 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

134, qui donne inexactement la date de 1087). Dans cet acte, c'est 
au contraire une femme, Mudallila (nbbnw), fille de Salomon, qui 
affranchit son esclave (homme) Makhloûf, et ici c'est le nom de la 
maîtresse qu'on ne trouve pas ailleurs. A remarquer encore que, 
tandis que lacté jérusalémite est qualifié de m-pn "ib;di Tnno K3, 
celui de Fostât est désigné comme «m-in Bai "ppais ma«i nmrvo aro. 
Comme on le voit, la Gueniza ne cesse pas de mettre au jour du 
neuf et de l'inédit. 

Varsovie, 13 novembre 1912. 

Samuel Poznanski. 



LES « TOSSAFOT » DE R. ASCHER 

SUR « BEKACHOT » 



L'attribution à R. Àscher des Tossafot de Berachot, éditées dans 
le recueil i-HobiDTa ro'na (Varsovie, 1860), a été contestée de plu- 
sieurs côtés. D'abord Rabbinowicz *, puis Halberstam et Jellinek 2 
ont émis quelques doutes, que Zomber 3 a, enfin, développés, en 
cherchant à rejeter la paternité de R. Ascher. L'opinion de Zomber 
ayant été, dans ces derniers temps, acceptée tout bonnement par 
plusieurs auteurs '*, comme si elle était établie, il me paraît utile 
de discuter à nouveau cette question. 

Je reprends un à un les arguments de Zomber, en les soumet- 
tant à l'examen : 

1° On lit à la p. 1 de l'édition de Varsovie : . . .mma "'"un piatiû 
. . .rrc2p">u5 rratt ht *pa . . ."pa dîo . . .û "itt "in Kim, expressions qu'on 
ne trouve pas sous la plume d'Ascher. — Le passage de f° %a, s. v. 
vwwa, est une glose, qui expose une opinion différente ; elle com- 
mence à . ..naron ^m ...ronn rmrp '-nj . . ."p-rip 128 'pa uni 
(. . .N-imn in»bïa et finit à r»o "iswtd ymxn pns fismpm. Une glose 
semblable s'est glissée un peu plus haut : ...'jvd on frnE» «m 
n""i2Dl. Les rectifications du correcteur, dans l'édition de Varsovie, 
ne doivent pas être prises pour des Tossafot du Rosch et, ces 
gloses éliminées, le style concorde bien avec les Pesakirm De 
plus, l'opinion que, dans les Décisions, i, 1, il introduit par abi 
■^b s^rr: se retrouve dans les Tossafot, ibidem ;; ; 



1. Dikdoukë Sof'erhn, I, 80 : y"£. 

2. Konteros ha-Mefaresch. 

3. Magazin, V, 26 et s., 106; Ha-Maguid, 1879, n°» 26-28. 

4. Ratner, Ha-Mélitz, 1900 (contre Luncz) ; Aptowitzer, Moiiafsschrifl, 1910. 
u. Voir encore plus loin. 



48 REVUE DES ETUDES JUIVES 

2° Ces Tossafot mentionnent Nahmanide 11 b, 12a, qui n'est 
pas mentionné dans celles du même auteur sur Nidda*, Horayot, 
Meguilla et Schebouot, et qui ne Test qu'une seule fois (!) dans 
celles de Yebamot et autant dans celles de Ketoubot. Dans celles 
de Schebouot il évite (!) de le citer, tandis qu'il le cite dans ses 
Pesakim. D'autre part, ce qu'il cite dans 116 au nom de Nahma- 
nide, il le cite dans ses Pesakim, ni, 1, au nom de n"\ tandis que 
la citation de 12a ne se retrouve ni dans ses Pesakim sur Moëd 
Katan, ni dans ses Hilchot Cicit-, bien que l'ensemble y ait trouvé 
place. — Ce qui, dans les Tossafot de Berachot, 18a, s. v. "p«i 
(11 b), est cité au nom de Nahmanide, est repris dans les Pesakim 
sans nom d'auteur, et non pas au nom de onBia w ; c'est une 
autre opinion qui est citée au nom de D"ntt"ia w et la ci talion est 
suivie des mots : msi ...vas ote ma V't fattifi b^ vraa pi 
. ..vasb npnb. Les citations faites dans 116 et 12a au nom de 
Nahmanide sont empruntées à son Torat ha- Adam 3 , qui est men- 
tionné fréquemment et avec indication d'auteur dans les Pesakim 
de Moëd Katan. En outre, Zomber n'a pas remarqué qu'une cita- 
tion du même ouvrage au nom de Nahmanide figure dans les 
Pesakim sur Berachot, n, 15 4 , mais non dans les Tossafot. D'un 
autre côté, Nahmanide est encore cité une troisième fois dans 
celles-ci, sur 4'Sa, s. v. "pr-m '-n (28 6), et cette fois dans les Pesa- 
kim également (vi, 33) ! 

3° R. Méir de Rothenbourg n'est pas cité dans les Tossafot de 
Berachot, alors qu'il a écrit un ouvrage sur ce traité. — Même dans 
les Pesakim de Berachot, R. Méir n'est cité que deux fois : 1° dans 
n, 5, discussion orale (rosa Tinai viwdd) ; 2° dans ni, 2, d'après les 
Hilchot Semahot, et pourtant R. Méir avait écrit aussi des Piskê 
Berachot ! D'une manière générale, R. Méir n'est pas cité souvent 
par Ascher; il ne l'est pas du tout, par exemple, dans les Tossafot 
de Soucca, Sota, etc. 5 . 

4° Dans les Tossafot de Berachot, l'auteur ne se réfère jamais à 
ses Tossafot sur d'autres traités, et là où il le fait, comme dans 
266, c'est un emprunt aux Tossafot de Juda Sire Léon. De même 



1. Alors manuscrites, elles sont imprimées maintenant dans l'édition Roinm du 
Talraud. 

2. Pas davantage dans Tossafot Suida, 61 b. 

3. 11 b = Torat ha-Adam, porte T3S3 baifl ini2, Venise, 1595, 23 b, 12 a = 
porte rïfiWtin, 32 b. 

4. Empruntée aussi à Torat ha-Adam. 

5. Au reste, on trouve sur 476, s. v. rPÉt"l TV2 (32c), une explication au nom de 
73 ""1, qui pourrait être 11. Méir de Rothenbourg. 



LES « TOSSAFOT » DE R. ASCHER SUR « BERACHOT » 49 

Asclier ne renvoie pas, dans ses Tossafot sur Meguilla et Sche- 
bouot, où l'occasion s'en offrait, à celles de Berachot. — Asclier 
renvoie, dans les Tossafot de Berachot, sur 7 6, s. v. *w, à Sabbat 
(natïn p"sn 'wi ri» ^sbi); sur 41a, 5. t>. Isa, à Soacca (p. 26 6 : Isa 
ïtdio*! a*3p p-isn vnm^s Tnab }■« hvan "^Td), ce qui se trouve effec- 
tivement dans les Tossafot d'Ascher sur Soacca *, f° 6 a, 5. v. Isa ! 
D'autre part, il renvoie, sur 42a, 5. y. EpTi (28a : Tmzrrs aizn), à 
Pesahim ; sur 38 6, 5. v. tdi (24 6), à i?a6a 6alm (onna û-wm iab» 
rrrrsn rn« ^otoh 's anna anna s sia), et si cette citation n'a pas 
trouvé place dans Schitta Mekoubbécet, sur Baba batra, ad /oc. 
(Zomber, p. 106), ce ne peut être un argument contre, attendu 
que la Schitta n'a recueilli qu'une petite partie des Tossafot sur 
Baba batra. Quant à croire, avec Zomber, que les références sont 
empruntées aux Tossafot de Sire Léon, c'est impossible ; ce ne 
pourrait être que si l'auteur avait mentionné le nom de ce dernier 
ou* avait, du moins, cité ses termes ; or, ce n'est pas le cas pour 
toutes les références en question et on se demande de quelle 
manière il aurait emprunté les références. Nous avons vu, du reste, 
que le renvoi à Soucca s'applique bien aux Tossafot d'Ascher sur 
ce traité. Enfin, si nous ne trouvons pas, dans les Tossafot sur 
d'autres traités, des références à Berachot, cela ne prouve rien; 
chez Ascher comme chez d'autres auteurs, les références sont 
fort rares. 

5° P. 196, s. v. in ns^a, n'est pas d'accord avec Tossafot sur 
Nidda, ms. (66a : ...nmyvri b""n); d'autre part, dans Schebouot, 
12 6, 5. v. maaa, Asclier réfute R. Tarn, tandis qu'ici, 26a, s. v. 
■WE, l'auteur se rallie à lui. Dans son commentaire sur Tamid, v, 
in., Ascher tire un argument du traité « éloigné » de Taanit, alors 
qu'il pouvait le tirer de Tamid môme, comme dans Berachot, 8 6, 
s. v. a"n, et de plus, la leçon qui est désignée ici comme celle de 
tous les exemplaires (D*nson ba) est mentionnée dans Tamid, l. c., 
comme celle de quelques exemplaires seulement (tmso nr). — Ces 
divergences entre les Tossafot de Berachot et celles d'autres 
traités ne sont pas des objections valables : dans celles-là, Ascher 
suivait encore R. Juda Sire Léon et le copiait ; plus tard il a 
changé d'opinion. Nous constatons le même fait chez Raschi, par 
exemple, qui, en un passage, suit le commentaire attribué à R. 
Guerschom et ailleurs le contredit 2 . 

6° D'après l'introduction du Céda la-Dérech, citée par Azoulaï, 

1. Éd. Wertheimer, Jérusalem, 1907. 

2. Cf. plus loin, à 7°. 

T. LXV, n» 129. 4 



50 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Se hem, s. v. Tossafot, R. Ascber a abrégé ses Tossafot de celles 
de R. Samson de Sens, tandis que celles de Berachot sont un 
abrégé de celles de R. Juda Sire Léon. — Mais dans les Pesakim de 
Berachot aussi Ascber a utilisé et cité, constamment et exclusi- 
vement, les Tossafot de Sire Léon, nous nous trouvons donc, en 
tout cas, en présence d'une exception — qu'on expliquera 
comme on voudra — à la règle de Menabem b. Zérah, règle qui 
doit être exacte ailleurs. De plus, il me semble que, dans les 
Tossafot de Berachot, Ascber a utilisé également les Tossafot de 
R. Simson. 

7° Les Tossafot de Berachot sont en désaccord avec les Pesakim 
sur quelques passages. — Il suffit de rappeler que les Pesakim ont 
été composés en Espagne, c'est-à-dire après 1306, entre 1313 et 
1319 ', tandis que les Tossafot ont été écrites bien plus tôt 2 . On 
constate de même, et pour prendre un exemple, que les Tossafot 
de Soucca, 4a, s. v. isin ftn (V'33), ne concordent pas avec les 
Pesakim, n° 3 3 . 

Si les arguments de Zomber contre la paternité d'Ascher n'ont 
pas de force probante, en revanche on peut faire valoir les raisons 
suivantes, qui ne manquent pas de poids, en faveur de l'attribu- 
tion de nos Tossafot à Ascher. 

I. — La langue des Tossafot est tout à fait semblable à celle des 
Pesakim, comme Zomber l'a déjà observé, et souvent mot pour 
mot. Il est, en effet, très vraisemblable qu 1 Ascher, lorsqu'il écrivit 
plus tard ses Pesakim, prit pour base ses Tossafot 1 ". Aussi trou- 
vons-nous dans les deux ouvrages jusqu'à des termes comme ">bi 
ïwo ■'b .îians, etc., qu'un autre auteur, qui aurait utilisé les 
Pesakim, n'aurait pas pu employer sans être un plagiaire. Nous 
trouvons même des passages qui dans les Tossafot sont introduits 
par ->b rrena, mais dont le fond seulement est reproduit dans les 
Pesakim. 

Voici des exemples de ces cas (je ne mentionne que ceux à 

1. Voir H. Jafé, dans la traduction de Graetz par Rabbinowitz, V, 408, n. 22. 

2. Ascher, Consultations, xlii, 2 : mairOS D"nN 3PD D^pODS 1CTW. Cf. 

li, 2 : na^nc rnsoinn pwm ...ÉÔia^biB "pyb fôob «n nnN •robn 

l"3îtt3 "'SX ^11S. Les Tossafot sont mentionnées déjà dans les Pesakim, Baba 
Kamma,l, 17 : V2bW\^r> ©TTD TOnD TMEJ^nDai, lire: ^niD"nD31 ; 
de même ib., 16 : b"T 12"l 3"in Dm O TP D 3 3HDÏÏ 1733, lire : irOrOffi 
Tl^-IDS (R. Joël Sirkes dans ses gloses). 

3. Voir la note de Wertheimer, ad loc. 

4. De même, R. ÎSissim Gerundi a pris ses Novelles pour base de son commentaire 
d'Alfasi, \. l'introd. de ses IS'ovelles sur Aboda zara. 



LES « TOSSAFOT » DE R. ASGHER SUR « RERACHOT » 51 

propos desquels Ascher fait ressortir que c'est son explication ou 
son opinion) : 

1° P. 36-c. Tout le passage textuellement dans les Pesa/dm, l, 1, 
ici et là, avec les mots . . .man (W'n] arar-na rm *h firWD ab-i 
. . . :raart û^pb n^n:"i, mais avec cette addition dans les 
Pesakim : . . . -"p MTttm n N n 3 "*. m » . 

2° P. 66, 5. v. niaia ai : ...'"«d oaba am . . .yen T'JI, textuellement 
dans Ascher, I, 7. 

3° P. 96, .y. w. r-tfiaa : tnanott "-[abri . . ."jctta na->ia- , tt l'aï mîr» 7'J 
. . .ïifcrnpfi pT na^ia = Ascher, II, 3, mais dans des termes 
différents. 

4° P. 9c, 5. v. 3>iT73«an : . . . (1. -.b) *■ 3 «n* 1 - na abn ...-<"ians, textuel- 
lement dans Ascher, II, 5. 

5° P. II c-c^, s. v. -nas an : ^ma t-pn n-^a ïtïi dn E|k riT o^a "-obi 
a m» m xnb^i (d'après les Tossafot de Sire Léon) 
. . .«^n Ascher, III, 3. 

6° P. 14 d, s. v. "pitt : fm .. .û^tti» ia*n ...û^n^iN ©■« nappa s-rampi 
. ..vrai» Trpïro nsi3 = Ascher, III, 18 (ir« "o r-iana pn 
...»ba). 

7° P. 16c, .s. v. gpa : . . .tra^a -on n"n as panonb la-n (d'après Sire 
Léon) ...nos y*m NianoMi = Ascher, III, 54 (n a n d » -.). 

8° P. 16c, *. ^. r-natn w : ...■nba^iatt ^"3 na»T nbnm = Ascher, IV, 
1 (. . .ïibyrçstt rfan-- ïid^t rnbnm). 

9° P. 17 6,. y. v.Kz'a :aro"p"o ...a"*» (d'après Sire Léon) onsnban... 

...«in innoai nïïj-ji "pau '«tt an = Ascher, IV, 2. 
10° P. 18d, 5. v. aa-tt : tttw i-n-wn fa... rn"nb j-ian ■'"m... 
(d'après Sire Léon) wai . . . niaaNi ...bba nano» fit b n 
nnn aa poan "nm ^ nKT3 . . .prp ïtt as = Ascher, IV, 17. 
11° P. 206, .v. t\ n^û : baaia 1*1:0 lanab nanai ...-»b n^ti 
oian hy S-nania chip ■naab'/a ï-roan = Ascher, V, 14, ou 
seulement : b-na-a aa*ia la-n^an a'a»« b-nonia a-np baaia pro 
baa ms-^a n"n ; dans les Toss., en plus : . . .anca ava •a" , n 
. . .TiTttNtt) rittb "p-.© ab ï-jt y -in"» m. 
12° P. 22 6, s. c. i»na an: am nia a ni . ..K""n . ..o&ba an ana 
irosjro it ana a spoim . ..osba (Ascher : aiaim 
1 -• a 1a Nnn ta i îa s naiia nnnaoïa ■> s b t»3u>73 nmaa 
ibaïab -nan)=: Ascher, VI, 2. 
13° P. 23 6, s. v. bfinttttn an : rnan "îab-j "V'^ . . .ana ab a am. . . 
ma 173a . . .nanott ^m . . .arn = Ascher, VI, 8, textuelle- 
ment. Mais ce qui suit dans les Toss. : isnoia ivo w"^*i pn 
. . .n^ns abn, ne se trouve pas chez Ascher, ibid. 



52 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

14° P. "246, .s. v. «an n738 : an a"a . . .^unsb trop laa73tt "6 riKn^l 
. . .hw«p moins •pa (rn)imD73 ïtïi n» r-nBtû = Ascher, VI, 
10: ... tvdxû a-ibi ^sneb n © p nyr 

15° P. 24c?, 5. y. ira = Ascher, VI, 16 et Toss. d'Ascher sur Soucca, 
266, s. v. np-o abi. 

16° P. 25 c?, .v. v. nnaa ■*» : . . .pson p pbnonb . . .tr»© Brn. . . 
(cf. To.ss. Soucca, iô.) ^ KTÎ13 abi . . .*73ia73 i"n "nan npn73n 
. . .nanom = VI, 16, textuellement, mais avec cette addition : 
^"t rav n"rr Di»a ^n k xs73 pi ...pvwt 'm ^nn 3>73iD73 pi. 

17° P. 26£-c,s.t>. ba«: ...n;na-> nsmtû ûn73 nr« b*n osbat an ana pi 
nra b* npafcn i w iznBi osba am wi an -nan riNna njab^n 
îTStnitt) ûriTa. (Ascher ajoute ici ces mots, qu'on lit dans les 
Tossafot, s. v. ba, d'après celles de Sire Léon : trarrb 'pan 
...natin ûnt ...ïTNn) b"ïï ... 1 T3->^n ...rmm 'm n"y&« 
. . .n»Np Nbntt = Ascher, VI, 25 (. . .n73Kp abn73 a"b*i). 

18° P. 27c?, s. v. ■•an ^ : ...«irr rm ^a bba ^ nanott abi ...«"^... 
= Ascher, VI, 29, textuellement. 

19° P. 28rf, s. v. ynn : n"m . . .non» tm [S"t -nbn] n-^73 n"m . . .*"■» 
ïtt b* rt^fin ^anb *y*wo b"2) ana iot = Ascher, VI, 35, où 
on lit de même : irpan na^nir wan '^ss ana n « n 3 i. 

20° P. 29c?, s. v. mnpam : vnnab Nbi vasb «b. . . (d'après Sire Léon) 
. . ."nabs an ^nan bar ^ n ta p mi = Ascher, VI, 43 (n rc p Dan 
■niabs an -nanb, sans ^b). 

21° P. 29 c, s. v. »"n ana : . . .vnana b"ïï . . .b"n Y»b* ;pi»n Y'aanm 
...DM572 mttbb «-n . ..a"aian ana = Ascher, VII, 2, 
textuellement. 

22° P. 32 a, 5. v . p-'ïib : . .n"a^nn ana pi ...-wi an ûtaa ama vrwn... 
. ..amnana 273^73 ab o^rob p*>o£73n ^^->bn y'JT, jusqu'à 
•pana73n fnTOD "pnEiin, tout cela = Ascher, VII, 12, mais 
sans le nan «735» pi des Toss.; par contre, avec cette addi- 
tion dans les Pesakim : . . .'pS'HK 'paiû Kftba. 

23° P. 346, 5. v. nns baa : . . .v nano73 abi . . .73'^ 1 . . . = Ascher, 
VII, 23. 

Ces exemples, qu'on pourrait multiplier, suffisent à prouver que 
l'auteur des Pesakim et celui des Tossafot sont identiques l'un 
avec l'autre. Ils illustrent en même temps les rapports des Pesakim 
avec les Tossafot. 

1. Ascher: ...b"">T ...n"Nl. 



LES « TOSSAFOT » DE R. ASCHER SUR « BERACHOT » 53 

IT. — La référence aux Tossafot de Soucca, qui s'applique bien 
aux Tossafot d'Ascheri sur ce traité i . 

III. — Enfin, la paternité d'Ascher pour nos Tossafot est attestée 
par un auteur qui n'est rien moins que son fils, par R. Jacob, 
l'auteur du Tour, qui, dans Tour Orah Hayylm, cvn, cite ces 
Tossafot (sur 23a, s. v. tmnb b"D"> ûk) textuellement — l'éditeur de 
Varsovie a corrigé à tort le passage — au nom de son père, ce qui 
a échappé à Josephe Garo ; il avoue n'avoir trouvé le passage ni 
dans les Pesakim ni dans les Consultations 2 . 

Je mets les deux textes l'un en regard de l'autre. 

Tossafot : Tour : 

Htm '->d -pbib ^b a-rna Nb ^b arp-ia ab 1HD b'"t N"K1 
b-.a-» î^ara [ht aon] ^ ^a «nb^ya ^ "o «nbi» ^m èwditd -peta 
r-nanan i» nnaa nan iznnb nn^a -m iznnb bia* irwa rtT son 
■mnbnb in noD-isb in [n&nsnb] noansb in nerisnb manan 5373 

.2 "si bna^ on *6 hn-131 vnttbnb in 

ïïinn3 un unn^s uîinb 

V» at rr"> rt « b ta nan i b ar a 

♦JN3 ^ ûnp -nb* rapab 

Le manuscrit de Berne 253 a : bia^ un '-m . . .'ro b"T i2i"tf-H «"an 
rainnsia '■'•a unnb (sans ">b). Les mots : . . .izrmb Via-' aa ïiarm, qui 
occupent dans le Tourte place du y"ari de notre version, sont, sans 
doute, une addition postérieure d'Ascher lui-même, addition qui 
n'était connue que de son fils. 

Berne, 10 septembre 1912. 

I. N. Epstein. 

i. Voir plus haut, et cf. sub 15°. 

2. Bet Joseph, ib. : rnniBra abi Déposa ab ru lai ^nNa&tt «b. 



NOMS DE DIEU ET DES ANGES 

DANS LA MEZOUZA 



il 

Il y 'a deux ans environ, j'ai étudié dans cette Revue * l'usage, 
ou plutôt l'abus, fréquent au moyen âge, encore que vivement 
combattu par Maïmonide et d'autres autorités, d'ajouter à la 
mezouza des versets des Psaumes, des noms de Dieu et des noms 
d'anges, ainsi que des figures mystiques. J'avais pu constater 
alors cinq types de mezonzas de ce genre. J'ai trouvé depuis 
quatre autres mezouzas à additions mystiques, que je me propose 
de faire connaître et d'examiner rapidement ici. Pour les choses 
connues, je m'en rapporterai à mon premier article. 

Ces mezouzas sont contenues dans l'ouvrage manuscrit intitulé 
Se fer ha-Assoufot 2 (Cod. Montefiore 115, dans le Jews' Collège, à 
Londres, f° US a-Wdd) 3 . 

6. Mezouza allemande K 

A 22 lignes ; Psaumes, cxxi, o, 1, 8 ; 45 fois rp, 1 fois iït, 2 fois 
"n, 4 fois mrp; 10 noms d'anges ; 24 figures. La disposition est la 
suivante : 



1. T. LX (1910), p. 39-52. 

2. Voir Rabbinowicz, Variai Lectiones, II, i. f.\ Gross, dans Magazin, X, 64 et s.; 
Gaster, dans le Rapport du Montefiore Collège pour 1892-1893. 

3. J'ai pu utiliser ce manuscrit grâce à M. Hirschfeld et par l'entremise de M. S. Poz- 
nanski. 

4. Sans nom d'auteur, dans le manuscrit, mais plus loin l'auteur se réfère à cette 
mezouza en ces termes : comme je l'ai ordonnée dans mon Ordonnance ("HDND 
■»bï3 "1103 Tmo). Or, comme l'auteur était un Allemand, cette mezouza était en 
usage en Allemagne. 



NOMS DE DIEU ET DES ANGES DANS LA MEZOUZA S5 

nN ...3>OT 1 



^-1731^ 



V* r. 



m: 



nn 1 



o o o 



rr 






unirai . ..a-nain 3 

9 



pTS ...^333 



^X ti»»' 1 



ba-naa "pttû nsaub ...^aanaan 
"piJiaai ..."pa 



nrr 



■s 

o— — o 



s£& bant* 



bac» ^3« ...mm 7 

nai^bi ...mat» 8 



X 



inyn ...baa 9 

sn 53» ^nriDn ...ïtvp io 

-°-° barpTO [^T^] û^b ...mur il 

naio-n * ^bit tmnN ...id 12 

mïrpl pn ...amnnratn 13 



"ftoBi nx by rsba-* ...tnaWT 14 
o btrâniâ aab . ..ama&n is 



Tin* 



bNs-i 

rrn5>73 

b&w* 



T amrapi . . . Dr»73'2Di 16 

amwbi ...an» n 

^nabai ...ans 18 

^ra* ^ma . ..-pia 19 

irman ...^njiDai 20 

00 a^aian ...n©N 21 



Û$^ 



> c. y o o p 

> o o— — o o ■* 



000 yn^n by 22 
1Tiaa73 visbiso :nis bers-rta b"âê3 bamaa bââ^Ë 



Le nombre et la succession des anges dans la colonne de gauche 
sont, on le voit, les mêmes que dans les n 05 1 et 4 2 . Le n° 4 a 
également des noms de Dieu et des noms d'anges. Le n° 6 n'en 
représente pas moins un type essentiellement différent. Le n° 2 
présente des noms d'anges après le texte 3 . Pour les noms d'anges 
du n° 6, v. Revue, LX, 45-48. 

1. Le texte porte ")73ia , v Mais les n°* 7 et 8 ont aussi n^UÎ^T. 

2. Bévue, LX, 45-46 et 51. 

3. Ibid., p. 47. 



56 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Il y a deux variantes du n° G : 



a : 


baoy ba-naa 




ba-naa 


b : 


LJ bco ^ 



S bfirnT * 



bars-iu) 



^nabai ...ûpn 18 

ûnaatai ...û^nann 3 

■naybi ...ïTiattt s 

nnya ...baa 9 

ûab ...ûrnam is 

Û^UÎtl ...TON 21 

yn^n by 22 



Mezonza de Salomon b. Juda 



A gauche du texte 13 fois m, 1 fois Actuariel 2 , 1 fois rtiîr, 1 fois 
•ma, 7 noms d'anges, 16 figures. A la suite du texte Psaumes, cxxi, 
7, 5, 8 (dans cet ordre) ; 4 figures. Au verso : iro, etc. ; "nra ; 
3 figures : 



:& 



!Y 



°P' 



I e Ligne 



1. Revue, LX, p. 52. L'indication donnée en cet endroit d'après Gross apparaît 
inexacte, car cette mezouza n'offre qu'une analogie très lointaine avec le n° 5. 

2. Ibid.,p. 47, n. 1. 

3. Au verso, correspondant à 'n l^nbN H : 



1T1D 



TOD173D 



"ma 



. Cf. Revue, L\, 

42-43 et plus loin, p. 59, n. 1. Le S. Assoufot cite un texte de Scherira relatif à la 
mezouza et continue : "la^H f "IN" 53» D^O^IÏ) "in»b avob fHaK) TINSSE 1 

fi nntna rrob "p^an '^sio viax» -nyi 



ma 



Taa-.Tsa 



in: 



Toai7:a inaa inn rvms V*> ara oran naaa /ne yttOT y-in a^pioa 
y»» btt) iiiûni pioa bio 'n la^nba 'n p-itun 'ï37a">aa 'itcï ,ina 
qbnriTa 'i /i ay qbnnB 't /n ay qbnn?a 'i /i ay qbnnTa 'a .bÉne 
'a /n a? 'n /b a? '» ,'n ûj» 'a /ma qibn 1» rv.m "nn /n ay 
/i ay -a .roa^aa qnbn *i?a na^nb» *nn /i aa> 't /a a? 'o /^ a? 
.mTiN i"-> Dm ,-ina qibn p mm *nn /n ay "i /i ay 't ,'n ûy 'i 

— Nouvel indice de l'existence de la mezouza mystique dans des ouvrages des 
Gueonim. Cf. Revue, LX, 42. Le texte de Scherira en question débute ainsi : ÏTnT72 

ny©a na©a 'an ,nwm a"o ania a"N naaa nnic a"aa aro^b ^"nas 
ï-raTO7a i-ïatD naia nyiaa naïaa 'nai ,bKsi naiTaTa naia man bîtta 'n 

^a^j?. Cf. Revue, LX, 49; J"in "WTn sur Sanhédrin, 2lb,s.v. rsiTHl sur 

Kaschi, Sanhed., l. c. : mriTTaai my^apa D^nnaa "jmN "paa nawiaib ana, 

remarque : } 73 T a Dip72 ^^13 VHÏÏ Nin mriTTaai b"T "^"«51 3rD"J ^»1 

...anr: nvmNa nnTTan aaa m Tau? nssp •pamaa vn© a*>a"iNan 



NOMS DE DIEU ET DES ANGES DANS LA MEZOUZA 

X b ^ 3 



57 



bSnnDN 6 

i 



n . 



b ô i> 



bfiP-|TJ 8 

9 



ooo b&rpns il 

133 13 

2^ b5ÔD=TÎ25 15 



T-iwra-» 



mn^ 



17 



5«sn 18 

19 



LJ a«3* 20 

2 21 



Psaumes, cxxi, 7 5, 8, avec /4^ TY °^\ 



8. Mezouza de R. Eliézer b. Yoël. 

15 fois i-p, 6 noms d'anges, 17 figures. Après le texte Psaumes, 
cxxi, 5, 7, 8 ; 10 noms d'anges ; 3 figures : 



1 Ligne 3 

2 4 



1. Au verso, correspondant à Via^bl 



2. Au verso seulement, correspondant à D^ftlUIn ^WD ' \ 



o < 

Q O 

à b 



. Ceci 



est entièrement nouveau, car d'ordinaire on écrit vr© à la place qui correspond à 
l'espace séparant les deux paragraphes du Pentateuque, voir Revue, LX, 41-43. 

3. Fin de la ligne Tjm Cf. Revue, LX, 48, n. 2 fin. 

4. Verso seul correspondant à VÎT! : yV/v 



58 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



X « 

o b«"naa 5 



n 

e> o 



«p 



bfiTnTy 8 

o barpias n 





~P 



13 



bâËri n 

S*»* 20 

oo 21 

•part b? 22 



ooo "py nn "piû^ao "O-iirr 



m 



m 



•pDbiDo 3 bômis* bN3sn 5 b^mn 8 



bfiriD7atz) 7 banna 8 vna^a' 



■jvby b« bfirny' ba^asTD 11 ber-inT" 
b« thk b« «ma ba unnp b« 

Ps., cxxi, 5, 7, 8 in 5N "H3 



1. Verso correspondant à "fta^bl : 

2. V. Deut., xxxii, 10, et Ps., xvm, 8. 

3. V. Revue, LX, 48, n. 4. 

4. Ibîd., 47, n. 5. 

5. V. Schwab, Vocabulaire de Uangèlologie, p. 130. D'après Iiolê Midraschot, 
éd. Wertheimer, I, 23, Hananel est un des princes qui se tiennent à la porte nord du 
premier ciel. 

6. Vocabulaire, 109; Bét ha-Midrasch, V, 168 ; S. ha-Kana, éd. Koretz, 55a; 
Buxtorf, Lexikon, 829 : « Sandalphon et Hadraniel » (manque dans le toxte hébreu). 

7. Vocabulaire, 257 ; Bote Midraschot, I, 25. 

8. Vocabulaire, 92. 

9. Ibid., 170 ; Revue, LX, 47, n. 6. 

10. Vocabulaire, 208 : Bét ha-Midrasch, III, 94. 

11. Vocabulaire, 153, 154; Cordovero, Pardès, porte xxi, ch. 4, z. f. : bfiP*aî31D 
N21, nom de Dieu. 

12. Vocabulaire, 121 ; Bel ha-Midrasch, III, 94, 101 ; V, 169. 



NOMS DE DIEU ET DES ANGES DANS LA MEZOUZA 



59 



Z1POD 



9. Mezouza palestinienne 1 . 



spp:« 



banaa ma 

D"Wn b&* 

b^a^ 

bïFtti 

b&ôpîË ïbDina 

bfiWl TTTD 

bï«5 



*pab 



.2EU3 i 



z^^vn 



"puisai ...rhan 2 

îûipbtti ...mm 3 

nnb ...pbo&ti 4 

naaab ...mm s 

•■jmpai ..,bn 6 

•pNîi ...ananai 7 
tnbiû *]b oum "pba -pas (•« «ib*» 



IZrDDOD 



Ce qui est nouveau dans cette mezouza, c'est : 1° atibtf ba et 
mna ; 2° ina, etc. du côté du texte ; 3° la bénédiction sacerdotale 
avec le nom mystique de Dieu de 22 lettres qui en est dérivé : 
ûnp3N, etc. L'insertion de versets bibliques et de noms mystiques 
au-dessus et au-dessous du texte nous est connue par une autre 
mezouza, qui provient vraisemblablement, elle aussi, de Pales- 
tine 2 . 

On a déjà beaucoup écrit sur ce nom de 22 lettres 3 . L'auteur de 
la permutation n'est pas, comme le croit M. Krauss, Jacob Emden : 
elle se trouve déjà dans le Pardès de Gordovero, porte xxi, chap. 11 
(éd. Poritzk, 108 a). La dérivation de la bénédiction sacerdotale est 
mentionnée par l'auteur du Ceror ha-Mor., éd. Varsovie, IV, 6a, et 
même avant lui par Bahya, éd. Riva. 196 6. Pour les phrases 
formées à l'aide de lettres de ce nom mystique, la source la plus 



1. Citée en ces termes : 

Y'->3 nnaDn iams»r 



m ^laaia mna n^aia dvd nwavr htitt: 
aia .PNTn htite bio mi3^ marna frrn 



îanptt Diarr inn in^ nia 
mm ni 



Nim mtti 



ma 



td3-ît:2 



122123 pm:i nrmN 



iTi: 



p5o D^^ipri îanpa -inideîti miia^n 
p iben .tâvHan rm" lai ni»bi* ■'nia in-d: i3iu mm irnbN 

...HTITTa blB rmifin ^IDNI. Le mot laanD, qui appartient certainement 
au texte utilisé par Assoufot, laisse voir que la division des lignes remonte à une 
source ancienne, n"l13 v J signifie « le verso ». Je ne sais comment le mot a pris ce 
sens. Sur la division en 7 lignes v. Revue, LX, 47. n. 7. 

2. V. Revue, LX, 46-47. 

3. V. Schwab, Vocabulaire, 62, 102 ; Perles, dans Monatsschrift, 1872, p. 259 ; 
Allgemeine Zeitung des Judentums, 1874, p. 246, 351-352 ; 1898, p. 29 ; Heller, dans 
Revue, LV, 63-68 ; LVII, 105-107 ; Krauss, Revue, LVI, 251-253. 



60 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ancienne n'est pas, comme le supposent Krauss et Heller, le 
Schaaré Cion. Le Ceror ha-Mor a la prière suivante : 

^ea&fa runio'n nn'p «a bit 

noNttfo ûfcrszi'n nb *pnb 

D^sstfa *\t& n^aib nnb n^anb ma 

nanbefa ■* ^730 n^asiDa yapi D^pv nbn 

Et déjà dans le Se fer ha-Kana, éd. Koretz, 54c, on trouve : 

^nbttà rnnh mfp N-nb n:n ûnpaa 

iptmfa babah rtnbb ■wîPttfe ddod 

^prvofa a>izi-< 3^b nnb rtrrbb nnb d^odod 

Vmanfa irv ^iwb «a yr\y*\ vin 1 » «ri 8 ! troavn 

Dans le Kana, ms. Epstein, la première ligne est ainsi conçue: 

•j n b H h mnh ramp cmâ N3N n n p a n ; 
puis : 

^pmifa babah nanib laanzjb nnos. 

L'auteur du Schaaré Cion a évidemment utilisé le Kana f . Pour 
les partisans de l'équation û^oa-pi = Dionysos, la leçon de notre 
mezouza est importante : diowr, d'autant plus que la dernière 
lettre pourrait être un o. Je signale encore la ponctuation du 
Fardes : D^Dai^T Q^Dsps ûnpç ûnpaa. Voir encore une interpréta- 
tion du nom dans le Ciouni sur Nasso, citée aussi dans le Midrasch 
Talpiyotj à l'article Birkat Kohanim. 

Vienne, 15 février 1912. 

V. Aptowitzer. 

1. Cf. Revue, LX, 65, n. 2. 



CATALOGUE DES ACTES 

4 

DE 

JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 

ROIS D'ARAGON 

CONCERNANT LES JUIFS 

(1213-1291) 

(suite ') 

ACTES DE PEDRO III (1276-1285). 

1026. — D. Alfonso informe ses fidèles aljamas des Juifs de Cata- 
logne que le roi, son père, a concédé à l'aljama des Juifs de Lérida que 
la répartition des taxes royales imposées sur ladite aljama et sur les 
autres communautés juives de Catalogne se ferait par sou et par livre et 
sur la foi du serment, nonobstant aljamas ou tacanas décrétées par les- 
dites aljamas ; l'infant mande aux aljamas de Catalogne d'envoyer trois 
délégués chacune à Barcelone pour composer avec Taljama de Lérida au 
sujet des sommes versées par elle au roi, et de comparaître par devant 
A. Taberner, juge royal, à qui D. Alfonso confie le règlement de leur 
conflit. — Barcelone, 27 février 1282/3. 

Reg. 60, f» 45. v° 

1027. — D. Alfonso choisit pour procureur Féliz de Guardia, juge de 
Figueras, dans la procédure d'enquête qu'il fait ouvrir contre Abraham 
de Torre, Juif de cette ville. — Barcelone, 1 er mars 1282/3. 

Reg. 60, f°41. 

1. Voyez Revue, t. LX, p. 161, t. LXI, p. 1, t. LXlI,p. 38, t. LXIII, p. 245 et t. LXIV, 

fi7 Pf 9J K 



p. 67 et 215 



62 REVUE DES ETUDES JUIVES 

1028. — D. Alfonso mande à A. de Ordcis, jurispérite, de prendre 
cou naissance des chefs d'accusation que F. de Guardia a retenus contre 
Abraham de Torre, Juif habitant de Figueras, à la suite de l'enquête 
qu'il a commencée, sans la clôturer, contre ledit Juif, et de continuer cette 
enquête ; l'information terminée, A. de Ordeis la fera publier et en 
donnera copie à l'accusé ; il recevra les exceptions et les défenses que 
l'enquête suggérera à ce dernier ; puis il enverra le texte de l'informa- 
tion scellé de son sceau au juge royal A. ïaberner, qui a été commis au 
règlement de cette affaire. — Même date. 

Reg. 60, P 41. 

1029. — D. Alfonso mande à F. de Apiera, juge royal, d'ouvrir une 
enquête contre les « bovatiers 1 » de Barcelone, chrétiens ou juifs, qui se 
sont mal comportés dans l'exercice de leurs fonctions, et, s'il relève des 
charges contre eux, de les faire punir ; il a appris, de plus, que des 
Juifs de Girone, Barcelone et Villafranca ont eu des relations coupables 
avec des femmes d'une autre loi ou d'un autre rite et qu'ils ont commis 
aussi d'autres crimes ; il mande audit juge de procéder à une enquête 
contre chaque individu inculpé et de le châtier comme de droit ; à cet 
effet, le juge pourra faire citer les accusés par la voie du héraut ou de 
tout autre façon ; l'infant ratifie par avance toutes les sentences que le 
juge estimera devoir rendre de ce chef. — Barcelone, 3 mars 1282/3. 

Reg. 60, t'° 42 v°. 

1030. — D. Alfonso mande à Simon de Gironella, viguier de Tarra- 
gone, de contraindre noble Bg. de Entensa, ainsi que les débiteurs et les 
répondants de ce dernier qui sont soumis à la juridiction dudit viguier, 
de remplir leurs engagements à l'égard de créanciers juifs de Villafranca 
ou de leur faire complément de justice. — Montblanch, 18 mars 1282/3. 

Reg. 60, f° 56 v°. 

1031. — D. Alfonso adresse un mandement semblable au procureur 
du royaume de Valence, en deçà du Juchai', au profit de Vidalon de 
Porta. — Même date. 

Reg. 60, f< 56 v°. 

1032. — D. Alfonso mande à tous les officiaux de la couronne de proté- 
ger, dans sa personne et dans ses biens, Tedroz, Juif de Gastille, qui se 
propose de venir fixer sa résidence dans les États de la couronne d'Aragon, 
et de ne pas permettre que ledit Tedroz soit grevé injustement, pourvu 
qu'il se tienne prêt à faire au plaignant complément de justice. — 
Même date. 

Reg. 60, f° 56 v". 

I. Hovaliers, collecteurs du bovage. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 63 

1033. — D. Alfonso mande à ses fidèles de la cour de Tarrega de 
pousser Gastell, Juif de Tarragone, à prêter devant ladite cour le serment 
de « chalonge 1 » dans le procès qui s'est élevé entre lui et P. de Tarrega 
au sujet de certaine somme d'argent. — Lérida, 21 mars 1282/3. 

Reg. 60, f« 56 v°. 

1034. — D. Alfonso mande au baile et au juge de Valence de se confor- 
mer à la décision qui a été déjà prise par le roi, son père, et qui leur 
enjoint de tolérer que les Juifs soient lapidés par quelques chrétiens le 
Vendredi saint, le jour de la Passion et aux fêtes de Pâques. — Lérida, 
24 mars 1282/3. 

Reg. 60, f° 65 v°. 

1035. — Semblables mandements au viguier et au baile de Tortose, 
aux bailes et aux justices de Murviedro, Jâtiva, Barcelone, Vich, Villa- 
franca, Tarragone, Girone, Besalû, Lérida, Gervera. Tarrega, Huesca, 
Saragosse, Calatayud, Barbastro, Alagôn, Borja, Tarazona, Tauste, Egea, 
Luna, Uncastillo, Jaca, Ruesta, Daroca. Téruel. — Même date. 

Reg. 60, f° 65 v°. 

1036. — D. Alfonso confie à Jaime d'en Amiguet, jurispérite de Lérida, 
le jugement de l'appel qui a été interjeté au roi par Astrug Pellicer, de 
Belloch. de la sentence rendue contre lui par P. de Botzenich, jurispérite 
de Lérida, délégué aux fonctions de juge par la cour de Lérida, au sujet 
de 150 sous de Jaca que Eliaz Acaz, Juif de Lérida, réclamait audit 
Astrug Pellicer. — Même date. 

Reg. 60, f° 69 v°. 

1037. — D. Alfonso a reçu mandat de son père de prendre la déci- 
sion qui lui paraîtra la plus juste dans le procès intenté à l'aljama des 
Juifs de Huesca au sujet de ses privilèges; de plus, cette aljama lui a 
exposé que Bn., scribe du roi, réclame aux Juifs de Huesca les tributs 
d'années antérieures et qu'il procède de ce chef injustement contre eux 
et contre leurs privilèges ; l'infant mande à Bn. de lui transmettre le 
dossier de cette affaire, pour qu'il puisse la régler en toute connaissance 
de cause. — Saragosse, 1 er avril 1283. 

Reg. 60, f«> 71. 

1038. — D. Alfonso a appris que les Juifs de Ruesta refusent de payer 
à son fidèle Miguel de Riglos, de la maison du roi, une somme que 
celui-ci doit en recevoir à l'ordre de Bn., scribe ; l'infant mande audit 
Miguel de contraindre lesdits Juifs et leurs biens à payer la somme man- 

1. Prêter le serment de chalonge, c'était affirmer, sous la foi du serment, que l'action 
qu'on intentait était légitime. 



64 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

datée par Bn., scribe, ordonnant, en outre, au baile et aux adélantades 
de prêter au réclamant aide et conseil. — Saragosse, 2 avril 1283. 
Reg. 60, fo 72. 

1039. — D. Alfonsoa appris que ses fidèles juges de l'aljamades Juifs 
de Saragosse ont mandé au juge Salomon Alleva de ne pas discuter, dans 
l'intervalle du délai qui a été convenu avec ladite aljama, la requête 
dudit Salamon, qui se plaint d'être grevé ; il leur enjoint de confier à trois 
Juifs idoines la mission d'examiner si ladite défense doit être, oui ou non, 
révoquée; l'infant s'inspirera de la décision de ces trois Juifs pour procé- 
der en ladite affaire comme de droit. — Même date. 

Reg. 60, f° 76. 

1040. — D. Alfonso, informé que son fidèle A. Taberner, juge royal, a 
mandé à G. de Molins, justice de Daroca, d'employer la contrainte à 
l'égard de Juçef Abinafia, Juçef Çeludo et Abrahim Toledano au sujet de 
la perception de certains revenus royaux, ordonne à P. de Gasoes de faire 
exécuter lesdits Juifs dans leurs personnes et dans leurs biens. — Sara- 
gosse, 5 avril 1283. 

Reg. 60, f° 77. 

1041. — Dosso, veuve de Salomon Sulla de Porta, et Juçef, fils de feu 
Juçef de Elna (?), Juif, frère de ladite Dosso, reconnaissent devoir à Reina, 
veuve de Bonjuses Asday, leur sœur, 375 sous barcelonais, au titre de 
62 sous 6 deniers par marc d'argent fin, bon poids, en raison de l'accord 
intervenu entre Dosso et Reina à la suite de certain dépôt qui a été effec- 
tué par M e Armand Baile, juge du roi de Majorque. Seing de Dosso et de 
Juçef, Juifs. Seing de Deuslosal de Gollioure. — 9 avril 1283. 

Parch. de Pedro III, n° 354. 

1042. — Pedro III confirme le choix fait par les Juifs de Palerme et 
leur coreligionnaire M e David, médecin, comme maître de la commu- 
nauté juive de Palerme ; il déclare avoir reçu un louable témoignage de 
la foi, de la sagesse et de la loyauté du nouveau maître. — Messine, 
12 avril 1283. 

Reg. 54, f° 223 *°. — Publ. : B. e G. Lagumina, Codice diplomatico dei 
Giudei di Sicilia, pp. 30-31 (d'après De rébus regni Siciliae, p. 604). 

1043. — Mandement à Juân P., justice de Tarazona, au sujet de l'appel 
qui a été interjeté à l'infant par Samuel Avinpesat, d'une sentence rendue 
contre ce dernier par ledit justice. [Le reste de L'acte a été rongé par les 
vers.) — Saragosse, 16 avril 1283. 

Reg. 60, f 88 v°. 

1044. — D. Alfonso a appris que Mosse Abingahis, Juif de Jâtiva a 



catalogue des actes de jaime I er , pedro iii et alfonso iii 65 

vendu tous ses biens à Jacob Sornoga et à Issach Minalh, qui en ont fait 
l'acquisition au nom du roi, pour 6.000 sous réaux ; il mande à Jimeno 
Sappata, lieutenant du procureur dans le royaume de Valence au-delà du 
Jûehar, et au justice deJâtivade maintenir les deux acquéreurs en posses- 
sion desdits biens, pourvu, toutefois, qu'ils se tiennent prêts à faire aux 
plaignants complément de justice. — Saragosse, 19 avril 1283. 
Reg. 60, f<> 91. 

1045. — D. Alfonso mande à Jimeno P. Çappata, lieutenant du procu- 
reur dans le royaume de Valence au delà du Jùchar, de faire observer à 
l'égard des Sarrasins l'ordonnance édictée par Rodrigo Jiménez de Lima, 
procureur royal dudit royaume, au sujet des relations adultères entre 
chrétiens et Juifs, d'une part, et les Sarrasines de Jâtiva, de l'autre. — 
Saragosse, 23 avril 1283. 

Reg. 61, f° 101 v°. 

1046. — D. Alfonso mande à P. Martinez de Artasona, justice d'Aragon, 
de connaître du procès pendant entre Bn., scribe du roi, et les Juifs de 
Huesca et Daroca au sujet des arrérages de leur tribut. — Saragosse, 
27 avril 1283. 

Reg. 61, f» 105. 

1047. — D. Alfonso mande à Jimeno P. de Guorguet, justice de Cala- 
tayud, de connaître du différend qui s'est élevé entre Mosse et Jucef, fils 
de feu Salamon Abinafia, d'une part, et Jucef, fils de Jahuda Abinafia, de 
l'autre, tous les trois Juifs de Galatayud, au sujet de certaines maisons. 
Même date. 

Reg. 61, f» 105. 

1048. — D. Alfonso confie à Gil Alvarez le règlement du procès pen- 
dant entre P. Gascon et Samuel, médecin (fisicus) juif de Tarazona, au 
sujet de maisons et de créances. — Saragosse, 28 avril 1283. 

Reg. 61, f° 106. 

1049. — D. Alfonso a appris que ses fidèles justice et jurés de Ricla 
ont saisi sur Jucef Alazriel, Juif de cette ville, en raison du droit que 
Juân Gili de Borja prétend avoir sur les biens dudit Juif, un champ et 
une vigne acquis par ce dernier dudit Juân Gili dans le terroir de Ricla, 
bien que ledit Jucef se soit déclaré prêt à faire complément de justice ; 
l'infant mande au justice et aux jurés de Ricla de restituer audit Juif son 
champ et sa vigne. — Même date. 

Reg. 61, f° 110 v°. 

1050. — D. Alfonso mande à P. de Apiera de procéder jusqu'à sentence 
définitive dans les enquêtes qu'il a ouvertes, sur mandat de l'infant, 

T. LXV, n° 129. 5 



66 REVUE DES ETUDES JUIVES 

contre les Juifs de Girone, mais de ne pas déposséder ces derniers des 
maisons qu'ils possèdent sur les murs de la ville jusqu'à ce que le procès 
intente par ledit P. de Apieraaux possesseurs de ces maisons soit complè- 
tement terminé. — Même date. 
Reg. 61, f"114. 

1051. — D. Altbnso mande aux officiaux du roi de maintenir en leurs 
droits et biens le Juif Jahuda Almuli et les membres de sa famille, et de 
ne pas permettre qu'ils soient grevés ou molestés, pourvu qu'ils pren- 
nent l'engagement de faire au plaignant complément de justice. — Sara- 
gosse, 29 avril 1283. 

Reg. 61, Mil. 

1052. — D. Alfonso à toutes les aljamas des Juifs d'Aragon ; le roi, 
son père, leur a mandé, au sujet du payement des exactions royales, d'en 
verser le montant dans l'arche par sou et par livre sous la foi du serment 
et selon les prescriptions qui seront formulées par l'assemblée des Juifs 
d'Aragon, qui doit se réunir à Saragosse le premier mai, à raison de deux 
délégués idoines par aljama ; l'infant a été informé par l'aljama des Juifs 
de Calatayud que les Juifs de Saragosse la grevaient, ainsi que d'autres 
communautés juives d'Aragon, relativement à la répartition des exactions 
royales; supplié par l'aljama de Calatayud de convoquer les commu- 
nautés dans un lieu déterminé où elles auraient à s'acquitter de leur 
quote-part, D. Alfonso mande à toutes les aljamas juives d'Aragon de se 
conformer pour le payement des contributions à l'ordonnance royale, 
d'en déposer le montant dans l'arche par sou et par livre, sous la foi du 
serment et conformément aux décisions que prendront les délégués de 
chaque aljama à Alagôn, le l or mai de chaque année, nonobstant alatma, 
tacana, serment ou ordonnances promulguées par les aljamas en sens 
contraire. — Même date. 

Reg. 61, f» 117. 

1053. — D. Alfonso a été informé par son fidèle Muça de Portella, 
baile royal, que dans la juiverie ou call judaïque de Saragosse des courti- 
sanes juives habitent tout près de la maison dudit Muça; comme l'infant 
s'est rendu compte que les courtisanes juives n'ont pas l'habitude de résider 
dans la juiverie, il mande à ses fidèles adélantades de l'aljama des Juifs 
de Saragosse de procédera l'expulsion des dites courtisanes. — Saragosse, 
30 avril 1283. 

Reg. 61, f° 134. 

1054. — D. Alfonso mande aux justices et aux autres officiaux de 
contraindre tous ceux de leur juridiction, Juifs ou chrétiens, qui sont 
obligés comme débiteurs ou répondants aux Juifs de l'aljama de Gala- 
tuyad, a s'acquitter de leurs obligations ou* a leur faire complément de 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME 1 er , PEDRO III ET ALFONSO III 67 

justice ; il mande, en outre, à tous les fonctionnaires royaux de faire 
exécuter les sentences rendues entre lesdits Juifs et leurs débiteurs. — 
Saragosse, 1 er mai 1283. 

Reg. 61, f° 120 v°. 

1055. — D. Alfonso mande à toutes les aljamas des Juifs d'Aragon, 
par dérogation au mandement du 29 avril (voy. plus haut, n° 1052), qui 
fixait au 1 er mai la date de convocation de rassemblée d'Alagôn, de s'y 
réunir le 31 mai, mais pour cette année seulement, la date du 1 er mai 
devant demeurer immuable pour les années à courir; l'infant prend cette 
décision à l'issue d'une séance du conseil à laquelle assistaient Guido de 
Gruilles, P. Martinez de Artasona, M. A. de Torre, A. Taberner et R. de 
Toylano. — Saragosse, 5 mai 1283. 

Reg. 61, f° 121. 

1056. — D. Alfonso a appris que les adélantades de l'aljama des Juifs 
d'Egea ont rejeté l'appel qui leur a été interjeté d'une sentence par eux 
rendue contre leur coreligionnaire Bices Sur de Luna, en faveur d'un autre 
Juif, Jucef de Essassiono, au sujet d'un acte que celui-ci réclamait à 
celui-là ; or, ledit Bices a fait appel dans le délai légal aux juges juifs de 
Saragosse ; Tintant mande aux adélantades d'Egea, si vraiment le recours 
de Bices s'est produit dans le délai légal et si la jurisprudence des Juifs 
d'Egea autorise l'appel aux j uges j uifs de Saragosse, de recevoir ledit appel et 
de suspendre l'exécution de la sentence pendant l'instance de l'appel. — 
Saragosse, 6 mai 1283. 

Reg. 61, f° 122. 

1057. — D. Alfonso a appris que le baile,le juge et les jurés de Téruel 
exercent des contraintes à l'égard des femmes d'Abrafim Rolleder et de 
Jucef Arrepol, Juifs de Téruel, en raison des dettes de leurs maris, bien 
qu'elles n'en soient pas solidaires ; il leur mande de ne pas faire de 
contrainte sur les biens desdites femmes, à moins qu'elles ne soient 
obligées, en même temps que leurs maris, au titre de débitrices ou de 
cautions, bien plus, de leur faire rembourser les droits et obligations 
qu'elles peuvent avoir, du fait de leur contrat de mariage, sur les biens 
de leurs maris. — Même date. 



1058. — D. Alfonso à Paljama des Juifs de Barcelone ; il a été informé 
par le maître de la milice du Temple en Aragon et Catalogne, ainsi que 
par noble R. de Moncada et l'aljama des Juifs de Tortose, que la commu- 
nauté juive de Barcelone taxe indûment les Juifs de Tortose, en fixant à 
2.065 sous leur part de contribution au subside de 80 000 sous que les 
aljamas de Catalogne ont fourni au roi, alors que l'aljama de Tortose n'a 
jamais accoutumé de contribuer avec les autres aljamas auxdites exac- 



68 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

t ions : L'infant mande à l'aljama des Juifs de Barcelone de payer à F. de 
Soler, au lieu et place de Bn., scribe royal, le montant de la contribution 
qu'elle a assignée aux Juifs de Tortose ; toutefois, si elle peut invoquer 
de justes raisons en faveur de l'assujettissement de ces derniers aux 
dites exactions, qu'elle en avertisse l'infant, et celui-ci les contraindra à 
faire complément de justice ; la présente décision a été prise au conseil 
par l'infant et sept conseillers. — Saragosse, 7 mai 1283. 

Reg. 61, f» 125. 

1059. — D. Alfonso écrit à F. de Soler de pousser les Juifs de Barce- 
lone à verser le montant de la somme à laquelle ils ont taxé les Juifs 
de Tortose, et de révoquer les saisies prononcées de ce chef sur ces der- 
niers. — Même date. 

Reg. 61, f° 125. 

1060. — D. Alfonso écrit à Bn., scribe, sous la forme susdite, de ne 
pas contraindre les Juifs de Tortose au payement de la contribution de 
2.065 sous. — Même date. 

Reg. 61, f° 125. 

1061. — D. Alfonso a appris que Martin Descrix, juge de la cour de 
Téruel, a mis Juan de Serra, procureur de Sancho Muyon, en possession 
de maisons appartenant au Juif Jafuda Abinatia « pro modo debiti decla- 
rati causa rei servandi », et que ledit Sancho est demeuré en cette 
possession l'espace d'une année ; l'infant mande à Jaime Saragoza, juris- 
périte de Téruel, de citer ledit Juif à comparaître par devant lui, en 
l'avertissant qu'il aura à fournir des garanties de sa soumission aux 
décisions de la justice et à restituer les dépenses qu'a supportées ledit 
Sancho par suite de contumace et taxation ; si ledit Juif veut remplir ces 
conditions, il rentrera en possession de ses maisons. — Saragosse, 
9 mai 1283. 



1062. — D. Alfonso a déjà mandé au çalmédine de Saragosse de faire 
remettre à Jahuda Galluf, Juif de cette ville, le produit de la vente de la 
treille de vigne (parrale) ayant appartenu à Miguel de Epila, soit 
110 sous de Jaca ; cette somme a été mise sous séquestre dans la cour de 
Saragosse et les juges de l'aljama des Juifs de cette ville ont empêché 
ledit Jahuda Galluf, sous certaine peine, de réclamer au çalmédine lesdits 
1 10 sous ; l'infant mande à ses fidèles juges de l'aljama juive de Saragosse 
de ne pas s'opposer à la revendication de Jahuda Galluf, ni de lui infliger 
aucune peine ; il veut que cette affaire soit réglée par le çalmédine. — 
Saragosse, 11 mai 1283. 

Reg. 61, f» 108 v. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO 111 ET ALFONSO III 69 

1063. — D. Alfonso mande à ses fidèles Aharon Abinafia, baile du roi, 
et Jimeno P. de Carnet, justice de Calatayud, d'arrêter Jucef Abinafia et 
les autres Juifs qui ont acheté l'année précédente les revenus de Daroca 
et ceux du péage de Epila, ainsi que les femmes desdits Juifs qui se sont 
obligées pour leurs maris et les répondants, qui leur ont fourni caution ; 
les prisonniers devront être remis à son fidèle Mateo de Narbona. — 
Même date. 

Reg. 61, f° 130. 

1064. — D. Alfonso prie Domingo Pasqués, clerc de Daroca, d'ajouter 
foi au rapport que lui fera P. Martinez de Artasona, justice d'Aragon. — 
Saragosse, 13 mai 1283. 

Lettres identiques adressées"! à Janto, Juif de Térnel, à Alatzard, à 
Routgé, Juif de Calatayud, à Jacob et à Açach deVidalez, Juifs. 

Reg. 61, f° 134. 

1065. — D. Alfonso a appris que Bartolomé Tomas, mérine de Sara- 
gosse, a arrêté Bonastruch Baço, chirurgien juif de cette ville, à la suite 
delà mort d'un Juif que ledit Bonastruch était en train de soigner; il 
mande à Martin P. de Huesca d'examiner les charges qui pèsent sur ce 
chirurgien, et, si les preuves lui manquent, de faire restituer a Bonastruch 
Baço ce qui lui a été saisi par le mérine et autres officiaux, enfin de le 
remettre en liberté, ainsi que ses procureurs et répondants. — Même 
date. 

Reg. 61, f° 135. 

1066. — D. Alfonso a appris que les adélantades et l'aljama des Juifs 
d'Alagôn, en vertu d'un règlement établi par eux avec menace d'alatma, 
ont chassé d'Alagôn Suleyma Bonet, Issach Arama et son fils Bonatel, 
Açach Zuri et son fils Janton, enfin Janton Zuri, avec défense de séjourner 
dans ladite ville et d'y exercer office de boucherie pendant quatre ans ; 
comme l'infant a accordé auxdits bouchers des lettres de rémission, il 
mande aux adélantades, et à l'aljama d'Alagôn de permettre auxdits 
Juifs de retourner à Alagôn et d'y reprendre leur métier. — Tarazona, 
15 mai 1283. 

Reg. 61, f° 135 v°. 

1067. — D. Alfonso a été informé par Içach Alipapa, Vidal Remoff et 
Mosse Navarro, acheteurs du péage de Barbastro en 1282, que le roi leur 
a mandé d'acquitter deux emprunts par lui souscrits sur le produit du 
péage, alors que lesdits Juifs avaient déjà désintéressé les deux créanciers 
du roi; l'infant mande à G. de Roca, baile royal en Catalogne, de restituer 
aux trois fermiers du péage de Barbastro le montant des deux créances, 
puisqu'ils les ont acquittées par deux fois. — Saragosse, 21 mai 1283. 

Reg. 61, f° 143i 



70 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1068. — D. Alfonso a été informé par Jahiel Dalcoyes et Juçef Dapu- 
osse, Sarrasins de Alfamén, que i'aljama dont ils font partie leur a infligé 
une saisie par suite de la caution qu'ils ont fournie à l'aljama en faveur 
de Sanson, Juif de Calatayud, bien qu'ils aient déclaré se tenir prêts à 
faire complément de justice ; l'infant mande à l'aljama des Sarrasins de 
Alfamén de restituer ce qu'elle a fait saisir sur les deux répondants. — 
Tarazona, 26 mai 1283. 

Reg. 61, f° 145. 

1069. — D. Alfonso a appris de l'aljama des Juifs de Monzôn que la 
communauté juive de Barcelone grève indûment celle de Monzôn dans la 
répartition de certaines taxes; il mande au baile de Barcelone d'exa- 
miner cette plainte et d'y donner, s'il y a lieu, satisfaction. — Tarazona, 
28 mai 1283. 

Reg. 61, f 187. 

1070. — D. Alfonso confie à Enego Lopez de Jassa, baile royal, le règle- 
ment du procès pendant au sujet de certaines contributions entre le châ- 
telain de Monzôn et 1 aljama des Juifs de ce lieu, d'une part, l'aljama des 
Juifs de Barbastro, d'autre part. — Même date. 

Reg. 61, f» 188. 

1071. — D. Alfonso, en informant Enego Lopez de Jassa, baile royal, 
qu'il a acheté au Juif Issach El Calvo un cheval de poil bai, lui mande d'en 
acquitter le montant, soit 1.000 sous deJaca. — Même date. 

Reg. 61, f> 139. 

1072. — D. Alfonso a appris que ses fidèles délégués de toutes les 
aljamas de Juifs d'Aragon, assemblés en la ville d'Alagôn ne procédaient 
pas convenablement sur les peites et tributs, et môme que certains délé- 
gués se retiraient de l'assemblée comme pour retarder le travail de leurs 
collègues; il leur mande d'observer en leurs délibérations la procédure 
régulière et de ne pas se séparer avant l'accomplissement définitif de la 
mission qui leur incombe; si certains se retirent avant la clôture des 
travaux, les délégués restants pourront continuer à prendre des décisions, 
pourvu qu'ils constituent la majorité. — Tarazona, 9 juin 1283. 

Reg. 61,f°159. 

1073. — D. Alfonso a appris que Almucaçafi a saisi du vin sur des 
chrétiens qui l'avaient acheté à des Juifs de Saragosse, sous prétexte qu'à 
Saragosse les chrétiens n'ont pas accoutumé d'acheter du vin aux Juifs ; 
l'infant mande au çalmédine et aux jurés de Saragosse de ne pas permettre 
que des saisies soient faites pour ce motif sur les chrétiens de cette ville, 
et s'il s'en produit, de les faire restituer aux intéressés. — Tarazona, 
14 juin 1283. 

Reg. 61, f» 162. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME l" r , PEDRO III ET ALFONSO III 71 

1074. — D. Alfonso a été informé que le çalmédine et l'alcayde de Sara- 
gosse ont appréhendé au corps le Juif Jucef Abennacabeb, accusé d'avoir 
entretenu des relations coupables avec une chrétienne; il mande au çalmé- 
dine et à l'alcayde de procéder contre ledit Juif; si ce dernier leur appa- 
rait coupable, qu'ils l'autorisent à prendre des répondants * idoines. — 
Même date. 

Reg. 61, f° 162. 

1075. — D. Alfonso mande à l'aljama des Juifs de Barcelone, qui hésite, 
dans la crainte de créer un précédent nuisible à son droit, à payer la 
part de contribution qu'elle a imposée aux Juifs de Tortose, de s'exécuter 
immédiatement et la rassure pour l'avenir en lui faisant uue déclaration 
de non préjudice. — Tarazona, 15 juiu 1283. 

Reg. 61, f° 162 v°. 

1076. — D. Alfonso mande à ses fidèles aljamas de Juifs de Barbastro, 
Jaca et Luna de répondre pour le payement du tribut, non pas à Blasco 
Jiménez de Ayerbe, ni à aucun autre à sa place, mais à Bernardo, scribe 
royal, qui a joué le même rôle pour les tributs des autres aljamas 
d'Aragon. — Tarazona, 23 juin 1283. 

Reg. 46, f°91. 

1077. — D. Alfonso, en vertu du mandement par lequel le roi a décide 
à Port Fangos qu'à l'avenir les Juifs du royaume d'Aragon observeraient 
pour le payement du tribut les règlements édictés par Jaime I er , ordonne 
que la division faite par son grand-père entre lesdits aljamas soit 
observée, nonobstant la lettre obtenue de la cour du roi et portant que 
pour le payement des exactions toutes les aljamas d'Aragon seraient 
tenues de verser leur contribution par sou et par livre ; les tributs ne 
sauraient être compris dans la catégorie des impôts qui portent le nom 
d'exactions; l'infant mande, en outre, aux aljamas d'Aragon d'observer 
l'ordonnance de Port Fangos toutes les fois que des exactions leur seraient 
imposées par le roi ou sa cour, abstraction faite du tribut, qui conserve sa 
forme ancienne et originale. — Même date. 

Reg. 46. f° 92. 

1078. — D. Alfonso a été informé par Abraham Toledano, Juif de 
Téruel, que lé justice et le conseil d'Adamus (?) ont décidé que seuls les 
habitants de ce lieu auraient le droit de couper des arbres, d'en faire des 
planches ou des poutres dans les forêts de leur territoire; or, ledit Juif 
possède des terres et des maisons dans le terroir d'Adamus et à ce titre 
contribue avec les habitants de ce lieu au payement de peites et autres 

1. Les capleveurs étaient tenus, sous certaines peines, de ramener devant le juge le 
prisonnier qui avait été mis en liberté provisoire. 



72 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

exactions; l'infant mande au justice et au conseil d'Adamus de permettre 
audit Abraham d'abattre des arbres dans ses possessions et de les faire 
servir aux usages qu'il voudra au même titre que les autres habitants 
du lieu. — Tarazona, 25 juin 1283. 
Reg. 61, f» 165. 

1079. — D. Alfonso mande à Muça de Portella de payer à l'aljama des 
Juifs de Tarazona 230 sous de Jaca pour prix d'une mule qu'il leur a 
achetée. — Même date. 



1080. — D. Alfonso a été informé par Vidal de Gastell dels burros 
(Castello Asinorum), Juif de Tarrega, que ce dernier, sur les instances 
répétées des paissiers et des habitants de ce lieu, s'est constitué princi- 
pal débiteur, concurrement avec Gastell, Juif de Tarragone, à l'égard 
d'Abraham Bulaix, Juif de Barcelone, pour la somme de 1.450 sous bar- 
celonais à raison de l'huile qui a été achetée par ledit Vidal audit Abra- 
ham pour être livrée aux personnes et prud'hommes susdits ; en retour 
de cette obligation, les susnommés, en leur nom et au nom de toute la 
communauté des prud'hommes de Tarrega, ont promis de ne pas laisser 
toucher aux biens desdits Vidal et Gastell; l'infant mande à Bn. de 
Belloch, baile de Tarrega, d'obliger la communauté à remplir ses enga- 
gements et à solder les sommes déboursées par les deux Juifs. -- Egea, 
7 juillet 1283. 

Reg. 61, f 168 v°. 



1081. — D. Alfonso a été informé par R. Calbet, marchand de Lérida, 
que Abrafim et Juccf fils de Vidal, Juifs de Saragosse, sont débiteurs audit 
R. Calbet, ainsi qu'à P. Dizona, son associé, de certaine somme d'argent 
pour livraison de marchandises faite par leur mandataire Bg. Raolf; les 
deux acheteurs se sont obligés aux deux marchands par acte hébraïque, 
leur promettant de s'acquitter de leur dette selon le for de la cour de 
Saragosse et de les désintéresser de tous les frais qu'ils pourraient 
supporter en vue du recouvrement de leur créance ; l'infant mande au 
çalrnédine de Saragosse de contraindre incontinent lesdits Juifs et leurs 
biens à payer leurs dettes auxdits marchands et à les indemniser de 
leurs dépenses. — Egea, 12 juillet 1283. 

Reg. 61, f° 174 v°. 

1082. — D. Alfonso a envoyé un portier 1 royal à Calatayud pour 
recevoir des mains de Mosse, fils de Salomon Abenaffia, Mosse Rab et 
Mosse Abinafia, fils de Salomon Abenafia del Palomar, de l'argent et des 

1. Portarius : le portier était sans doute, du moins à l'origine, le collecteur ohargé 
de percevoir le porlaye aux portes d'une ville . 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME 1 er , PEDRO 111 ET ALFONSO 111 73 

objets qui leur auraient été confiés en dépôt par noble Juan Nunez ; ce 
dernier est en grâce auprès du roi; le portier a interrogé lesdits Juifs et 
a procédé à une enquête ; mais comme la procédure de ce fonctionnaire 
lui parait insuffisante, en raison de son incompétence môme, l'infant 
confie le règlement de l'affaire à son fidèle Guillelmo de Molins, justice 
de Daroca, lui enjoignant de se rendre à Galatayud, d'interroger les 
inculpés, d'entendre les témoins à charge, enfin de procéder comme de 
droit, nonobstant le privilège allégué par lesdits Juifs sur la nécessité de 
la preuve par Juif et chrétien, un pareil privilège ne pouvant être invoqué 
contre le roi. — El Groyo, 14 juillet 1283. 
Reg. 46, f° 94 r° et v°. 

1083. — D. Alfonso mande au baile, au justice, aux jurés et au 
conseil d'El Bayo de permettre à Salomon de Luna, Juif d'Egea, de 
transporter son pain d'El Bayo à Egea, pourvu que ledit Juif fournisse 
l'assurance qu'il n'envoie pas son pain hors du royaume d'Aragon, ni 
ailleurs qu'à Egea. — Egea, 28 juillet 1283 

Reg. 61, f 186. 

1084. — D. Alfonso a été saisi de l'appel, à lui interjeté par le tuteur 
d'une jeune chrétienne, d'une sentence interlocutoire qui a été rendue 
par Bg. Granell de Tarrega dans le procès pendant entre ledit tuteur et 
le Juif Massot Avingena; mais le juge a refusé d'admettre cet appel; 
l'infant mande à M R. de Besalu, archidiacre de Ridaura (Ripatura), 
d'examiner si l'appel de Massot est légitime, et, s'il en est ainsi, de 
connaître de cet appel. — Egea, 6 août 1283. 

Reg. 61, f° 193 v°. 

1085. — D. Alfonso a entendu une requête de l'aljama des Juifs de 
Huesca portant que ces derniers n'ont jamais eu coutume de payer au roi 
Pedro III ou à l'infant la prestation connue sous le nom de cena ; les Juifs 
de Huesca prétendent même qu'ils en ont été affranchis par les rois 
précédents ; l'infant mande à Martin Pérez, portier royal, de surseoir à la 
levée de ladite cena jusqu'à ce que D. Alfonso se soit renseigné là- 
dessus, et, s'il a reçu quelque chose de ce chef, de le restituer. — Egea, 
18 août 1283. 

Reg. 62, f° 4. 

1086. — D. Alfonso a été informé par dame Sibila Guillelmo que les 
créanciers de ladite dame, les Juifs Ismel Aborrabe et Jucef fils de Bices, 
lui ont extorqué et se proposent de lui extorquer à elle et à ses répondants 
des intérêts immodérés et illégaux; l'infant mande à R. Panicero, çalmé- 
dine de Huesca, de rechercher si lesdits créanciers juifs ont exigé de leur 
débitrice et de ses répondants des intérêts usuraires, et s'il en est ainsi, 
de contraindre lesdits Juifs à recevoir en compte pour amortissement du 



74 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

capital la plus-value des intérêts versée au delà du taux légal. — Egea, 
27 août 1283. 

Reg. 02, f° 7 v°. 

1087. — D. Alfonso écrit à l'aljama des Juifs de Lérida de lui envoyer 
par le porteur des présentes un bon cheval, ou, s'ils n'ont pas de cheval, la 
somme nécessaire pour en faire l'acquisition. — Egea, 1 er septembre 1283. 

Reg. 62, f° 10 v°. 

1088. — D. Alfonso mande à P. Martinez de Artazona, justice 
d'Aragon, de prélever sur le prix d'achat des salines d'Aragon que ledit 
justice doit verser au roi, 800 sous de Jaca que R. de Molina a payés à 
Açach El Calbo, Juif de Galatayud, pour un cheval acheté audit Juif par 
l'infant. — Tarazona, 20 septembre 1283. 

Reg. 52, f° 32. 

1089. — D. Alfonso mande à ses fidèles de l'aljama des Juifs de 
Ruestade permettre à noble homme Rodrigo Jiménez de Lima, procureur 
du roi dans le royaume de Valence, d'inspecter le château de Ruesta, 
leur enjoignant de faire tout ce que ledit procureur leur commandera de 
la part du roi relativement à la bonne garde et à l'établissement d'une 
garnison dans ledit château. — Egea, 49 septembre 1283. 

Reg. 46, f° 106. 

1090. — Pierre III a fait don à Astruga, veuve de Jncef Ravaya, de son 
vivant baile royal, de 30.000 sous réaux de Valence; la reine Constanza 
l'a gratifiée, à son tour, de 6.000 sous de la même monnaie ; avec le 
produit de ces deux libéralités Astruga a acheté une alquière appelée 
Malilla, qui avait appartenu à Jahuda de Cavalleria ; son mari Jucef 
vendit cette alquière et avec le produit de cette vente acheta sous son 
nom des maisons à Valence et une alquière dite de Benimaclet que ladite 
Astruga possède maintenant ; le roi, voulant garantir à ladite Astruga les 
droits qui lui reviennent sur les biens de son mari en raison de sa dot 
et autres donations, lui permet de n'exercer aucune contrainte sur ses 
maisons de Valence et l'alquière de Benimaclet, en vertu de quelque 
requête ou droit qu'il puisse exercer contre la succession dudit Jucef 
jusqu'à concurrence de la somme reconnue à ladite Juive sur les biens de 
son mari. — Egea, 20 septembre 1283. 

Reg. 46, f» 107 v°. 

1091. — D. Alfonso a écrit à l'aljama des Juifs de Tarazona et de 
Borja de répondre pour le payement du tribut à Muça de Portella. — 
Saragosse, 5 octobre 1282. 

Reg. 52, f° 35 v°. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 75 

1092. — D. Alfonso, en informant un des portiers royaux que l'aljama 
des Juifs de Barcelone lui a versé les 2.065 sous barcelonais représentant 
la quote-part de l'aljama des Juifs de Tortose au subside de 80.000 sous 
imposé sur les Juifs de Catalogne, lui mande de contraindre les aljamas 
des Juifs de Lérida, de Gironc et de Monzôn à rembourser à l'aljama de 
Barcelone la part qui leur revient des 2.065 sous. — Même date. 

Reg. 62, f° 14 v°. 

1093. — D. Alfonso donne déchargea Vidal Bossell, Juif de Barcelone, 
de 1.000 sous barcelonais que l'aljama des Juifs de Barcelone fait remet- 
tre à l'infant, sur sa demande, en vue de l'achat d'un cheval. — Même 

date. 

Reg. 71, f» 144 v°. 

1094. — D. Alfonso a été informé par son meunier Juanyes Sanchez 
que celui-ci et sa belle-mère Elvira de Çagra doivent à Alatzar, drapier 
juif de Téruel, pour achat d'étoffe certaine somme d'argent, et, qu'en 
garantie de cette dette, ils ont obligé spécialement a leur créancier une 
vigne qu'ils possèdent à Mola, dans le territoire de Téruel; Alatzar a pré- 
levé les récoltes de ladite vigne, mais sans en défalquer la valeur du 
montant de la dette; l'infant mande au juge et aux jurés de Téruel de 
contraindre ledit Juif à recevoir lesdites récoltes en payement de sa 
créance, à moins qu'il ne produise une clause du contrat d'obligation 
spécifiant le contraire. — Valence, 17 novembre 1283. 

Reg. 62, fo 22 v°. 

1095. — D. Alfonso mande aux officiaux du royaume de Valence, con- 
formément aux ordres du roi, de prêter aide et conseil au Juif Salamon 
Bahiel, en vue delà perception à faire dans ledit royaume du droit d'her- 
bage 1 . — Valence, 22 novembre 1283. 

Reg. 62, f<> 22 v°. 

1096. — D. Alfonso mande aux adélantades des Juifs de Valence de 
verser, sous peine du quart, à Martin de Seca, de la maison royale, le 
solde de i 0.340 sous barcelonais qu'il leur reste à payer au roi de la 
somme à verser par eux à Lope Jandon avant le terme de Noël ; l'infant 
mande d'ailleurs à Martin de Seca de pousser au payement vigoureuse- 
ment et par voie de saisie. — Valence, 1 er décembre 1283. 

Reg. 52, f° 39 v°. 

1097. — Pedro III fait décider par les Gortés de Barcelone que les Sar- 
rasins esclaves des Juifs, s'ils sont baptisés, peuvent demeurer libres en 
payant une rançon, et que, dans les procès concernant des Juifs ou des 

1. Herbage, cens annuel payé au seigneur en retour de la faculté de couper les 
herbes ou de les faire manger par les troupeaux. 



76 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Sarrazins, le juge observera la coutume des lieux où ils se trou vent domi- 
ciliés. — Barcelone, 26 décembre 1283. 

Reg. 47, f° 58 et suiv. — Publ. : Cortés de Cataluria, t. I, p. 148, art. 25 
et p. loi, art. 42. — Indiq. : Amador de lus Rios, t. II, p. 18. 

1098. — Pedro III fait remarquer que par la confirmation qu'il vient 
de faire, en cour générale dans la cité de Barcelone, du privilège ou sta- 
tut de Jaime I er sur les contrats et prêts à intérêts concernant les Juifs, il 
n'entend pas infirmer les règlements qu'il a établis lui-même à ce sujet. 
— Barcelone, 5 janvier 1283/4. 

Reg. 46, f> 143. 

1099. — Pedro III a déjà mandé de faire saisir les biens de Jucef Abe- 
nalabut et de Jacob, fils d'Açach Alhazam, Juifs de Calatayud, à l'insti- 
gation desquels Jahudâ Avenalahut a porté des blessures à Açach El 
Galbo, Juif royal; or, il a appris que le justice et le baile de Calatayud 
persistent à déposséder lesdits Juifs, bien que ces derniers offrent de 
fournir une caution suffisante ; le roi mande au justice et au baile de ne 
rien enlever des maisons desdits Juifs, pourvu qu'ils en reçoivent 
une caution égale à la valeur de leurs biens, et, cette formalité 
remplie, de ne pas permettre que lesdits Juifs soient molestés. — Barce- 
lone, 10 janvier 1283/4. 



1100. — Pedro III confirme les décisions suivantes prises par les Cor- 
tés de Barcelone : dans un procès entre chrétien et Juif, où de la presta- 
tion du serment dépend le règlement de l'affaire, le Juif doit jurer sur les 
plaies 1 dans l'église Saint-Just, sauf pour le serment de chalonge,qui doit 
être prêté sur les préceptes de la Loi, en présence du juge ; aucun Juif ne 
pourra exercer de pouvoir de juridiction sur un justiciable chrétien. — 
Barcelone, 11 janvier 1283/4. 

Publ.: Vives y Gabrià, Usatges de Cataluùa, Madrid et Barcelone, 1861-63, 
4 vol. in-8°, t. IV, p. 58 (Livre I, titre XIII, loi xlii) et p. 83 (Livre I, titre 
XIII, loi xcix). 

1101. — Pedro III rappelle au justice, aux jurés et aux conseillers de 
la cité de Valence qu'il leur a déjà recommandé spécialement dans son 
rescrit(?) (recessu) de maintenir en possession de leurs droits et de leurs 
biens tous les Juifs de la cité et du royaume de Valence. — Même date. 

Reg. 46, f° 152. 

1102. —Pedro III rappelle à son fils Jaime P. qu'il a concédé aux 
notables (proceres) et au peuple de la cité de Valence que, pour tout pro- 
cès entre Juifs et chrétiens du royaume de Valence, lesdits Juifs prête- 

1. Les plaies d'Egypte : les fléaux dont Dieu punit l'endurcissement de Pharaon* 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 77 

raient le serment sur les malédictions, conformément au statut addition- 
nel du for de Valence ; or, il a appris que l'obligation de recevoir ce ser- 
mentà chaque chapitre de la procédure absorbe toute la journée de la cour 
delà cité de Valence, de sorte que cette cour ne peut entendre tous les plai- 
gnants ; comme il suffit pour chaque cause de ne prêter le serment sur 
les malédictions qu'une fois, le roi mande de faire jurer les justiciables 
juifs sur le texte des malédictions placé devant eux. — Même date. 
Reg. 46, f» 152 r° et vo. 

1103. — Pedro III, en rappelant qu'il a prescrit aux Juifs delà cité et du 
royaume de Valence de porter des capes rondes, à la mode de Barcelone, 
sans leur fixer la date à partir de laquelle ce vêtement devait être revêtu, 
mande à son lils Jaime P. et au justice de Valence, eu égard à la pau- 
vreté de certains Juifs qui n'ont pas les moyens de se procurer ce genre 
de capes, de fixer à la Pàque de la Résurrection de N. S. le terme à l'ex- 
piration duquel tous les Juifs, pauvres ou non, doivent être revêtus de 
capes rondes; toutefois, dans les lieux du royaume de Valence qui ne 
renferment pas au moins dix maisons juives, le port de la cape ronde ne 
sera pas exigé. — Même date. 

Reg. 46, f° 152 vo. 

1104. — Pedro III mande à R. de San Licer, lieutenant du procureur 
dans le royaume de Valence en deçà du Jûchar, et au justice de la cité de 
Valence de contraindre noble G. de Angnlaria, ainsi que ses débiteurs et 
ses répondants, à payer leurs dettes à Jahuda Alaçar, Juif de Valence. — 
Même date. 

Reg. 46, f° 152 v°. 

1105. — Pedro III mande à son fils Jaime P. de faire contraindre les 
aljamas des Juifs de Jâtiva et de Murviedro à rembourser à l'aljama des 
Juifs de Valence les sommes qu'elle a versées pour lesdites aljamas au roi 
ou à l'infant don Alfonso, et de pousser les Juifs de Valence à payer les 
arrérages des collectes passées, conformément aux trois tailles établies 
par les secrétaires, à Samuel de Régal, Mahir Habez et Jona Sibili, juges 
à ce députés par ladite aljama. — Même date. 

Reg. 46, f<> 152 v°. 

1106. — Pedro III informe son fils Jaime P. et le justice de Valence 
qu'une délégation des aljamas juives de Barcelone et du royaume de 
Valence est venue le supplier de ne pas admettre l'article du for de Valence 
relatif au témoignage porté par des chrétiens contre des Juifs sans adjonc- 
tion d'un témoin juif ; le roi a répondu aux délégués qu'il avait promul- 
gué une ordonnance à ce sujet dans la cité de Valence sur les instances 
des prud'hommes (proceres) et du peuple de la cité, et que, sans l'assen- 
timent de ces derniers, il n'était pas de son intention d'y changer quelque 



78 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

chose ; il mande donc au justice et à son fils de se concerter avec le juge, 
les jurés et les conseillers de Valence et de prendre une décision con- 
forme au for de Valence. — Même date. 
Reg. 46,"f°» 152 v°-153. 

1107. — Pedro III mande aux aljamas juives de Catalogne de répondre 
pour le payement du tribut royal à Bn., scribe de sa maison, ou au man- 
dataire de ce dernier. — Même date. 

Reg. 51, f 33. 

1108. — Pedro III mande à toutes les aljamas de Juifs d'Aragon de 
verser à Martin de Saragozan, portier royal, porteur du présent mandement 
au lieu et place de Bn., scribe, le montant du tribut qu'ils auraient dû 
payer à la Noël passée, ainsi que les arrérages du tribut des années écou- 
lées. — Même date. 

Reg. 51, f° 33. 

1109. — Pedro III dispense l'aljama des Juifs de Lérida de l'obligation 
de fournir des draps de lit et des ustensiles de ménage au roi et à ses offi- 
ciaux, toutes les fois qu'il leur arrive de séjourner a Lérida. — Figueras, 
20 janvier 1283/4. 

Reg. 46, f° 154. 



1110. — Pedro III concède à tous les Juifs de la ville et collecte de 
Lérida que, pour tous les services, exactions et subsides exigés par le roi 
des aljamas juives de Catalogne, ils ne soient tenus d'y participer que par 
sou et par livre, selon les répartitions faites entre les aljamas de Cata- 
logne ; il mande aux secrétaires, aux adélantades et à tous ses officiaux 
de se conformer a la présente concession. — Même date. 

Reg. 46, f° 154 r° et v°. 

1111. — Pedro III informe les communautés juives des cités, villes et 
lieux d'Aragon, de Catalogne et du royaume de Valence qu'ayant appris 
au début de son règne l'injuste rétablissement delà leude ou péage au 
grau de la mer de Béziers ou d'Agde, ou au château de Lattes, près de 
Montpellier, il vient de constituer pour son procureur, en vue de la sup- 
pression de ladite leude, R. Alaman, consul des Catalans et des autres 
justiciables du roi à Montpellier. —Même date. 

Reg. 46, f° 155. 

1112.— Pedro III donne quittance à l'aljama des Juifs de Barcelone 
de 6.000 sous barcelonais, pour le tribut de la Saint-Jean passée et de 
12.000 pour le tribut de la Noël 1283. — Barcelone, 5 février 1283/4. 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 79 

1113. — Pedro III a appris que certains débiteurs des Juifs de Girone 
el Besalû renoncent par devant leurs seigneurs aux manses, bordes et 
tenures qu'ils possèdent, quitte à les faire concéder à nouveau parlesdits 
seigneurs à leurs enfants, neveux et autres parents, de sorte que leurs 
créanciers juifs perdent leur droit de recours sur lesdits biens et par suite 
toute garantie ; le roi mande aux viguiers, bailes et juges de Besalû de 
combattre ce genre de fraude et défaire exécuter au besoin les débiteurs 
desdits Juifs. — Barcelone, 7 février 1283/4. 



1114.— Pedro III informe R. deRiusech, citoyen de Valence, qu'il vient 
de recevoir 1 .000 sous barcelonais de Salamon Bafiel, Juif de Murviedro, 
et lui mande de ne rien réclamera ce Juif. — Barcelone, 13 février 1283/4. 

Reg. 51, f° 33 v°. 

1115. — Pedro III suspend les poursuites engagées par Bn., scribe, 
contre l'aljama des Juifs de la ville et collecte de Lérida qui, au lieu de 
payer pour leur tribut annuel 3.000 sous de Jaca et de contribuer pour cet 
impôt avec les Juifs d'Aragon, conformément à une décision de Jaimel er , 
ont coutume de payer 3.000 sous melgoriens et cela en participation avec 
les Juifs de Catalogne, conformément à un autre mandement de Jaime I er ; 
le roi accorde sa rémission à ladite aljama, à la condition qu'elle versera 
chaque année pendant trois ans 3.000 sous de Jaca, mi-partie à la Saint- 
Jean de juin, mi-partie à la Noël ; il lui donne quittance de 3 000 sous de 
Jaca, 1.000 au compte de 1281 et 1282. 2.000 au compte de l'année en cours, 
3.000 pour l'année 1283. — Lérida, 18 mars 1283/4. 

Reg. 46, f° 173 v<>. 

1116. — Pedro III mande à toutes ses aljamas juives d'Aragon d'en- 
voyer leurs procureurs à Egea, à raison de deux délégués par aljama, en 
vue de régler le différend qui les divise au sujet du tribut et autres exac- 
tions ; les délégués devront être tous présents à Egea le quinzième jour 
après la fête de Pâques et ils ne pourront regagner leurs communautés 
respectives qu'après que le roi sera venu les rejoindre ; comme Pedro n'a 
pas sous la main son sceau personnel, il concède que les présentes soient 
scellées du sceau de son fils aîné. — Fraga, 22 mars 1283/4. 

Reg. 62, fo 50. 

1117. — Pedro III mande au justice, aux jurés et aux prud'hommes 
de Valence, ainsi qu'à tous les ofticiaux de ce royaume, de ne pas con- 
traindre au port de la cape ronde Samuel, son fidèle alfaquim ; ledit 
Samuel, en effet, est médecin du roi et scribe de sa maison ; en cette 
double qualité, il accompagne le roi ou un membre de sa famille royale, 
dans tous leurs déplacements; le roi ne veut pas qu'on lui applique 
l'ordonnance qu'il a promulguée sur le port des capes rondes à l'égard 



80 REVUE DES ETUDES JUIVES 

des Juifs de Valence, alors surtout que cette ordonnance a été faite con- 
formément à la coutume de Barcelone et que les Juifs de cette ville qui 
accompagnent la cour ne sont pas astreints au port de la cape ronde. — 
Valence, il avril 1284. 

Reg. 4G, f° 178 v°. 

1118. — Pedro III mande à Juân de Figueras, mérine de Saragosse, de 
ne pas relâcher les Juifs inculpés de la mort de Salomon Avinbruch 
avant que le roi arrive à Saragosse, à moins, toutefois, qu'ils ne lui 
apparaissent tout à fait innocents de cette mort. — Epila, 16 avril 1284. 

Reg. 62, f° 53 v°. 

1119. — Pedro III mande à nouveau au mérine de Saragosse de ne pas 
relâcher les Juifs emprisonnés à la suite du meurtre de Salomon Aven- 
bruch, que le roi avait donné comme juge à l'aljama des Juifs de Sara- 
gosse, pas même s'ils demandaient leur mise en liberté sous caution, 
mais, bien au contraire, d'incarcérer tous ceux qui auront trempé dans 
ce meurtre et de procéder à la saisie de tous leurs biens. — Au siège 
d'Albarracin, 19 avril 1284. 

Reg. 46, f° 184. 

1120. — Pedro III a appris que R. de Rioseco a fait arrêter le Juif 
Jahuda Avenmenasse pour le punir de n'avoir pas encore payé le prix de 
sa prise en bail de la bailie de Jâtiva; mais comme ledit Juif présente une 
liste de débiteurs qui lui doivent une somme au moins égale au prix de 
son bail, le roi mande a R de Rioseco de remettre Jahuda en liberté, si le 
prisonnier peut recouvrer de ses débiteurs la somme nécessaire au paye- 
ment de sa bailie. — Au siège d'Albarracin, 23 avril 1284. 

Reg. 46, f° 185. 

1121. — Pedro III mande à dame Blanca, châtelaine de Molina, d'obli- 
ger son justiciable Miguel Sanxo, habitant de Molina, à faire complément 
de justice à son créancier Abraffim Passagon, Juif royal de Galatayud, 
qui affirme avoir consenti un prêt audit Miguel Sanxô, bien que le créan- 
cier ait fait dresser l'acte d'obligation au nom de Mosse Bivay, Juif de 
Molina. — Bolea l (?), 29 avril 1284. 

Reg. 46, f° 187 v°. 

1122. — Pedro III mande à Remiro Gonçalvez de Fons, alcaide de 
Fariza, de mettre à exécution la sentence rendue par Falfaquim de Same- 
ryna dans le procès survenu pour dettes entre Todroz Allevi, Juif de 
Calatayutl, et Foc, Sarrasin de Fariza, à moins qu'il n'y ait de raison suffi- 
sante pour en suspendre l'exécution. — Saragosse, 1 er mai 1284. 

Reg. 46, f<> 187. 

1. Le texte porte Bêla. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 81 

1123. — Pedro III a déjà confié àJimeno Pérez de Salanovajurispérite, 
le jugement do l'appel qui a été interjeté par Salomon et Astrueh de 
Cavalleria, Juifs de Saragosse, de la sentence rendue contre eux par le 
justice d'Aragon, lequel, à son tour, avait rejeté l'appel à lui fait par les 
dits Juifs d'une sentence prononcée par le çalmédine de Saragosse dans 
le procès qui s'était élevé au sujet de certaines sommes entre eux et 
Bn. de Riera, agissant en son nom et comme procureur de R. de Vilar- 
dello et autres ; l'infant don Alfonso avait déjà mandé au çalmédine de 
mettre cette sentence à exécution ; pour la deuxième fois, le roi mande à 
Jimeno Pérez de Salanova d'examiner cette affaire et de la terminer au 
plus vite. — Saragosse, 2 mai 1284. 

Reg. 46, f° 188. 

1124. — Pedro III a été informé par le Juif Azmaël, fils d'Iszach Abina- 
lion, que, — bien que l'infant don Alfonso ait mandé au justice, de 
Calatayud de mettre ledit Juif en possession d'une pièce de terre sise 
dans le terroir de cette ville et ayant appartenu à Juân Lôpez de Tauste, 
à la suite de la vente ordonnée par la cour de Calatayud en raison des 
dettes que ledit Juân Lôpez avait souscrites audit Juif, — le justice s'oppose 
à cette mise en possession ; le roi mande au justice de Calatayud ou à son 
lieutenant d'employer la contrainte à l'égard de Juân Lôpez et de ses 
biens, et, s'il s'obstine à ne pas se soumettre, de le citer à comparaître à 
jour fixe par devant la cour royale. — Même date. 

Reg. 46, f<» 188. 

1125. — Pedro III mande au justice et à Talcaide de Pina de mettre 
Ismaël Alvicenz, Juif de Saragosse, en possession de certains biens dont 
il a été dépouillé par des Sarrasins, pourvu qu'il se tienne prêt à faire au 
besoin complément de justice. — Saragosse, 3 mai 1284. 



1126. — Pedro III mande au justice et au juge de Calatayud d'examiner 
la sentence rendue par P. Guerguet, du temps où il était justice de Cala- 
tayud, contre Jaime de Gravas, habitant de cette ville, dans le procès 
qu'il s'était élevé à la suite d'une transmission de pièce de terre entre le 
Juif Mosse Vilani, procureur d'Açach Azagon, Juif de Calatayud, deman- 
deur, d'une part, et Gil Gomez, procureur de Jaime de Gravas, d'autre 
part ; la sentence émise par P. Guerguet n'est, d'ailleurs, qu'une confir- 
mation des arrêts prononcés par le justice d'Aragon et A. Taverner; le roi 
ordonne au justice et au juge de Calatayud de mettre cette sentence à 
exécution, s'ils en reconnaissent le bien-fondé. — Saragosse, 4 mai 1284. 

Reg. 46, f° 189. 

1127. — Pedro III mande à l'aljama des Juifs d'Egea de recevoir et de 
T. LKV, N- 129. 6 



82 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mettre en lieu sur le pain que lui remettra de sa part Peregrino de Iiiglos. 
— Saragosse, 7 mai 1284. 

Reg. 46, f° 193. 

1128. — Pedro III mande au mérine de Saragosse démettre en liberté, 
sous caution de 3.000 morabotins d'or, Jucef de Belforat, Salomon de 
Belforat, Coralit de Belforat, Jucef de Belt'orat, jeune, Jabuda de 
Belforat, Astrug de Belforat, Azach de Belforat fils de Santon de Bel- 
forat, qui sont retenus prisonniers en raison de la mort de Salomon 
Avenbrucb, à la condition que les répondants (caplevalores) soient tenus 
de ramener devant ledit mérine, dans les dix jours qui suivront la Pente- 
côte, lesdits Juifs, vivants ou morts, ou, sinon, de verser la caution de 
3.000 morabotins d'or. — Même date. 

Reg. 46, f° 195. 

1129. — Pedro III, en informant les adélantades et l'aljama des Juifs 
de Huesca qu'il a besoin d'argent pour faire marcher l'infant don Alfonso 
à Urgellet contre le comte de Foix, les prie de verser à Muça de Portella 
les arrérages du tribut. — Saragosse, 8 mai 1284. 

Reg. 71, f° 149 v°. 

1130. — L'infant don Alfonso a été informé par Gcnton, boucher, que 
les adélantades de Taljama des Juifs de Jaca ont interdit audit Jenton par 
voie d'alatma d'exercer le métier de boucher ; supplié par ledit Genton 
de faire lever ladite alatma, l'infant fait connaître aux adélantades que, 
s'ils révoquaient leur interdiction, cela lui ferait plaisir. — Huesca, 
12 mai 1284. 

Reg. 62, 1» 53 v°. 

1131. — D. Alfonso donne quittance à l'aljama des Juifs de Huesca de 
la somme de 2.500 sous de Jaca, à valoir sur le tribut de la prochaine 
Saint-Jean, qu'elle a remise à Muça de Portella pour permettre à l'infant 
de marcher sur Urgellet, contre le comte de Foix. — Monzôn, 12 mai 1284. 

Reg. 71, t'° 149 v». 

1132. — D. Alfonso informe les secrétaires de l'aljama des Juifs de 
Barcelone que le roi, son père, l'envoie à Urgellet, contre le comte de 
Foix, qui, au mépris des conventions conclues entre lui et Pedro III, a 
mis le siège, à Urgellet, devant des châteaux royaux ; en vue de faire face 
aux grandes dépenses nécessitées par cette expédition, le roi réclame aux 
communautés juives les arrérages du tribut et des autres impôts; il leur 
demande, en outre, de lui consentir des avances sur le montant des tri- 
buts futurs; l'infant prie affectueusement (affectuose rogavimus) les 
secrétaires de Faljama des Juifs de Barcelone de lui avancer 25.000 sous 
de Jaca sur le tribut de la Saint-Jean et de les lui faire parvenir avant le 



catalogue des actes de jaime i* r , pedro iii et alfonso m 83 

vendredi suivant; s'ils font des atermoiements, ils, porteront un grave 
préjudice à la cause royale. — Lérida, 14 mai 1284. 
Reg. 62, f° 57. 

1133. — D. Alfonso a appris que le baile et la cour de Lérida trou- 
blent l'aljama des Juifs de Lérida dans la jouissance des privilèges que 
cette communauté a obtenus du roi sur le recouvrement des intérêts en 
retard et sur le mode de prestation du serment, et sous prétexte que 
ladite aljama les interprète mal ; il leur mande de faire observer lesdits 
privilèges, et, s'il se produisait quelque hésitation dans la manière de les 
interpréter, de surseoir à leur application jusqu'à l'arrivée du roi à Lérida, 
pour que, si ces privilèges contiennent des passages douteux ou obscurs, 
le roi puisse en donner l'explication véritable. — Lérida, 13 mai 1284. 

Reg. 62, P 60. 

1134. — D. Alfonso, en informant les Juifs de Barbastro qu'il a besoin 
d'argent pour marcher sur Urgellet, contre le comte de Foix, les 
prie de verser à Muça de Portella les arrérages de leur tribut. — Lérida, 
19 mai 1284. 

Reg. 71, f° 149 v°. 

1135. — D. Alfonso donne quittance à l'aljama des Juifs de la ville et 
collecte de Barcelone, ainsi qu'à Adret Issach, secrétaire de ladite aljama, 
de 12.000 sous barcelonais, à valoir sur le tribut de la Saint-Jean pro- 
chaine, laquelle avance Muça de Portella a reçue d'Adret Issach en vue de 
l'expédition de l'infant contre le comte de Foix. — Agramunt, 24 mai 1284. 

Reg. 71,f°152 v°. 

1136. — D. Alfonso mande à Estebân de Gardona de ne pas tenir en 
observation (in reguardo) Jahuda Abneyinf, Juif de Lérida, en raison des 
blessures par lui portées à Mardohay Avingabay, pourvu qu'il se tienne 
prêt à faire complément de justice; bien plus, qu'il lui permette de 
séjourner à Lérida en toute sécurité. — Agramunt, 25 mai 1284. 

Reg. 62, f° 91 v°. 

1137. — D. Alfonso mande à tous ses sujets de ne faire aucun empê- 
chement à Sahidi Avenmenucha, Juif de Lérida, qui se propose de trans- 
porter 150 cafices de froment de Lérida à Tortose, pourvu qu'il s'acquitte 
des droits de leude et autres péages qui lui seront demandés sur son par- 
cours. — Même date. 

Reg. 62, f° 91 v°. 

1138. — D. Alfonso a appris qu'en vertu de l'obligation qui impose à 
chaque Juif passant à Tarrega de payer 12 deniers pour la leude, le baile 
de ce lieu contraint les Juifs pauvres à acquitter ce droit en leur enle- 



84 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

vant et en leur touillant les vêtements; l'infant mande au baile de ne 
rien exiger des Juifs pauvres pour le droit de leude. — Même date. 
Reg. 62, 1° 91 v°. 

1139. — Pedro III accorde des lettres de rémission à Samuel Alfrançi, 
Juif de Saragosse, alors en résidence à Molina, sur les prières de dame 
Banca, châtelaine de Molina et de Messa, pour l'amende qu'il peut encou- 
rir, mais non pas pour le châtiment corporel auquel il peut être con- 
damné, en raison de l'homicide perpétré sur la personne de Jusua Neguel, 
Juif de Saragosse, pourvu, toutefois, qu'il s'engage à faire au plaignant 
complément de justice. — Orea, 26 mai 1284. 

Reg. 46, f° 200 v°. 

1140. — Pedro III cite Açach de Vidalon, Juif de ïéruel, à compa- 
raître par devant lui le mardi suivant, muni des actes qu'il a passés avec 
Jimeno P. de Oza, et prêt à faire à ce dernier complément de justice. — 
A l'armée d'Albarracin, 28 mai 1284. 

Reg. 46, f° 200 v°. 

1141. — Pedro III donne quittance aux adélantades des Juifs de 
Téruel de 500 sous de Jaca pour le montant du tribut de la Saint-Jean de 
juin. — Au siège d'Albarracin, 28 mai 1284. 

Reg. 51, f° 34 v°. 

1142. — Pedro III mande à ses fidèles çalmédine et baile de Saragosse, 
ainsi qu'à tous les autres ofticiaux de cette ville, de contraindre les Sar- 
rasins de Saragosse à s'acquitter de leurs dettes vis-à-vis des « Hébreux » 
de l'aljama de la même ville ou à leur faire complément de justice. — 
Au siège d'Albarracin, 31 mai 1284. 

Reg. 46, f° 202 v°. 

1143. — Pedro III fait connaître à son mérine de Saragosse qu'il n'a 
jamais eu l'intention de faire mettre en liberté sous caution Jahuda, fils 
de Santon de Belforat, qui a été condamné à une peine corporelle ; il lui 
mande en conséquence d'incarcérer de nouveau ledit Jahuda et de bien 
le garder jusqu'à nouvel ordre; quant aux complices de Jahuda qui 
ont été condamnés à une peine pécuniaire, ils n'auront qu'à acquitter 
leur amende pour être laissés en liberté. — Même date. 

Reg. 46, f° 202 v°. 

1144. — Pedro III mande d'arrêter Santhon de Belforat, fils de feu 
Jahuda de Belforat, Juif de Saragosse, qui s'est enfui après avoir participé 
au meurtre de Salamon Abenbruch, Juif royal de Saragosse. — Même date. 

Mandement semblable aux officiaux du royaume de Castille. 
Reg. 46, f° 202 v°. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME T r , PEDRO III ET ALFONSO III 85 

1145. — Pedro III mande aux aljamas des Juifs de Tarazona et de 
Borja de recourir à l'alatma pour les déclarations de dettes et autres 
obligations. — Même date. 

Reg. 46, f« 203. 

1146. — Pedro III a été informé par l'aljama des Sarrasins de Sara- 
gosse que les créanciers juifs exigent d'elle un intérêt supérieur au 
taux légal fixé par Jaime I er ; il mande aux Juifs de Saragosse d'avoir à 
comparaître par devant lui quinze jours après la réception du présent 
mandement pour faire complément de justice. — Au siège d'Albarracin, 

3 juin 1284. 

Reg. 46, f° 204. 

1147. — D. Alfonso mande à Bernardo, scribe, de ne pas réclamer à 
l'aljama des Juifs de Huesca, 2.500 sous pour le tribut de la Saint-Jean 
prochaine, puisqu'il les a déjà reçus au moment de son expédition contre 
le comte de Foix. — Lérida, 3 juin 1284. 

Reg. 62, f° 61 v°. 

1148. — Pedro III mande à Bernardo, scribe, de recevoir au compte 
des Juifs de Daroca pour le tribut de la Saint-Jean prochaine les 750 sous 
qu'ils ont versés à Bartolomé de Villafranca. — Au siège d'Albarracin, 

4 juin 1284. 

Reg. 52, f° 13. 

1149. — Pedro III rappelle à Sancho Remirez qu'il lui a promis, en le 
quittant, de lui livrer Jahuda, fils d'Issach Avenlahu, inculpé d'avoir porté 
des blessures à Issach El Calvo ; il lui a même dépêché un portier royal à 
qui ledit Sancho devait remettre ledit Juif; Sancho Remirez n'a rien fait 
de tout cela et ne lui en a rien écrit ; le roi lui mande de lui expédier 
ledit prisonnier. — Au siège d'Albarracin, 5 juin 1284. 

Reg. 46, fo 206. 

1150. — Pedro III mande à Isach Avenhalau, à Jucef Avenhalau et à 
son fils Mosse, ainsi qu'à Jacob, fils d'Açach Alazar, de comparaître par 
devant lui, le lundi 12 juin, à l'armée d'Albarracin, prêts à rendre compte 
des blessures qu'ils ont portées à Assach El Galbo et pour lesquelles leurs 
biens ont été saisis. — Même date. 

Reg. 46, f° 206. 

1151. — Pedro 111 donne quittance à l'aljama des Juifs de Lérida de 
3.000 sous de Jaca qu'il a reçus d'elle, à titre d'avance, pour le tribut de 
1285. — Même date. 

Reg. 51, f" 38» 



86 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1152. — D. Alt'onso a été informé que le mérine de Barhastro grève 
les Juifs de Monzôn qui possèdent des biens à Barbastro, en les faisant 
contribuer aux peites et tailles des Juifs de ce lieu à rencontre des pri- 
vilèges à eux concédés par Jaime I er ; l'infant mande au mérine de se 
conformer auxdits privilèges. — Lérida, 5 juin 1284. 

Reg. 62, f° 63 v°. 

1153. — Pedro III mande à Enego Lopez de Jassa de lui adresser l'acte 
par lequel Açach El Calbo s'est obligé pour 2.046 sous et 8 deniers, à 
la suite de l'achat par lui fait des revenus de Daroca, et que Dalmaso 
de Villarrassa a remis à Mateo de Narbona. — Au siège d'Albarracin, 
11 juin 1284. 

Reg. 46, f° 207 v°. 

1154. — D. Alfonso mande au mérine de Barbastro de ne pas grever, 
ni de laisser grever les Juifs de Monzôn, à propos des peites et tailles 
fournies par les Juifs de Barbastro, à rencontre des privilèges concédés 
au Temple et auxdits Juifs par le roi son père, mais, tout au contraire, 
de faire respecter leurs privilèges y relatifs. — Lérida, 11 juin 1284. 

Reg. 62, f° 66. 

1155. — Pedro III mande à Galaciân de Tarba de lui envoyer par 
devers lui Davi Mascaram, Juif de Saragosse. — Au siège d'Albarracin, 

13 juin 1284. 

Reg. 46, f° 208. 

1156. — Pedro III mande au mérine et à tous les officiaux de Sara- 
gosse de ne contraindre les Sarrasins de cette ville à s'acquitter de leurs 
dettes à l'égard de leurs créanciers juifs qu'au taux, fixé par Jaime I er , 
de 4 deniers pour livre d'intérêt par mois. — Au siège d'Albarracin, 

14 juin 1284. 

Reg. 46, f° 209. 

1157. — D. Alfonso mande à Botzach de mettre en liberté certain 
Juif du nom de Jucef qu'il retient prisonnier en raison du « carcelage ' » 
que son père Mardohay était tenu de payer; ledit Jucef est réduit à l'indi- 
gence ; il n'avait pas de quoi payer sa dette et il a été obligé de mendier 
jusqu'à ce qu'il ait recueilli la somme nécessaire — Lérida, 16 juin 1284. 

Reg. 62, f° 70 v°. 

1158. — D. Alfonso mande à Estebân de Gardona, baile de Lérida, de 
régler selon le droit de l'azuna des Juifs, le procès pendant entre Mosse 

t. (Carcelage : somme à verser par le détenu au geôlier pour la nourriture et la 
boisson qu'il en reçoit pendant sa détention. 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME 1 er , PEDRO III ET ALFONSO III 87 

Avicompha, d'une part, la Juive Nasset, veuve d'Ahrahim Ameleger, et 
son fils Jahuda, d'autre part, au sujet de certaine somme que ledit Mosse 
affirme lui être due par Nasset et Jahuda. — Lérida, 17 juin 1284. 

Reg. 62, f° 73. 

1159. — Pedro III accorde des lettres de rémission, — moyennant le 
payement entre les mains de son scribe B. de Villafranca de 85 doubles 
d'or, 200 tournois d'argent, 200 sous de Jaca valeur livrable en vin, — à 
Açach Sortor, Salomon Sortor, Mira, veuve de Jahuda Sortor, Simah, 
femme d'Açach Axibili et à leurs sœurs, tous Juifs de Téruel, qui se 
trouvent sous le coup de poursuites en raison du vol commis par 
Simah, au préjudice de son mari Açach Axibili, de certains biens, pour 
lesquels ledit Açach a été admis à composition. — Au siège d'Albarracin, 
21 juin 1284. 

Reg. 46, f° 212. 

1160. — Pedro III mande au juge de Téruel de faire mainlevée sur 
les biens saisis aux Juifs susdits. — Même date. 

Reg. 46, f° 212. 

1161. — Pedro III accorde définition de toute peine à Açach Axibili en 
raison de l'accusation de vol que ledit Juif a portée contre Açach Sortor, 
Salomon Sortor, Mira, veuve de Jahuda Sortor, Simha Axibili, sa femme, 
et leurs sœurs. — Même date. 

Reg. 46, f° 212. 

1162. — Pedro III mande au çalmédine et aux autres officiaux de la 
ville et mérinat de Saragosse de faire observer, relativement aux prêts 
consentis par les Juifs aux Sarrasins, non seulement les édits de Jaime I er 
fixant à 4 deniers pour livre par mois le taux maximum de l'intérêt, 
mais aussi les privilèges particuliers concédés à ce sujet par le même roi 
auxdits Juifs. — Au siège d'Albarracin, 25 juin 1284. 

Reg. 46, fo 215. 

1163. — Pedro III a appris que dans la répartition des tailles faite 
entre l'aljama des Juifs de la ville de Barcelone et les aljamas de sa col- 
lecte, des fraudes ont été commises au grand préjudice du trésor royal . 
il mande aux secrétaires et à l'aljama de Barcelone de déléguer par devers 
lui avant trente jours deux ou trois d'entre eux, porleurs de tous les 
livres, cahiers et autres rôles relatifs aux tailles, collectes et exactions 
faites depuis quinze ans. — Au siège d'Albarracin, 27 juin 1284. 

Semblables mandements aux Juifs de Lérida, Tortose, Girone, Besalû 
Monzôn, Fraga, Valence, Jâtiva, Murviedro, Saragosse, Téruel, Daroca, 
Galatayud, Tarazona, Borja, Alagôn, Ruesta, Pina, Huesca, Jaca, Barbastro, 
Montclûs, Uncastillo, Luna, Egea, Tauste. 
Reg. 46, f° 216. 



88 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1164. — Pedro III a appris que A. de Follares et Salomon de Portella, 
à qui il a ordonné de saisir les biens et les créances que les Juifs de 
Navarre détiennent en Aragon, n'ont pas rempli leur mission au-delà de 
L'Ébre ; il leur mande de l'aire procéder aux dites saisies sur les Juifs et 
autres hommes de Navarre au-delà de ce fleuve et de n'accorder à ce 
sujet aucune rémission. — Au siège d'Albarracin, 28 juin 1284. 

Reg. 46, f° 213. 

1165. — Pedro III vend à Jacob Avenrodrich, Juif de Téruel, certaines 
maisons ayant appartenu à P. Oracez, au prix de 1.400 sous de Jaca. — Au 
siège d'Albarracin, 30 juin 1284. 

Reg. 43, f° 6 y». 

1166. — Pedro NI vend à Jacob Avenrodric, Juif de Téruel, certaines 
maisons sises dans cette ville près de la juiverie, confrontant les maisons 
d'Isçach Sartre et d'Izmael Avingemil, au prix de 400 sous de Jaca. — 
Même date. 

Parchemin de Pedro III n° 421, copie du mois de décembre 1290. 

1167. — Pedro III a été informé par une plainte de Bendavid, fils 
d'Astrug d'en Bonsenyor, que sa sœur, la Juive Boneta, « saisie d'empor- 
tements de belle-mère », s'applique d'un effort furieux à déshériter sa 
fille, femme dudit Bendavid, de la part de fortune qui lui revient sur la 
succession de sa grand'mère maternelle ; ladite Boneta, oublieuse de son 
sang, à rencontre du devoir de piété filiale, au grand préjudice de sa 
tille, a remis tous ses biens meubles au Juif Saltel Astruch, qui les a 
convertis en immeubles, les négociant et les prêtant sous son nom, à 
l'exclusion de sa femme, par suite de quoi la fille ne peut prouver que 
lesdits biens sont ou ont été la propriété de sa mère ; le roi mande à 
Saltel Astruch de produire devant le viguier de Barcelone tous les chiro- 
graphes des dettes contractées sur lesdits biens, afin que la fille de ladite 
Boneta n'en puisse être frustrée. — Même date. 



(A suivre.) 

Jean Régné. 



LES JUIFS 



ET 



LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 

(1789) 
(suite *) 



IV. — Les vœux des Juifs. 

Quand les Juifs, dits « allemands », de l'Alsace, des Évêchés et 
de la Lorraine furent autorisés par le ministère à se réunir pour 
former leurs doléances et nommer leurs députés, on était au 15 mai 
1789 et les États généraux avaient déjà commencé à siéger. Le 
temps pour les Juifs de chacune de ces troisprovinces, après noti- 
fication de l'intendant, de s'assembler, de dresser leur cahier et 
d'élire deux députés chargés de le porter à Paris, le temps pour les 
six députés de se rendre dans la capitale et d'y réduire les trois 
cahiers en un seul, plus de deux mois — et quels mois ! — s'écou- 
lèrent, les États généraux étaient devenus l'Assemblée nationale 
constituante. Remanier le cahier et le lui présenter — puisque 
c'était à elle qu'il fallait s'adresser en tenant compte de la situation 
nouvelle — ce fut l'affaire d'un autre mois pour les députés juifs, 
qui durent encore attendre six semaines pour être admis eux- 
mêmes à la barre de l'Assemblée. 

Si la période de la convocation a comme terme normal l'ouverture 
des États généraux, pour les Juifs elle se poursuit jusqu'au jour où 
la Constituante fut saisie de leurs doléances et de leurs vœux. En 
exposant ces vœux et ces doléances, nous aurons ainsi à suivre les 

i. Voir Revue, LXIV, 244 et s. 



90 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

événements jusqu'au début de septembre et même jusqu'au milieu 
d'octobre 1789. Nous verrons du môme coup comment les événe- 
ments ont influé sur l'attitude non seulement des Juifs « allemands », 
mais aussi des autres Juifs de France. 



Juifs «portugais ». 

Car nous ne devons pas oublier les Juifs « portugais » et même 
nous devons commencer par eux : à tous seigneurs tous honneurs. 
Eux-mêmes auraient voulu alors se faire oublier et se faire passer 
pour des Français comme les autres. 

Pouvaient-ils donc présenter des doléances particulières? Sans 
doute, là du moins où ils formèrent un collège électoral distinct. 
C'est ainsi, nous l'avons vu, que la communauté de Saint-Esprit- 
lès-Bayonne se réunit le 19 avril pour nommer les « députés qui 
devaient porter ses cahiers » au chef-lieu de la sénéchaussée 4 . Ce 
cahier est-il perdu? Il devait contenir, outre la revendication « du 
droit de réunion particulière et de nomination de députés spéciaux », 
des réclamations sur l'ostracisme dont les Juifs étaient les victimes 
à Saint-Esprit et l'attitude hostile des chrétiens à leur égard, 
d'autres réclamations sur les impôts, dont tout le monde se plaignait, 
et sur les règlements du commerce, dont les Juifs même « portu- 
gais » souffraient particulièrement, au moins lorsqu'ils quittaient 
la province. Aussi bien, ce que nous aimerions surtout à savoir, 
c'est si les Juifs de Saint-Esprit — leurs concitoyens ieur faisant 
sentir qu'ils étaient Juifs — s'élevaient à cette occasion contre les 
incapacités dont ils étaient frappés en tant que Juifs. Car ces Juifs, 
tout « portugais » qu'ils fussent, ne jouissaient pas, à la veille de 
la Révolution, d'une égalité complète, pas plus à Saint-Esprit qu'à 
Bordeaux et les doléances que les Juifs de Saint-Esprit ont pu 
présenter doivent avoir été les mêmes que celles que les Juifs de 
Bordeaux. . . n'ont pas présentées. 

Les Juifs de Bordeaux, tant « portugais » qu' « avignonnais », qui 
avaient pris part aux opérations électorales avec leurs concitoyens, 
en ont-ils profité pour faire valoir leurs revendications particulières? 
Il semble bien que non. Ils avaient été traités sur le pied de corpo- 
rations. En cette qualité ils auraient pu dresser des cahiers, mais ils 
n'y étaient pas tenus. Les assemblées corporatives étaient considé- 
rées par le gouvernement comme de simples groupements d'électeurs, 
destinés à prévenir la confusion qui aurait résulté d'assemblées 

1. Revue, LX1V, p. 259. 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 91 

urbaines trop nombreuses \ et, s'il s'en est trouvé qui ont à cette 
occasion formulé leurs doléances — nous en avons rencontré sur 
notre chemin, dans la première partie de cette étude, à Tbionville, 
à Lunéville, à Montpellier — c'a été à titre facultatif. Les Juifs de 
Bordeaux jugèrent sans doute qu'il n'était pas de leur intérêt de 
bénéficier de cette tolérance. Ils tenaient à être confondus avec 
leurs concitoyens, à ne pas se distinguer; être convoqués avait 
« mis le comble à leur satisfaction » et ils ne demandaient plus rien. 

Aucune trace de cahier présenté par les Juifs bordelais. Si nous 
voulons savoir quels auraient été leurs vœux et ce qu'ils auraient 
pu demander aux États généraux, nous devons consulter le Mémoire 
que leurs députés avaient remis l'année précédente à Malesherbes, 
chargé de préparer une loi générale sur les Juifs de France. Ces 
deux députés étaient Lopès-Dubec el Furlado; un député des Juifs 
de Bayonne, Fonseca, qui s'était joint à eux, tomba malade et dut 
s'en rapporter à ses collègues. Ceux-ci remirent leur travail le 
15 juin 1788. Ce fut précisément la convocation des États généraux 
qui empêcha de donner suite à cette affaire: elle était encore en 
cours au commencement de 1789. 

Malesherbes avait rédigé un questionnaire dont le dernier point 
était ainsi conçu : « Engager les syndics de la Nation à s'expliquer 
sur l'espèce de constitution qu'ils pourraient particulièrement 
désirer d'avoir en France ». En réponse à cette invitation, le 
Mémoire expose les « vues des syndics de la Nation juive 2 ». 

Avant d'établir le plan de constitution que la Nation juive désire d'avoir 
en France, nous prions de ne pas perdre de vue qu'en envisageant indis- 
tinctement tous les Juifs établis dans le royaume sous les mêmes rapports 
relativement aux droits civils, la loi qui interviendra ne doit pas inter- 
dire à chaque corporation ou congrégation son régime particulier, d'au- 
tant que cette faculté ne porte aucune atteinte aux droits civils des Juifs 
entre eux ni à ceux des autres sujets du roi et qu'il est avantageux pour 
le bon ordre et la police que les lois que nous allons proposer soient 
adoptées par le gouvernement. 

1" Les Juifs espagnols et portugais désirent particulièrement être main- 

1. Voir sur cette question E. Bridrey, Cahiers de doléances du bailliage de Coten- 
tin, 1, 12-14, et Ch. Porée, Cahiers de doléances du bailliage de Sens, p. xvii-xviii. 

2. Ce Mémoire est actuellement aux Archives départementales de la Gironde. Nous 
utilisons une copie partielle de M. Cirot, que le savant professeur à la Faculté des 
Lettres de Bordeaux a eu l'amabilité de nous communiquer. Malvezin a résumé dans 
son Histoire des Juifs à Bordeaux, p. 249-250, cette partie du Mémoire, dont on 
peut rapprocher la lettre de Gradis publiée par le même, p. 245 et s. (p. 248, 1. 14, 
« code 3 » est une singulière erreur pour « Gode noir »). — On ne voit pas que les 
« Avignonnais » de Bordeaux aient été consultés. 



92 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tenus dans les privilèges qui leur ont été accordés en 1550, confirmés par 
les rois prédécesseurs de Sa Majesté et par Sa Majesté elle-même par la 
lettre-patente de 1776, d'être maintenus et conservés dans leurs corpora- 
tions ou congrégations et dans les règlements et statuts qui concernent 
leur police intérieure tant à Bordeaux que dans les pays de Labour et 
autres lieux où ils sont établis. 

Ils désirent aussi que les privilèges accordés à d'autres Juifs, soit dans 
la ville de Bordeaux, soit dans d'autres villes du royaume, leur soient 
conservés, ainsi que leur régime particulier. 

2° Que la nouvelle loi rappelle d'une manière claire et précise que les 
Juifs pourront s'établir et demeurer dans toutes les villes, bourgs, vil- 
lages et hameaux du royaume, pays, terres et seigneuries de l'obéissance 
de S. M., nonobstant tous édits, déclarations, etc. qui pourraient y être 
contraires et nonobstant tous statuts ou prétendus privilèges de ville 
dont on voudrait se prévaloir contre eux, et, attendu les difficultés qu'ils 
ont souvent éprouvées dans nos colonies d'Amérique, il serait nécessaire 
que S. M. dérogeât expressément à l'article 1 er de l'édit de 1685. 

3° Que les mariages des Juifs continuent à être célébrés comme par le 
passé suivant les rites et usages judaïques ; mais que la polygamie devra 
leur être expressément interdite. 

4° Qu'aucun Juif ne pourra exercer la faculté de divorce. Que s'il se 
présente cependant quelque cas grave, les parties devront se pourvoir 
devant l'assemblée de la nation, qui décidera définitivement et sans appel, 
à la pluralité des trois quarts des voix, si le divorce doit avoir ou ne pas 
avoir lieu. Que si la nation prononce contre celui qui demandait le 
divorce, il lui demeurera réservé le pouvoir de se pourvoir devant les 
juges à qui la connaissance en appartiendra pour demander la séparation 
de corps et de biens. 

5\° L'anneau qui répond aux fiançailles des chrétiens ne pourra être 
donné qu'en présence des père et mère, tuteurs ou curateurs et qu'en 
présence de trois témoins pris dans la classe des contribuables aux impo- 
sitions, et ceux qui, dans le cas de minorité des parties, se prêteront à 
servir de témoins sans consentement expliqué ci-dessus seront bannis à 
perpétuité du royaume. 

6° Gomme l'anneau forme parmi les Juifs le même lien que le mariage, 
l'homme marié qui l'aura donné à une fille ou à une veuve sera réputé 
bigame et les témoins qui y auront assisté seront punis corporellement. 

7° Que lorsque les Juifs se marieront, qu'il leur naîtra un enfant ou 
qu'ils viendront à mourir, ceux qui auront contracté lesdits mariages, les 
parents de l'enfant ou ceux du mort, et, à leur défaut, ses amis ou voi- 
sins sont tenus dix jours * au plus tard après lesdites naissances, 

1. Les Juifs ne sortent pas ordinairement de leurs maisons pendant les huit pre- 
miers jours qui suivent la mort de leur père, mère, enfant, frères, sœurs, etc., pendant 
les huit premiers jours de la célébration du mariage. A l'égard de la naissance des 
enfanta mâles, ils ne peuvent en faire la déclaration qu'après la circoncision, qui n'a 
lieu que huit jours après la naissance. (Note du Mémoire.) 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 93 

mariages ou morts, d'en faire la déclaration par devant le premier offi- 
cier de justice des lieux, soit royale, soit seigneuriale, dans le ressort 
duquel sera situé le domicile de Tune des parties, et ce à peine de cent 
livres, applicables aux pauvres de la Nation, contre ceux qui seront jugés 
par ladite Nation être en état de la payer, et contre tous autres à telles 
peines qu'elle jugera raisonnable de leur imposer. Cette déclaration, 
duement signée tant par les déclarants que par ledit juge, spécifiera la 
date exacte desdits mariages, naissances ou morts, ainsi que les noms, 
surnoms et qualités de ceux sur lesquels elle portera, et sera inscrite 
dans deux registres cotés et paraphés, dont l'un sera remis à la fin de 
chaque année au garde des archives de la Nation et l'autre sera déposé au 
principal greffe de la justice pour qu'on puisse y avoir recours au besoin. 
Il ne pourra être exigé qu'un droit de 5 sols par chaque déclaration et 
pour chaque extrait qui en sera délivré. 

8° Seront tenus les époux et les épouses de se présenter en personne 
et avec deux témoins qui auront assisté à la célébration du mariage 
devant le juge royal ou seigneurial du ressort de leur domicile, aux- 
quels ils feront leur déclaration de mariage. 

9° Seront aussi tenues lesdites parties, en cas qu'elles soient encore 
mineures, de se présenter avec leur père, mère, tuteur ou curateur, et en 
leur absence ou défaut avec leur consentement par écrit, duquel les 
juges devront faire mention dans l'acte de déclaration de mariage, et sera 
ledit acte inscrit sur les registres des mariages. 

10o Gomme les Juifs espagnols et portugais suivent les lois du royaume 
dans les conventions matrimoniales et le partage des successions, les 
Allemands et autres Juifs seront tenus de s'expliquer en faisant la décla- 
ration de mariage s'ils veulent suivre pour le partage des successions les 
lois du royaume ou celles de Moïse ; s'ils préfèrent les lois de Moïse, 
leurs successions seront réglées comme en Alsace, à Metz et autres, sans 
qu'il soit rien innové à cet égard. 

11° Les Juifs pourront exercer tous les arts et métiers sans exception, 
même être marchands en gros et en détail dans les villes, bourgs et 
villages sans être obligés de se faire immatriculer dans les différentes 
jurandes qu'autant qu'ils y seront reçus, et alors ils contribueront à 
toutes les charges des corporations dans lesquelles ils entreront et joui- 
ront de tous les avantages qui y sont attachés sans être obligés d'assister 
aux cérémonies qui pourraient être contraires à leurs usages. 

12° Ils pourront être apothicaires, chirurgiens, médecins, accoucheurs, 
en se soumettant aux examens d'usage ; ils supporteront les charges des 
différents corps auxquels ils seront agrégés et jouiront sans exception ni 
restriction des avantages qui leurs sont attribués et seront cependant 
dispensés d'assister aux cérémonies qui seraient contraires à leurs 
usages. 

13° Les Juifs pourront acquérir et posséder des fonds de terre et des 
maisons dans tout le royaume, pays, terres et seigneuries de l'obéis- 
sance de S. M. comme dans la province de Guyenne, ils pourront cultiver 



94 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

eux-mêmes leurs terres ou les faire cultiver, soit par des Juifs, soit par 
des chrétiens qui se mettront volontairement à leur service ; il ne leur 
sera permis de cultiver ou de faire cultiver les terres les dimanches et 
autres fêtes que dans des districts particuliers ou dans des enceintes 
murées, et dans les lieux où ils se trouveraient parmi des chrétiens, 
ils ne pourront travailler ces jours-là que dans l'intérieur de leurs 
maisons. 

14° Les Juifs pourront disposer comme par le passé de leurs biens, et 
les legs et donations qui pourraient leur être faits par des chrétiens 
seront bons et valables. 

15° Les Juifs continueront d'avoir, comme par le passé, leurs syna- 
gogues, leurs rabbins, leurs écoles et collèges et leurs cimetières. Leurs 
enfants pourront être admis dans les collèges publics pour y faire leurs 
études, de même qu'aux universités pour y prendre les grades de doc- 
teurs en médecine. 

16° Gomme il est juste que ceux qui contribuent au progrès du com- 
merce soient admis aux assemblées qui en dirigent les principales opéra- 
tions, les Juifs seront appelés aux assemblées des Chambres de commerce 
établies dans le royaume et pourront même y être nommés directeurs ou 
députés. 

17° Comme il est juste aussi que ceux qui contribuent aux charges 
d'une ville y soient considérées comme les autres, les Juifs devront être 
appelés aux assemblées de ville ainsi que les autres citoyens. 

18° Pas un Juif ou Juive ne pourra s'établir dans le Royaume, ni 
d'une ville dans une autre, sans être reconnu ou avoué par l'assemblée 
de la nation et sans avoir obtenu les 2/3 des suffrages, et dans les lieux où 
les Juifs ne se trouveraient pas établis en corps de nation, ils ne pour- 
ront y être reçus qu'en apportant des attestations en bonne forme de 
leurs vie et mœurs. 

19° Les Juifs paieront la capitation et autres impositions royales ainsi 
que celles qu'ils s'imposent eux-mêmes pour le soulagement de leurs 
pauvres dans leurs corporations respectives ainsi et de la même manière 
qu'ils l'ont fait jusqu'à présent. 

20° Les syndics et adjoints de la nation feront l'office des juges conci- 
liateurs dans tous les différends qui s'élèveront entre Juifs, tant en 
matière civile que pour fait d'injures; seront tenus lesdits Juifs de se 
présenter devant lesdits syndics et adjoints avant de pouvoir intenter 
aucune action en justice, et si les syndics et adjoints ne peuvent pas les 
concilier, ils leur en donneront une déclaration par écrit et alors les 
parties pourront se pourvoir par devant les juges ordinaires, excepté 
cependant pour les cas de divorce, dont la connaissance exclusive est 
réservée à l'assemblée de la nation par l'article 4. 

Si ce que nous cherchons dans les cahiers de doléances, ce n'est 
pas le titre et la forme, mais le contenu et les lumières qu'il 



LES JUIFS ET LÀ CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 95 

projette sur la condition et les aspirations de ses auteurs, ce 
Mémoire de 1788 vaut bien un cahier de 1789 et l'on peut assurer 
que, si les Juifs de Bordeaux avaient consigné leurs vœux dans un 
cahier, ce cahier n'aurait guère été différent du Mémoire rédigé en 
leur nom huit mois auparavant. A défaut de cahier, le Mémoire 
nous apprend ce que les Juifs « portugais » voulaient obtenir et 
non moins ce qu'ils voulaient conserver. Avant tout ils tiennent à 
leurs privilèges et à leur constitution particulière. Il sera spécifié 
qu'ils ont la liberté de s'établir, de trafiquer et de posséder des 
immeubles, non seulement dans le ressort du Parlement de 
Bordeaux, ce qui était reconnu, mais aussi dans toute l'étendue 
du royaume, môme dans les colonies (où certains d'entre eux 
avaient des intérêts), nonobstant l'opposition des corporations et 
les lois contraires, telles quel'édit d'expulsion de 1615 et l'article 1 er 
du Gode Noir ou édit de 1685 (1°, 2°, 13°). Leurs communautés 
seront maintenues avec leur administration autonome (1°), avec 
leurs institutions et leurs fonctionnaires (15°), et notamment avec 
leurs syndics et adjoints, qui seront comme des juges de paix pour 
les Juifs (20°) *. Ces communautés répartiront les impôts entre 
leurs membres (19°) et auront le droit de ne pas admettre les étran- 
gers (18°), — avis aux « Allemands » et autres. Pour les mariages et 
les divorces, les Juifs conserveront leur statut personnel (3), tout 
en demandant des garanties à la loi civile: les mariages, du moins, 
seront déclarés devant les juges (8°, 9°) ; l'autorité est même 
requise d'intervenir afin de faire exécuter les mesures prises par 
laNation pour éviter les abus (4°, 5', 6 ) 2 . Au demeurant, les Juifs 
auront un état-civil, comme les protestants depuis l'édit de 1787 
(7°).— Plus importantes sont les demandes relatives à l'exercice 
des professions et des fonctions. Les Juifs « portugais » demandent 
qu'on ouvre aux Juifs toutes les professions industrielles, commer- 
ciales (11°) et médicales (12'), avec le droit d'entrer dans les corps, 
tout en étant dispensé de l'assistance aux cérémonies chrétiennes, 
mais avec l'obligation de ne pas travailler publiquement le 
dimanche. Ils pourront faire partie des Chambres de commerce (16°) 



1. Ce rôle appartient au rabbin. Sans doute le syndic, reconnu par l'autorité, délé- 
guait son pouvoir au rabbin, qui l'exerçait en son nom. 

2. Ces abus préoccupaient beaucoup les Juifs, qui s'efforçaient d'y remédier par des 
mesures (taccanol) plus ou moins beureuses. La plus grave est celle qui surbordonne 
le divorce au consentement de la majorité de la Nation ; elle a dû être provoquée par 
des cas scandaleux, comme celui de l'affaire Peixotto-Dacosta, sur laquelle on peut voir 
provisoirement Malvezin, p. 230 (cf. p. 246). Sur la validité des dons et legs de cbré- 
tiens à Juifs, v. Malvezin, p. 229. 



96 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

et des assemblées municipales (17°) el leurs enfants seront admis 
dans les collèges et facultés (15°). 

En somme, les Juifs « portugais » réclament l'accès aux profes- 
sions et aux charges, en môme temps que le maintien de leurs 
communautés, qui seront fermées aux autres Juifs. Ils ne veulent ni 
le droit commun des Français, ni le droit commun des Juifs. Ils 
ne réclament nullement l'assimilation totale avec les autres Fran- 
çais, mais plutôt le maintien et le renforcement de leurs privilèges. 
Ils se gardent bien de demander l'extension de leurs privilèges 
aux « Allemands ». Malesherbes tenait à appliquer le même régime 
à tous les Juifs de France et les « Allemands » ambitionnaient 
d'être traités comme les « Portugais ». Mais ceux-ci répugnaient à 
cette assimilation et rien n'est plus édifiant que la correspondance 
qu'ils poursuivaient à ce sujet en pleine période de convocation *. 
Aussi les voyons-nous, dans ce Mémoire, tout en demandant les 
droits civils pour les Juifs, défendre avec jalousie leurs propres 
privilèges. En quoi leur attitude était celle de tous les corps privi- 
légiés à la veille de la Révolution. 

Mais, tandis qu'au moment de la convocation des États généraux, 
tous les corps privilégiés mettaient en avant la nécessité de main- 
tenir leurs privilèges, le corps privilégié des Juifs de Bordeaux se 
tint coi. Ce n'était pas quils renonçassent à leurs privilèges, au 
contraire : ils espéraient les sauver en les taisant. Ce n'était pas 
non plus que tous leurs vœux fussent comblés, loin de là : bien 
des droits leur étaient contestés ; leur exclusion des Chambres de 
commerce et des assemblées dé ville leur était particulièrement 
sensible. Mais ils préféraient obtenir sans.réclamer et, admis aux 
opérations électorales au même titre que les autres corporations, 
ils comptaient gagner tacitement ce qui leur manquait encore. 
C'était déjà un gain d'être confondus avec les autres électeurs. 
Qui sait si, pour recevoir ce droit, ils ne renoncèrent pas sur le 
moment aux autres? Ainsi s'explique leur discrétion et pourquoi 
ils ne se distinguent pas comme Juifs. Pour les tirer de cette 
réserve, il faudra que les Juifs « allemands » la posent, cette 
irritante question juive. Alors le conflit éclatera. 

Juifs « allemands ». 

Les Juifs « allemands » ne pouvaient pas garder ce silence oppor- 
tuniste. Leur situation était toute différente. Les « Portugais » 

1. V. la lettre du 18 avril 1789, publiée par Malvezin, p. 253-4 ; celle du 8 mai 1788 
(p. 251-2; tst encore plus significative. 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 97 

avaient presque tout ce qu'ils voulaient, les «Allemands » n'avaient 
presque rien. Les premiers tenaient à conserver, les seconds à 
obtenir. Ce que les « Portugais » n'avaient pas encore reçu, ils 
l'attendaient du consentement tacite de leurs concitoyens, auxquels 
ils étaient presque assimilés socialement. Le peu que les « Alle- 
mands » avaient acquis leur était contesté par leurs voisins 
chrétiens, qui ne voulaient avoir rien de commun avec eux Les 
« Portugais » avaient chance de gagner en se taisant ; les « Alle- 
mands » couraient risque de perdre en ne parlant pas. Les 
« Allemands » avaient donc intérêt de toute façon à élever la voix 
et il était juste que, n'ayant pas pris part aux opérations électorales 
de la nation, ils fussent représentés à leur manière et pussent 
défendre leur cause. Pourquoi se seraient-ils tus, enfin, puisque le 
gouvernement leur permettait de parler? Ils durent profiter avec 
empressement de l'autorisation qu'ils reçurent de formuler leurs 
doléances. Jusqu'à présent, ils s'étaient permis de présenter des 
requêtes aux autorités, mais c'était la première fois qu'ils étaient 
invités à exposer leurs vœux. Le temps marchait tout de même. 
Le Règlement de 1784 sur les Juifs d'Alsace avait été rendu saus 
eux et contre eux. Puis Malesherbes avait condescendu à écouter 
leurs notables. Et maintenant le gouvernement leur donnait la 
parole. Pour eux aussi, la convocation des États généraux était 
une promesse et un encouragement. 

Ce fut dans le courant de juin et de juillet 1789, pendant que la 
France secouait ses chaînes et s'essayait à la Révolution, que les 
Juifs, ou plus exactement leurs notables, se réunissaient, tressail- 
lants d'espoir, dans chaque province pour dresser leur cahier et 
nommer deux députés. Au début d'août, ceux-ci se joignirent à 
Paris, porteurs de leurs cahiers, qu'ils devaient réunir en un seul 
sous la direction de Cerf Rerr. Gomme la situation des Juifs n'était 
pas la même dans chaque province, ni par conséquent leurs vœux, 
les trois cahiers ne se ressemblaient qu'en partie. Au lieu d'unifier 
les trois cahiers, ce qui aurait outrepassé leur mandat, les députés 
juifs firent comme les rédacteurs de beaucoup de cahiers de 1789 : 
ils réunirent en tête du cahier général les articles communs aux 
trois provinces et mirent à la suite les articles propres à chacune 
d'elles. 

Nous ne savons rien sur les conditions dans lesquelles se fit ce 
travail de rédaction. Nous ne possédons ni les cahiers provinciaux, 
ni le cahier commun. Celui-ci devait, on s'en souvient, être remis 
au garde des sceaux, qui en référerait au roi, c'est à-dire au 

T. LXV, n° 129. 1 



98 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Conseil. Grégoire A nous apprend que cela s'est fait, et il ajoute : 
« M. le garde des sceaux actuel m'a renvoyé les pièces pour en 
faire usage à l'Assemblée Nationale ». Cette communication du 
dossier a Grégoire n'aurait pas eu lieu si le gouvernement ne 
s'était pas relâché un peu, à cette époque troublée, de ses principes 
et de ses prérogatives. Cerf Berr avait bien demandé, dans son 
Mémoire, que les Juifs pussent charger de leurs intérêts un député 
aux États généraux, Grégoire sans doute : n'était-ce pas lui qui les 
avait encouragés à profiter de la convocation ? Mais sur ce point 
la requête n'avait pas été accueillie et il avait été décidé que le 
cahier serait remis au gouvernement, qui jugerait s'il devait être 
remis aux États. Celte décision fut oubliée, puisque Grégoire reçut 
du garde des sceaux, en août probablement, communication du 
cahier des Juifs. Le garde des sceaux était alors de Cicé, arche- 
vêque de Bordeaux, qui avait succédé le 3 août à Barentin. Serait- 
ce ce remaniement ministériel qui aurait favorisé la « fuite » et de 
Cicé, qui était député du clergé à l'Assemblée Nationale, s'était-il 
dessaisi du dossier par déférence pour son collègue, le curé lorrain, 
qui devenait ainsi, par-dessus la décision première du gouverne- 
nement, comme l'avocat officieux des Juifs ? Quoi qu'il en soit, le 
cahier ne s'est retrouvé ni dans les papiers de Grégoire, ni aux 
Archives Nationales dans les dossiers relatifs à la convocation. 

Heureusement, Grégoire, qui avait pris connaissance officielle- 
ment du cahier, a eu la bonne idée de l'analyser en entier, bien 
qu'il n'en approuvât pas toutes les demandes 2 . Son résumé est 
certainement fidèle et nous n'aurons qu'a numéroter les para- 
graphes pour avoir, dans l'ordre, tous les articles du cahier. Et 
pour les développer, nous n'aurons qu'à les replacer dans leur 
milieu. De même que l'état de la législation à l'égard des Juifs dans 
les trois provinces du nord-est nous a aidé à comprendre les 
articles des cahiers de 1789 qui se rapportent à eux, de même leur 
condition égale éclairera les demandes qu'ils ont formulées soit 
dans les trois provinces à la fois, soit dans l'une ou l'autre seule- 
ment de ces provinces. Pour celles des Juifs de Metz, nous pour- 
rons les compléter à l'aide du Mémoire particulier qu'ils lirent 
imprimer. Pour celles des Juifs d'Alsace, nous aurons recours aux 
différentes requêtes qu'ils avaient adressées au Conseil du roi à 
l'occasion des lettres-patentes de juillet 1784 3 . Cette loi même et 

1. Motion en faveur des Juifs, p. 5. 

2. Ibid., Notice historique, p. v-vin. 

3. Une seule a été imprimée, celle que Cerf Berr communiqua à Mendelssolm et qui 
suit l'ouvrage de Dohm, qu'elle provoqua. Outre deux exemplaires manuscrits de ce 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 99 

les travaux préparatoires dont elle fut l'objet ' nous renseigneront 
sur les intentions du gouvernement, comme les cahiers de 1789, 
que nous connaissons déjà, nous édifieront sur les dispositions 
des populations chrétiennes. L'avis de l'opinion éclairée nous sera 
fourni par l'ouvrage de Dohm, qui fait date, et dont s'inspirent 
Mirabeau, d'une part, et d'autre part, les trois lauréats du concours 
de Metz. Enfin, il sera intéressant de comparer les demandes des 
Juifs de ces trois provinces avec les demandes de ceux de Bordeaux 
et de Bayonne. Nous saurons ainsi si les vœux des Juifs étaient 
conformes aux volontés du gouvernement et s'ils étaient contrariés 
par les réclamations des autres habitants, et aussi si les vœux des 
Juifs « allemands » étaient en accord ou en opposition avec ceux des 
« Portugais ». Le sort du cahier était lié à toutes ces dépendances. 

Grégoire commence ainsi son résumé des vœux des Juifs : 
« Après un préambule sur leur existence malheureuse, que l'habi- 
tude seule leur rend supportable, ils implorent l'humanité et 
réclament un adoucissement à leurs peines ». Des entrées en 
matière analogues ouvrent presque toutes les requêtes des Juifs ; 
elles étaient, hélas ! toujours de circonstance. Le discours que 
Berr-IsaacBerr, l'un des députés, prononcera à la barre de l'Assem- 
blée, le i4 octobre, sera conçu dans le même sens. 

Après cette introduction venait l'énumération des vœux, répartis 
entre quatre rubriques : 1° vœux des Juifs des trois provinces ; 
2° vœux des Juifs d'Alsace ; 3° vœux des Juifs de Metz (Évêchés) ; 
4° vœux des Juifs de Lorraine (Nancy). 



Demandes communes aux Juifs des trois provinces. 

1. — Que les Juifs, exempts désormais des droits de protection, 
supportent toutes les charges et soient imposés sur les mêmes rôles 
que les autres citoyens, auxquels ils seront assimilés. 

Le but de la convocation des États généraux était de procurer 

Mémoire, il en existe plusieurs autres, inédits, aux Archives Nationales, dans les dos- 
siers H4641, H*3105 et F 12 8o4B. 

1. Notamment le rapport ministériel, incomplet à la fin, daté du 27 août 1783 
(Arcli. Nat., K1142, n° 56), déjà utilisé par l'abbé Lémann et M. Sagnac. Il faut y 
ajouter la longue Lettre de Miromesnil au maréchal de Ségur, du 15 novembre 1784, 
dans laquelle le garde des sceaux défend le Règlement contre les observations des Juifs 
et s'oppose à ce que l'exécution en soit suspendue (Arch. Nat., HM641, n° 2 [original], 
et Kl 142, n° 60 [copie]). Par contre il est inutile de faire état du projet mort-né soufflé 
par Hell à la Commission intermédiaire d'Alsace (v. Revue, LXIII, 187-8). 



100 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

des subsides à L'État. Aussi les cahiers de 1789 donnent-ils la 
première place à la question financière et ils sont d'accord pour 
déplorer l'accroissement des impôts et surtout leur mauvaise 
répartition. Les Juifs avaient encore plus sujet de se plaindre, car, 
outre les impôts ordinaires, ils étaient assujettis à des taxes 
spéciales. En Alsace, ils payaient entre autres droits celui de « pro- 
tection», soit au domaine royal, soit aux seigneurs 4 . A Metz, le 
droit de protection était représenté par un abonnement annuel de 
20.000 livres au profit de la famille de Brancas, qui fera l'objet 
d'une demande spéciale des Juifs de cette province. En Lorraine, 
les Juifs payaient annuellement de quinze à seize mille livres 
d'impôts, sans compter les taxes locales, arbitraires 2 . Si Ton 
ajoute à ces taxes les charges que les Juifs s'imposaient partout 
pour l'entretien du culte et de la charité, on s'assurera qu'ils 
étaient des contribuables surchargés et que le régime d'exception 
n'était pas pour eux un régime de faveur. A Metz, notamment, ils 
étaient si obérés que leur budget se soldait régulièrement par des 
déficits, couverts chaque fois par des emprunts 3 . En Alsace, où ils 
avaient beaucoup de pauvres, ils devaient ployer sous le faix, 
surtout depuis que leur nombre ne pouvait plus s'accroître par 
l'immigration (Règlement de 1784, art. 1 et 2) et que la liquidation 
de leurs créances avait été retardée par les remises et les termes 
accordés aux débiteurs (arrêts de 1783, 1784, 1787). Le gouverne- 
ment le reconnut lui-môme, car, à un moment où les caisses de 
l'État étaient à sec, il les déchargeait. L'abbé Hoffmann, auquel ce 



1. Voir Ch. Hoffmann, L'Alsace au dix-huitième siècle, IV, 375-379. Reubell men- 
tait en affirmant, à la séance du 20 juillet 1790 et le leudemain, que les Juifs d'Alsace 
ne payaient d'autre impôt que le droit de protection. 

2. Berr-Isaac Berr, Lettre... à ses confrères (1791), réimprimée dans sa Lettre... 
à M. Grégoire, 1806, p. 40. Mathieu. L'ancien régime en Lorraine et Barrois, 3 e éd., 
1907, p. 250, dit qu'en 1787 ils étaient taxés à la subvention (impôt sur les marchan- 
dises) pour un peu plus de 11.000 livres : était-ce pour la subvention seulement? L'au- 
teur delà Notice sur l'état des Israélites en France (Coquebert de Montbret), 1821, 
p. 31, sait que les Juifs de Lorraine étaient imposés à une contribution à part qui se 
montait à 14.300 Jiv., argent de Lorraine, ou 11.070 liv. 19 s. 6 d., argent de France. 
A propos du droit de protection payé par les Juifs de Metz, De Vismes exposa à la 
Constituante, dans la séance du soir du 20 juillet 1790, au nom du Comité des domaines 
de 1 Assemblée : « Nous sommes instruits que ce même droit existe dans plusieurs 
cantons de la Lorraine et de l'Alsace, où il se lève tantôt au profit du domaine, tantôt 
au profit de différents seigneurs particuliers. » A Frauenbourg, près de Sarregue- 
mines, les Juifs payaient un droit de protection au seigneur (Revue des Eludes juives, 
XLVÏÏ, 90-91). 

3. V. Abr. Cahen, Les Juifs de Metz, budget de la communauté, dans les Mémoires 
de la Société d'archéologie lorraine, 1875, p. 111 et s. 



LES JUIFS ET LÀ CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 101 

fait n'a pas échappé \ n'en a pas moins essayé de prouver que la 
cote des Juifs « était toujours notablement inférieure à celle des 
Chrétiens 2 ». Ses évaluations, même quand elles n'aboutissent 
pas à des généralisations hâtives, se heurtent à cette objection 
péremptoire : les Juifs ont demandé dans leur cahier, alors qu'ils 
ne pensaient pas encore à être assimilés politiquement aux chré- 
tiens, à être imposés comme ceux-ci ; c'est donc qu'ils se savaient 
plus imposés qu'eux. La question ne peut être résolue par des 
juxtapositions de chiffres et il serait injuste de faire entrer en 
ligne de compte les impôts auxquels les Juifs contribuaient fort 
peu parce qu'ils étaient à peu près exclus des ressources corres- 
pondantes. De là les illusions et les erreurs possibles. 

Le gouvernement ne savait à quoi s'en tenir au juste, tant le 
régime fiscal d'alors était obscur. Quand, en 1780, il ordonna une 
enquête sur les Juifs d'Alsace, il se préoccupa de les faire « contri- 
buer dans une juste proportion aux charges publiques ». Les Juifs 
ne réclamèrent que contre le péage corporel. Le Règlement de 1784 
ne toucha pas au statu quo et laissa aux syndics le droit de 
répartir les impositions royales (art. 22). — C'était plutôt par haine 
des syndics et pour désorganiser les communautés juives que par 
souci d'équité fiscale que Hell avait introduit dans son projet de 
cahier cette demande : « que les Juifs contribueront à toutes les 
impositions comme nous et avec nous ; qu'ils n'auront plus de 
rôles particuliers ; qu'ils ne feront plus corps, etc. 3 » ; le cahier 
du tiers de Haguenau — son cahier — portait seulement : « les 
Juifs de cette province contribueront à toutes les impositions, à 
l'instar des autres habitants, etc. », et celui de Strasbourg — inspiré 
du sien — demandait « que les Juifs acquittent à l'avenir leur 
contribution sur les rôles des communautés dans lesquelles ils 
sont domiciliés » : chacun des deux cahiers avait retenu une des 
dispositions du projet de Hell. Le clergé de Belfort-Huningue 
proposait: « les Juifs des provinces d'Alsace, de Lorraine et autres 
seront imposés comme tous les capitalistes et commerçants du 
royaume, à raison de leurs capitaux et de leur commerce, dans le 
rôle de la communauté 4 » ; mais il ne parlait pas de leur accorder la 



1. Op. cit., p. 382, n., où il faut lire 1790 au lieu de 1750; cf. p. 388. Un compte 
manuscrit du fermier Mager nous apprend que la perception du droit de protection 
avait été suspendue en 1789 par ordre du ministre des finances (Arch. Nat., G 1 , 54). Il 
serait intéressant de savoir si cette mesure fut prise avant ou après la nuit du 4 août. 

2. Ibld., p. 401. 

3. V. plus haut, Revue, LX1V, 104. 

4. Bévue, LXI1I, 188-189, 193, 191» 



102 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

liberté du commerce. Nul vœu de ce genre dans les cahiers des 
Évèchés et de la Lorraine, bien que la question eût été posée dans 
quelques communautés '. 

Les Juifs, eux, demandaient à être exempts du droit de protec- 
tion, c'est-à-dire des redevances spéciales dues tant au roi qu'aux 
seigneurs. En échange, ils voulaient supporter toutes les charges 
des autres habitants et être imposés sur les mêmes rôles qu'eux. 
Par là, ils seraient assimilés à eux au point de vue fiscal et, soumis 
aux mêmes charges, ils seraient plus fondés à réclamer les mêmes 
droits. C'est ce que comprit Reubell, et c'est pourquoi il s'éleva, 
le 20 juillet 1790, contre la suppression du droit de protection. 
Cependant, on pouvait assimiler les Juifs aux autres contribuables 
sans les considérer comme concitoyens. Alors que l'affaire des 
Juifs était encore pendante devant la Constituante, le 1 er juin 1790, 
la Commission intermédiaire d'Alsace instruisit les communautés 
« que les Juifs seront, à l'instar de tous les autres citoyens, tenus 
de contribuer à toutes les impositions généralement quelconques 
de la présente année (les vingtièmes exceptés) et sur les mêmes 
rôles que les autres contribuables, tous abonnements particuliers 
devant cesser, et iceux être cotisés à l'instar de tous les citoyens, 
à raison de leurs facultés, propriétés, commerce, etc., sans qu'il 
puisse à cet égard être fait aucune exception à quelque litre que ce 
soit 2 . » On n'ajoutait pas que les Juifs, soumis aux impôts communs, 
seraient exempts des taxes spéciales et c'est seulement le 20 juillet 
suivant que la Constituante, en même temps qu'elle supprimait la 
taxe de Brancas, décrétait « que les redevances de même nature 
qui se lèvent partout ailleurs sur les Juifs, sous quelque dénomi- 
nation que ce soit, sont pareillement abolies et supprimées, soit 
que lesdites redevances se paient au profit du trésor public ou 
qu'elles soient possédées par des villes, par des communautés ou 
par des particuliers 3 . » Sur ce point les Juifs « allemands » 
obtinrent donc satisfaction avant même que d'être citoyens. Les 
Juifs « portugais », qui étaient, eux aussi, cotisés â part, n'avaient 
pas réclamé en 1788 : moins avancés que les « Allemands », ils ne 
demandent pas le droit commun en matière fiscale. Ils veulent 
payer tous les impôts (19°), mais ils ne protestent ni contre les 

1. Voir le cahier de Chambrey, dans les Évèchés (ibid., LXIV, 95), et celui de 
quelques communautés vosgiennes (ibid., 100). 

2. Hoffmann, op. cit., p. 390. 

3. Voir le Rapport de De Vismes et la discussion qui s'ensuivit dans la séance du 
20 juillet au soir, Archives Parlementaires, l'« série, XVII, 214-219; comp. l'incident 
soulevé le lendemain par Reuhell, ibid., p. 219-220. 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GENERAUX \Q'A 

cotes disproportionnées, ni contre les rôles distincts. Il est vrai que 
la question financière ne se posait pas avec autant d'acuité en 1788 
qu'au moment de la convocation des États généraux. 

2. — Qu'ils aient la faculté d'exercer les arts et métiers, d'ac- 
quérir des immeubles, de cultiver les terres et de s'établir dans 
toutes les provinces, sans être forcés de se réunir dans des quar- 
tiers séparés. 

Ce paragraphe contient les deux demandes qui importaient alors 
le plus aux Juifs. D'abord le droit de gagner leur vie. Ils payaient 
l'impôt au moins autant que les chrétiens, mais ils avaient moins de 
ressources. En les astreignant aux impositions générales et parti- 
culières, on devait leur fournir des moyens d'existence. Or, si leur 
commerce subissait des entraves, l'industrie leur était à peu près 
fermée. En Alsace, ils « ne pouvaient entrer dans aucun corps de 
maîtrise d'arts et métiers », en vertu, disait l'arrôtiste, d'un 
« principe de droit public universellement reconnu * ». L'inten- 
dant et le Premier président du Conseil souverain de Colmar propo- 
sèrent de leur ouvrir l'accès des métiers, mais malgré l'avis 
favorable du ministre, cette autorisation ne figura pas dans le 
Règlement de 1784 2 , qui continua à ne leur permettre que la 
banque et le commerce (art. 9). Gela ne les empêchait pas d'exercer 
çà et là, en petit, quelques métiers, mais ils n en avaient pas le 
droit légal et les corporations s'y opposaient. Du reste, les villes, 
qui seules offrent des débouchés sérieux à des artisans, leur étaient 
fermées dans cette province. Ces circonstances expliquent leur 
éloignement pour les professions manuelles; leur intention de se 
régénérer parle travail, manifestée par leur revendication de 1789, 
n'en est que plus remarquable. — A Metz, où les Juifs étaient 
écrasés d'impôts, tous les métiers leur étaient interdits 3 et leur 
capacité commerciale étroitement délimitée. Les corporations, 
solidement organisées, y veillaient avec un soin jaloux; elles 
avaient empêché deux juifs messins de lever des brevets à Thion- 
ville 4 . Il en était de même de ceux de la Lorraine. «Exclus, 
écrivaient-ils en 4790. de toutes les corporations, de toutes les 
sociétés l'exercice des arts et métiers nous est interdit, même le droit 



1. V. Hoffmann, op. cil., p. 363-4. 

2. Contrairement à ce que dit M. Sagnac, Revue d'histoire moderne et contempo- 
raine, I, 20, suivi par M. Th. Reinach, Histoire des Israélites, 3 e éd., p. 280. 

3. V. R. Clément, La condition des Juifs de Metz sous l'ancien régime, p. 143. 

4. V. Revue, LXIH, 197. 



104 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

d'avoir d'autres propriétés que la maison que nous habitons * . . . » 
On voit combien les Juifs des trois provinces, s'ils n'éprouvaient 
pas le besoin de réclamer la liberté illimitée du commerce, comme 
les Portugais (11°), étaient fondés à demander, comme ceux-ci, 
qu'on leur ouvrît les métiers. L'opinion éclairée était acquise à cette 
réforme, déjà réclamée par les trois lauréats du concours de Melz 2 . 
Les cahiers favorables aux Juifs (tiers de Melz, noblesse de Paris 
intramuros) l'avaient sans doute en vue quand ils réclamaient 
l'amélioration de leur condition. La noblesse de Toul demande 
formellement « qu'il soit permis aux Juifs d'exercer les arts libéraux 
et mécaniques comme aux autres sujels de Sa Majesté 3 ». En 
Lorraine, certains cahiers primaires au moins réclamaient la faculté 
pour les Juifs d'exercer les métiers, tous les arts et môme l'agri- 
culture 4 . Il n'est pas jusqu'à plusieurs cahiers hostiles aux Juifs 
qui ne se prononcent dans le même sens, avec des restrictions, 
il est vrai, ou des arrière-pensées. Le tiers de Colmar-Sélestat 
est d'avis qu'on permeîte « aux Juifs l'exercice des professions 
et le commerce des choses mobilières, pourvu qu'ils ne vendent 
que pour argent comptant ». Celui de Dieuze y va carrément : 
autoriser les Juifs « à exercer tels commerces, arts ou métiers qu'ils 
jugeront à propos, ce qu'ils seront tenus d'opter dans le terme de 
trois ans, passé lequel, s'ils ne les exercent notoirement, les ex- 
pulser ' 6 ». Même point de vue dans des cahiers primaires du bailliage 
de Vie, dans les Évêchés, des bailliages de Boulay et de Bouzonville, 
en Lorraine 6 . 

Gomme le droit au travail, le droit à la propriété foncière était 
en principe refusé aux Juifs. Ils ne pouvaient posséder que la 
maison où ils demeuraient, conséquence du droit d'habitation. 
C'était la règle uniforme en Alsace, à Metz et en Lorraine 7 . Dans 
la première de ces provinces, tout chrétien avait un droit de préem- 
ption sur les Juifs ; à part cette restriction, les Juifs avaient d'abord 
le droit d'acheter des biens-fonds à condition de les revendre dans 



1. Réponse des Juifs de la province de Lorraine à l'Adresse présentée à l'As- 
semblée Nationale par la commune tout entière de la ville de Strasbourg, 1790, p. 11. 
Cet écrit remarquable doit être de Berr-Isaac Berr. 

2. Grégoire, 112-115; Z. Hourwitz, 36; Tbiéry, 85 et s. Dohrn avait ouvert la voie 
(trad. française, p. 148-152). 

3. V. Revue, LXUI, 199. 

4. Ibid., LXIV, 100. 

5. Ibid., LXUI, 191, 204; comp. le vœu plus vague de la noblesse de Nancy, p. 202. 

6. Ibid., LXIV, 93, 95, 97. 

7. V. Hoffmann, p. 355 et s. (cf. Revue des Eludes juives, XLVIII, 113-114, pour 
Horbourg); R. Clément, p. 123-128, 



LES JUIFS ET \A CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 105 

l'année ; mais cette faculté leur fut retirée, malgré les scrupules du 
ministre, par le Règlement de 1784 (art 10). Aussi les cahiers 
d'Alsace n'insistent-ils pas. La noblesse de Tout, pitoyable aux 
Juifs, n'ose se prononcer ici et s'en rapporte aux États provinciaux, 
« cet objet exigeant de plus mûres délibérations ». Mais le tiers de 
Cliâteau-Salins voulait qu'il « fût défendu aux Juifs d'acheter des 
immeubles ». Le tiers de Boulay et la noblesse de Darney étaient 
même d'avis que cette défense eût un effet rétroactif 1 . On voit par 
ces réclamations qu'en Lorraine les Juifs passaient parfois outre 
aux interdictions légales, grâce à la tolérance des autorités. 
Mais leurs adversaires ne voulaient pas leur reconnaître ce que 
l'édit de 1787 accordait aux protestants : c'eût été leur permettre 
de s'établir à demeure dans le pays et de s'y étendre, comme le 
désiraient leurs défenseurs 2 . 

Le droit de cultiver des terres dépendait de celui de posséder des 
immeubles. Comme les «Portugais» (13°), les Juifs «allemands» 
réclamaient l'un avec l'autre ; il est remarquable qu'ils aient pensé 
alors à se tourner vers le travail de la terre. Le Règlement de 4784 
avait seulement permis à ceux d'Alsace, sur la proposition de 
l'intendant, de prendre des fermes à bail et de louer des terres à 
condition de les exploiter eux-mêmes (art. 8), sans parler d'une 
autre restriction, dont il sera question plus loin. Inutile de dire que 
ni les citadins ne voulaient souffrir les Juifs comme propriétaires — 
les villes comme Strasbourg ne voulaient pas les souffrir du tout — 
ni les campagnards comme cultivateurs. Leurs défenseurs croyaient 
qu'on pourrait les ramener à la terre 3 . 

On dirait que les Juifs ont envisagé le droit de demeurer partout 
comme une suite du droit de travailler et de posséder. Pour leur 
permettre de vivre, il fallait élargir leur droit d'habitation. Refoulés 
dans les villages ou enfermés dans des quartiers déterminés, ils ne 
pouvaient s'étendre aux lieux qui leur auraient offert des débouchés. 
Les villes de l'Alsace leur étaient fermées (sauf Haguenau pour un 
petit nombre de ménages) ; les seigneurs avaient joui du droit de 
les admettre dans leurs terres moyennant finances, mais le Règle- 
ment de 1784 avait suspendu l'exercice de ce droit jusqu'à nouvel 
ordre (art. 2), pour empêcher l'accroissement de leur nombre. — 
Dans les Évêchés, les Juifs n'avaient de domicile légal qu'à Metz, 
où un quartier devenu trop étroit, leur était assigné 4 ; « dans les 

1. V. Revue, LXIII, 199, 204, 205, 207. 

2. Z. Hourwitz, 36 ; Grégoire, 168-170 (avec des restrictions). 

3. Dohm, p. 152-153 ; Grégoire, 115-119; Thiéry, 90-93; Z. Hourwitz, 36. 

4. R. Clément, p. 95-102. 



106 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

campagnes et dans les autres villes du ressort, rien n'autorise 
L'établissement des Juifs » : c'est ainsi que prononce un juriste 
messin '. La ville de Thionville rappelait qu'ils devaient être exclus 
du Luxembourg français 2 . — En Lorraine, Stanislas avait fixé les 
localités où les Juifs pouvaient habiter en nombre limité ; précé- 
demment Léopold leur avait assigné des rues distinctes 3 . Mais ils 
passaient à travers les mailles de la loi. Aussi les cahiers de la 
province réclamaient-ils la remise en vigueur de la législation sur 
le domicile et la police des Juifs : clergé de Nancy, tiers de Boulay, 
de Bouzonville et de Pont-à-Mousson 4 . — Si ces trois provinces 
n'étaient ouvertes aux Juifs que partiellement et arbitrairement, 
l'intérieur du royaume leur était entièrement fermé en vertu des 
lois d'expulsion du moyen âge, renouvelées par la Déclaration 
royale de 1615. Les marchands parisiens le rappelaient encore en 
1767 et 1775 % et en 17841e Parlement de Paris hésitait à enregistrer 
Tédit d'abolition du péage corporel comme dérogatoire à l'édit de 
1615. Même les Juifs « portugais », qui avaient pour eux la lettre de 
leurs privilèges, demandaient en 1788 que la nouvelle loi spécifiât 
le droit de demeurer partout (2°). Les « Allemands » formulaient la 
même demande et s'élevaient, en même temps, contre le maintien 
ou la création de juiveries. Leurs défenseurs avaient déjà fait 
ressortir qu'il importait autant de ne pas les enfermer dans des 
quartiers à part que de leur assurer des moyens honnêtes d'exister 6 . 
Toute la question juive d'alors tenait là. On reprochait aux Juifs 
de se multiplier à l'excès et de ne vivre que d'usure. La vérité était 
que leur population était inégalement distribuée et que les res- 
sources leur faisaient défaut. Il faut rendre cette justice aux Juifs 
qu'ils ont vu eux-mêmes le mal et le remède. 

3. — Qu'ils puissent exercer leur culte, conserver leurs rabbins, 
leurs syndics et leurs communautés. 

Cet article ne réclamait pas un droit nouveau, mais la conserva- 
tion d'un état de fait ; et pourtant c'était peut-être le point le plus 
grave. — Là où il recevait les Juifs en tant que tels, le gouverne- 
ment les autorisait à vivre en conformité de leurs croyances. Seul, 
le culte public leur était interdit. De plus, ils étaient astreints à 

1. R. Clément, 108, n. 2. 

2. V. Revue, LXIII, 197-198. Sur les Juifs à Thionville, v. Abraham Cahen dans 
l' Annuaire des Archives Israélites, II, 56-61. 

3. Ibid., LXIII, 201; cf. LX1V, 91, n. 1. 

4. Ibid., LXIII, 201-2, 206, 207; cf. LXIV, 99 (ville de Nancy), 91 (Hellimer). 

5. H. Monin, ibid., XXIII, 89, 91. 

6. Dohm, p. 153-5; Grégoire, p. 146-151; Thiéry, p. 75-77. 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 107 

chômer les dimanches et fêtes chrétiennes. A part ces restrictions, 
la tolérance religieuse était assurée par les rois de France aux Juifs 
des provinces annexées. — Pour ceux de Bordeaux et de Bayonne, 
la situation était moins claire. Ils avaient reçu leurs privilèges en 
qualité de marranes et, quoiqu'ils pratiquassent ouvertement depuis 
la fin du xvn e siècle, l'autorité fermait les yeux ; mais officiellement 
on les ignorait comme Juifs. Telle était du moins, en 1784, la thèse 
du garde des sceaux Miromesnil. C'est pourquoi les Juifs de Bor- 
deaux réclamaient, eux aussi, en 1788, et en première ligne, le 
maintien de leurs congrégations avec leur police intérieure (1°). 

Mais c'est ici que la question se compliquait. Les Juifs n'avaient 
pas seulement leurs cérémonies et leurs rites, mais toute une 
organisation non proprement religieuse et ecclésiastique, et c'était 
comme conséquence de la liberté du culte qu'ils demandaient le 
maintien de leurs communautés, de leurs syndics et de leurs 
rabbins. Les communautés juives formaient de véritables corps, 
avec leur administration et leurs statuts; elles répondaient de leurs 
membres. A la tête des communautés de chaque province était un 
ou plusieurs syndics reconnus par le gouvernement ; ils représen- 
taient les Juifs auprès de ce dernier, traitaient toutes les affaires 
d'intérêt général et exerçaient une véritable police sur leurs admi- 
nistrés. Ceux-ci étaient jugés par les rabbins d'après la loi juive 
(le Schoulhan Arouch). Non seulement les rabbins décidaient dans 
les cas religieux proprement dits, mais encore ils connaissaient 
des affaires civiles que les parties leur soumettaient. L'appel de 
ces causes se portait devant le Parlement. 

Sans compter qu'à la veille de la Révolution, tous les corps 
voulaient garder leur régime particulier, les Juifs, qui étaient géné- 
ralement exclus de la société, et à qui leur loi religieuse défendait 
en principe de recourir aux tribunaux non juifs ', tenaient à cette 
constitution, qui était une anomalie dans un État souverain, mais 
qui pouvait paraître une nécessité dans un État chrétien. Les 
« Portugais », qui se croyaient socialement assimilés à leurs 
concitoyens et ne se piquaient pas d'orthodoxie, n'en étaient pas 
moins attachés à ce régime distinctif (7°, 15°, 20"). Les « Allemands » 
y tenaient à plus forte raison, comme à une garantie de leur existence 
civile, comme à une sauvegarde de leur statut religieux et en 
raison même des oppositions qu'il suscitait. Les intendants, fonc- 
tionnaires autoritaires d'un gouvernement centralisateur, prenaient 

1. Voir dans le Schoulhan Arouch le chapitre 26 du Hoschen Mlschpat. Il est bon 
d'ajouter qu'en général les tribunaux chrétiens n'étaient rien moins qu'impartiaux 
envers les Juifs. 



108 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ombrage du pouvoir des syndics ; celui d'Alsace avait demandé la 
suppression des préposés généraux des Juifs de la province et le 
Règlement de 1784, sans aller aussi loin, avait diminué leur titre 
et réduit leurs fonctions (art. 20). Les Parlements, jaloux de leurs 
prérogatives, pointilleux et tracassiers, répugnaient à laisser aux 
Juifs leurs lois et leur juridiction; celui de Metz lutta sans répit 
pour anéantir l'autonomie judiciaire des Juifs de cette ville '. 

Cette question de P « autonomie », liée à la fois à la nature 
de la loi religieuse des Juifs et au régime d'exception qui leur 
était appliqué, était fort complexe et les meilleurs esprits ne 
savaient comment la résoudre. Dohm estimait nécessaire de laisser 
aux Juifs leurs lois et leurs rabbins-juges 2 . Mais Mendelssohn, qui 
avait eu des difficultés avec quelques rabbins arriérés, s'était 
vivement élevé contre le droit de coercition des rabbins ; à son avis, 
les Juifs devaient être jugés, d'après leurs lois, par des magistrats 
publics 3 . Grégoire, qui n'aimait pas les rabbins, était d'avis de limiter 
leur jurisprudence aux « choses qui concernent purement le rite 
religieux » ; « dans toutes les affaires qui peuvent intéresser l'état 
civil, leurs judicatures seront supprimées et leurs procès renvoyés 
aux tribunaux ordinaires ». Cette solution assez juste, Grégoire 
la poussait à sa conséquece extrême : la disparition des commu- 
nautés juives et des syndics. Mais un de ses concurrents, l'avocat 
nancéen Thiéry, peut-être inspiré parBerr-Isaac Berr, estimait au 
contraire qu'il fallait laisser aux Juifs « au moins pour quelque 
temps encore leurs communautés et leurs chefs » ; sur la juridiction 
il ne se prononçait pas. Le troisième lauréat, Zalkind Hourwitz, 
Juif émancipé, voulait qu'on interdît sévèrement aux rabbins et 
aux syndics « de s'arroger la moindre autorité sur leurs confrères 
hors de la synagogue », et il ajoutait : « il serait même à désirer 
qu'on leur défendît d'avoir des rabbins, dont l'entretien coûte trop 
cher et qui sont absolument inutiles 7 ' ». — Les ennemis des Juifs 
auraient voulu briser cette organisation qui leur permettait de 

1. V. Abr. Cahen, dans la Revue des Etudes juives, V1U, 262-266 ; XII, 286-288 ; 
R. Clément, op. cit., 66-89. Les Juifs de Metz durent remettre au Parlement un recueil 
de leurs lois; un exemplaire de ce code, rédigé sous la direction de Jonathan Eibe- 
schiitz, existe aux Archives Nationales (H'1641, pièce 13). 

2. Réforme politique des Juifs, p. 167 et s. 

3. Préface de Reltung derJuden (Gesammelte Schriften, éd. de 1843, 111,193 et s.). 
C'est l'idée première de la thèse qu'il a développée — avec une tout autre portée — 
dans sa Jérusalem. 11 n'est pas indifférent de savoir que le philosophe avait traduit, 
sous la direction du rabbin de Berlin, le « code » des Juifs de Metz à l'usage des tri- 
bunaux prussiens. 

4. Grégoire, 151-157 ; cf. Motion, 40-41; Thiéry, 98-100 ; Z. Hourwiti 38 



LES JUIFS ET LÀ CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 109 

résister aux attaques. Hell en savait quelque chose. Après l'avoir 
dénoncée avec violence dans son libelle de 1779, il avait inséré 
dans son projet de cahier cet article : « qu'ils (les Juifs) ne feront 
plus corps; qu'ils n'auront plus de syndics, ni agents, ni d'autres 
tribunaux que les nôtres » ; le cahier dont il était porteur reprenait 
ces demandes 1 . Les autres cahiers ne s'occupent pas des affaires 
intérieures des Juifs, ce qui montre assez qu'on ne s'intéressait pas 
à eux pour eux-mêmes. Seule, la noblesse de Nomény avait pensé 
à demander « que les communautés resteront garantes de tous les 
individus qui les composent 2 ». 

Quant aux Juifs, c'est seulement à la suite du débat des 
23-24 décembre 1789, où leurs adversaires leur reprochèrent de 
former un corps séparatiste dans l'État, qu'ils se décidèrent à 
renoncer, dans leur Pétition du 28 janvier 1790, à leur constitution 
particulière. Encore Berr-ïsaac Berr, un de leurs représentants 
attitrés, était-il prêt, pour la conserver, à se désister de l'éligibilité 
des Juifs aux fonctions civiques. Il est vrai que cette concession fut 
vertement relevée par un autre Juif, plus avancé 3 . 

En somme, les Juifs des trois provinces s'accordaient à vouloir 
l'égalité devant l'impôt, le droit de demeurer dans tout le royaume 
et d'y exercer toutes les professions, enfin la liberté du culte. Ces 
demandes étaient aussi raisonnables que modérées. Etait-il juste 
que les Juifs fussent des contribuables exceptionnels et comme 
des interdits de séjour, que la plupart des métiers leur fussent 
interdits et que le libre exercice de leur religion ne leur fût pas 
garanti dans le siècle de Voltaire, de Turgot et de Malesherbes? 
Deux de leurs revendications pouvaient soulever des difficultés. 
Pouvait-on leur ouvrir l'intérieur du royaume, qui leur était légale- 
ment fermé depuis le moyen âge? Et l'octroi de la liberté religieuse 
devait-il emporter la reconnaissance de leurs communautés avec 
leurs syndics et leurs rabbins-juges? Mais les lois qui avaient 
banni les Juifs du royaume étaient tellement surannées et arriérées, 
tellement contraires aux idées du temps qu'aucun membre de la 

1. Voir Revue, LXIV, 104 ; LXIII, 189. 

2. Ibid., LXIII, 203. 

3. Voir Lettre du S 1 Berr-lsaac-Berr. . . à Monseigneur Vévêque de Nancy 
(22 avril 1790), 17-19, et Lettre du S r Jacob Berr... à Monseigneur Vévêque de 
Nancy . . . pour servir de réfutation de quelques erreurs qui se trouvent dans celle 
adressée à ce prélat par le S 1 Berr-ïsaac Berr (25 avril). M. Wiener, de Nancy, qui 
possède un exemplaire de la seconde brochure, a bien voulu me le communiquer. La 
Bibliothèque de l'Alliance israélite détient l'exemplaire que Carmoly tenait de Gerson 
Lévy. Sur Jacob Berr, v. Carmoly, Rev. Or., II, 392, et Chr. Plister, Histoire de Nancy, 
III, 327. 



110 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Constituante n'a osé les invoquer. Quant au maintien des commu- 
nautés, la question ne se sérail posée que si les Juifs avaient 
demandé à être assimilés politiquement aux autres habitants; à ce 
moment ils n'y pensaient pas encore. 

Après les demandes communes, les demandes particulières. Les 
premières sont vraiment importantes ; les secondes sont d'un 
intérêt secondaire : ou bien elles tiennent à des considérations 
locales et à l'état de la législation dans telle province ou bien elles 
sont venues à Tidée des auteurs d'un cahier seulement, tout en 
répondant à la pensée des auteurs des autres cahiers. Les députés- 
rédacteurs s'en sont tenus à leurs cahiers respectifs et se sont 
bornés à les juxtaposer en quelque sorte. Ces dissemblances ne 
doivent donc pas être considérées comme des dissidences. 

Les demandes particulières se suivaient — ou Grégoire les a 
rangées — par ordre d'importance des groupements juifs. L'Alsace 
venait d'abord. 



Demandes particulières des Juifs d'Alsace. 

Les Juifs d'Alsace étaient régis par le Règlement porté aux 
lettres-patent* > du 10 juillet 1784, et contre lequel ils avaient 
protesté en vain '. Ce Règlement, inspiré par une double préoccu- 
pation, empêcher les Juifs de s'accroître et de nuire aux chrétiens 
par l'usure, avait codifié les incapacités anciennes en y ajoutant 
quelques nouvelles mesures restrictives . C'est contre deux de 
celles-ci que les Juifs s'élevaient dans leur cahier. 

4. — Qu'an moins pendant douze ans il leur soit permis d' avoir 
des domestiques chrétiens pour aider les Juifs dans les travaux 
de l'agriculture. 

Pour rendre les Juifs honnêtes et utiles, l'intendant de l'Alsace 
avait proposé de les admettre à la culture des terres en leur défen- 
dant de sous-louer ; ils n'avaient déjà pas le droit de posséder des 
biens-fonds. Le Conseil souverain de Colmar avait objecté que les 
Juifs sont incapables d'être des cultivateurs. Mais, avait dit le 
ministre : « Si les Juifs ne sont pas propres à la culture des terres, 
c'est parce qu'on leur a toujours interdit la faculté de s'y livrer. 
Peut-être que si elle leur était rendue, ils acquerraient à cet égard 
l'aptitude qui leur manque. » Sinon, « ils ne pourront pas au moins 

1. Voir Revue, LXIII, 18"? 



LES JUIFS ET LÀ CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 111 

reprocher à l'administration de leur avoir ôté un des moyens les 
plus honnêtes et les plus naturels de subsister ». En conséquence, 
le ministre estimait, sans s'enthousiasmer, « qu'il n'y a point 
d'inconvénient et qu'il pourrait même y avoir quelqu'avantage » à 
adopter la proposition de l'intendant. Elle fut pourtant modifiée en 
chambre du Conseil. En permettant aux Juifs d'Alsace d'y prendre 
des fermes à bail, à condition de les exploiter eux-mêmes, et d'y 
louer des vignes et des terres, à condition de les cultiver eux- 
mêmes, on spécifia qu'il leur était défendu « d'employer des 
domestiques chrétiens soit à l'exploitation desdites fermes, soit à 
la culture desdites vignes et terres » (art. 8). Cette défense était 
inspirée au fond par la vieille prescription canonique d'après 
laquelle les Juifs ne peuvent pas avoir de chrétiens pour domes- 
tiques '. Mais elle rendait illusoire la concession faite aux Juifs. 
Ceux-ci, tout en remerciant le roi, firent observer que la restriction 
était encore une aggravation de la défense, « que les règlements 
antérieurs avaient bornée aux personnes demeurant sous le même 
toit sans y comprendre les serviteurs ou ouvriers chrétiens. Il est 
même à présumer, ajoutèrent-ils, que Votre Majesté n'a pas voulu 
étendre la prohibition sur ces derniers et elle est très humblement 
suppliée d'établir cette exception et de permettre aux suppliants de 
se servir d'ouvriers et cultivateurs chrétiens, soit à la journée, soit 
à Tannée, pourvu qu'ils ne logent pas avec les Juifs. Sans cette 
permission, les Juifs qui ne sont pas encore instruits dans l'agri- 
culture ne pourraient pas, faute de connaissance et d'usage dans 
cet art, tirer avantage de la loi qui leur permet de l'exercer ». Cette 
réclamation comme toutes les autres, ne fut pas accueillie. Le 
garde des sceaux répondit : « Quant aux ouvriers et domestiques 
chrétiens, il est bon de ne leur en pas permettre, afin d'éviter le 
mélange des chrétiens et des Juifs, de conserver les mœurs, d'éviter 
des violences et des excès dans les familles et peut-être des apos- 
tasies, que les lois condamnent dans ce genre à des peines terribles. 
Je ne vois donc rien à changer à cet article. » 

En persistant dans cette réclamation, en 1789, et en demandant 
que l'emploi de domestiques chrétiens leur fût permis au moins 
pendant une période transitoire, les Juifs d'Alsace ont montré qu'ils 
prenaient au sérieux l'idée de s'adonner à l'agriculture et qu'ils 
avaient les meilleures intentions en demandant, comme les autres 
Juifs « allemands », le droit de cultiver les terres (dans le deuxième 
article des demandes communes). C'est sans doute en formulant 

1. Voir p. ex. Revue, III, 99. 



112 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

cette demande générale qu'ils y ajoutaient cette clause qui, 
spéciale aux Juifs d'Alsace, futdétachée parles rédacteurs du cahier 
général et se trouva rejetée en tète des vœux particuliers aux Juifs 
de cette province. Par contre, le vœu suivant é'ait nouveau. 

o. — Qu'ils aient la liberté de se marier. 

« Liberté qu'on avait restreinte », ajoute Grégoire. Cette expli- 
cation était nécessaire : pour beaucoup de lecteurs la défense 
devait paraître inouïe. Elle avait sa source dans un préjugé qui 
poursuivait les chrétiens d'Alsace comme un spectre : l'excessive 
multiplication des Juifs. Ceux-ci était au nombre de vingt mille 
environ contre sept à huit cent mille chrétiens; mais ils étaient 
très inégalement répartis dans la province et ils étaient trop nom- 
breux pour les ressources si limitées dont ils disposaient. C'était 
une opinion généralement accréditée qu'ils se multipliaient plus 
vite que les chrétiens. Le. premier président du Conseil souverain 
d'Alsace soutenait, au contraire, que la population était bien 
moindre en Alsace parmi les Juifs que parmi les chrétiens. L'in- 
tendant de la province n'en jugea pas moins nécessaire de limiter 
le nombre des mariages juifs à soixante-douze par an et de les 
interdire tout à fait dans les communautés qui avaient plus de dix 
pour cent de Juifs. » Le législateur approuva cette mesure, mais 
comme elle était « contraire au vœu de la nature », il estima qu'il 
ne convenait nullement de l'exprimer dans un règlement destiné à 
être publié ; il proposa de subordonner les mariages juifs à la per- 
mission expresse du Roi, qui ne l'accorderait qu'au sujet désigné 
par les syndics après qu'ils auraient justifié du décès d'un chef de 
famille. Cerf Berr, qui avait eu vent de ces dispositions, réclama 
par avance. « Un principe d'équité et d'humanité veut que ceux qui 
auront pris naissance dans la province puissent librement s'y 
marier sans aucune distinction de primogéniture ', sauf à lui à 
attendre, pour s'établir dans tel ou tel autre lieu, qu'il arrive un 
vide dans le nombre des Juifs qui pourront résider dans le même 
lieu. La prohibition des mariages, outre qu'elle serait directement 
contraire au vœu de la nature, entraînerait encore des dangers 
évidents par le libertinage qui serait la suite nécessaire d'un célibat 
forcé... La liberté des mariages, au contraire, assure le bonheur et 
le repos des citoyens, excite leur émulation et donne à l'Etat des 
sujets qui deviennent utiles et lui paient par leurs travaux les 
bienfaits qu'ils en reçoivent. » Le gouvernement passa outre : le 

1. Cerf Berr craignait que, comme dans certains États allemands, on ne permit le 
mariage qu'au fils aîné de chaque famille juive. 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 113 

Règlement de 1784 défendit aux Juifs d'Alsace de se marier sans la 
permission du roi, sous peine d'expulsion immédiate et défendit 
aux rabbins de célébrer ces mariages (art. 6 et 7). Les Juifs, ou 
plutôt leur avocat, protesta vivement contre cette défense, « incon- 
nue jusqu'alors en Alsace ». Il en rendait responsable une obser- 
vation malveillante de l'arrêtiste des ordonnances d'Alsace et, pour 
le réfuter, invoquait l'histoire et Montesquieu {Lettres Persanes, 
exu, exiv, cxv, cxvn). Après avoir ainsi exposé « les inconvénients 
publics d'une loi qui mettrait obstacle au penchant le plus invin- 
cible de la nature et au lien le plus sacré de la société civile », il 
ajoutait avec une habileté audacieuse : « Interdire le mariage aux 
Juifs, vouloir ralentir la population parmi eux pour favoriser le 
commerce, les arts et l'agriculture des chrétiens, ce serait aller 
directement contre l'objet qu'on se propose dans la loi même. De 
la difficulté de s'unir par des nœuds légitimes naîtrait la corruption 
des mœurs, les violences et les scandales chez un peuple qui n'a, 
jusqu'à présent, donné que très peu d'exemples de ces vices 
odieux ; et du défaut de concurrence naîtrait la langueur et peut- 
être la destruction du commerce, des arts et de l'agriculture, parce 
qu'ils ne peuvent exister séparément. Pour peu qu'on réfléchisse à 
la nécessité d'une population nombreuse dans l'Etat, on est frappé 
des ressources immenses que Votre Majesté pourrait trouver dans 
la prodigieuse fécondité du peuple juif, qui, conduit par sa nature 
et sa religion, se multiplie et renaît sans cesse de ses cendres depuis 
dix-sept siècles, au milieu des persécutions, des humiliations, des 
entraves et des misères de tous les genres, tandis qu'une partie 
considérable du peuple chrétien va s'anéantir dans les cloîtres et 
se refuse aux douceurs du mariage et que l'autre trompe le vœu de 
la nature dans le sein du mariage même. Ces tristes vérités, Sire, 
sont trop connues pour paraître hardies dans la bouche d'un 
peuple réduit à l'extrémité et qui se voit menacé d'être éteint dans 
la génération présente 1 . » Enfin, les suppliants faisaient valoir les 
difficultés auxquelles se heurterait l'application de cette loi étrange. 
Vains efforts. Le garde des sceaux défendit son œuvre. « Il est 
certain que ces deux articles ont une grande sévérité et qu'ils 
doivent nécessairement empêcher la trop grande multiplication des 
Juifs ; mais c'est là l'intention du roi... Au surplus le roi accordera 
plus ou moins difficilement ces permissions ainsi qu'il le jugera à 

1. L'abbé Josepb Lémann, qui a eu « le rare bonheur » de découvrir aux Archives 
Nationales ce Mémoire qu'on communique à tous les chercheurs, s'indigne ici et incri- 
mine les Juifs au lieu de s'en prendre à leur avocat, disciple de Montesquieu et de 
Voltaire {L'entrée défi Israélites dans la société française, 89). 

T. LXV, n« 129. 8 



114 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

propos et selon la conduite que tiendront les Juifs qui les deman- 
deront. L'administration sera, par ce moyen, toujours instruite du 
nombre des familles juives qui résideront en Alsace et je vois en 
cela un avantage réel pour remédier au mal que Ton veut éviter à 
l'avenir. » Et la loi fat appliquée, on régla toutes les formalités 
auxquelles un Juif devait se soumettre pour prendre femme 1 . Si 
un prêtre vertueux comme l'abbé Grégoire dénonça ces « attentats 
contre la nature, qui les désavouerait même dans le silence des 
passions - », le clergé des districts de Colmar et Sélestat trouvait la 
mesure insuffisante et, les yeux fixés sur quelqu'Efat allemand, 
demandait « qu'il ne puisse plus être permis de contracter mariage 
qu'au (ils aîné de chaque famille juive », pour arrêter dans son 
principe leur « étonnante pullullation 3 ». Hell, le bon apôtre, trou- 
vait sans doute que le gouvernement était trop large et il avait fait 
insérer dans son cahier que les Juifs ne pourraient se marier que 
sur la permission — gratuite — des Etats provinciaux à créer et 
d'après un règlement établi à ce sujet; cet article était tiré de son 
propre projet de cahiers pour le tiers, et le règlement à intervenir, 
il l'avait déjà en poche 4 . Il semble que dans les premiers temps de 
la Révolution, quand le gouvernement était débordé, l'adminis- 
tration se relâcha de sa réglementation pointilleuse. Mais dès que 
le nouveau régime municipal, arrêté par la Constituante, entra en 
vigueur en Alsace, vers avril 1790, les tyranneaux de villages 
substituèrent méchamment leur autorité tracassière à la rigueur 
bureaucratique. En différents lieux, les officiers municipaux ima- 
ginèrent de s'opposer aux mariages des Juifs à la veille de la 
célébration. Et le 25 janvier 1791, les administrateurs du départe- 
ment du Bas-Rhin consultaient le Comité de Constitution pour 
savoir si un Juif peut se marier sans permission, le Règlement 

1. V. Cli. Hoffmann, L'Alsace au dix-huitième siècle, IV, 350-54, qui cite aussi 
des exemples des abus auxquels la loi donnait lieu. M. Hémerdinger a fait connaître 
h' modèle de ces brevets, Revue des Etudes juives, XLU, 258 ; nous en avons trouvé 
un certain nombre, datés de juin et juillet 1789, aux Archives Nationales. 

2. Essai sur la régénération. . . des Juifs, 63; repris dans la Motion en faveur 
des Juifs, p. 24. 

3. Revue, LXIII, 190. 

i. Ibid., 189; LX1V, 104. Hell a donné son opinion, et, son Règlement, à la Consti- 
tuante le 24 décembre 1789 {Archives Parlementaires,^* série, X, 777etsuiv.) : «Le 
nombre des mariages des Juifs établis dans un endroit ne pourra, quant à présent, 
excéder le sixième des autres religions. La permission ne pourra être accordée à aucun 
Juif qui n'exercera pas un métier et ne possédera pas en même temps propriétaire- 
meni <:t m: cultivera pas lui-même au moins un arpent de terre, etc...., et à aucun 
dont la prétendue ne saura [tas au moins coudre eu linge, tricoter, filer le lin, le 
chanvre, le coton et la laine » ! 



LES JUIFS ET LÀ CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 115 

de 1784 n'ayant pas été abrogé '. On voit que cet article n'était pas 
de trop dans le cahier des Juifs d'Alsace. 

6. — Qu'il soit défendu à tout homme public d'user d' épithètes 
flétrissantes envers les Juifs dans les plaidoyers, actes, signifi- 
cationSy etc. 

Cette demande, en apparence peu importante, jette un triste jour 
sur les traitements qu'on se permettait à l'égard des Juifs, surtout 
en Alsace, et montre à quels obstacles moraux se heurtait encore 
leur émancipation sociale. Le nom même de «Juif», avec les 
épithètes d'usurier, de fraudeur, etc., qu'on lui accolait, était une 
atteinte perpétuelle, une tunique de Nessus qui s'attachait aux 
Juifs. C'était une condamnation en un seul mot. Il évoquait tout 
un assemblage d'idées ou odieuses ou méprisables, produit de 
l'imagination plus que de l'expérience, car la plupart s'étaient 
élaborées ou transmises à une époque où il n'y avait plus de Juifs 
en France. Il serait curieux de rechercher combien ce Juif de la 
légende, pour reprendre la formule heureuse d'Isidore Loeb, a 
déteint sur le Juif de l'histoire, combien les Juifs du xviii 6 siècle 
souffraient matériellement et moralement de ces souvenirs, 
conservés par l'atavisme, ravivés par le fanatisme et exploités par 
l'intérêt envieux, qui mettaient une barrière entre eux et leurs 
concitoyens et qui pouvaient aller jusqu'à favoriser et excuser 
l'émeute 2 . 

Ces termes venimeux étaient particulièrement désastreux quand 
ils étaient recueillis par des bouches autorisées et des plumes graves. 
Les Juifs d'Alsace rendaient responsable de leurs maux la magis- 
trature assise et debout du Conseil souverain de Colmar, dont la 
partialité leur faisait dire qu'ils trouvaient des accusateurs dans la 
personne de leurs juges. « De cette prévention générale, dont les 
magistrals supérieurs n'ont pu se garantir, est née successivement 
la jurisprudence constamment sévère du Conseil souverain d'Alsace 
à l'égard des Juifs Eh ! comment ces magistrats auraient-ils échappé 
à la surprise lorsque le ministère public, animé de la passion du 
peuple, mettait dans ses réquisitoires d'office, destinés à être 
imprimés et affichés, tout le fiel de la satire et toute la chaleur de 
la haine? » Si les magistrats ne s'imposaient pas une plus grande 

1. Archives Nationales, D iv 56, pièce 3. 

2. Grégoire paraît attribuer à cette cause les désordres qui éclatèrent contre les 
Juifs en juillet et août 1789 : « Le lecteur aura sans doute observé que les Juifs 
d'Alsace demandent la suppression des épithètes odieuses usitées à leur égard. Depuis 
longtemps une haine secrète couvait contre eux. Enfin elle a éclaté, etc. » {Motion en 
faveur des Juifs, p. ix). 



116 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

réserve, quel exemple et quel encouragement pour les juges su- 
balternes el les hommes de loi ! Quelle tentation pour un avocat de 
faire d'une injure un argument devant des auditeurs prévenus ! Et 
pourquoi les officiers ministériels se seraient-ils gênés? 

Le pire effet de ces appellations outrageantes et des commen- 
taires qu'elles entraînaient eût été de rendre les Juifs insensibles à 
l'insulte, sourds à l'honneur. C'était chez les Juifs d'Alsace un 
signe de dignité que de protester contre ces « épithètes flétrissantes » 
et de demander qu'au moins la loi en interdît l'usage aux personnes 
publiques, aux gens de justice. Les esprits généreux s'associaient 
à ce vœu parce qu'ils souhaitaient un rapprochement entre Juifs et 
chrétiens. Le grand cœur de Grégoire s'indignait contre ses 
contemporains : « A la honte de notre siècle le nom Juif est encore 
un opprobre et très souvent les disciples du maître le plus charitable 
insultent à des malheureux dont le crime est d'être juifs et qui 
rampent sur nos routes couverts des lambeaux de la pauvreté. » 
Dans le décret qu'il voulait faire rendre en faveur des Juifs par la 
Constituante, il insérait cet article généreux, qui détonne quelque 
peu dans un texte législatif: « Elle défend sévèrement d'insulter 
les membres de la Nation juive, qui, tous, désirent de trouver dans 
les Français des concitoyens, dont ils tâcheront de mériter l'attache- 
ment et l'estime '. » Mais quand môme ce décret eût été porté, la loi 
n'y pouvait rien, il fallait changer les mœurs, c'était l'affaire du 
temps et- de l'éducation. En 1806, Berr-Isaac Berr, qui s'était élevé 
et qui avait essayé d'élever socialement ses frères, se plaignait 
amèrement que le nom de Juif fût un objet danimosité et de 
mépris dans les tribunaux, et il suppliait la Providence Napoléon 
de rayer le mot « Juif » de la langue française 2 . On se borna à 
remplacer Juif par Israélite. 

En vérité, ce vœu n'était rien moins que secondaire. La Révolution 
a pu, d'un trait de plume, réaliser, et même au delà, tous les autres. 
Pour réaliser celui-ci d'un coup, il aurait fallu une révolution morale. 

Pouvoir se marier librement et ne pas être insultés, voilà ce que 

i. Motion, 12-13, 47. Grégoire trouve encore à renouveler son observation en 1828 
Histoire des sectes religieuses, III, 420-1). — D'après M. Philippson, Neuesle 
Geschickte des jùdischen Volkes, 1, 4, un arrêt reudu par le Parlement de Paris le 
29 janvier 178o défendit d'insulter les Juifs. 

2. V. sa Lettre à Grégoire (1806), p. 19, et ses Réflexions sur la régénération com- 
plète des Juifs en France (de la même année), p. 11-12. — On peut encore relire 
aujourd'hui, sur cette question, un judicieux et spirituel article de Ben-Lévi (G. Weil) 
dans l<;s Archives Israélites de 1842, p. 147 et s., et, pour l'Alsace précisément, la 
lettre insérée dans le même recueil, p. 101-104. 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 117 

demandent les Juifs d'Alsace. Si l'on se rappelle toutes les incapa- 
cités qui frappaient leur existence civile, toutes les entraves qui 
paralysaient leur activité, on ne peut s'empêcher de trouver 
leur cahier de 1789 bien modeste; leur Mémoire de 1784 avait 
réclamé contre presque tous les vingt-cinq articles du Règlement. 
En particulier, ils ne voulaient ou n'osaient pas protester contre 
les graves restrictions dont le législateur avait entouré leur prin- 
cipale occupation, le commerce d'argent, et que les cahiers alsaciens 
s'accordaient à trouver insuffisantes ou inefficaces. Il est vrai que 
leurs vœux essentiels leur étaient communs avec les autres Juifs 
« allemands » et que, si on leur accordait le bénéfice du droit civil, 
le détail des mesures d'exception tombait du même coup. 

Demandes particulières des Juifs de Metz. 

7. — ■ Exemption de la pension de vingt mille livres payées à 
la famille des Bramas pour droit de protection. 

8. — Droit de participer aux biens communaux des lieux oit 
ils s'établiront. 

Ces deux articles sont comme les dépendances des deux premiers 
articles communs. Le droit de protection payé à la famille Brancas 
est un cas particulier des droits de protection dont l'article premier 
demandait l'abolition et le droit de participer aux biens communaux 
est une conséquence du droit, revendiqué à l'article 2, de s'établir 
au milieu des communautés chrétiennes 1 . Mais la taxe Brancas 
était d'une nature si spéciale qu'elle réclamait une mention distincte, 
comme il a fallu à la Constituante un décret particulier pour l'abolir. 
Et le droit aux communaux, qui atteignait les babitants chrétiens, 
avait besoin d'être spécifié. Il est remarquable qu'il l'ait été par les 
Juifs messins et non par ceux de l'Alsace : ceux-ci, qui demeuraient 
dans les villages et tenaient le commerce des bestiaux, y avaient 
plutôt intérêt, comme on le vit pendant la Révolution. Les Juifs de 
Metz, sans doute, n'auraient profité de ce droit qu'après avoir obtenu 
celui de demeurer partout ; actuellement ils intervenaient pour 
ceux qui s'étaient glissés, sans titre légal, dans ce qu'on appelait 
le « plat pays », qui faisaient partie de leur communauté et qu'ils 
soutenaient dans leurs luttes contre les menaces d'expulsion ou 

1. Une autre conséquence de cette liberté, qui devait amener la désagrégation de la 
juiverie de Metz, était l'obligation pour les partants de prendre leur portion des dettes 
collectives de la communauté. Comme on le verra, ses députés eurent un mandat en 
conséquence; était-il consigné dans leur cahier ou leur fut-il donné après coup? En 
tout Gas il en est déjà question dans le Mémoire que nous allons analyser, 



118 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

d'extorsion '. Par contre, il est frappant qu'ils n'aient pas réclamé 
pour eux-mêmes la liberté du commerce, que les corporations 
concurrentes les avaient jusqu'ici empochés de conquérir ; crai- 
gnaient-ils de s'aliéner la sympathie des bourgeois, à laquelle on 
va voir qu'ils attachaient un certain prix? 

Si les vœux particuliers des Juifs de Metz et de la généralité 
peuvent être ramenés à ceux de tous les Juifs « allemands », dont 
nous avons expliqué la nature et la portée, nous pouvons nous 
rendre compte de l'esprit dans lequel ils ont été formulés grâce au 
Mémoire particulier qu'ils publièrent à cette occasion 2 . Le fait 
même de la publication est significatif: il met en vue cette commu- 
nauté messine qui, sans être encore la «juiverie modèle 3 », était 
plus mûre que les autres et comptait dans son sein plusieurs 
membres distingués, qui se montrèrent à la hauteur des événements. 
Ce sont ^ceux-ci qui ont dû avoir l'idée d'en appeler à la grande 
puissance moderne, qui commençait alors à se faire sentir, à 
l'opinion publique, déjà préparée et prévenue par le concours de 
l'académie locale. Leur Mémoire, assez étendu (trente pages d'im- 
pression), n'est pas à proprement parler leur cahier, dont le 
gouvernement s'était réservé la connaissance; c'est l'exposé et le 
développement des doléances que leur suggérait la tenue des États 
généraux et qu'ils soumettaient à leurs concitoyens, soulevés 
comme eux par d'immenses espoirs. C'est une défense du cahier, 
et à ce titre il est signé par les deux « députés de la communauté », 
Goudchau (sic) Mayer-Cahen et Louis Wolff 4 . C'est aussi un mani- 



i. Sur ces conflits, voir 0. Terquem, dans les Archives Israélites, 1844, p. 560, 
572. Comp. quelques cahiers primaires du bailliage de Vie, Revue, LX1V, 92. 

2. Mémoire particulier pour la communauté des Juifs établis à Metz, rédigé par 
Isaac Ber-Bing, l'un des membres de cette communauté ; s. 1. n. d. [Bibliotli. Natio- 
nale : Ld 184 34], Réimprimé dans les Archives parlementaires, l re série, IX, 445-449, 
comme annexe à la séance du 14 octobre 1789 au soir. M. Monin [Revue des Études 
juives, XXIII, 95) confond ce Mémoire messin avec le discours prononcé à cette môme 
séance par Berr-lsaac Berr de Nancy. Il est cité par Grégoire dans la Notice qui pré- 
cède sa Motion, p. ix, et combattu par le curé messin Thiébault (v. plus loin, chap. v). 
Nous le datons d'après le fond et d'après le ton. Certainement postérieur à la consti- 
tution de l'Assemblée Nationale, il a dû être écrit à Metz avant que les deux députés 
de la communauté se soient rendus à Paris, donc avant août 1789. 

3. Ce titre, qui lui est donné par Graetz (Geschichte, XI, 201) et d'autres (Abr. 
Caben, Revue des Études juives, I, 84), paraît se trouver pour la première fois chez 
le messin L. Halévy, dans son Résumé de Vhistoire des Juifs modernes (Paris, 1828), 
p. 319 ; mais il ne doit pas être de son cru. Comp. Archives Israélites, 1840, p. 233; 
1844, i». 703. 

4. Nous avons vu que le second était receveur de la communauté. Goudchaux- 
Mayer Catien était un de ses syndics (v. Archives Israélites, 1843, p. 642); en 1793, 
il passe des actes en son nom (v. Revue des Études juives, LI, 287 ; LU, 277). 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 419 

feste, que s'était chargé de rédiger un membre cultivé de la 
communauté, Isaac-Ber Bing. Celui-ci, à en juger par son nom, doit 
être le frère d'Isaïe-Beer Bing, le lettré messin qui avait défendu, 
deux ans auparavant, ses frères contre un libelle anonyme, le 
correspondant de Grégoire, auquel le curé d'Emberménil, qui se 
disait son « inviolable ami », avait conseillé de profiter de la convo- 
cation des États pour mettre en mouvement les Juifs *. L'auteur du 
Mémoire le cite d'ailleurs par son nom (ou plutôt par les initiales 
dont il avait signé sa lettre à l'anonyme) et le copie par endroits 
littéralement, là où il examine la condition des Juifs. 

Le Mémoire, à part le préambule et la péroraison, peut se diviser 
en deux parties. La première expose et explique la condition des 
Juifs en général et celle des Juifs de Metz en particulier ; la seconde 
énumère et justifie les doléances de ceux-ci et leurs vœux. 

L'auteur commence par dépeindre l'état d'esprit de ses clients. 
«Depuis quelques années les Juifs de Metz implorent, par leurs vœux 
timides, ce grand acte de législation tant désiré» qui les rappro- 
chera de leurs concitoyens et les fera participer aux avantages 
comme aux charges de la société, et ils s'affligeaient de voir les 
vues bienfaisantes du gouvernement — allusion au projet de 
Malesherbes — contrecarrées par les préjugés religieux. « Le 
moment est enfin arrivé. Le bonheur public est le vœu le plus 
ardent de notre auguste souverain. Les anciens abus vont dispa- 
raître et la restauration générale est prête d'éclore. Se pourrait-il 
que les Juifs restassent seuls opprimés? Seraient-ils condamnés à 
n'être que les témoins gémissants de la félicité universelle et à 
rester seuls malheureux dans ce vaste royaume? Déjà le tiers et 
la noblesse de la cité les appellent à devenir utiles. » Ces derniers 
mots font allusion aux articles favorables aux Juifs que contenaient 
le cahier du tiers état et, sans les nommer, celui de la noblesse 
du bailliage de Melz 2 . Les Juifs reconnaissent ces généreuses 
avances. « Ali ! que l'on ne croie pas qu'ils sont insensibles à ce 
cri de la raison et de l'humanité. L'effusion de la reconnaissance, 
les larmes de la joie sont leur réponse ; oui, ils deviendront utiles 
dès qu'on daignera briser les fers honteux qui les accablent. Qu'on 



1. Voir Revue des Éludes juives, LXIII, 196; LXIV, 26o. Dans ce dernier passage 
nous avons dit par inadvertance que Bing n'est pas nommé dans la lettre de Grégoire. 
Graetz et Lémann n'en citent qu'un extrait; elle est publiée intégralement dans les Arch. 
Isr. et Bing y est nommé en toutes lettres. 

2. V. Revue, LXIII, 196. Xous étions donc fondé à supposer que le cahier de la 
noblesse visait les Juifs. — Si Bing s'était piqué de précision plus que de « littérature », 
il aurait écrit bailliage au lieu de cité, car il ne s'agit pas des cahiers de la ville de Metz. 



120 REVUE DES ETUDES JUIVES 

leur rende seulement les facultés du droit naturel et bientôt 
l'opinion, qui les a trop longtemps avilis, qui a tourné en mépris 
jusqu'à leur nom, va faire place aux sentiments que les citoyens se 
doivent entre eux. » 

Après cette entrée en matière dans le genre insinuant, l'auteur 
du Mémoire entame son apologie du judaïsme et — sous la plume 
d'un Juif, c'est frappant — il débute par une critique de la condi- 
tion légale des Juifs. « La législation envers les Juifs fut presque 
toujours un jeu cruel de la finance. » Inspirée par l'avidité autant 
que par le fanatisme, elle a influé à son tour sur leur caractère et 
sur leurs mœurs: elle les a rendus insensibles à l'honneur, méfiants 
et peu sociables. Le commerce est devenu leur seule ressource, la 
religion — une religion dévote — leur unique consolation. À pré- 
sent, ceux qui voient des milliers d'individus végéter dans le 
mépris, dans l'absence de culture, les croient foncièrement cor- 
rompus et incapables d'être régénérés. Il suffit pourtant de compa- 
rer à ces parias les négociants juifs d'Amérique, de Londres, 
d'Amsterdam et de Bordeaux pour se convaincre « que le Juif 
devient patriote (c'est-à-dire citoyen utile) à mesure que la patrie 
devient bienfaisante envers lui. » 

« C'est ainsi que la douceur du gouvernement envers les Juifs de 
Metz et la protection qui y rend leur existence supportable en ont 
fait une communauté légale... et qui a été souvent utile et 
jamais onéreuse à la province. » Ses membres sont nés sujets du 
roi et elle ne reçoit pas d'étrangers. Ils se sont toujours signalés 
par leur fidélité aux rois ; Henri IV et Louis XIII l'ont reconnu en 
renouvelant leurs privilèges. « Ces anciennes familles osent se 
glorifier de n'avoir jamais été souillées par un crime grave... 
Elles osent s'honorer de n'avoir presque jamais fait naître de ban- 
queroutes frauduleuses. » — « Circonscrits dans un quartier étroit 
de la cité, ils y ont l'exercice libre de leurs culte, usages et cou- 
tumes ; ils ont la répartition de leurs charges, une espèce de 
juridiction de leurs différends et la police intérieure de leur corpo- 
ration. L'une et l'autre n'ont de force que par la religion et le 
respect humain 1 .» La communauté elle-même s'est efforcée de 
prévenir, par des règlements, les désordres du commerce en inter- 
disant « généralement » à ses membres de prêter aux fils de 
famille et aux militaires mineurs. Elle a ses règlements somp- 
tuaires et de police, défendant les jeux de hasard et d'autres jeux 

i. Le Parlement de Metz avait retiré aux rabbins le droit d'excommunier, au moins 
dans le cas de procès (v. Clément, op. cit., 85-87). 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 121 

permis aux Chrétiens { et qui sont observés volontairement, sans 
autre autorité que l'opinion. 

Ce tableau de mœurs plaide en faveur delà religion des Juifs. 
« Le public ne sait pas assez combien cette religion est austère 
dans ses principes, exigeante dans son ascétisme et combien elle 
est scrupuleusement observée. Il ignore que cette religion consiste 
moins en dogmes qu'en lois positives ou négatives. L'amour du 
prochain, la charité envers tous les pauvres sans distinction, la 
fidélité envers le roi et la patrie en sont les préceptes les plus 
solennellement recommandés. » Enfin, les Juifs ne sont pas rava- 
gés par le luxe ; l'union conjugale, l'autorité paternelle et le 
respect de la vieillesse sont de rigueur chez eux. 

Cette intéressante apologie du judaïsme par un fils du xvm e siècle 
— le siècle de la « religion naturelle » — et un disciple de 
Mendelssohn — le Mendelssohn de \& Jérusalem — qui fait encore 
ressortir la rigueur de la piété juive à côté de la pureté des mœurs 
familiales, se termine par cette allusion digne au sujet du concours 
de Metz : « Tel est le peuple dont on a mis en problème s'il est 
possible de le rendre utile. Peut-être eût-il mieux valu mettre en 
question comment, sous tant d'abus contraires à l'humanité et au 
bon ordre social, il a pu conserver son existence. » On pense à 
Mendelssohn reprenant poliment Dohm qui, dans sa supériorité, 
livre ses moyens de corriger les Juifs 2 . 

Le grand reproche qu'on fait aux Juifs et à leur religion, c'est 
l'usure. « Ce reproche est le point de ralliement de tous ceux qu'une 
animosité particulière ou des préjugés enracinés ont indisposés 
contre nous. » Mais comment des chrétiens peuvent-ils mettre un 
précepte aussi antisocial, l'érection de l'usure en loi positive, sur 
le compte de la Bible ? La vérité est qu'elle défend l'usure dans 
tous les cas envers tous les hommes ; à l'étranger, qui était un 
commerçant, on permettait seulement l'intérêt, non l'usure 3 . Il 
serait aussi juste d'incriminer les lois du royaume, qui permettaient 
aux Juifs de prêter à douze pour cent 4 , parce que c'était leur seule 
ressource. Les abus mêmes, lesquels sont inhérents au commerce 

1. Voir les « Règlements somptuaires de la communauté juive de Metz à la fin du 
xvn e siècle », publiés par M. Abr. Calien dans Y Annuaire de la Société des Études 
juives, I, 77-121. 

2. Voir, dans la préface de la traduction Rettung der Juden, les pages finement 
commentées par Graetz, Geschichte, XI, 80-81. 

3. Cette solution d'une question qui a fait couler tant d'encre avait été donnée par 
Isaïe-Beer Bing (Lettre du 8 r /. B. B., 1787, p. 19 et s.) et adoptée aussitôt par Mira- 
beau (Monarchie prussienne, 1788, in-8°, V, 46), 

4. Voir Clément, p» 173 et suiv. 



122 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ou au vice de quelques particuliers, sout souvent balancés par des 
avantages réels : tel chrétien a été heureux de pouvoir recourir 
aux Juifs. L'agiotage est plus dangereux que l'usure, et les Juifs 
ne s'y livrent pas plus qu'au commerce en gros des blés, qui incite 
aux accaparements. De plus, et cette observation est assez fine, 
ils ne sont pas des capitalistes. « Nos rapports avec les autres 
citoyens sont plus passifs qu'actifs... Au vrai, nous sommes 
plutôt les agents de la circulation que les propriétaires de l'or. » 
Enfin, il faut bien qu'ils se rejettent sur le commerce d'argent, 
puisqu'on leur interdit « la propriété territoriale, l'exercice des 
arts et métiers, enfin toutes les professions et charges civiles », 
tout en les surchargeant d'impôts et de taxes excessives. 

Malgré tout, les Juifs de Metz ne sont pas exclusivement des 
prêteurs d'argent. « Quelques-uns tiennent la banque avec les 
négociants des autres royaumes ; d'autres font le commerce 
d'étoffes, de chevaux et de bijoux ; plusieurs se chargent de toutes 
sortes d'entreprises. Le reste, qui hélas ! forme les deux tiers de 
la Nation, languit sans autres ressources que la petite friperie. » 
Ces fripiers, à la misère desquels le libelliste anonyme de 1787 
avait eu le cœur d'insulter, notre auteur sait les rendre pitoyables, 
presque sympathiques l . 

« Ce n'est cependant, continue-t-il, qu'avec ces chétifs moyens 
que les Juifs de Metz sont obligés d'acquitter les impositions énor- 
mes dont ils sont surchargés. » Et, après avoir tracé le tableau 
vraiment éloquent de leurs impôts ordinaires et extraordinaires, si 
disproportionnés avec ceux de leurs concitoyens et pour l'acquit- 
tement desquels ils sont obligés de contracter annuellement des 
emprunts gagés sur leurs propriétés, il est fondé à conclure : « Enfin, 
leurs moyens sont si bornés et leurs charges si considérables que 

1. « Fixez vos regards, si la répugnance de voir des malheureux vous le permet, 
sur tant d'individus absolument indigents, qu'une loi tyrannique éloigne des ateliers 
et des travaux de l'agriculture, que leur extrême pauvreté empêche de se l'aire une 
ressource du commerce; c'est dans les demeures de ces infortunés, dans le sein de leurs 
malheureuses familles qu'il faut voir lutter la nature et la religion contre le désespoir. 
Figurez-vous des pères de famille parcourant la ville depuis le matin jusqu'au soir, 
heurtant à toutes les portes pour recevoir et débiter les livrées de l'indigence ; heureux 
encore si, avec l'insulte et le mépris, ils recueillaient un pain de douleur que la famine 
seule peut les déterminer à chercher ! contents de pouvoir apaiser les plaintes de ces 
êtres innocents qui ne connaissent pas encore leur sort, ils retournent le soir dans leur 
retraite obscure, d'où ils sortent le lendemain sans autre consolation que d'avoir fait 
un pas de plus vers le tombeau. Et c'est ainsi qu'ils achèvent des jours de misère 
auxquels l'indifférence du gouvernement les a condamnés. » Ce tahleau est une réplique 
de celui qu'avait tracé le libelliste de 1787 {Le cri du citoyen contre les Juifs de Metz, 
p. 3) et auquel Isaïe-Beer Bing avait répondu en termes semblables {Lettre, p. 50-51). 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 123 

leur existence tient vraiment du prodige : c'est le chef-d'œuvre de 
ce que peuvent l'industrie, l'activité et la frugalité réunies. » 

Si les Juifs sont accablés d'impôts tout en étant empêchés de 
gagner honnêtement leur vie, les remèdes — nous passons à la 
seconde partie du Mémoire - sont tout indiqués, et ils s'imposent: 
une répartition plus équitable des contributions et la liberté de 
travailler. 

Chose remarquable eu égard aux circonstances, c'est celle-ci 
qu'ils réclament d'abord, comme « le premier et le plus important» 
des droits naturels et, ce qui est plus remarquable encore, ils 
entendent par cette revendication « la faculté d'exercer les arts et 
métiers », c'est-à-dire les métiers, les arts mécaniques. Ce droit 
est si évident que c'est la privation de ce droit qui est inconcevable. 
« Peut-être quelque jour la postérité aura peine à concevoir qu'on 
ait pu défendre à une classe entière d'hommes de vouer ses bras 
au service de la société et de rendre à leurs compatriotes les 
secours journaliers qu'ils reçoivent d'eux ». En effet, cette prohi- 
bition est contraire à l'intérêt de la nation et de la cité, qui doivent 
désirer plus d'industrie pour multiplier les objets manufacturés et 
plus d'artisans pour augmenter la concurrence. Mais c'est pour les 
Juifs surtout que cette interdiction est une « impusition ruineuse»; 
elle fait d'eux les tributaires des ouvriers, pour lesquels ils ne 
peuvent pas travailler. « Il n'y a point d'échange qui puisse 
balancer ces dépenses. Ainsi les diverses corporations de la ville 
regardent celle des Juifs comme adversaire et, craignant la concur- 
rence, appellent la religion dominante au secours de l'intérêt. » 

Le premier vœu des Juifs est donc qu'on leur permette « l'exer- 
cice des arts et métiers, qui feront la ressource de tant de familles 
aujourd'hui si misérables ». On voit, par la manière dont la ques- 
tion est posée, que la communauté formule ce vœu, non pour 
ses membres en général, mais pour ses pauvres : c'est l'assistance 
et la régénération par le travail. On le voit aussi parla suite. Si 
l'on craint, continue le Mémoire, qu'au dix-huitième siècle, parmi 
des Français, « le préjugé ait encore assez d'empire pour faire 
redouter d'associer l'artisan juif à l'artisan chrétien » et si, « pen- 
dant la génération actuelle, les Juifs doivent rester isolés et 
circonscrits dans leur enceinte » — ce qui ne leur déplairait pas 
au fond — « qu'il leur soit accordé au moins un emplacement 
convenable pour l'exercice des arts et pour préparer la jeunesse 
à cette révolution salutaire qu'ils désirent avec tous les amis de 
l'humanité. La communauté demandera la permission d'établir, 
dans son sein, des écoles des arts pour les pauvres, pour l'instruc- 



124 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tion desquels elle est prête de faire les plus grands sacrifices, 
pourvu que le gouvernement veuille les favoriser et les encou- 
rager ». Il importe de relever ici la première initiative formelle de 
créer des ateliers et des écoles de travail, qui ont été une des 
grosses préoccupations du judaïsme français émancipé i et, si ce 
n'est pas le lieu d'examiner pourquoi cette œuvre n'a que médio- 
crement réussi, il faut noter que la priorité dans l'exécution, 
comme dans la conception, appartient à la communauté messine, 
qui a organisé la première société d'encouragement au travail dès 
1823 a , aussitôt qu'elle put se recueillir après les orages de la 
Révolution et la compression de l'époque impériale, et compter 
sur la faveur et l'encouragement du gouvernement. 

Le deuxième vœu important des Juifs de Metz est « une réparti- 
tion plus équitable des impôts », sans laquelle la communauté ne 
peut plus se maintenir et encore moins entreprendre une œuvre de 
relèvement. La convocation des États généraux est pour elle une 
occasion qui s'impose de protester contre le droit arbitraire, mais 
consacré, payé à la famille Brancas, et contre les droits non 
moins arbitraires, véritables extorsions, que se permettaient quel- 
ques seigneurs dans le plat pays. « C'est sans doute son devoir 
dans ce moment solennel de réclamer avec énergie la sauvegarde 
royale et l'équité de la Nation contre ce droit de protection de 
20 000 livres accordées comme don à la maison de Brancas, qui 
n'a aucun fondement légitime ni dans le droit des gens, ni dans 
celui du royaume ; d'implorer la bonté de Sa Majesté contre les 
autres taxes imposées au seul nom de Juif et de lui dénoncer, 
ainsi qu'à l'auguste Assemblée, les exactions de quelques seigneurs 
avides de transformer en droit positif les dons offerts par la crainte 
et d'étendre sur les Juifs des Évêchés le despotisme qui s'est 
établi dans les diverses parties de l'Alsace. Le citoyen ne peut 
devoir à la patrie qu'un tribut proportionnel à ses facultés ; les 
excéder, c'est l'opprimer injustement. Ne craignons pas de publier 
cette grande vérité que la Nation entière admet ; elle est trop 

1. L'historique on a été fait pour Paris par Léon Kahri, Les professions manuelles et 
les institutions de patronage, 1885 [Histoire de la communauté israélite de Paris, 
II), et esquissé pour les provinces de l'est par M. Maurice Bloch dans ses conférences 
sur L'œuvre scolaire des Juifs français depuis 1789 et L'Alsace juive depuis la 
Révolution de 1789. 

2. Voir la lettre par laquelle J. Berr revendique la priorité pour Metz dans les 
Archives Israélites, 1 (1840), 231-233. Il faut dire cependant que l'avocat nancéen 
Thiéry avait proposé deux ans auparavant d'ouvrir des ateliers publics où les Juifs 
seraient mis en apprentissage, idée qui lui avait été « suggérée par un Juif estimable » 
(p. 87), sans doute Berr-Isaae Berr, qui a émis la môme idée en 1791. Mais une idée 
n'est pas encore un projet* 



LES JUIFS ET LÀ CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 125 

généreuse pour refuser à la portion la plus indigente ce qu'elle 
sollicite pour elle-même. Si les privilèges qui dispensent une 
classe de citoyens des contributions communes sont des abus, les 
exceptions qui en surchargent une autre sont des concussions ; 
elles deviennent des barbaries lorsqu'elles sont intolérables... » 

Le ton s'est élevé, il est véhément, hardi même. C'est qu'ici les 
Juifs de Metz pouvaient s'abriter en quelque sorte derrière tous 
les Français, soulevés contre l'arbitraire fiscal : le mouvement qui 
a déchaîné la Révolution a été à l'origine un mouvement de pro- 
testation en faveur de la réforme financière. La taxe Brancas 
blessait la justice et l'humanité, et elle pesait lourdement dans le 
budget de la communauté, qui, comme la France, courait vers la 
banqueroute. Les Juifs puisèrent dans ces circonstances la force 
non seulement de réclamer vigoureusement contre ce droit, mais 
même d'en refuser le paiement dès que la Révolution eut éclaté, 
que l'abolition des privilèges féodaux eut été décrétée et la Décla- 
ration des droits proclamée. A la fin de 1789, une action était 
déjà pendante au bailliage de Metz, sur l'assignation du duc de 
Brancas 1 . Forte de son droit, la communauté messine, sans 
attendre l'obtention des droits de citoyens, saisit par un Mémoire 2 
la Constituante et celle-ci abolit effectivement, le 20 juillet 1790, 
sur le rapport du Comité des Domaines, la trop fameuse rede- 
vance 3 . 

« A ces réclamations essentielles pour atteindre à futilité qu'on 
demande des Juifs », ceux-ci ont à en joindre d'autres non moins 
importantes. La principale — mais le Mémoire n'en citera plus 
d'autre — est « la faculté de posséder des fonds soit dans les villes, 
soit dans les campagnes ». Dans les campagnes, pour qu'ils puis- 
sent s'occuper de l'agriculture. Et ici, ils font valoir les mêmes 
raisons que pour l'exercice des arts et métiers dans les villes. 
Interdire aux Juifs l'acquisition et la culture des terres est une 
mesure impolitique et immorale : « impolitique, parce qu'on dimi- 
nue par là le nombre des enchérisseurs qui haussent le prix des 
fonds et en multiplient les mutations, et parce que la terre produit 
toujours en proportion des bras qui la cultivent ; immorale, parce 

1. Voir Annuaire de la Société des Études juives, 11, 114-115, et la Pétition des 
Juifs établis en France (28 janvier 1790), p. 101, note. 

2. Mémoire pour les Juifs de Metz concernant une redevance de 20.000 livres..., 
Paris, s. d., 8 p. in-4° [Bibl. Nationale : Ld 18 '*54]. Ce Mémoire est signé de Louis Wolff, 
l'un des deux députés des Juifs de Metz et des Évèchés. 

3. Voir A rchives Parlementaires, \ re série, XVII, 214-219, le Rapport de De Vismes 
et le débat qui suivit. Sur l'histoire de la taxe on peut consulter, outre le Mémoire et 
ce Rapport, 0. Terquem, dans les Archives Israélites, 1844, p. 547-514, et Abr. Gaben, 
dans les Mémoires de la Société d'archéologie lorraine, 1875, p. 117-123. 



120 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

que c'est ôter à L'homme une ressource de subsister, c'est le priver 
de la plus utile, de la plus innocente des professions à laquelle la 
nature semble principalement l'avoir destiné ». Les adversaires 
des Juifs les accusaient de chercher à faire valoir les terres par la 
spéculation et non par la culture. Mais les Juifs eux-mêmes, ceux 
de Metz comme ceux de l'Alsace, étaient pleins de bonne foi et de 
bonne volonté. Néanmoins, c'était une illusion de leur part et, 
pour diverses raisons sociales et économiques, les Juifs de France 
sont encore moins retournés à la terre qu'ils n'ont gagné l'atelier. 

Le droit d'acquérir des maisons dans les villes et des terres 
dans les campagnes, c'était en somme le droit de demeurer partout 
et de s'agréger aux communautés 1 . Or, ceux qui en useraient 
pour quitter la juiverie de Metz essaieraient peut-être de se sous- 
traire — si même leur départ n'était inspiré par cette considération 
— au paiement de leur cote dans les charges de la communauté, 
dont tous les membres étaient jusqu'alors solidaires. Si on n'y 
parait, c'était la faillite, dont les premières victimes seraient d'in- 
téressants créanciers chrétiens. Cette éventualité préoccupait 
beaucoup les syndics et le Mémoire prévoyait le cas. « . . .Du droit 
de répandre leur habitation partout, il ne doit pas résulter la 
dissolution de leur corps et une incorporation absolue avec les 
autres citoyens. Il serait dangereux qu'une commotion rapide 
changeât tout d'un coup notre manière d'être et relâchât subite- 
ment tous les liens de notre police particulière. Ajoutons que 
notre administration intérieure ne saurait être anéantie sans 
mettre la communauté dans le cas de manquer aux engagements 
qu'elle a contractés avec un grand nombre de citoyens, qui lui 
ont confié à titre de fonds perdus ce qu'ils ont pu amasser pour 
se procurer, sur le déclin de leurs jours, le moyen d'être à l'abri 
d'une pauvreté absolue. » En d'autres termes, la communauté 
juive empruntait de l'argent à des chrétiens, qui lui confiaient 
leurs économies, en échange de quoi elle leur servait des rentes 
viagères. Pour pouvoir faire honneur à ses engagements, il fallait 
que ses membres ne l'abandonnassent pas ou que, même partis, 
ils restassent solidaires. Ces prévisions se réalisèrent. En 1790, les 
syndics de la communauté adressèrent aux officiers municipaux 
un mémoire où ils exposaient leur budget, signalaient le déficit 
croissant et proposaient quelques mesures pour garantir aux 
intéressés les revenus qui leur étaient dus 2 . Quand la redevance 

1. Et subsidiairement, dans les campagnes, de participer aux communaux (art. 8). 

2. Voir l'étude précitée de M. Abr. Gabeu. Ce Mémoire a été utilisé par Gerson 
Lévy, dans les Archives Israélites, 1843, 636-643, et par R. Clément, op. cit., 113-116. 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ETATS GENERAUX 127 

eut été abolie, la Constituante, au lieu de mettre la créance, 
comme celles des corporations, à la charge de la Nation, fit une loi 
d'exception pour en assurer le recouvrement sur les anciens 
membres de la communauté et leurs descendants. De là des 
conflits qui occupèrent tous les régimes et toutes les autorités 
jusqu'en 1850 ; la créance ne fut éteinte qu'en 1853 '. En 1789, les 
syndics avaient prévu la difficulté, et pour la prévenir, ils propo- 
saient une solution autrement grave : empêcher les membres de 
la communauté d'être assimilés à leurs concitoyens. Sans s'en 
rendre compte, ils sacrifiaient l'émancipation des Juifs à une 
question de liquidation de créance. 

Mais ils ne voyaient pas encore la portée de leur démarche. Ils 
étaient logiques. Ils ne demandaient pas les droits de citoyens, 
mais la réforme de quelques abus. « Tels sont les abus impres 
criptibles contre lesquels les Juifs de Metz présentent leurs récla- 
mations avec la confiance respectueuse que la justice et la vérité 
peuvent inspirer. » C'est la conclusion de cette partie du Mémoire, 
commentaire du cahier des Juifs de Metz. — Le Mémoire se 
termine par un appel au roi bienfaisant et magnanime, à la nation 
éclairée et généreuse, qui ne désespéreront pas de la régénération 
des Juifs, même si elle ne devait pas suivre immédiatement la loi 
réparatrice, et qui ne se laisseront pas influencer par les « écri- 
vains esclaves des préjugés » (est ce une précaution seulement 
oratoire ?). L'envolée d'espoir qui ferme la péroraison rejoint 
l'effusion de gratitude qui fermait l'exorde. «Avec quelle effusion 
de cœur la France entière n'a-t-elle pas accueilli les paroles à 
jamais mémorables de son auguste souverain : « Le bien est diffi- 
cile à faire, a t-il dit à ses sujets : mais je ne me lasserai jamais de 
le vouloir et de le rechercher. » Quel spectacle imposant pour 
l'Europe entière que Sa Majesté Royale environnée de l'élite de la 
plus généreuse des nations, déclarant qu'elle est aussi disposée à 
entendre la vérité qu'à la protéger ! Quel changement salutaire, 
quelle révolution heureuse les Français n'ont-ils pas le droit 
d'espérer de la bienfaisance, du patriotisme et de la sagesse 
réunis ? Serait-ce donc une vaine illusion aux Juifs de se dire : « Et 
nous aussi nous serons traités comme des hommes » ? 

C'est ainsi que les Juifs de Metz, conscients de la solennité de 
ce moment historique, confondaient leurs espoirs avec les ambi- 
tions de la France entière et levaient au ciel des yeux où brillaient, 
avec les larmes de la souffrance, les rayons de la dignité humaine. 

1. Voir Halphen, Recueil des lois... concernant les Israélites, note P, p. 332- 
380, et pour un épisode de cette laborieuse liquidation, M. Aron, dans V Annuaire de 
la Société des Études juives, II, 111-135. 



128 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Tel est ce mémoire remarquable, assez bien composé, écrit avec 
chaleur, où un sentiment sincère se traduit souvent sous une forme 
heureuse, - manifeste public des Juifs de Metz, écrit par l'un des 
leurs avec la conscience d'un notable fier de sa vieille commu- 
nauté indigène, dont il s'efforce d'excuser les points faibles. Ce 
qui fait surtout pour nous le prix de ce travail, c'est qu'il reflète 
fidèlement la pensée officielle des chefs de la communauté, qu'il 
complète et précise la maigre analyse de Grégoire. Sur les points 
essentiels, les Messins sont d'accord avec leurs frères d'Alsace et 
de Lorraine. Leur vœu principal, le droit d'exercer les arts et 
métiers, fait partie de l'art. 2 des demandes communes. Leur 
deuxième vœu, l'exemption de la redevance Brancas et des autres 
taxes juives, était compris dans l'art. 1 er ; mais, comme ils y tenaient, 
il a été spécifié dans un article particulier (le 7 e ). Leur troisième 
vœu, la faculté d'acquérir des immeubles et conséquemment de 
s'établir partout, a été également compris dans l'art. 2. Par contre, 
l'art. 3, sur la liberté du culte, n'est pas représenté, au moins 
dans leur mémoire. Mais pour eux, il allait de soi et ne faisait 
même pas question : leur communauté était reconnue, privilégiée, 
protégée par le gouvernement et le culte y était célébré officiel- 
lement, ce qui n'était pas le cas en Alsace et en Lorraine. Ils 
pouvaient donc s'associer au vœu général, ils n'avaient pas besoin 
de le réclamer pour eux-mêmes. Enfin, un vœu ou plutôt un souci 
à eux, la non-dissolution de leur corps et la persistance de la 
solidarité financière de ses membres, court à travers les trois 
vœux, qu'il s'agisse de l'exemption des taxes et de l'égalité fiscale 
(art. 1) ou du droit d'acquérir et de s'établir en tout lieu (art. 2) ou 
encore — et cela va sans dire — du maintien de leur communauté 
(art.3j. Sapercevaient-ils que cette préoccupation contrariait l'art. 2 
(libertéd'babitation) et contredisait l'art. 1 er (égalité devant l'impôt)? 
C'était ou plutôt ce devait— on le verra — devenir plus grave encore 
puisque, pour empècber la dissolution de leur communauté obérée, 
ils voulaient empêcher ses membres de s'assimiler à leurs conci- 
toyens. Ils côtoyaient ainsi la grande question qui était le fond de 
la question juive. La crainte de la faillite les empêcherait de réa- 
liser. Pour consolider leur dette, ils n'auraient pas liquidé leur 
passé. Ils seraient restés dans le ghetto pour payer leurs prêteurs. 

Demandes particulières des Juifs de Lorraine. 

Quel dommage que les Juifs de Nancy n'aient pas rédigé un 
Mémoire comme ceux de Metz ! C'est Berr-Isaac Berr qui aurait 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 129 

tenu la plume et nous y aurions gagné un bel ouvrage '. Mais 
comme un tel homme laisse sa trace partout, son influence se dis- 
cernera môme à travers la sèche analyse que Grégoire nous donne 
des demandes des Juifs lorrains. Il les indique en cinq paragraphes, 
dont les trois premiers ont trait à l'exercice du culte et à la juris- 
prudence rabbinique (art. 3), mais dont les deux derniers soulèvent' 
des questions différentes et nouvelles. 

9. — Quils aient des synagogues, mais sans aucune marque ou 
décoration extérieure qui annonce un temple. 

10. — En parlant de leurs rabbins, ils en détaillent les fonc- 
tions dont ils désirent la conservation : le droit de juger les 
divorces, d'apposer les scellés, de dresser des inventaires, de 
nommer des tuteurs et curateurs, de faire des actes relatifs à la 
juridiction tutélaire, de décider les contestations de Juif à Juif, 
sauf l'appel à nos tribunaux. 

11. — Que la majorité, fixée chez eux à quatorze ans, soit res- 
treinte aux effets religieux et réglée pour le civil à vingt-cinq ans 
comme nous. 

Les Juifs n'avaient été admis en Lorraine qu'à partir du 
xvin e siècle et en principe ils n'y étaient que tolérés. Le pays était 
très catholique ; le duc Léopold et plus encore le roi Stanislas 
témoignaient leur attachement à l'Église. Aussi les autorités ne 
pouvaient-elles pas permettre aux Juifs l'exercice public du culte. 
Le banquier Samuel Lévy l'apprit à ses dépens en 1717 2 . Mais le 
nombre des Juifs augmenta, leur situation se consolida et l'admi- 
nistration française se montra aussi plus tolérante ou du moins 
ferma les yeux. En 1785 (ou 1784?), les Juifs de Lunéville 
demandèrent la permission de bâtir une synagogue, c'est-à-dire 
un édifice destiné ouvertement à la célébration du culte. Le maire 
appuya leur requête en faisant valoir que la synagogue serait 
« voûtée et située au centre d'un jardin, à une distance suffisante 
non seulement des maisons voisines, mais même des passages ; 
les cérémonies qui s'y pratiqueront ne pourront être ni aperçues, 
ni entendues du dehors ». L'autorisation fut accordée par le roi, 

1. Ou lit dans les Archives Israélites de 1844, p. 155, cette note d'allure tendan- 
cieuse : « Ceux des Israélites qui sont encore opprimés en 1843 peuvent puiser des 
motifs de confiance et d'espérance en voyant ce que nos pères désiraient en France 
en 1789, à la veille de la grande Piévolution : dans un projet de règlement pour les 
Juifs en 1789, attribué à feu M. Berr Isaïe [lire : Isaac] Berr, de Nancy, on demande 
entre autres la permission de bâtir une synagogue et d'envoyer les jeunes Israélites 
dans les collèges royaux. » Ce projet de règlement n'est pas autrement connu, mais on 
va retrouver ces deux points dans le cahier. 

2. Voir M. Aron, dans la Revue des Etudes juiv es, XXXIV, 116. 

T. LXV, n» 129. 9 



130 REVUE DES ETUDES JUIVES 

mais « Sa Majesté a ordonné que, dans les lettres qui leur seront 
expédiées, il ne fût pas fait mention de l'usage auquel ce terrain est 
destiné... Elle n'a pas voulu autoriser expressément par un titre 
émané d Elle un établissement qu'elle ne fait que tolérer 1 . » A 
Nancy, les Juifs se contentèrent longtemps d'une salle de culte ; 
c'est seulement en 1788 qu'on leur permit de construire une syna- 
gogue monumentale, mais loin de la rue, pour que leurs céré- 
monies ne pussent être aperçues, ni leurs chants entendus du 
dehors* 2 . Les Juifs demandaient donc en 1789 la régularisation de 
la situation. On conçoit que la chose tînt à cœur à leurs syndics, 
notamment à Berr-Isaac Berr, qui devait montrer en 1806 un souci, 
alors peu commun, de la dignité extérieure du culte 3 . 

Le cas est à peu près le même pour l'article suivant. Le rabbin 
des Juifs de Lorraine, d'abord simple substitut de celui de Metz, 
exerçait les mêmes fonctions; c'étaient, du reste, les fonctions du 
rabbin d'alors : juge de paix, notaire, curateur. Gomme juge, il 
connaissait des causes de Juif à Juif seulement, et seulement en 
première instance : l'appel se portait au Parlement, qui avait, à cet 
effet, un abrégé du Hoschen Mischpat en français. Tandis que le 
rabbin de Metz et ceux de l'Alsace recevaient des lettres-patentes du 
roi (ou des seigneurs haut-justiciers), celui de la Lorraine jouissait 
d'une simple tolérance. L'article du cahier avait donc encore pour 
but de consolider le régime existant. On se rappelle que Berr-Isaac 
Berr n'a sacrifié qu'à regret les communautés juives avec leurs rab- 
bins et leurs syndics. Doué lui-même dune culture rabbinique, il 
soutenait le rabbin qui fonctionnait alors à Nancy, Jacob Schweich. 

Enfin, c'est un accroc à la loi juive que représente l'article sui- 
vant, qui demande, la juridiction juive étant maintenue, que la 
majorité des Juifs au civil soit portée de quatorze ans (plus exacte- 
ment treize ans passés) à vingt-cinq ans, qui était alors en France 
l'âge de la majorité. Cette dérogation a pu être déterminée, sans 
parler des raisons générales de convenance, par des difficultés 
telles que celle-ci : un J.iif peut-il être majeur vis-à-vis des autres 
Juifs et mineur vis-à-vis des chrétiens ! ? C'est un petit détail^ 

1. H. Baumout, Lunéville à la veille de la Révolution, 1895 (extrait des Annales 
de l'Est), p. 35 ; repris dans Histoire de Lunéville, 1900, p. 210. Cette synagogue, 
qui existe encore aujourd'hui (on a célébré en 1885 le centenaire de son inauguration), 
avait coûté aux Juifs plus de 40.000 livres, à ce qu'ils assuraient (Mémoire pour les 
Juifs de Lunéville et de Sarguemines, p. 8). A l'occasion de l'inauguration, Gré- 
goire prononça un sermon... dans une église. 

2. Chr. Pfister, Histoire de Nancy, III, 324. C'est aussi la synagogue actuelle, sauf 
agrandissements. 

3. Réflexions sur la régénération complète des Juifs en France, p. 24-26. 

4. Question posée par le juriste Lançon, Recueil des lois, coutumes et usages 
observés par les Juifs de Metz (Metz, 1786), préface. 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 131 

mais qui montre qu'on était capable d'incliner parfois le droit rab- 
binique devant le droit français. Qu'en pensait Schweich ? 

12. — Qu'ils soient admis dans les Collèges et Universités. 

Cet article est plus intéressant ; il révèle chez les Juifs de Nancy 
un désir d'ascension intellectuelle et sociale, qui serait en même 
temps un rapprochement de la société chrétienne. De fait, les Juifs 
nancéens, riches pour la plupart, étaient, sinon tous cultivés, du 
moins assez « avancés ». L'avocat nancéen Thiéry fait entre eux 
et ceux de Metz un parallèle tout à leur honneur ; on ne s'étonne 
pas de « leur trouver quelquefois de la dignité dans le maintien, 
de la recherche dans les meubles et les vêtements, du goût même 
pour se procurer toutes les jouissances et les douceurs de la vie ». 
Ils « se sont montrés plus d'une fois jaloux de la considération 
publique et ont su la mériter et en jouir. Fiers d'être regardés 
comme des hommes, ils cherchent à lutter contre l'opprobre et le 
besoin 1 ... » Ils devaient donc voir avec peine que les Universités 
leur fussent fermées par leurs statuts et les collèges parles mœurs, 
c'est-à-dire parles préjugés : c'était les repousser des professions 
libérales et du « monde ». Pour illustrer le portrait qu'il vient de 
faire des Juifs nancéens, Thiéry cite un cas qui pourrait ne pas 
être étranger à l'inspiration de notre article. « Déjà plusieurs 
membres d'une même famille se sont livrés avec succès à des arts 
qui exigent du talent. Un autre que des parents estimés, assez 
courageux pour oser braver leurs préjugés et les nôtres, avaient 
destiné à un des états les plus importants de la société, vient d'être 
admis à l'exercer. Ce qui est plus frappant encore, tous les Juifs de 
la Lorraine se sont joints à lui pour défendre leurs droits et 
appuyer ses réclamations : tous, au moment où nous avons béni 
cette loi sainte et douce qui paraît appeler tous les hommes à jouir 
en France des droits que partout ce titre leur accorde, tous se 
sont précipités aux pieds des tribunaux, tous demandaient qu'on 
brisât les liens honteux qui enchaînent leurs bras et qu'on 
substituât enfin dans leurs mains, aux instruments du vice, ceux 
de nos arts et de nos métiers 2 . » Parmi les jeunes gens qui com- 
mençaient alors à se distinguer, on peut citer le fils de Berr-Isaac 
Berr, Michel Berr 3 , qui n'avait alors que dix-huit ans, son neveu 

1. Thiéry, Dissertation, p. 64. 

2. IbitL, 64-65. La « loi sainte et douce » doit être l'édit de 1787, qui rendait l'état 
civil aux protestants et dont les Juifs ont essayé de profiter. 

3. 0. Terquem, dans sa biographie de Michel Berr, donne quelques détails sur l'édu- 
cation qu'il reçut {Archives Israélites, 1844, 110-111). 



132 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Jacob Berr, qui était déjà chirurgien (profession libre alors), mais 
qui ne put obtenir ses grades de médecine qu'en 1793, sur l'ordre 
des autorités ', et Lion Goudchaux, qui, dans une lettre ouverte à 
l'abbé Maury, écrit en 1700 : « Je suis un adolescent que les soins 
paternels et ses propres sentiments portent à se soustraire à 
l'esclavage et au préjugé qui affligent la Nation juive 2 . » C'est 
l'élite de la génération qui se lève. Les Juifs sont encore exclus de 
la société politique et de la société tout court qu'il se forme déjà 
une aristocratie parmi eux. — Les Juifs « portugais », socialement 
émancipés, avaient formulé le même vœu en 1788 (15°). 

13. — Que désormais, avant de s'établir à Nancy, un Juif 
fasse preuve d'une propriété de dix mille livres, de trois mille 
livres pour s'établir dans les autres villes de la province et de 
douze cents livres pour les villages. 

Voilà où celte aristocratie apparaît dans un jour plutôt fâcheux. 
Elle voudrait instituer une sorte de régime censitaire et se débar- 
rasser des pauvres. Le nombre des ménages tolérés en Lorraine 
avait été fixé en 1753 à cent quatre-vingts, établis dans des localités 
déterminées. & Un Juif, dit M. Pfister, ne pouvait même pas quitter 
sa résidence pour une autre où ses coreligionnaires étaient tolérés; 
ainsi un Juif de Boulay ne pouvait s'installer à Nancy s'il n'avait 
reçu une permission en règle. Il faut dire que les Juifs de Nancy 
rappelaient volontiers ce principe toutes les fois qu'il s'agissait 
d'écarter un concurrent ou un pauvre diable qu'ils auraient été 
obligés d'entretenir 3 . » Nous y voilà. Les Juifs de Nancy, qui for- 
maient une quarantaine de ménages riches, ne voulaient pas 
s'attirer les « parents pauvres », tout comme les « Portugais » de 
Bordeaux n'avaient pas voulu des « Avignonnais». Les parvenus de 
Nancy rejoignent ainsi les nobles de Bordeaux (18°). Mais pour avoir 
une norme fixe, ils réglaient, d'après la hiérarchie de l'argent, les 
localités auxquelles la fortune donnait droit. Si ce système avait 
prévalu, il se serait constitué des communautés riches, d'autres 
aisées, d'autres pauvres, et avec la richesse on aurait avancé en 
grade. L'avantage du système était que la province s'ouvrait tout 
de même plus largement à ceux qui avaient un magot ; on éloignait 
pour toujours les pauvres, les « indésirables ». 

Cette réglementation est proposée par les Nancéens et dans leur 
intérêt. Tous les Juifs de la Lorraine formaient, en effet, depuis 1753, 

1. Pfister, op. cit., 327, note. 

2. Lettre du S T Lion Goudchaux, Juif de Nancy, à M. Vabbé Maury . . ., p. 4. 

3. Op. cit., 323-324. 



LES JUIFS ET LÀ CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 133 

une communauté ayant à sa tête trois syndics. Ceux ci étaientpris à 
Nancy, où résidait aussi le rabbin de toute la province. Les autres 
villes finirent par se révolter conlre cette tyrannie de Nancy et nous 
verrons bientôt se produire des efforts de décentralisation et de sé- 
paratisme. Mais comme ces efforlsse manifesteront sous l'influence 
des premiers épisodes de la Révolution, qui leur imprimeront un 
caractère et une portée nouvelle, ils trouveront leur place dans la 
dernière partie de cette étude, où nous verrons comment le cahier 
que nous venons d'examiner a dû être remanié aussitôt que rédigé 
sous l'action des événements qui se précipitaient et des courants 
contraires qui agitaient les Juifs de France à ce moment critique. 

On a pu remarquer, en effet, que ce cahier commun aux Juifs des 
trois provinces de l'Est, bien qu'il ait été compilé au commencement 
d'août 1789, ne se ressent pas encore des secousses révolution- 
naires, précisément parce qu'il n'est que la réunion des trois cahiers 
provinciaux rédigés en juin et juillet. Nous avons déjà constaté 
que, sur les questions importantes, ces trois cahiers étaient 
d'accord et ils étaient d'accord pour demander non les droits 
civils, mais le droit civil ', en outre du statu quo — un statu quo 
plus stable — au point de vue religieux. Comme presque tout le 
monde alors, les Juifs «allemands » protestaient contre des abus et 
voulaient garder leurs exceptions, tout comme les « Portugais » vou- 
laient garder leurs privilèges. Les uns et les autres ne réclamaient 
que « les facultés du droit naturel » et ne s'élevaient que contre les 
« préjugés réprouvés par l'humanité et les abus condamnés par la 
politique » (l'intérêt social), comme disaient dans leur Mémoire les 
Juifs de Metz et comme les Juifs « portugais »... ne le disaient pas. 

Berr-Isaac Berr, témoin aussi perspicace qu'acteur plein d'initia- 
tive, a fixé ce moment de la « politique » juive en expliquant dans 
quel état d'esprit les cahiers respectifs avaient été formés « selon 
la localité (particularités locales) et les besoins de chaque pro- 
vince » : « Trop heureux alors d'oser porter nos vœux aux pieds 
du trône, nous n'étendions pas nos vues à former des demandes 
d'une liberté absolue qui, à bien des égards, n'était pas encore 
accordée aux autres Français ; mais nous nous bornâmes à deman- 
der de sortir de l'esclavage dans lequel on nous tenait particulière- 
ment et de conserver les faibles privilèges dont nous jouissions 2 . » 

{La fin prochainement.) M. Liber. 

1. Les droits civils sont ceux dont la jouissance est garantie par la loi à tout Fran- 
çais; le droit civil est l'ensemble des lois qui règlent l'état des personnes, les biens et 
l'acquisition de la propriété. 

2. Lettre du S v Berr-Isaac Berr. . . à Monseigneur iévêque de Nancy, p. 4. 



NOTES ET MÉLANGES 



NOTE SUR PSAUME XVII, 14 ET \\ 

Le verset de Ps., xvn, 14, est un des plus difficiles de la Bible. 
Les premiers mots : 

n'offrent aucun sens acceptable. Ce serait perdre son temps que de 
montrer l'inanité de toutes les tentatives faites pour les expliquer. 
Mais il ne sera pas absolument inutile d'étudier la version grecque 
de ce passage si obscur. Elle est ainsi conçue : 

7.710 eyôowv tyjç yeipoç cou, xupie, àub oXiywv oltio yrjç. 

« des ennemis de ta main, Seigneur, du petit nombre de la terre ». 

Ces mots, dans la pensée du traducteur, sont le complément du 
verbe de l'hémistiche précédent : « Sauve mon âme » "uom ïrdbz>. 

QHtb oX(yojv est une traduction absurde qui repose sur un contre- 
sens transparent: trnïï a été rapproché de nrstt titd, qui signifie 
« gens en petit nombre ». Si donc le traducteur avait eu sous les 
yeux le môme mot au commencement du verset, il n'aurait pas eu 
l'idée de le rendre par « ennemis ». D'où vient cette version? 

Pour avoir la clé du mystère il suffit de se reporter au verset 7 : 

^a^a n^Enpntttt troin ^idto fion nbon 

« Fais éclater ta grâce, ô sauveur de ceux qui se réfugient [en toi], 
contre ceux qui s'élèvent contre ta droite. » 

eavra» correspond à tzrttTnpntttt et yr> à "pwa, et ces deux 
mots dépendent de « sauve mon âme », parallèle kl b. 

Sans doute au verset 7 le traducteur se sert du mot àve<mrjxoT<«)v 
« qui s'élèvent », et non du mot « ennemi », mais il a pu se relâcher 



NOTES ET MÉLANGES 135 

parla suite et rendre l'idée plutôt que le sens précis. Au ch. cxxxix, 
21, il rend justement le môme mot par 1/OpoM. 

Il faut reconnaître que cette leçon serait assez plausible et 
résoudrait au moins une des difficultés que présente le verset. 

Ce n'est pas le seul passage de ce Psaume où la version grecque 
paraît au premier abord déconcertante! Au verset 11, intaa, qui est 
d'ailleurs très obscur, est rendu par Ix^àXXovxéç p.s « ils me lancent ». 
C'est que le traducteur a vu dans ce mot un verbe, avec l'affixe 
pronominal de la première personne du singulier, et, lisant un i 
au lieu du n, confusion très fréquente, a donné à ce verbe le sens 
qu'il a en araméen anœ. Il a lu ^ttoj (ou wnDK). Or, ici encore cette 
leçon se justifierait très aisément: rmip nny ■rçiTO serait le pendant 
du verset 9 : 

Israël Lévi. 



LES JUIFS DE XÉNÉPHYRIS 

L'inscription qu'on va lire a été recueillie voici peu de temps, 
dans un champ de ruines appelé Kom el Akhdar, à quelques 
kilomètres au N.-E. de Abou el Matamir, au S.-O. de Damanhour 
(Basse-Egypte). La plaque de marbre où elle est gravée a été 
acquise pour le Musée d'Alexandrie ; elle vient d'être publiée avec 
un savant commentaire par le directeur de ce musée, M. Evaristo 
Breccia, dans la Revue Israélite d'Egypte (n° 16, du lo octobre 
1912). Je ne crois pas pouvoir mieux répondre à la courtoisie de 
l'éditeur, qui m'a adressé un tirage à part de son article, qu'en 
faisant connaître à nos lecteurs le précieux petit document pré- 
servé grâce à ses soins et en ajoutant quelques observations aux 
siennes. 

'Ytt£û j3a<7iXecoç rixoX£t/.atoi> 
xoct [iaffiXiWïiç KXsoTtccTpaç xr\ç 
àBeXcp-rjç xai (3a<7iXi<7<nrjç KXe- 
07càxpaç ttjç yuvacxb; °' 1 v-ko 



1. Là le mot hébreu a subi un autre accident : au lieu de ta T" , 7370^pn73, il y a 

*p3Wipn. 



136 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

o Zsvscpûpsoç ' 'IouSaloi xbv 

TTuXcoVa 2 TYJÇ 7TpO(7£UyT|Ç 
-pOTTXVTOJV @£08(OÛOU 

xat 'AytXXuovoç. 

« Àu nom {ou : en l'honneur) du roi Ptolémée et de la reine 
Cléopâtre, sa sœur, et de la reine Cléopâtre, son épouse, les Juifs 
de Xénéphyris (ont consacré) le portail de la synagogue, étant 
présidents Théodore et Achillion. » 

Le roi Ptolémée mentionné dans cette dédicace est, comme l'a 
bien vu M. Breccia, Ptolémée (VII) Evergète II [vulgô : Physcon) 
qui régna en Egypte une première fois, conjointement avec son 
frère aîné Philométor, de 170 à 163 av. J.-C, et une seconde fois, 
seul, de 145 à 116. Il épousa en 145 sa sœur Cléopâtre, puis, vers 
143, sans répudier sa première femme, sa nièce, également appelée 
Cléopâtre. Comme notre dédicace mentionne à la fois les deux 
reines, la date s'en place nécessairement entre 143 et 116 avant 
Jésus-Christ. 

L'intérêt principal de notre inscription est de nous faire con- 
naître une nouvelle communauté juive en Basse-Egypte, qui vient 
s'ajouter à celles d'Alexandrie, de Schédia, de Léontopolis et 
d'Athribis. La ville de Xénéphyris, où cette communauté avait une 
synagogue, n'était pas, comme l'écrit M. Breccia, affatto sconos- 
cluta. On lit dans le lexique géographique de Stéphane de Byzance : 
« Xénéphyris, bourgade de Libye près d'Alexandrie. Ethnique (nom 
des habitants) : Xénéphyrite, suivant l'usage de la contrée. » Il ne 
peut y avoir de doute sur l'identité des deux localités : les terri- 
toires de la Basse-Egypte situés à l'ouest de la branche de Rosette 
étaient souvent rangés par les anciens en Libye. 

J'ai déjà fait remarquer, en commentant l'inscription de Sché- 
dia 3 , que les Juifs d'Egypte avaient l'habitude, probablement inté- 
ressée, de placer leurs maisons de prière sous l'invocation et par 
conséquent sous la protection des souverains régnants. La nou- 
velle dédicace ne fait que confirmer cette observation, en nous 
montrant cette fois l'invocation s'appliquant, non à l'édifice tout 
entier, mais à une de ses parties, le portail ou peut-être le vesti- 
bule — woXwv a les deux sens — ajouté sans doute après coup. 
Déjà, d'ailleurs, la seconde inscription d'Athribis offrait une invo- 

1. Et non Sevecpupetoç. 

2. Et non I1TAONA. 

3. Revue, XLV, 161, suiv. 



NOTES ET MÉLANGES 137 

cation de ce genre à propos d'une exèdre ajoutée à la synagogue 
par deux bienfaiteurs '. 

La dédicace est faite parla communauté tout entière (ol 'iouBaïoi), 
mais, détail curieux et nouveau, on ajoute les noms de deux per- 
sonnages ou magistrats de la Communauté qualifiés de 7rpo(7TavT£ç, 
« ceux qui sont à la tête ». Ce participe (comme ailleurs 7rpoe<rrwT£ç) 
peut évidemment avoir un sens vague et désigner les fonctionnaires 
placés à la tête d'une collectivité, quel que soit leur titre spécial. 
Mais je suis plus disposé à croire qu'il est ici employé comme 
synonyme de npo<rcàTat. Garrucci et Schurer 2 ont traduit le «poàtàTYjç 
d'une épitaphe judéo-romaine par le mot « patron ». Sans discuter 
si celte interprétation convient à l'époque romaine, je crois pouvoir 
affirmer que les deux icpcîOTàvTeç de notre texte ne sont pas des 
patrons, mais les chefs élus de la communauté de Xénéphyris. On 
a fait remarquer avec raison que le terme nooGiiz-r^ est presque 
toujours employé en Egypte pour désigner le chef d'une associa- 
tion religieuse et ne se rencontre guère en dehors de ce pays 3 . Il 
est tout naturel que les Juifs d'Egypte aient emprunté ce nom ou 
le participe équivalent à leurs voisins, mais, tandis que chez les 
païens, l'association, en règle générale sinon universelle, a un 
président unique, un seul 7rpo<rraT7)ç, nous voyons ici cette fonction 
exercée par deux titulaires associés. 

L'un d'eux porte le nom banal de Théodore ; quant au nom de 
l'autre, 'Ay.XXttov, il manque dans le dictionnaire de Pape Ben- 
seler, mais il n'est pas sans exemple en Egypte. On le rencontre 
notamment trois fois à l'index des Papyrus Amherst de Grenfell 
et Hunt ; deux fois dans Oxyrhynchus Papyri, I, n° 54, et, sous la 
forme AyiXXecov, dans Pap. Tebtynis, I, n° 103, 1. 121. Dans le pap. 
1157 v° du Musée Britannique (Kenyon, Greek papyri in the Br. 
Muséum, III, p. 111) on sera dès lors tenté de restituer, col. 3, 
1. 14 : AupY)Xioi A/iXXi[cov. Si les Juifs répugnaient à composer leurs 
noms propres avec les noms des divinités païennes, ils n'éprou- 
vaient pas, on le voit, le même scrupule à l'égard des héros de la 
mythologie. 

Théodore Keinach. 



1. Sal. Reinach, Revue, XVII, 235 suiv. 

2. Geschichte, III (4 e éd.), 89. 

3. Poland, Geschichte des griecli. Vereinswesens, p. 364. 



138 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ENCORE QUELQUES MOTS SUR LE SACRIFICE DÏSAAC j 

I 

Il n'est peut-être pas inutile de rechercher le motif qui a fait 
rattacher à la fête du Nouvel An des prières à caractère messianique. 

On est tenté de le trouver dans le parallélisme de cette solennité, 
anniversaire de la création du monde, et de l'avènement du Messie, 
qui sera le signal d'une palingénésie générale, pendant et achève- 
ment de l'œuvre des six jours. Mais, pour que ce rapprochement se 
fût imposé, il aurait fallu que cette date fût assignée au commen- 
cement de l'ère messianique. Or, il n'en est rien : on attendait le 
fils de David à Pâque ou à Souccot, mais aucunement à Rosch 
Haschana. Même R. Eliézer, qui assigne à l'arrivée du Messie ou, 
selon ses expressions, à la libération d'Israël le mois deTischri 2 , 
se garde bien de prononcer le nom de Rosch Haschana. Or, cette 
date, il la désigne expressément pour un certain nombre d'événe- 
ments qui eurent lieu en ce jour 3 ; mais quand il parle de l'affran- 
chissement futur des Juifs, il dit simplement: ïischri 4 . Bien 
mieux, cette délivrance finale, qui aura lieu en Tischri, correspondra 
à celle de l'Egypte, qui arriva en Nissan : « En Nissan, les Israélites 
ont été délivrés et en ïischri, ils le seront à nouveau. » La sortie 
d'Egypte s'étant produite le 15 Nissan, on voit que R. Eliézer, en 
employant le nom du mois, n'entend pas par là désigner le premier 
de ce mois. 

En outre, si Rosch Haschana avait dû être la date prédestinée de 
l'arrivée du Messie, il serait étrange que les prières messianiques 
de cette solennité n'eussent pas gardé le moindre souvenir de cette 
concordance. 

Il faut donc chercher une autre solution du problème. A mon 
avis, c'est le rite caractéristique de Rosch Haschana, la sonnerie 
du Schofar, qui a donné naissance à ces prières messianiques. 
Elles sont l'interprétation d'un usage qui réclamait justement une 
interprétation, parce que l'Écriture a négligé de l'expliquer. En 
un temps où l'attente du Messie enfiévrait les esprits, provoquant 

1. Voir Revue, t. LXIV, p. 161. 

2. Rosch Haschana, \\a-b. 

3. ,D"moKn ma» bjot as- n"-ia ,!-i«bi bm mra ni-psi rrarcri «ir.a 
û"n£»a nsTna»» rma* ïiboa n"-ia. 

4. bfi«pb fi-rn* nianm îbaua p"oa. 



NOTES ET MÉLANGES 139 

Téclosion d'apocalypses et de mouvements séditieux, il était n aturel 
que le cor du Nouvel An fît penser au grand cor qui ralliera les 
Israélites dispersés et donnera le signal de l'inauguration de l'ère 
nouvelle. Le Schemoné Esré, qui a été composé avant la destruc- 
tion du Temple, met déjà en relation le schofar avec ces temps 
annoncés par les prophètes. 

Rosch Haschana, en vertu de ce rite, paraissait donc le jour 
propice pour de telles prières, de même que, par exemple, Souccot 
pour la demande de la pluie, laquelle n'était aucunement sollicitée 
pour le jour même, mais pour la saison convenable. 



II 

Pourquoi la liturgie et la prédication juives ont-elles fait au sacri- 
fice d'Isaac le sort que Ton sait, et pourquoi l'acte de foi accompli 
alors par Abraham a-t-il été jugé digne d'exercer pour l'avenir une 
vertu propitiatoire et même expiatoire? Est-ce à cause de la gran- 
deur tragique de la scène? Ce n'est pas impossible, mais on aurait 
pu tout aussi bien, à l'exemple d'Isaïe, faire du martyre, non d'un 
homme, mais du peuple d'Israël tout entier le gage de cette 
expiation. C'est, d'ailleurs, ce qu'ont fait les poètes synagogaux au 
moyen âge. 

En pareille matière, c'est à l'Écriture qu'il faut demander des 
lumières car c'est l'Écriture qui inspirait liturgistes comme prédi- 
cateurs. 

Or, voici ce qu'elle nous révèle. Le choix d'Israël pour devenir le 
peuple de Dieu, le possesseur légal du pays de Ghanaan et le canal 
des bénédictions divines pour toutes les familles de la terre n'est 
pas toujours motivé avec la précision dogmatique qu'on attendrait. 
Le plus souvent cette élection est une grâce, un don gratuit, ou, si 
ce n'est pas une faveur arbitraire, les mérites qui la justifient sont 
sous-entendus, qu'il s'agisse des patriarches — et spécialement 
du premier en date, Abraham — ou du peuple d'Israël'. Pour 
les prophètes, une telle conception était un artifice oratoire très 
puissant :1a grâce divine ne rendait que plus noire l'ingratitude 
de la nation. Malachie appuie sur cette pensée. Dieu, dit- il, 
n'avait pas de raison d'aimer moins Esaiï que Jacob, et cependant 

1. Pour Abraham, voir Gen., 12, 1 et s.; 13, 14 et s.; 15, 5 et 18 ; 26, 3 et s., 24 ; 
28, 4, 13 et s.; 35, 11 ; pour les patriarches en général, Dent., 4, 37 ; 10, 15, etc.; 
pour le peuple, Deut., 4, 7 ; 7,6; 14, 2 ; Isaïe, U, 1, 8 ; Ez., 20, 5 ; Ps., 33, 12 ; 
135, 4, etc. 



140 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

il Lui a préféré Jacob. A quoi certains Juifs du temps répondaient : 
« Par quoi Dieu nous a-t-il montré cet amour? » 

Cette apparence de caprice de la part de Dieu a par la suite 
semblé si cboquante aux rabbins que le Midrasch, dont l'objet essen- 
tiel est la justification de Dieu, s'est ingénié à faire ressortir les 
qualités d'Abraham, qui a été le père des croyants, en s'élevant 
de lui-même à la notion du vrai Dieu. 

Les seules fois où l'Écriture établit une relation, de cause à effet, 
entre les mérites du patriarche et les promesses que Dieu lui fait 
sont les suivantes. 

Dans la Genèse, ch. 17, 1-2, il est dit : « Abraham étant âgé de 
quatre-vingt-dix-neuf ans, le Seigneur lui apparut et lui dit : « Je 
suis le Dieu Schaddaï, marche devant moi et sois intègre, et je 
mettrai mon alliance entre moi et toi, et je te multiplierai extrê- 
mement. » 

Mais, tout de suite après, Dieu contracte cette alliance avec 
Abraham et sa postérité, non en récompense de ses vertus, mais à la 
condition que lui et ses descendants se soumettent aux conditions 
de l'alliance, en acceptant le signe de l'alliance, la circoncision. 

Au ch. 18, 17-19, le texte est encore moins net : « Or le Seigneur 
dit : Tairai-je à Abraham ce que je veux faire? Abraham ne doit-il 
pas devenir une nation grande et puissante et par lui ne doivent- 
elles pas être bénies, toutes les nations de la terre? Car je l'ai 
distingué pour qu'il prescrive à ses enfants et à sa maison après 
lui d'observer la voie du Seigneur en pratiquant la vertu et la 
justice, afin que le Seigneur accomplisse sur Abraham ce qu'il a 
déclaré à son égard. » Ici encore la vocation d'Abraham est due, 
non au passé, mais à l'avenir. 

C'est à propos de la présence d'Isaac en Chanaan que la promesse 
divine faite à Abraham se justifie (Gen., 26, 2-5) : « Le Seigneur lui 
apparut et dit : « Ne descends pas en Egypte, fixe ta demeure dans 
le pays que je te désignerai. Arrête-toi dans ce pays-ci, je serai 
avec toi et je te bénirai ; car à toi et à la postérité je donnerai toutes 
ces contrées, accomplissant ainsi le serment que j'ai fait à ton père 
Abraham. Je multiplierai ta race comme les astres du ciel; je lui 
donnerai toutes ces régions et en ta postérité seront bénies toutes 
les nations de la terre, en récompense de ce qu'Abraham a écouté 
ma voix et suivi mon ordonnance, exécutant mes préceptes, mes 
lois et mes doctrines. » 

Mais si ce passage est plus explicite, les causes de la prédilection 
divine ont le tort d'être trop générales pour avoir frappé l'imagi- 
nation des lecteurs. 



NOTES ET MÉLANGES 141 

Que si maintenant nous examinons les cas où le souvenir des 
patriarches est invoqué pour fléchir la colère de Dieu contre son 
peuple, nous constaterons le même vague. Quand Moïse demande 
au Seigneur de se rappeler Abraham, Isaac et Jacob, c'est sur- 
tout pour lui remémorer le serment qu'il leur a fait : « Reviens 
de ton irritation et révoque la calamité qui menace ton peuple. 
Souviens-toi d'Abraham, d'Isaac et d'Israël, les serviteurs, à qui tu 
as juré par toi-même leur disant : Je ferai votre postérité aussi 
nombreuse que les étoiles du ciel, et tout ce pays que j'ai désigné, 
je le donnerai à votre postérité, qui le possédera pour toujours » 
(Ex., 32, 12-13). Dans cette prière, seuls les mois tes serviteurs 
peuvent faire allusion au motif du serment ou de l'invocation du 
souvenir des patriarches. 

Dans Deut., 9, 27, l'allusion est peut-être plus certaine : « Sou- 
viens-toi de tes serviteurs Abraham, Isaac et Jacoh et ne fais pas 
attention à la dureté de ce peuple, à ses vices et à ses péchés. » 
Mais la précision fait encore défaut. 

En face de tous ces textes de l'Écriture plaçons maintenant le 
récit de la scène du Moria. Après la narration émouvante du sacri- 
fice interrompu par l'ange de Dieu viennent ces mots : « L'ange du 
Seigneur appela une seconde fois Abraham du haut du ciel et dit : 
« Je jure par moi-même que parce que tu as agi ainsi, parce que 
tu n'as pas épargné ton enfant, ton fils unique, je te comblerai de 
mes faveurs; je multiplierai ta race comme les étoiles du ciel et 
comme le sable du rivage de la mer, et ta postérité conquerra les 
portes de ses ennemis. Et toutes les nations de la terre seront 
bénies par ta postérité en récompense de ce que tu as obéi à ma 
voix» (Gen., 22, 15-18). 

Le contraste est frappant et met en pleine lumière le mérite 
d'Abraham et la répercussion de ce mérite sur l'avenir. La scène 
du Moria avait tout ce qu'il fallait pour symboliser le mas rroT, 
'influence des vertus des ancêtres sur le sort de leurs descendants. 
Reprenant à leur compte la prière de Moïse, les liturgistes, plus 
explicites, ont insisté sur les raisons pour Dieu de compter aux 
enfants d'Abraham le bénéfice de son sacrifice, preuve incomparable 
d'amour et de fidélité. Peut-être même trouve-t-on déjà dans l'Écri- 
ture la trace de cette idée. Quand les Lévites dans Néliémie, 9, 7, 
disent: «Tu as reconnu son cœur fidèle et as contracté alliance avec 
lui », ils pensent sans doute à la Akèda. Dans le Livre des Jubilés, 
c'est la Akèda surtout qui doit attester la « fidélité » d'Abraham. 

C'est donc l'Écriture elle-même qui a signalé la scène du Moria 
aux liturgistes ainsi qu'aux prédicateurs. 



142 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



III 



Le sacrifice d'isaac a fait le sujet d'une poésie qui est entrée dans 
le Mahzor Vitry '. C'est une composition en araméen, avec acros- 
tiche alphabétique, qu'on chantait à la fête de la Pentecôte, pour 
illustrer la récitation du Décalogue. C'est vraisemblablement en 
France et en Allemagne que ce morceau a été adopté pour servir 
au culte synagogal. Sa présence dans le Mahzor Vitry atteste son 
existence au xn e siècle. Cette poésie ne manque pas d'émotion ; 
elle en aurait môme plus si l'auteur n'avait pas été gêné par les 
exigences de l'acrostiche. De là aussi le décousu qui s'y montre. 
Ce qui, au point de vue de l'histoire de la Akèda, est intéressant, 
c'est l'insistance avec laquelle le mérite d'isaac est mis en saillie. 
La personnalité d'Abraham disparaît presque. C'est, non seulement 
avec le consentement, mais encore grâce aux instances d'isaac 
que doit avoir lieu le sacrifice. 

Tous les éléments de cette composition sont empruntés à des 
Midraschim antérieurs, mais enjolivés ; on en trouvera les sources 
dans mon travail sur le sacrifice d'isaac 2 . 

Voici la traduction de cette poésie : 

Isaac dit à Abraham, son père: « Qu'il est beau l'autel que tu as édifié 
pour moi, mon père! Vite, étends la main, prends ton couteau pendant 
que j'adresse au Seigneur ma prière. Découvre ton bras, ceins tes reins et 
sois comme celui qui prépare un festin de noces pour son fils. Voilà le 
jour où l'on dira : « Le père n'a pas eu pitié de son fils, et le fils n'a pas 
protesté. » Gomment iras-tu annoncer la nouvelle à Sara, ma mère? 
Comment te sépareras-tu de moi et retourneras-tu à la maison ? » 

Puis Isaac embrassa son père et lui fit ces recommandations: « Verse 
mon sang sur l'autel, réunis mes cendres et porte-les à ma mère. Vie et 
mort, tout est dans la main du Maître du monde. Je lui rends grâces de 
m'avoir choisi. Heureux es-tu mon père ! Car on dira que j'ai été l'hostie 
du Roi vivant. Que ta colère l'emporle sur ta tendresse, mon père, et sois 
comme celui qui n'a pas pitié de son fils; comme un homme cruel, prends 
ton couteau, égorge-moi sans me rendre impropre au sacrifice. Il ne sera 
pas dit que je t'aurai retardé, car je ne ferai pas de résistance. » « Pour- 
quoi pleures-tu », dit Isaac à son père? Je suis heureux d'avoir été élu 
par le Seigneur entre tout le monde. Ma mère se réjouira que nous 
soyons partis l'un et l'autre de grand cœur. Donne-moi ton couteau que 
je l'éprouve, car, je t'en prie, ne me rends pas impropre au sacrifice. 

1. C'est M. Liber qui me l'a signalée 

2. Revue, LXIV, p. 169 et s. 



NOTES ET MÉLANGES 143 

Mes yeux voient les bois préparés, le feu allumé pour mon holocauste. 
Ouvre la bouche et dis la bénédiction, que je l'entende et réponde: Amen». 
Abraham se rendit à ces paroles ; il prit le couteau pour l'égorger. Alors 
les anges se mirent à intercéder auprès de leur Maître: « Nous t'en 
conjurons, pitié pour l'enfant! Nous invoquons la tendresse de son père, 
l'homme dont nous avons mangé le sel dans sa maison. Dieu dit à Isaac : 
« Ne crains pas, mon enfant ; je suis le Sauveur et je te sauve. » Puissant 
est notre Dieu et puissantes ses œuvres. Il n'en est pas d'autre comme 
lui ni qui lui ressemble. 

Cette poésie fait l'objet d'un commentaire dans le môme recueil, 
§ 294, p. 330. A propos des premiers mots, le commentateur ajoute : 
« Quelle prière disait Isaac? Maître du monde, fais que ma graisse, 
mon sang et mes muscles aient la même efficacité que tous les 
sacrifices que tes enfants offriront sur cet autel. Lorsque tes enfants 
auront péché par mégarde ou volontairement et qu'ils feront péni- 
tence, accueille leur* repentir. Que s'ils ont mérité de périr, sou- 
viens-toi de moi et prends pitié de tes enfants. » Aussitôt il se 
rendit près de son père, qu'il trouva occupé à la préparation de 
son sacrifice, et l'un et l'autre se réjouirent. Telle est la agada 
que mon maître m'a rapportée. » 

Israël Lévi. 



LIMAGE 



\d po: 



On sait que la Misclina et les deux ïalmuds emploient souvent 
les lettres de l'alphabet grec pour désigner la forme de certains 
objets ou de certains gestes. Ainsi, on peut lire le passage suivant 
dans le Talmud : « On procède à l'onction des rois en leur versant 
l'huile sous forme de couronne, et aux grands-prêtres sous forme 
de T3. Que faut il entendre par là? C'est, répond R. Menasia b. 
Gada, uue forme semblable au sp (xi-icna) grec, c'est-à-dire on 
versait sur la tête d'Aron l'huile qui, coulant d'un côté et de 
l'autre, s'épanchait sur la barbe comme deux gouttes perlées '. » 
Au sujet de ce procédé, des avis divers sont émis ; mais la diver- 
gence ne porte que sur le point de savoir si l'on humecte d'abord 
la tête, ou d'abord les sourcils, non sur le mode de jonction entre 
la tète et tes sourcils, procédé sans doute déterminé parla figure en 
question. 

1. Horaïot, 12 a; Keritot, 5 b; Menahof, 75 a. 



144 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Nous allons voir ce que les savants anciens et modernes ont 
tour à tour dit à ce sujet. 

Le passage talmudique est reproduit par le dictionnaire rabbi- 
nique de Nathan b. Yehiel, qui illustre l'explication par une figure 
(omise dans les éditions ordinaires et dans l'Abrégé, nspn ^my 'o). 

VAruch completum, de Kohut, reproduit, d'après le manuscrit 60 
de la Bibliothèque impériale de Vienne, une figure donnée à ce 
mot "O, ligure qui ne ressemble à aucun caractère alphabétique, 
mais à une fleur de lys ou au trèfle à trois feuilles, dont la tige est 
couchée horizontalement 1 . 

D'autre part, les commentaires de Raschi sur les trois passages 
où le Talmud emploie la dite forme, diffèrent entre eux. Première 
explication : « On commençait par enduire d'huile les sourcils, 
avec le doigt, que l'on passait sur la tête, jusqu'à la nuque, en 
suivant une ligne ayant la forme du cp grec (K), ainsi g 2 » (une 
sorte de a à l'envers). — Seconde explication : « Le "O est une lettre 
grecque ainsi faite : Q. On versait l'huile sur la tète, ensuite entre 
les sourcils ; puis on rejoignait ces lignes par un trait du doigt 
que l'on passait sur la tête, jusqu'à la nuque, en suivant le front ». 
— Troisième explication : « En notre langue, leurtp est appelée; 
on prenait de l'huile avec le doigt en forme de "O grec 3 . » Ce n'est 
pas tout, car dans son Commentaire sur Exode, xxix, 2, Raschi 
explique l'onction sacerdotale selon la tradition talmudique, et il 
rappelle que la ligne suivie alors prenait la forme du a courbé. 

Ces variations prouvent la perplexité du célèbre exégète en 
présence de ce texte. On se demande s'il l'avait bien compris, et ce 
n'est pas diminuer le mérite de Raschi que de reléguer sa science 
du grec dans le domaine de la légende, au même titre que son 
prétendu voyage en Grèce 4 . 

L'édition du Talmud de Moïse Landau (Prague, 1842, in-8°) 
termine la seconde glose de Raschi (sur Keritot, 5 b) par cette 
figure : | | , tandis qu'à la même place, l'édition moderne de Vienne 
a un oméga majuscule : Û. 

La même image, rs pED, est invoquée trois fois dans la Mischna: 
Zebahim, x, 8; Menahot, vi (vu), 3; Kélim, xx, 7. Sur ce dernier 



1. Cette figure, observe M. Th. Reinach, fait penser au <}/. 

2. Ou est étonné de ce que, dans ses Varias lectiones sur llordiol, 12 a, Raphaël 
Rabbi notiez constate l'absence de la figure dans Raschi. Les mots 13 p73D manquent 
dans le manuscrit de Munich. 

3. Ici pas de figure. 

4. Cf. H. E. ./., I, 141. 



NOTES ET MÉLANGES 145 

passage, le commentaire de R. Simson de Sens dit ceci : « Selon 
l'explication du Gaon ' et de YAroukh, c'est le tp grec, ayant cette 
forme : r. » Une noie à ce propos, dans l'édition Landau, dit avec 
raison que cette ligure est fautive, mais qu'elle est donnée exacte- 
ment dans le Yad Hazaka de Maïmonide 2 . Si l'on consulte ce 
dernier, on verra que son commentaire sur laMischna deMenahot 
(rappelé seulement, nn^nio tod, dans Kélim) a la figure G. Des 
deux manuscrits de ce commentaire qui sont à la Bibliothèque 
nationale de Paris, le n° 329 n'a pas de figure ; le n° 330 a bien un 
G, dont la ligne supérieure et l'inférieure se prolongent à droite. 
Ne s'expliquant pas la disposition de cette figure, les éditeurs de 
Maïmonide l'ont retournée, en forme de D. 

G'est seulement au xvn e siècle que, pour la première fois, Ben- 
jamin Moussafia donne la transcription littérale du "O, dans ses 
additions à YAroukh : « G'est, dit-il, la vingt-deuxième lettre de 
l'alphabet grec, composée de deux lignes obliques, "pcoban, qui au 
milieu se coupent en diagonale. » Il ne paraît pas avoir consulté 
ses prédécesseurs. 

Pourtant, Ôbadia de Bertinoro, commentant la Mischna de 
Menahot (vi, 3), suit la seconde des explications précitées, fournies 
par Raschi, et il s'arrête à la forme du a ; tandis qu'ensuite il ajoute 
ceci : « G'est l'écartement entre l'index et le pouce de la main 
gauche, ainsi figuré : G » Voilà qui est précis. 

Dans les temps modernes, Israël Lipschutz a repris la question, 
en expliquant une Mischna de Zebahim (x, 8), qui dit : « Le reste 
d'huile réparti dans le parvis du Temple provient des offrandes de 
gâteaux auxGohanim. » Le commentateur s'exprime ainsi (note 37): 
« On donne seulement l'onction au grand-prêtre dans la forme du 
■o grec ; c'est, selon Raschi sur Menahot, un s. Les Tossafot 3 au 
nom du Aroukh disent que c'est un A ; selon Obadia de Bertinoro, 
c'est un a. Selon Raschi sur l'Exode (xxix, 2), c'est un 3 recourbé 
(médialj. Mais Maïmonide dans le Yad Hazaka dit que c'est un X. 
Il y a lieu d'adopter cet avis ; car dans l'alphabet grec la vingt- 
deuxième lettre a la forme X, appelée "O, ou => adouci (aspiré) ; 
seulement, comme en hébreu les lettres nss laa, en tête des mots, 
ont un daguesch, il a fallu déterminer ce qu'est le cp grec pour 
indiquer une lettre aspirée. » 

« Ceci est contraire, dit encore Lipschutz, à l'avis des Tossafot 



1. Ou sait que le Gaon anonyme est généralement Saadia ; mais où en a-t-il parlé ? 

2. Livre VII, Aboda, sect. iBipan ">3D, I, 9. 

3. Sans indication du passage invoqué. 

T. LXV, h» 129. 10 



146 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Yom Tob ' alias Lippmann Heller) : cet auteur dit, en commentant 
la Mischna de Menahot et celle de Kélim, avoir reconnu la lettre 
en question sous la forme n, la seizième lettre du grand alphabet 
grec (majuscule), et sous la forme u du petit alphabet grec (minus- 
cule), conformément à l'avis de Bertinoro. Or, tout cela n'est pas 
exact; car la seizième lettre est ■©, tandis que le signe invoqué 
a en effet la forme du a, qu'en grec on nomme Ipsilon Pourquoi 
alors nos sages l'auraient-ils nommée "O? C'est donc que nous 
avions raison de rappeler la forme X. » 

L'embarras de Mendelssohn à ce sujet, dans son commentaire 
(Tlirn) sur l'Exode, xxix, 2, n'est pas moins frappant. Il constate 
que « deux manuscrits de Raschi, sur ce verset, comme les éditions 
du Talmud au susdit passage de Keritot, ont la forme Q ; ce qui 
répond, dit-il, au n, et n'est pas "o ; c'est que Raschi avait adopté 
la forme du 3, sauf à supposer le prolongement d'une haste à 
droite, tandis que pour Maïmonide les éditeurs ont admis la forme 
du X romain. Il se peut que la forme primitive ait été cliangée, et 
que ce soit un dérivé de la lettre S » ! 

Même hésitation dans YAruch complctum d'Alex. Kohut 2 . Il 
pense que Nathan b. Yehiel avait en vue la vingtième lettre de 
l'alphabet grec, l'T, et, après avoir noté les opinions divergentes à 
ce sujet, il conclut qu'il y a similitude entre T et X, parce que le u 
(minuscule grecque) est une aspirante, Haiichlaut, bia Kuattb nrrp 
■»3, « se rapprochant de renonciation du X ». Au préalable, il pro- 
pose de corriger *o en "<d, II, dans tous les passages précités de la 
Mischna et du Talmud. En vain, Immanuel Deutsch, de Sohrau 3 , 
a supposé que Maïmonide avait dessiné un X, pour éviter toute 
erreur; on ne trouve ce signe, ni dans les manuscrits (autant que 
nous avons pu en consulter), ni dans les éditions. A peine pourra - 
t-on noter que l'édition du Talmud d'Amsterdam n'a pas de figure 
pour l'explication de Raschi sur le premier passage (celui de 
Horaïot), et que, pour celle du second passage (Keritot), elle a deux 
parenthèses adossées : )(. — S. Krauss mentionne deux fois le mot 
•o \ et ne fait pas état du premier texte talmudique, qui a l'expres- 
sion mnv tp : il le traite de « corrumpirt 5 ». 

1. Il insiste sur les divergences d'avis à ce sujet, sans paraître avoir compris quelle 
lettre désigne le D « retourné », ignorant le G. 

2. T. IV, p. 216 6 à 217 a. 

3. Dans le Jud. Literaturblatl de Rahrner {Bellage de ÏIsr. Wochenschrift, 1878, 
Magdebourg, t. VII, p. 135). 

4. La partie grammaticale (I, 12 et 40) dit: "o = X, et le lexique (II, s. v.) se 
contente de mentionner les passages talmudiques. 

5. Il faut reconnaître que cet avis est confirmé par un ms. de la Bibliothèque nat., 
hébreu n° 1337, qui a (f. 210 a) "O, non tp. 



NOTES ET MELANGES 147 

Ne semble- t-il pas, au contraire, ressortir delà longue revue des 
différentes opinions sur la question que le premier texte talmudique 
est le meilleur? Ne peut-on pas admettre qu'il s'agissait d'une figure 
en forme de K, placée non verticalement, mais horizontalement? 
De la grande ligne droite horizontale, qui suivait le front du grand- 
prêtre oint, partent deux lignes plus courtes rejoignant les sourcils. 

Si, à titre d'hypothèse, cet avis est admissible, on proposera de 
simplifier chaque mention de la forme ^ en 'a = K, correspondant 
au C latin, que plusieurs commentateurs ont adopté. 

Moïse Schwab. 



DEUX INSCRIPTIONS HÉBRAÏQUES 

I 

D'une expédition d'exploration et de fouilles en Egypte, faite 
dans les premiers mois de l'année 1912, le capitaine Raymond 
Weill a rapporté un grand nombre d'objets qui sont mis présen- 
tement sous les yeux du public, dans une salle spéciale du Musée 
Guimet, à Paris. Ces objets forment trois séries, et parmi ceux de 
la seconde série, provenant d'une localité sise en Moyenne-Egypte, 
appelée Zaouiet el-Maietin, ou Kom el Ahmar (la butte rouge), se 
trouve un tesson en terre cuite (rose gris), d'environ 20 centi- 
mètres carrés, avec inscription sémitique de cinq lignes à l'encre 
noire' 4 . C'est un de ces fragments de pot rond, utilisés jadis — 
comme on sait — pour y inscrire le nom de ceux que l'on bannis- 
sait de la Grèce pari* « ostracisme » et qui servirent plus tard, 
dans tout l'empire romain, à constituer une sorte de bordereau. Le 
présent ostracon contient neuf noms araméens, dont le premier 
est A. . . bar Todos. A côté de chaque nom figure le montant du 
versement, qui varie entre ||| 'm et || || '», « 3 ou4 Mines » ; car nous 
pensons que le w est l'initiale du mot hébreu ma, équivalent à un 
nombre plus ou moins grand de sicles. S'agit-il d'offrandes facul- 
tatives, volontaires, ou de contributions imposées? Nous l'igno- 
rons, et c'est à peine si les caractères de cette écriture, assez 
semblables à ceux des papyrus araméens, permettent de supposer 
une époque peu antérieure à l'ère chrétienne. 

1. C'est le n° 138 de la série K, dans la vitrine de droite, devant les fenêtres. 



148 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Un autre petit texte rapporté par M. Weill, placé dans cette 
même collection ', intéresse plus directement les études juives. 
C'est une stèle funéraire en marbre blanc, trop petite pour être 
une pierre tombale, puisqu'elle n'a guère que 20 centimètres en 
hauteur, sur environ 15 centimètres en largeur; elle a été acquise 
dans la grande ville moderne de Minieh, en Haute-Egypte. Elle 
contient les lignes suivantes : 

p »b«>n Hila fils d' 

man D^ds Ephraïm. Son être 

"mata TOD3 repose dans le faisceau 

iri73E33 D^Tin de vie ; son àme, 

D312 ""nb pour la vie éternelle. 

Les caractères carrés à peine gravés, sans grande profondeur, 
paraissent appartenir au haut moyen âge. Les hastes des lettres à 
gauche et les barres horizontales du bas sont plus longues que le 
corps même des lettres. La ligne supérieure des lettres n et n 
dépasse les jambages de gauche. Dans l'«, la haste gauche forme, 
à l'extrémité supérieure de l'oblique médiale, un angle aigu 2 . Le 
izj n'a pas de base horizontale : c'est un trident pointu en bas. 
D'ailleurs, nos lecteurs peuvent voir dans la Revue 3 des caractères 
semblables, qui se trouvent sur des stèles découvertes dans le 
voisinage de La Goruila, province de Galice (Espagne), près d'un 
petit ruisseau appelé encore aujourd'hui arroyo de los Judios. 
Les trois courtes épitaphes trouvées là ont été publiées en fac- 
similia par Isidore Loeb. 

La rédaction du texte est assez singulière. Le premier mot, qui 
donne le nom du défunt ex abrupto (sans formule préalable de 
ci-gît), ne se rencontre pas là pour la première fois, car le Talmud 
de Jérusalem (Ketouôot, 31c) le mentionne trois fois, avec l'ortho- 
graphe NbM, adoptée ici. 

La formule d'eulogie qui suit les noms propres (du défunt et de 
son père) se retrouve dans uneépitaphe en Espagne, sur les bords 
de la rivière de Las Pozas (province de Saragosse), à l'ouest de 
Galàtayud ! , sauf qu'ici elle contient en plus le mot in^iua, superflu. 

1. Dans une vitrine contre le mur de gauche, au-dessous du casier aux 400 figu- 
rines, sans numéro, ne figurant pas au Catalogue. 

2. A la seconde ligne, le 3 a une tète si allongée obliquement, qu'il ressemble à 
un b- 

3. T. VI. 1882, p. 118-119. Les épitaphes qui contiennent de telles lettres sont 
reproduites dans le « Rapport sur les inscriptions hébraïques de l'Espagne » [Archives 
des missions, 1907, p. 10-17). 

4. Boletin de la H. Academia de Uistoria, XII, 17 et s.; fi. E. J., XVI, 274-5. 



NOTES ET MÉLANGES 149 

Bien que l'épitaphe soit fâcheusement dépourvue de date, elle 
est évidemment complète, puisqu'au- dessous des cinq lignes du 
texte, après une barre horizontale en travers de toute la largeur 
de la pierre, on distingue les traces d'un dessin, triangles et 
losanges coloriés, aux vestiges verts et roses. 



II 

Jusqu'à présent, on croyait perdu (comme tant d'autres) l'ori- 
ginal d'une épitaphe tracée autrefois à Tolède, dont on ne pos- 
sédait que deux copies peu correctes ' ; l'une se trouve dans le 
manuscrit Polygraphia gothico-espanola, de Don Franc. Javier 
Santiago Palomares (à la Bibliothèque nationale de Madrid), l'autre 
dans un volume coté Gg 106 (maintenant à la Bibliothèque de 
Tolède, n° 1428). D'après ces copies, feu notre collègue Hartwig 
Derenbourg avait tenté de reconstituer ce texte, de le compléter et 
de le traduire 2 . Auparavant, une notice avait été consacrée à ce 
sujet par notre excellent collaborateur, le R. P. Fidel Fita : \ qui a 
rendu les plus grands services à l'épigraphie hébraïque en Espagne, 
par ses lectures et communications à la R. Académie d'Histoire, 
dont il est maintenant le directeur. 

Mais voici que ce savant, par un avis de M. Gastahos, président 
de la Commission des monuments historiques à Tolède, vient de 
recevoir la nouvelle que l'original a été heureusement retrouvé, et 
M. Fita a bien voulu nous communiquer l'estampage de celte 
inscription. Elle est tracée sur un bloc de granit encastré dans le 
parement de la façade d'une vieille maison de Tolède, qui jadis 
appartenait aux religieux de Tordre des Trastamaros. C'est aujour- 
d'hui le Corral de don Diego, sur la petite place appelée « Barrio 
Rey ». La pierre est sise à deux varas du sol. Brisée du haut en 
bas adroite, elle forme un rectangle ayant encore une largeur de 
63 centimètres sur une hauteur de 37 centimètres, et offrant les 
trois lignes suivantes, en grand caractères carrés soigneusement 
exécutés : 

naD3 mapaba e|ot [p (?)... 

"pn m-nnb -nrcbi n[:ta (?) 

ûibim «sm o[3DD] 

1. Rapport précité, p. 269-272. 

2. Notes critiques sur les mss. arabes de la Bibliothèque nationale de Madrid 
(Paris, 1904), p. 49. 

3. Boletin, t. XI, 1887, p. 446. 



150 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

. . .*? fils de] Josef Al Nekaouah, décédé 

. . .? ans] et devant lui pour montrer la voie il a marché. 

[Il est entré] et sorti en paix. 

Ligne 1. La lacune à droite contenait évidemment le prénom du 
défunt. C'était peut-être le fils cadet, nommé Israël, mort jeune; 
tandis que le fils aîné de Josef Al-N'Kaouah est mort très âgé *. 

Le nom de cette famille est diversement orthographié. Tantôt il 
est écrit 2 , comme ici : m«p3, tantôt 3 : ïmpfitt Nous pouvons 
départager les parties : l'orthographe ïropa doit l'emporter, car un 
des descendants de celte famille, décédé à Alger en 4904, nous 
écrivait, en signant son nom &mp3N, et en français : David ben 
Abraham N'Kaoua. Le nom de son père est écrit (avec une légère 
erreur d'impression) nap^bN, sur le titre et dans la préface d'un 
« Petit Mahzor » d'Algérie pour les solennités de Rosch Haschana 
et de Kippour (Livourne, 1882, in-8°). 

Ligne 2. En tête, à l'instar d'autres stèles pour de jeunes morts, 
a dû se trouver l'âge du décédé : rwiD. .p, mots dont la dernière 
lettre, le n, subsiste ici. Les trois mots suivants nous laissent per- 
plexe : quel enseignement (rrmnb) a été fourni par le défunt? — Le 
dernier mot, à vrai dire, est écrit ^rbiD, forme impossible : il n'y a 
pas de passif du verbe neutre "jbfj « marcher ». Le n a-t-il dégénéré 
en 13? Peut-être. 

Ligne 4. Grâce à la finale 0, qui subsiste du premier mot perdu, 
il est aisé de reconstituer le mot D[3Da], complément suggéré par 
un passage connu du ïalmud '*. Il est dit de R. Akiba qu'il « entra 
en paix (dans le Paradis de la science) et en sortit en paix ». La 
présente rédaction ne s'éloigne guère des formules fréquentes en 
style funéraire, pour décrire le passage de la vie terrestre à la vie 
céleste, tandis que le talmudiste vise la sérénité religieuse d'un 
rabbin, maintenue en face d'un sceptique; pour R. Akiba, la lutte 
entre la foi et la science eut une issue heureuse, et il en fut sans 
doute de même pour le défunt en question ici. 

Il est regrettable que la présente épitaphe» ne porte pas de 

date; mais, par plusieurs autres stèles funéraires, concernant des 

membres de cette famille, on sait qu'ils vécurent et moururent au 

xiv e siècle. 

Moïse Schwab. 

1. Son épitaphe a été publiée par S. D. Luzzatto, Abné Zikaron, n° 31. Cf. Rap- 
port précité, n° 38, p. 323 (95). 

2. Luzzatto, n°» 28 et 30; Rapport, n»' 35 et 54. 

3. Luzzatto, ri" 25, 31, 32; Rapport, n ' 38, 43, 70. 

4. Jérus., Haghiga, n, 1. 



NOTES ET MÉLANGES 151 



DEUX NOUVEAUX DOCUMENTS SUR DONA GRACIA NASSY 

L'histoire de Dona Gracia Nassy est étroitement liée à celle de 
Joseph Nassy, duc de Naxos, dont j'ai parlé dans le numéro précé- 
dent de cette Revue. Depuis, je suis entré en possession de deux 
nouveaux documents sur Dona Gracia', que je dois, comme les 
documents déjà publiés sur Joseph Nassy, à mon excellent ami 
Salih Safvet bey, capitaine de frégate de l'état-major de la marine 
impériale et membre de l'Institut ottoman d'histoire. 

On a beaucoup écrit sur les différents noms de Gracia. On lui a 
attribué le nom chrétien de Brianda 2 . Graetz conteste ce nom ; il y 
voit une lecture fautive de Mendezia 3 . Les ambassadeurs français 
la désignaient, lorsqu'elle était encore à Venise et à Ferrare, sous 
le nom de Mende, ou la Mende portugaloise 4 . 

D'après plusieurs historiens, Graetz entre autres, l'ancienne 
Marrane changea son nom de Gracia Mendes en celui de Gracia 
Nassy, dès son arrivée à Constantinople. Il est malaisé de savoir 
la vérité, car, à en croire Joseph Cohen 5 , elle s'appelait Béatrice, 
lorsqu'en 1556, elle intervint auprès de Suleyman le Magnifique, 
en faveur des Marranes emprisonnés à Àncône par le pape 
Paul IV. 

Dans un de mes deux nouveaux documents officiels turcs, elle 
est appelée Senora Gracia Nassy 6 , nom qu'elle conserva jusqu'à sa 
mort 7 . 

Ces deux documents, qui portent la date du 20 janvier 1565, 
attestent que Gracia est toujours demeurée à la tête de la maison 
de banque Mendes-Nassy, que toute sa correspondance, voire sa 
correspondance officielle avec le gouvernement turc, se faisait en 
son propre nom. 

Dans la lettre que Suleyman le Magnifique envoya à Charles IX 
pour lui réclamer le payement de la somme que la France devait à 



1. Ils sont extraits des Archives de la Sublime Porte. Ils sont rédigés en turc. 

2. Voir Information! Manuscripti Italiani, f°, n» ^6, pièce 13 (sans date). Les manus- 
crits se trouvent à la Bibliothèque royale de Berlin. 

3. Gesch. (1er Juden, t. IX, note, p. lviii, 6. 

4. Charrière, Négociations de la France, II, p. 101. 

5. Voir Emek Habacha, p. 117 : a^DlDNH nn->72 ttbTtt nia» ^IDIFEttfifâOaipan 

'■Di -ib lannrn "p^" ïawônta ^n "jbm rraiz; ■rçrnofi^a. 

6. Voir document n n I. 

7. Voir rc yTjNTj, par Mosché Almosnino, sermon n° VIII, p. 64. 



152 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la banque Mondes, c'est le nom de Joseph Nassy qui figure, et non 
celui de Gracia. Cette lettre est datée du 23 mars 1565 '. 

Si l'on considère la date de cette lettre et celle des documents où 
le nom de Gracia est mentionné, on constate qu'entre ces deux dates 
il s'est écoulé deux mois. Qu'est devenue Gracia durant ce court 
laps de temps? S'était-elle retirée des affaires? Était-elle morte? 

Le document n° II parle du voyage d'un certain Samuel à Naxos, 
où il fut envoyé par Dona Gracia Nassy. De quel Samuel s'agit-il? 
Je ne crois pas me tromper en disant que c'est de Samuel Usque. 
Celui-ci, ainsi que Salomon Usque, a été au service de Gracia, 
qui envoya ce dernier auprès de Charles IX pour régler l'affaire des 
150,000 écus que la France devait à la famille Mendes 2 . 

Quant aux relations de Samuel Usque avec Gracia, elles sont 
connues par la dédicace qu'il lui a faite de son ouvrage intitulé 
Consolacâo as tribulacdes de Israël et imprimé à Ferrera en 1552 3 , 
alors qu'elle n'était môme pas établie en Turquie. Il paraît qu'en 
1565 * ces relations existaient encore, Doua l'ayant envoyé à 
Naxos 5 , avec mission de régler une affaire. 

A l'occasion de la guerre balkanique, les journaux israélites 
d'Europe ont parlé des Juifs de Serbie, où ils paraissent s'être 
établis sous la domination turque. D'après les mêmes journaux, la 
communauté juive de Belgrade aurait été organisée en 1530 par 
Joseph Nassy. A part la date, qui est antérieure à l'arrivée de 
Gracia et de Joseph à Constantinople, le fait pourrait être exact. 
Mon document n° I élucide, en partie, ce point. Suleyman le Magni- 
fique adressa au Bey de Semendria et au Cadi de Belgrade une 
lettre leur enjoignant d'ouvrir une enquête sur le meurtre per- 
pétré sur six Israélites, attachés au service de Gracia, lesquels 
faisaient le commerce en terre serbe. Il est fort probable que de 
pareils petits groupes, voyageant dans un but commercial, avaient 
jeté les bases de plusieurs communautés juives en Serbie et en 
Bulgarie. Tel a été, du reste, le cas pour Constantinople, Salo- 
nique et Smyrne, qui, rien que par le commerce, ont créé autour 
d'eux un certain nombre de communautés israélites plus ou moins 
importantes. 

Constantinople, 1 er décembre 1912. 



Abraham Galante. 



1. Voir Revue, LXIV, p. 239. 

2. Voir Graetz, t. IX, p. 403. 

3. Imprimerie Abraham Usque. 

4. C'est la date du document n° II. 

5. Joseph Nassy n'était pas encore duc de Naxos. 



NOTES ET MÉLANGES 153 



PIÈCES JUSTIFICATIVES' 



Au Bey de Semendria* el au Cadi de Belgrade. 

La Juive Senora Gracia Nassy, arrivée récemment des Flandres, a délé- 
gué un messager pour porter à notre connaissance que six hommes, atta- 
chés à son service, sont partis pour Belgrade, pour affaires commerciales. 
A Belgrade, avant de s'embarquer à bord du navire en partance pour 
Vidin 3 , ils ont fait enregistrer leurs noms sur les registres du tribunal, 
et ce, dans le but d'échapper aux mauvais traitements éventuels du capi- 
taine du navire et de leurs compagnons de voyage. A l'arrivée du navire 
à Vidin, on a constaté que ces six hommes étaient morts et on a procédé 
à l'interrogatoire du capitaine et de l'équipage, qui ont nié avoir connais- 
sance du fait. Si le fait est tel qu'on le rapporte et si les noms de ces Juifs 
se trouvent, ainsi qu'il a été dit, enregistrés sur le registre du tribunal, 
j'ai ordonné qu'à l'arrivée de mon représentant, muni de mon ordre 
impérial, les prévenus soient entendus et qu'une enquête minutieuse 
soit ouverte pour établir s'ils ne sont pas des repris de justice ou s'ils 
n'ont pas été condamnés auparavant à quinze années de prison. S'il est 
prouvé qu'ils ont déjà subi une peine, agis conformément à la loi en 
vigueur. Dans le cas où il serait constaté que les assassins de ces Juifs 
sont des soldats rebelles, emprisonne-les et mets-moi au courant de leur 
conduite. Si les assassins ne sont pas des soldats, agis conformément aux 
prescriptions du Cheri k . N oublie pas de trancher la question, sans que la 
loi du Chéri soit appliquée, afin que de pareils actes ne se renouvellen t plus. 

Le 17 Djemazi-ul-ahir 972 (20 janvier 1565). 

II 

ANNEXÉ A LA PETITION 5 . 

Au Bey de Naxos, Santorin et Paros 6 . 

La susnommée Juive a envoyé un messager pour porter à notre con- 
naissance que des pirates ont pillé, dans le port de Santorin, le navire 

1. Le texte turc de ces pièces sera publié dans une autre Revue. 

2. Ville de Serbie, sur la rive droite du Danube. Cette ville, grâce à sa situation 
géographique, était et est le lieu de commerce le plus important après Belgrade. 

3. Ville de Bulgarie, sur la rive droite du Danube. 

4. Loi religieuse musulmane. 

5. Le présent ordre a été annexé à la pétition que Gracia Nassy avait adressée au Sultan. 

6. lies faisant partie du duché de Naxie. 



154 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

appartenant à quatre hommes attachés à son service, se sont emparés de 
leurs marchandises et les ont vendues aux habitants de File de Naxos. 
Elle a, par conséquent, demandé la restitution de ces marchandises, dont 
une partie a été remise à son représentant. Quant à l'autre partie, on lui 
a donné des bons représentant le montant des marchandises non resti- 
tuées. Comme ces bons n'ont pas encore été payés, elle s'est adressée à 
nous pour demander que justice soit faite. Ainsi, j'ai ordonné que, lorsque 
son représentant Samuel ira chez vous, vous déployiez vos efforts pour 
faire paver à la personne qui a vendu aux habitants de Naxos les mar- 
chandises pillées par les pirates, et qui a pris l'engagement de s'acquitter 
de cette dette, la somme qu'elle doit encore. Tâche de remettre à son 
représentant la somme que tu encaisseras. Ne donne pas lieu à de nou- 
velles plaintes. 

Le 17 Djemazi-ul-ahir 972 (20 janvier 1565). 



BIBLIOGRAPHIE 



Catalogue of the Hebrew and Samavitan Manuscripts in the Bri- 
tish Muséum, by G. Margoliouth. Part III, Sections ii-vii : Ethics, Philo- 
sophy, Poetry, Philology, Mathematics and Astronomy, Medicine. Londres, 
1912; in-4° de p. 157-377. 

La première section du 3 e volume de cet excellent Catalogue, conte- 
nant la description des manuscrits cabbalistiques, a paru en 1909 et a été 
analysée par moi, comme l'avaient été les deux premiers tomes, dans 
cette Revue 1 . Voici maintenant les six sections suivantes, qui forment la 
suite du 3 e volume. Cette fois encore il m'avait été donné de lire les 
épreuves et d'y introduire mes observations, en sorte que je puis mainte- 
nant être bref et m'attacher principalement à signaler les plus importants 
des manuscrits décrits ici. 

La section « Éthique » (n os 865-878) renferme uniquement des ouvrages 
connus ; seule, la "iDï72n ma» d'un certain Joseph b. Ascher, ajoutée en 
marge du n° 870% paraît être totalement inconnue. A remarquer aussi 
que l'ouvrage bien connu Mibhar ha-Peninim porte, dans le n° 865, le 
titre de cra^QTa -irm7on (sur cet ouvrage, ajouter maintenant Aptowitzer, 
R. É. J., LV, 93). Assez rares sont les deux parties du naiïînn -nan de 
Meïri (n os 872 et 873 2 ), intitulées U5D3 a^72 et , p&« naiB. Pour la première, 
il faut lire (p. 166 a) rmom n&« namn (au lieu de rmon), allusion à 
Ketoubol, il a; le maître du Meïri nommé en cet endroit, l'auteur du isO 
T'7:nn, est Ruben b. Hayyim de Narbonne (cf. Gross, Gallia, 421). 

La section « Philosophie » (n oS 879-923) est plus riche. Elle comprend 
surtout des traductions et des commentaires de philosophes grecs et 
arabes, entre autres une traduction inconnue du Livre des animaux 
d'Aristote par Samuel ha-Lévi (n° 888), inconnue même de Stein- 
schneider ; elle ne porte pas le titre ordinaire de D^n *hyn 'o, mais celui 
de D n *nn bs. M. Margoliouth identifie le traducteur avec Samuel ha-Lévi 

1. Revue, XLI, 301 ; LI, 154; LVIIT, 157. V. aussi le compte rendu de la l r * section 
par Marx, J. Q. R., N. S., II, 259. 



456 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Aboulafia do Tolède (fin du xine siècle). — Quant aux philosophes juifs, 
tous ceux de quelque importance sont représentés, sauf Saadia; parmi 
ces numéros figure, entre autres, la majeure partie des Devoirs du cœur 
de Bahya en traduction hébraïque dans un fragmentde la Gueniza(n°898). 
— Un intérêt particulier s'attache à quelques manuscrits caraïtes écrits 
en arabe. Tel est le n" 894, qui contient d'abord des fragments de deux 
ouvrages musulmans moutazilites, ainsi qu'un fragment d'un ouvrage 
caraïte dogmatique -halachique sous forme de questions et réponses, le 
tout en caractères hébreux. Les deux premiers sont à ajouter à ceux qu'a 
décrits Steinschneider (Z. D. M. G , XLVI1, 335 et s.). Le n° 895 contient 
la plus grande partie du P^nnb» 3«ro de Joseph al-Baçir (en hébreu 
TS DTa'Orra) en caractères arabes; c'est un unicum. Enfin, le n° 896 est 
un recueil contenant plusieurs unica, tous en caractères arabes : deux 
traités philosophiques d'Ali b. Souleïmàn (f° la-12a), composés, l'un en 
1072-3, l'autre en 1093, dates qui fixent l'époque de cet auteur (v. R. É. J., 
LVII, 314). Ces traités sont suivis d'une page (f° 12 6), réfutation du 
reproche fait par Mahomet aux Juifs de falsifier la Tora ; cette page a été 
maintenant éditée par Hirschfeld (Zeilschrift fur Assyr., XXVI, 112), qui 
l'attribue également — est-ce avec raison? — a Ali. Ensuite vient un 
morceau (f° 13) intitulé nbbtt n»rn matba J"HïîJ pwn f c'est-a-dire : 
« Abrégé des vingt du Tyrien ». Le mot TntZJy parait être le titre d'un 
ouvrage et rappelle les nxbfitpE pTôîy de David al-Mokammès ; mais qui 
est le Tyrien? Ce n'est en tout cas pas, comme le suppose M. Margoliouth, 
le Samaritain Abu-1-Hasan al-Soùri. Parmi les autres morceaux, les sui- 
vants sont également intéressants : des extraits de deux ouvrages de 
Sahl b. Fadhl al-Toustari (f ,s 20a-67a, v. R. É. /., I. c.) et un fragment 
(f° 109) d'Abou Ya'koùb ben Yoùsouf ben Abraham, désigné comme mort 
(rtt? nbb» ^aH)- Ce pourrait être Joseph b. Abraham al-Baçîr (dans ce 
cas, il faudrait effacer ben devant Joseph). Cependant le manuscrit me 
paraît avoir été écrit du vivant de Joseph al-Baçir. Nous y trouvons, en 
effet, cette note : -{na ...finp72 ■rça maô bstrro^ "»nb« "b wp "irs-rn ht 
'idi âa "jepa '-pa et le personnage ici nommé est sans doute identique 
avec Natan b. Nisan, qui a signé en qualité de témoin une Ketouba 
caraïte à Jérusalem en 1028 (D"0'£"n\ éd. Luncz, VI, 239; cf. Rlv. Isr., 
VIII, 33). Or, ce manuscrit a appartenu à la communauté caraïte de Jéru- 
salem, comme il ressort du colophon : b"3TD3Bn . ..bfimïP vibe* ""b tznp 
d v :ïï!T3 D^aiOT'n ...fi«ipH ^33 m; b* nrnns p Epv, et le Joseph b. 
Abraham de cette note pourrait être al-Baçîr, qui a vécu à Jérusalem 
(v. R. É. «/., LVI, 43). — Dans le nombre des philosophes caraïtes, nous 
trouvons ici deux exemplaires du D""n yv d'Aaron b. Élie (n os 918 1 et 
919). Le premier était la propriété des frères Joseph et Salomon Bagi et 
passa ensuite au fils du second, Afda Bagi. Celui-ci s'appelait au vrai 
Elia Afida (ou Afda) Bagi et vivait dans la première moitié du xvne siècle 
en Turquie, où il a composé plusieurs ouvrages, entre autres un diction- 
naire hébreu-grec intitulé tra^y nTN53 (v. R. É. /., LXIV, 148; d'autres 



BIBLIOGRAPHIE 4*>7 

écrits de lui se trouvent dans le ms. Bodl. 2386) *. — A noter encore que 
le n° 915, qui contient le D^ïn -iJ'J d'Isaac ibn Latif, avait été acheté 
par l'auteur caraïte assez connu, Caleb At'endopolo, le 9 Adar II 1495 à un 
exilé d'Espagne nommé Jacob. — P. 191 a, 1. rrnsa pour nvn:a. 

Dans la section « Poésie » (n" s 924-949), on remarque d'abord le 
n° 924, recueil qui contient, p. 67-72, des fragments de cassides en hébreu, 
de contenu philosophique et dogmatique. C'étaient primitivement vingt- 
deux cassides, correspondant aux lettres de l'alphabet de telle sorte que 
chacune se terminait par un verbe dont la troisième radicale comprenait 
la lettre correspondante de l'alphabet (soit à la manière des lexico- 
graphes arabes); ainsi, celle de a se terminait par iab\ "W13 (celle 
de b par m \by)' i . Les titres sont en arabe. P. 73-74, ce qui nous a 
échappé, à M. Margoliouth et à moi, est un fragment du Divan d'Elazar 
b Jakob ha-Babli dont Brody a publié des spécimens (sur Z.f.H.B., 
II, 34 ; IV, 23). P. 81-86, on trouve des fragments d'aphorismes en 
hébreu avec traduction et commentaire en arabe ; les titres étaient 
aussi en arabe, voici celui qui est resté : ypa IN "'D yaNabfi* a&n?K 
v:on baraio iran bap napb» p rrnbs ernao -jasbeo bararineÔN 
'1DT innb n?j^ b"T. Gomme dans le chapitre précédent (le vi°), les 
aphorismes débutent par tfi"^ b«pi, M. Margoliouth croit — et peut- 
être n'a-t-il pas tort — que Samuel ha-Naguid est l'auteur de tous les 
aphorismes et que nous avons ici un fragment de son Ben-Kohélet. 
Le commentaire arabe cite, outre Raschi et Juda Halévi, un certain ibn- 
3>N''ttbN, qui paraît avoir composé un commentaire sur Abot et qui est 
au surplus un inconnu 3 .— Plus riche encore est le ms. n° 930.11 contient, 
entre autres pièces (fol. 7-66), le Divan d'Abraham Bédarsi, dont il n'existe 
d'autre manuscrit (et encore incomplet) qu'à Vienne (n° 108 2 ) et qui est 
décrit ici avec beaucoup de détails. Le même ms. contient (p. 67-96) le 
Divan d'un espagnol, Samuel b. Joseph ibn Sason, intitulé "aas nso 
Dnu:n, qui est un unicum. Ce poète est du xiv e siècle, comme le prouve 
aussi son poème adressé à Moïse b. Nahmias, qui est sans doute iden- 
tique à celui qui est cité dans les Consultations rmrp *p-DT de Juda b. 
Ascher, n os 52,75, 86, et dans le commentaire de Joseph ibn Nahmias sur 
Proverbes, xn, 26. Dans ce Divan se trouvent (répétés p. 128) des poèmes 
échangés entre Salomon Dapiera mjD 'y nn«b nEniZ»l2 et un certain Don 
Vidal (M. Margoliouth écrit sans autre explication : Don Vidal Benve- 

1. Pour plus de détails sur ce personnage ainsi que sur les autres membres de a 
famille Bagi, v. mon article dans l'Encyclopédie judéo-russe, s. v. (III. 642). On peut 
y ajouter : Moïse b. Menahem Eagi (Z. f. H. B., XI, 84) et Abraham Bagi b. Moïse 
en 1337 (Catalogue Harkavy-Strack, 257) ; mais ce dernier ne paraît pas être un 
caraïte. 

°2. Peut-être ce poète était-il un partisan de la théorie de la bilitéralité des verbes. 

3. D'un poète du nom de y$yv ou rpJNyttî, on trouve plusieurs Pioutim dans le 
Mahzor d'Alep (voir Brody, chez Berliner, Aus meiner Bibliothek, p. xn). Mais d'après 
Zunz {Literaturgeschichte, p. 517), celui-ci se serait appelé aussi Joab le Grec; notre 
commentateur pourrait donc difficilement être son fils. 



158 REVUE DES ETUDES JUIVES 

niste) ; ils ont été édités par Kaminka, npinr:, II, 23. Celui-ci paraît 
admettre que c'est l'auteur connu du taana "n73K et d'autres ouvrages, 
mais celui-ci vivait plus tard (v. Brody, ÏTVÉPDÉH nttblZî 'n, p. 15). — 
Fort intéressant est le n° 931, contenant des fragments du Divan hébreu 
de Joseph b. Tanhoum Yerouschalmi, fils du lexicographe et exégète 
célèbre (cf. f° 5 6 : b"T mbtfi INOb ^y aroi), qui ne sont connus que 
par des spécimens édités parM. Brody (dans son D"""inc73 ""aiEttE, fasc. I). 
Ici nous apprenons encore que Joseph a composé de plus un ouvrage arabe 
intitulé afiTUKb&t p'Win, de contenu inconnu. Dans le Divan est cité Cad oc 
b. Samuel ha-Dayyàn, connu sous le nom d'ibn al-Moschâti; il est à ajouter 
aux rares porteurs de ce surnom (x.R.É.J., XXXIII, 309). — Les nos 942. 
949 contiennent des textes poétiques persans d'auteurs tant juifs que 
non juifs (cf. /. Q. R., VII, 119). — P. 245 6, 1. "nara'Ktt pour "na^-Htt. 

La section « Philologie » (n 08 950-1000) contient peu de textes incon- 
nus, mais par contre beaucoup qui sont rares. Tels sont : le dirais ou 
a^Diprr man avec différentes additions (n° 969), deux exemplaires de la 
grammaire de Joseph Zark, D^bJB an (n os 974-75), et deux de son diction- 
naire 11©bn b*3 (n os 976-77), le TBOH nbab de Juda Messer Léon (n° 978) 
et le inCBD m s de Moïse b. Habib (n° 980), ces deux derniers des unica, 
etc. En fait d'écrits judéo-arabes, il faut relever d'abord un fragment de 
la Gueniza (n" 955), que M. Margoliouth avait déjà édité (/. Q. R., XIV, 
312 et suiv.) et dans lequel il voudrait voir un morceau de la monogra- 
phie d'ibn Ghiquitilla sur le masculin et le féminin (TO ! inbN aana 
rv^jtfnbtfl) 1 . Le fragment parait assez ancien, mais, comme M. Margo- 
liouth le dit en mon nom, il n'a pas l'air d'une monographie sur le 
genre ; on dirait plutôt un ouvrage de polémique dirigé contre un anNi: 
*PDSnbtf (cité trois fois), qui pourrait être Saadia et dont les paroles sui- 
vantes sont le principal objectif de la polémique : im rrm&ro ~r^ btfpl 
■wwba ^ rab •p&ni {sic) fenm [*»à] âsb m*a «ai nanrai nn&n âsb 
^ba "»anjb« ^d ïTOCÙO T^ "Pvi rrpn pœb ^e; c'est même à cette occa- 
sion seulement qu'il est question du genre. — Outre le Mourchid de 
Tanhoum (n° 966), nous trouvons ici un fragment d'un dictionnaire ana- 
logue (n° 967), que j'ai pris pour un abrégé du Mourchid (Z. D. M. G., 
LV, 603), mais qui pourrait être, comme M. Margoliouth le suppose non 
sans raison, une autre recension de cet ouvrage et émanerait ainsi 
du même auteur. Comparer, par exemple, l'art, "p^, publié par moi 
(L c), avec celui du Mourchid publié par Bâcher, Aus dem Wôrlerbuche 
Tanchum Jeruschalmis, annexe hébraïque, p. 19. De même les deux cita- 
tions d'ibn Ezra (v. Catalogue, 291 a) se retrouvent dans le Mourchid 
(v. Bâcher, l. c. et cf. mon Tanhoum Yerouschalmi, p. 8 = R. É. /., XL, 
134). Un autre exemplaire s'en trouverait dans le manuscrit n° 102 de la 
collection Levy de Hambourg (v. Oriental. Literalurzeit., VIII, 242).— Un 
autre lexique, qui contient les mêmes éléments que le Mourchid, mais 

1. Sur cette monographie voir maintenant mes extraits du commentaire des 
Psaumes du môme, dans Zeitschr. f. Assyr., XXVI, 45 et s. 



BIBLIOGRAPHIE 159 

qui n'en est pas un abrégé, est le dictionnaire n° 982', qui n'est ici qu'à 
l'état fragmentaire, mais qui est aucompletdans le ms. de Berlin 153. N.M. 
Nathan ne l'a pas édité en entier, comme l'indique M. Margoliouth, mais 
seulement les deux premières lettres (v. Orient. Lileraturzeit., I. c, 244). 
Sur la citation du ri3TNl72bN 3NPD, v. aussi mon article dans R. É. «/., L, 
191. — Notons encore un glossaire hébreu-persan des mots difficiles de 
la Bible dans l'ordre des livres bibliques (n° 985). — Parmi les ouvrages 
de cette section qui n'ont pas de caractère philologique, il faut remarquer 
le ^nDH ûbiy d'Abraham Gatalano, sur la peste de Padoue en 1631, qui 
se trouve dans plusieurs manuscrits, et des poèmes sur le même événe- 
ment par le fils d'Abraham, Moïse Gatalano (n° 9712 3 ; ce ms. a été copié 
par Almanzi en 1850-1857). - P. 282a, 1. 24, effacer b&rm fiwm. 

La section « Mathématiques et Astronomie » fn os 1001-1019) nous offre 
des traductions aussi] bien que des œuvres originales. De celles-ci la 
moins connue est l'arithmétique msTO» "•j'H de Gad Astruc b. Jacob 
(n° 1014 1 ), v. Steinschneider, M. G. W. «/., L, 198. — Voici quelques 
remarques sur cette section. P. 332 6, les mots (au lieu de mT) nnm ^n^i 
D^ïap û^pbn a"3n ny® sont, on peut le démontrer, une addition 
postérieurement introduite dans le Talmud (contre Sidersky, Étude sur 
Vorigine astronomique de la chronologie juive, Paris, 1911, p. 50-65, et 
dans nsn yifitta nci^n, III, 31 et s.). — Le n° 1013 a appartenu à 
Jacob b. Isaac Comtino, qui est, à ma connaissance, le seul porteur 
de ce nom, à part le savant connu Mordechaï Comtino (dont ce ms. a 
quelques notes autographes). — N" 1017, sur Llia b. David al-Fadji, v. 
encore Steinschneider, J. Q. R., XI, 586. — Sur le n° 1018. qui contient 
des notices relatives a l'astronomie et au calendrier, partie en hébreu 
partie en italien, par Abiad Sar Schalom Basilea de Mantoue, v. Stein- 
schneider, M. G.W.J., XL1X, 585 (où il faut lire : Almanzi 268 et Br. Mus. 
Add. 27157) et L, 21t. L'ouvrage du même auteur mentionné dans le pre- 
mier passage, le D^ïïn 'paran (inexactement appelé Q-TD^n "P^a), a été 
acheté au libraire Kauft'mann par la Bibliothèque de la communauté de 
Varsovie (n" 55). 

Enfin, dans la section « Médecine » (n os 1020-1041), il faut noter prin- 
cipalement le manuscrit 1032, qui a appartenu à S.-D. Luzzatto et qui 
passait pour disparu (v. Steinschneider, Hebr. Uebers., p. 700). Il conte- 
nait primitivement cinq ouvrages (v. Catalogue, p. 361 a), mais il n'en 
reste plus que deux, dont le premier est une traduction versifiée de 
FArdjoûza d'Avicenne par le médecin Hayyim Israël, c'est un unicum. — 
Le n' 1038 est également intéressant. Il contient deux ouvrages : le 
nrrab'ra 3NHD du Samaritain Abou Sa'd al-'Afif b. Abi Souroùr, dont il 
n'existe qu'un autre exemplaire, au Caire, et un chapitre du 2lû?N 
■»mst37aVN de Ràzi en caractères hébreux (une grande partie de cet 
ouvrage, en caractères hébreux aussi, se trouve dans le n° 1023 ; ajouter 
ces deux mss. chez Steinschneider, Z. D. M. G., XLVII, 359). Un proprié- 
taire du manuscrit se nomme ainsi : p^ 0"onbN D^mnK "pK *dhi "Ê3 



160 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

*3«*n maa t|i"»y»b» rirne (en hébreu : Dmaa ...fa nton -iïtôk 
■>3«j>3 maa ?n:n ...'om wb« ...p ketîîi) ; ce médecin ne peut 
être un Samaritain, ne fût-ce qu'à cause de son nom d'Élie. 

A la fin (p. 375-377) vient un Index des numéros des manuscrits 
décrits dans toutes les sept sections. Il reste encore la description des 
Mélanges (« Miscellanous ») et des documents (« Charters »), ainsi que 
celle des manuscrits samaritains, en outre des diverses Indices portant 
sur le Catalogue tout entier : le tout doit former la fin du troisième et 
dernier volume. Il est fort désirable que cette fin paraisse le plus tôt 
possible et que nous ayons ainsi le couronnement d'un des répertoires 
les plus importants pour la connaissance des manuscrits hébreux et de la 
littérature juive. Tous les représentants et amis de la science juive ne 
ménageront pas leurs remerciements tant au savant auteur du Catalogue 
qu'à la direction du British Muséum. 

Varsovie, le 5 décembre 1912. 

Samuel Poznansri. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



T. LXI1I, 129. — Friedmann a décrit, dans Bel Talmoud, V, 2 et s., un 
ms. qui ne contient pas non plus de Piska sur Vezot Haberacha 11 parle 
aussi (p. 5) d'un autre ms. d'Oxford qui contient, il est vrai, une Piska 
sur cette section, mais toute différente de celle de l'édition Buber. — 
Alexander Marx. 



Le gérant : 

Israël Lévi. 



VERSAILLES. — IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS. 



NOÉ SANGARIOU 

ÉTUDE SUR LE DÉLUGE EN PHRYGIE ET LE SYNCRÉTISME 
JUDÉO-PHRYGIEN 

Teste David cum Sibylla. 




L'idée du présent mémoire est due à une découverte qui en 
explique le titre. Le nom de Noé Sangariou, lu sur une épitaphe 
trouvée dans les fouilles de Thasos, m'a aussi tôt suggéré que, si l'on 
pouvait prouver que Noé fut un des noms portés par l'hypostase de 
la Grande Déesse Phrygienne connue généralement sous le nom 
de Na?ia, fille du Sangarios, le fleuve de Cybèle, on pourrait dé- 
duire de ce fait, pour la localisation à Apamée en Phrygie de 
l'arche de Noé, une explication meilleure que celles qui ont été jus- 
qu'ici proposées. 

T. LXV, n« 130. i4 



162 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Des recherches ultérieures m'ont permis de réunir une abon- 
dante série de faits qui ne justifient pas seulement cette hypothèse. 
On verra que le syncrétisme judéo-grec a créé un personnage de 
Noéria, où se confondent la Sibylle judéo-chaldéenne, fille de Noé, 
et la Sibylle phrygienne, en qui s'incarne, dans le cortège de la 
Magna Mater phrygienne, le génie des eaux prophétiques ; bien 
plus, jusqu'en ses moindres détails, s'est éclairée cette localisation 
de la montagne de l'arche à Apamée Kibôtos, qui était restée pleine 
de mystère. Apamée n'est pas seulement devenue la ville de l'Arche 
parce qu'on pouvait voir dans Kibôtos le nom grecjde l'Arche, mais 
parce que la ville s'était appelée jadis Nôrikon et qu'elle avait eu 
une légende diluvienne dont le héros pouvait être assimilé à Noé. 

Les faits rassemblés se sont laissés ordonner en quatre cha- 
pitres dont on peut résumer ainsi la teneur : 

I. Existence d'une divinité phrygienne des eaux, correspondant à 

la Nais grecque, et dont le nom se présente sous une 
série de variantes : Na-Nana-Naé-Noé. Fille de Nannakos- 
Annakos, héros du déluge phrygien, qui sera confondu 
avec Hénoch-Noah, elle deviendra, dans la légende judéo- 
phrygienne, Noéra, fille de Noé. 

II. L'arche de Noé à Apamée : les monnaies, les textes. La légende 

doit s'être formée dès la fin du m e siècle avant J. -G. ; on la 
peut suivre jusqu'au milieu du m e siècle après J.-G. 

III. Les vestiges d'une légende phrygienne du déluge et les rap- 

ports primitifs des Phrygiens av N ec l'Arménie et avec la 
Syrie. Gomment la montage de l'arche — Ararat ou Baris — 
a été transférée en Phrygie, au-dessus d'Apamée. 

IV. Juifs et judaïsants en Phrygie. La Sibylle et la fille de Noé. 

Gomment s'est opérée la fusion entre la tradition phrygienne 
et la tradition biblique du déluge. 



I 

Une épitaphe, recueillie en 1911 dans la nécropole de Thasos, 
porte, en caractères du 111 e ou du 11 e siècle avant notre ère : NOH 
SAITAPIOT TTNH ». 

Noé, femme de Sangarios. Ces deux noms suffisent à nous reporter 
en plein monde phrygien, dans le cycle du culte de Cybèle. Pour en 
expliquer la présence à Thasos, on n'est pas réduit à rappeler le 

1. Petite stèle de marbre. H. 0.33. L. 0.21. Ep. 0,055. 



NOÈ SANGARIOU 163 

voisinage de Samothrace, dont les cultes présentent tant d'analo- 
gies avec les cultes phrygiens. Les recherches poursuivies en 1911 
à Thasos ont mis hors de doute l'existence d'un temple de la 
Mégalé-Méter, appelée sans doute plutôt MeyàXT] ©eoç ou 'tj ©eoç 
tout court. On possédait déjà la dédicace qu'une femme peintre lui 
fait du tableau où elle l'a représentée '; un bas-relief où la Mère des 
Dieux trône entre des lions a été trouvé muni d'une inscription qui 
permet de croire qu'il supportait une autre image pein te de la déesse 2 . 

D'ailleurs, il suffirait de rappeler la parenté originelle entre 
Thraces et Phrygiens que l'antiquité avait déjà reconnue, que 
l'onomastique rend de plus en plus évidente et que les progrès de 
nos connaissances dans les domaines de l'histoire et de la religion 
confirment chaque jour. Le nom de Sangarios, comme nom 
d'homme, se retrouve en face de Thasos, dans le Pangée, dès le 
iv e siècle 3 . Tl rentre dans une série qu'il n'est pas seul à représen- 
ter : les noms de cours d'eau, généralement divinisés, qui deviennent 
noms d'hommes. La forme la plus répandue de cette variété de 
noms théophores est celle dont Hermodoros ou Skamandrodôros 
sont des exemples bien connus ; parfois le nom propre n'est que 
l'adjectif tiré du nom du cours d'eau, comme Skamandrios ou 
Hermias ; parfois, enfin, l'homme prend simplement le nom du 
cours d'eau divin : c'est ainsi que l'on trouve, à Thasos et sur la 
côte en face où se jette le Mestos, Mestos, Mesté ou Mestouzelmos 4 . 

Noé rentre aussi dans cette catégorie des noms de cours d'eau 
divinisés. Énumérant les affluents méridionaux de l'Istros, Hérodote 
nomme, comme rivières traversant le pays des Thraces Krobyzes, 
v A6puç xaî Nôtjç xaï 'ApTav/jç 5 . Le premier de ces noms se retrouve à 
Thasos dans celui du médecin Athryïlatès, ami de Plutarque, tandis 
que le troisième est aussi celui d'un fleuve de Bithynie; il est d'au- 
tant moins singulier de retrouver le second à Thasos et en Phrygie. 

1. IG, XII, 8, 378. 

2. Il sera publié incessamment par Cli. Picard dans les Monuments Piot, ainsi qu'un 
de ces petits naoi de pierre où la Mère des Dieux est assise, voilée, qui étaient l'ex- 
voto accoutumé dans ses sanctuaires. 

3. Cf. l'épitaphe de 'Exoctouy] -ayyapîou, citée par Perdrizet, Cultes et Mythes du 
Pangée (1910), p. 86. On sait que les Grecs ont donné le nom d'Hécate à une divinité 
thraco-phrygienne qui portait un grand flambeau dans chaque main, Bendis en Thrace 
Némésis en Carie, etc. Dans le Montanisme, hérésie pénétrée de rites phrygiens, un 
grand rôle était joué par sept vierges vêtues de blanc portant des torches : Hékataié, 
comme Noé, appartient donc au cycle de la Magna Mater phrygienne. 

4. Cf. IG, XII, 8, 471, 627, 630, etc. 

5. Hér., iv, 49. Procédant en sens contraire, Pline énumère, III, 149 : Utus, Asamus-, 
Ieterus. VIeterus ou Ietros était évidemment identique à VAthrys, Iantra moderne, 
YArtanès à l' Utus (Vit moderne) ; donc VAsamus-Noès est l'Osem. 



164 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Cependant, cette association de Noé et d'un Sangarios ne saurait 
passer pour une rencontre fortuite, d'autant plus que le nom de 
Noé peut se donner à des cours d'eau. Valerius Flaccus parle encore 
du dos glacé du Noa *. Le Noès-Noa doit être évidemment rap- 
proché du Noaros, fleuve danubien qui a donné son nom au 
Norique : on verra que Nôrikon est un ancien nom d'Apamée Ki- 
bôtos. Puisque l'existence d'un culte de la Mère des Dieux est 
attesté à Thasos, ne doit-on pas voir en Noé le nom d'une de ses 
prêtresses, nom qui, comme celui de son époux, serait emprunté 
au cycle des personnages divins figurant dans la légende de la 
divinité principale ? Il suffit de rappeler ces grands prêtres de 
Pessinonte qui s'appellent Attis ou Baltakès, ceux d'Olbia en Cilicie, 
où un Aias alterne avec un Teukros. 

Nous sommes donc amenés à rechercher quelles sont les figures 
divines de la légende phrygienne dont Noé et Sangarios ont pu 
emprunter le nom. 

Le rôle qu'y joue le grand fleuve de la Phrygie est bien connu. 
Arrosant Pessinonte, le Sangarios ne pouvait manquer d'être 
introduit dans la légende de Cybèle. On en fit un roi, père de 
Nanas qui conçoit Attis du fruit du grenadier né du sang d'Agdistis. 
Après avoir enfermé sa fille, Sangarios fait exposer son petit-fils. Dans 
cette tradition, conservée par Alexandre Polyhistor 2 , le nom de 
Sangarios paraît avoir été expliqué par le thè,me de l'exposition sur 
un fleuve d'un Attis-Sangas et il suffit de rappeler Moïse sauvé des 
eaux pour qu'on admette que ce thème légendaire grec n'a pas dû 
sembler étrange aux Juifs. D'ailleurs, les versions ont dû varier 
suivant les lieux de culte 3 : comme tels, à côté de Pessinonte, les 



1. Arg., vi, 100: lerga Noae. 

2. Timothéos dans Arnobe, Adv. Nat. ,1,6 (extrait d'un icept uoTafxcov non relevé suep 
les F H G, IV, 522) d'après Steph. Byz., s. v. Tàlloz {F H G, III, 202), Timothéos aurait 
été une des sources du Ilepî 4>puyt a î de Polyhistor. On verra que c'est à cet ouvrage 
qu'ont surtout puisé les arrangeurs à qui l'on doit le syncrétisme judéo-phrygien. 
Pausanias, VIII, 17, 11, puise chez Polyhistor ou directement à la tradition pessinon- 
tine. 

3. Cf. H. Hcpding, Attis (1903), p. 107, et J. Toutain, Rev. de VRist. des Rel., 1909. 
Dans sa thèse sur Y Ordalie en Grèce (1904), G. Glotz a montré que le saut dans la 
mer ou dans un fleuve ressortait au même ordre de rites que l'exposition sur la mer ou 
sur un fleuve. Une version attribuait le nom de Sangarios à ce que Sagaris ou Saggas 
fils de Mygdon (Plutarque) ou de Midas (Etym. Magn.), rendu furieux par la Mère des 
Dieux, dont il avait vilipendé les mystères, se jeta dans le fleuve de Pessinonte (Ps.- 
Plut, de Fluv., 12,1 ; Etym. Magn., s. v. ; Schol. Apoll. Rhod., n, 722, extrait des 
Phygiaca d'Hermogéuèg, F H G, m, 524,1) ; c'est en vain que Y Etym. Magn. veut 
distinguer un fleuve làyapiç, devant son nom à Eayàpiç, et un fleuve làyyapioç, devant son 
nom à làyya;. 



NOÉ SANGARIOU 165 

monnaies attestent Nikaia et Juliopolis en Bithynie *, dont le San- 
garios arrosait le territoire; il paraît y avoir été plutôt désigné sous 
le nom de Sagaris, ce qui explique que Nana, mère ou amante 
d'Attis, soit appelée Sagaritis 2 . Sagaris est donné comme fils de 
Midas ou de Mygdon, deux noms qui sont sans doute dans le môme 
rapport qu'Attis avec Agdistis. 

Gomment expliquer ce nom de Sangarios ou Sagaris ? Deux 
hypothèses sont possibles. On peut le rapprocher de Sangar, le 
nom que des documents égyptiens donnent à la Babylonie, nom 
qui s'est conservé dans la ville de Singara ; ce nom vient peut-être 
du Sangoura ou Sagoura, affluent de l'Oronte qui arrose le Khat- 
tina, une des principautés hétéennes de la Syrie du Nord, ou du 
Sagour, qui se jette dans l'Euphrate un peu au sud deKarkhémish; 
un roi de cette ville s'appelle Sangara. Si l'on admet ces rapproche- 
ments, Sagarios serait un nom hétéen que les conquérants phrygiens 
auraient déjà trouvé donné au fleuve, comme ils trouvèrent 
sans doute l'Halys, l'autre grand fleuve du plateau anatolien, 
portant déjà son nom, qui entre dans la composition de noms 
royaux hétéens — Dudhalia — comme de noms royaux lydiens — 
Alyattès 3 . 

On peut y voir une simple personnification de sàyapiç, ce terme 
par lequel Hérodote et Xénophon désignent une sorte de hache-pic 
dont se servaient les Perses et les Scythes, cette hache qui se ter- 
mine d'un côté par un tranchant, de l'autre par une pointe, qui est 
bien connue comme arme des Amazones. On conçoit aisément que 
cette arme ait donné son nom à des peuplades iraniennes comme 
les Sagartioi ou les Sagaraioi, peut-être même aux Sakai et 

1. Voir pour ces monnaies Babelon-Reinach, Recueil des monnaies grecques 
(V Asie-Mineure , I, s. v. Ou sait que Juliopolis et Nikaia remplaçaient deux villes très 
anciennes: Gordioukômé et Ankoré. 

2. Ovide, Fast., iv, 229. 

3. Sur Singar-Saugara, cf. Imbert, Oriental Records, V, n. 9; Dhorme , Revue bibli- 
que, 1910, 59-68. On pourrait voir l'indice d'un élément phrygien à Singar dans le 
fait que le fleuve qui l'arrose est nommé Mygdonios et la région Mygdonie. En pu- 
bliant l'épitaphe d'un Aïoyévrjç Sayapîou de Pessinonte, A. Koerte, Ath. Mitt., 1900, 
441, a donné des références sur Sagarios comme nom de personne, en remarquant que, 
comme tel, il est toujours écrit avec un seul y. Depuis, la liste s'est enrichie : ainsi 
un Sccyapiç, oikonomos d'un propriétaire romain à Apollonia de Phrygie, I-Gr. Rom., 
\, 464 ; un layàpio; dans la région de Konià (Journ. Hell. S/ud., 1911, p. 185, 199. 
Cf. t, XXII, 116) ; un Sàyàptoç en Bithynie (Arch. ep. Mitlh., 1883, p. 182), Sayàpio; 
Mayacfàpvou, stratège en Gappadoce (C.-R. Ac. Inscr., 1908, 435). Ajoutez un Sàyapiç 
Mapiavôuvô;, dans Athénée, XII, 530c, un Sâyaptç, aède contemporain d'Homère (Diog. 
L., II, 46) et un Sagarinus dans Plaute (Stich. 3, 2, 3). D'autres fleuves phrygiens ont 
vu adopter leur nom comme nom de personne : le Méandre surtout, le Kaystre, le 
Rhyndakos, l'Halys, le Kaïque, 



466 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Sakaurakès—le nom moderne du Sangarios, Sakaria, suggère que 
le g était prononcé presque comme un k. On sait, d'autre part, quel 
rôle la hache joue dans les cultes anatoliens, chez les Hétéens 
comme chez les Lydiens, Cariens et Phrygiens '. On a rapproché 
du nom même de Cybèle les gloses xu^XU' o [xxvnxoç ttéXsxuç, hache 
des prêtres de Cybèle, et xuSeX^ar TreXex^ai, comme on a rapproché 
de son surnom de Berekynthia -jrcXexùç {pilakkou en assyrien), la bi- 
penne, dont pepexùç serait la forme phrygienne 2 . 

Ces deux rapprochements ne sont pas inconciliables depuis que 
l'on sait l'importance que prend, dès le xvi e siècle av. J.-C, dans 
les pays hétéens, l'élément indo-iranien; et l'on comprendrait sans 
peine qu'une racine qui exprimerait l'idée de trancher, de perforer, 
ait pu donner naissance à la fois|au nom d'un grand fleuve et à celui 
d'une arme. 

Quoi qu'il en soit, la connexion légendaire de Noé avec Sanga- 
rios paraît dès maintenant hors de doute. Noé semble, en effet, 
n'être qu'une des formes hellénisées du nom de Nana. A un degré 
plus avancé d'hellénisation, elle deviendra Eunoé 3 ou Nais, une 
simple Naïade à qui l'on donnera un nom grec ; . 

De Nana à Noé les formes de transition se laissent retrouver sans 
peine. Nana est un de ces redoublements d'une forme simple Na 
comme l'Anatolie en offre tant d'exemples dans la série étudiée par 
Kretschmer sous le nom de Lallnamen; tels Da-da, Pa-pas, Ma-ma. 

L' a peut alterner avec une autre voyelle longue ou un diph - 
tongue: ainsi on rencontre Ma, Mên et Manès, Dadès et Doudas, 
Tas, Tes, Thys, Touès et Thouthous, Tothoès et Tottès. La plus 
riche gamme de formes nous est attestée pour Na : 

comme formes simples Na et Naç, 

avec redoublement Nàva, Navaç, Nàvvj, Nàvtç, Nàvo;, Navoa, Navvaç, 
Navvoj, Navviç, Navvetç, Nàvviov ; 

1. Voir mon article Securis dans le Dict. des Antiquités avec les compléments 
liev. Hist. Ret., 1912, h, 269. Il faudrait penser à la même racine sek-sak qui a donné 
securis, secespita, sacena. 

2. C'est l'hypothèse de R. Eisler, Philologus, 1909, p. 126. On verra plus loin, à 
propos de Baris. l'explication anciennement admise— 2?e're%n^os rapproché du Berezat 
du Zendavesta, l'Elbourz des Persans modernes — et l'hypothèse qui me paraît pré- 
férable où Berekynthia est rapproché du nom des Berekyntes, tribu des Phrygiens 
de .Macédoine. 

3. La fille de Sangarios est appelée Eùvér] dans le Schot. Hom. IL, xvi, 718. 

4. Phérécyde l'aurait nommée Eùayopa ou EOpuûÔY] selon Schot. Eur. Hec.,Z. 
Peut-être faut-il lire plutôt EOpvvor). En effet, un extrait d'Alexandre Polyhistor paraît 
associer une Gordia et une Kurynoé à la fondation de Gbytroi en Chypre (Steph. 
Byz., s. v. Xuxpoi). L'existence d'un doublet Eurythoé-Eurynoé peut s'appuyer sur les 
doublets semblables Alkinoé-Alkithoé, Leukonoé-Leukothoé, etc. 



NOE SANGARIOU 167 

avec des suffixes diminutifs, Nawapiov, Navv-qXt'ç ; 
au lieu de la racine na on a la variante no dans Nôwoç, N6wa, 
Novco.v ; 
la variante nou dans Nouvaç, Nouva, Nouvtj, Nouwo;, Nvuvo; ; 
la variante ni dans Ntwiç, Ni'wiov, Nfvetç; Nfoixa ; 
la variante ne dans NVjvtç, Nsvâpio;, Nsvtjvtjvt) ; 
avec un préfixe augmentatif 'Evaç, "Awa, "Aw.ov, "Awaxoç, 'Ivà-.ç; 
en combinaison avec un autre nom, ou placé après, Nàwaxoç, 

Nàvvajxôaç, Navitda, Navo^aXàjxupo;, Nevixàuuç ; 

OU placé avant, 'Apfxou-vavtç, Teôi-vtjviç, ri£p7r£-VY)viV. 

Ainsi, quand les auteurs grecs parlent d'Eunoé ou de Naïs 
comme nom de la fille de Sangarios, on peut penser que leurs 
sources phrygiennes la désignaient sous une des formes du même 
nom divin qui vont de Na à Noé 2 . 

De ces formes, Noé ou Noa paraît celle qui est particulière à la 
Phrygie du sud, la région phrygienne qui s'étend des frontières de 
la Carie à celles de la Cappadoce, comprenant Isaurie, Lycaonie et 
Pisidie et dont Apamée est le centre. Ce n'est pas seulement la ré- 
partition des noms de ce type qui l'atteste, c'est aussi le nom indi- 
gène d'une des grandes villes de cette région : Ninoé. Bien qu Aphro- 
disias, dont le nom indigène serait Ntvd^ d'après Etienne de Byzance, 
fasse officiellement partie de la Carie 3 , elle appartient à cette partie 

1. Ce tableau des formes est. celui de Kretschmer, Einleitung in die Geschichte 
d.griech. Sprache, p. 340-5, autrement classé et enrichi. Ainsi Nouvo; est connu par 
Calder, Klio, 1910, Inscr. of Lycaonia, n. 15; Nouva par Journ. HelL Stud., 1911, 
p. 177 ; Niviç par Am. J. Arch., 1910, p. 415; N£uvy]vy)vy) par Keil-Prèmerstein, Reise 
in Lydien, I, n. 178 ; 'Ivdi; par Wiegaud, Sec hs ter vorlàufiger Bericht ûber Milet, 
1908, p. 23. Ninika est une Tille de Cilicie. Je verrais un dérivé grécoromanisé de Noé 
dans le nom de Julius N6y]to;, hymnôde à Pergame au temps de Trajan (Fraenkel, 
Inschr. von P., 374 A. 26). Un autre Nô/iro; est un docteur chrétien de Smyrne de la 
fin du in e siècle (Batiffol, Littérature Chrétienne grecque, p. 142). Hippolyte avait 
écrit un Contra Noëtum. 

2. L'onomastique phrygienne fournit de nombreux exemples de l'alternance d'à et 
d'd : Atreus et Otreus (cf. les villes d'Otrous en Phrygie, d'Otryai et d'Otria en Bithynie), 
Atys et Otys, Kadys et Kotys, Marsyas et Morsynos; peut être faut-il rapprocher ôx8o;, 
hauteur, d'Agdos (Agdestis), et "àpysiv, commander, d'Orchamos, Phrygien dans l'Iliade. 

3. Aphrodisias est, d'ailleurs, considérée comme phrygienne par Strabon, comme 
lydienne par Ptolémie, comme ville frontière entre la Carie et la Lydie par Stéphane 
de Byzance. Le nom actuel, Gheira, est sans doute une déformation de Karia, la divi- 
sion de Dioclétien complétée par celle de Léon I ayant fait d' Aphrodisias la métropole 
des Kôcpe; ; elle fut érigée en évêché sous le nom d"E7rà?x £t ^ Kapi'aç,. Ne pouvant con- 
server un nom aussi évocateur du paganisme, Aphrodisias reçut celui de SxaupouTroXiç 
après Justinien. Christodoros de Koptos, qui paraît avoir composé une série d'éloges 
en vers des villes célèbres, v. 500-518, écrivit encore une TTà-rpta 'AîppoSitfidcSoç. On a 
généralement admis que Stauroupolis était une adaptation de Taurou- ou Tauropolis, 
nom que la ville aurait également porté. Mais Th. Reiuach {Rev. Et. gr., 1906, p. 228) 
a montré que les textes invoqués, surtout celui d'Apolloniosd'Aphrodisias, (ap.Steph.Byz 



168 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

N.-E. de la Carie qui, ethnographiquement, se rattache à la vallée 
du Méandre, dont elle n'est séparée que par la chaîne du Kadmos et 
du Salbakos dominant au nord les hautes plaines de Tabai et d'Aphro - 
disias. Bien entendu, Ninoé ne saurait être mis en rapport avec 
« Ninus l'Assyrien » comme le supposait Texier/; il faut rapprocher 
ce terme, d'une part, de toute la série des noms féminins qu'on a 
énumérés 2 , d'autre part de NivsûStoç, le vocable sous lequel on y adorait 
Zeus. Zeus Nineudios était le parèdre d'une déesse dont le culte l'em- 
portait sur le sien ; le principal personnage de la cité était son grand- 
prétre 3 ; elle avait des domaines l et des esclaves sacrés s . C'est 
évidemment cette déesse, déesse que les Grecs ont identifiée à leur 
Aphrodite, qui devait être pour les indigènes Ninoé 6 . Quelle était 
la nature de cette déesse Ninoé? 

L'identification à Aphrodite, jointe à ce que l'on sait de la religion 
anatolienne, autorise à voir en elle, avant tout, une personnification 
de la fécondité. Elle est figurée à la faconde l'Artémis Ephésienne 
ou Persique 7 . Son nom permet, je crois, de préciser ce caractère. 
Il est manifeste, en effet, qu'il faut le rapprocher, non de Nanaï 8 , 

s. v. Xpuffaopiç, FHG, IV, 311,8), attestaient seulement que Tauropolis était une ville 
voisine de Plarasa et de Chrysaoris, dite aussi Hydrias. Il incline à rapprocher son nom 
du Taurus. Il me semble que le nom (à rapprocher de Mastaura à propos de laquelle 
Stéphane de Byzance note qu'on sacrifiait un taureau à Ma, allusion probable au tau- 
robole), doit être plutôt en rapport arec le culte du taureau bien connu en Carie, et 
que, pour expliquer qu'Aphrodisias soit devenue Stauropolis, il faut admettre que Tau- 
ropolis était une localité toute voisine (ce que fait Ramsay, Ciliés and Bishoprics, I, 
p. 188. Un nouveau métropolite de Stauropolis dans Rev. arch. 1912 I, p. 334). 

1. Curtius, Hist. grecque, I, pp. 89 et 149, rapproche encore Ninoé de Ni.nive en 
s'appuyant sur la conquête de la Phrygie prêtée à Ninos l'Assyrien (Diod., Il, 2 ; 
Plat., Lee/., p. 685). 

2. Rappelons qu'une autre ville de la région porte peut-être un nom de même type, 
la AuaivÔY] de Polybe et de Tite Live, entre Sagalassos et Cormasa. 

3. Holleaux, Bull. Gorr. Hell, IX, p. 80; Th. Reinach, op. cit., p. 92. 

4. Cf. p. ex. dans Reinach, op. cit., les inscr. 71, 88 et 126. 

Mithridate avait étendu son droit d'asile que César et Tibère confirmèrent Tac, 
Ann., III, 62; Cig., 2375. 

5. Reinach, op. cit., p. 243. 

6. Un extrait du llîpi KtXixt'a; (corrigez II. Kapîa;) d'Alexandre Polyhistor note 
qu'Aphrodisias ctizo Trj; 'A:ppoôÉTfjç xe>c),rja6ai, et Tacite, Ann., 111,71, 62, l'appelle Veneris 
c'witas. Sur Aphrodite comme prête-nom de la Déesse phrygienne voir déjà Welcker, 
Rhein. Mus., 1833, 200. 

7. Sur les monnaies d'époque impériale son idole est drapée jusqu'aux pieds joints : 
coiffée du kalathos, les bras tendus en avant, elle est placée entre le soleil et la lune ; 
seule la terre forma naturellement triade avec ces astres. Sa prêtresse s'appelait àvôiQ- 
aopo; : elle p >rtait donc des fleurs, ce qui convient aune déesse delà fécondité terrestre. 

8. Comme le fait Thraemer, Pergamos, p. 344 et 413. Il s'appuie sur la présence 
de Ninos, fils de Bélos, à la tète de la dynastie des Héraklides chez Hérodote (i, 7) et 
Sur la conquête de l'Asie Mineure par Ninos de Ninive dont Ktésias parlait, à en croire 



NOÉ SANGARIOU 169 

le nom accadien d'Ishtar, mais de notre série Na-Noé*. D'ailleurs, 
la similitude entre les deux noms est importante à relever dès 
maintenant. La fusion semble s'être faite de bonne heure, entre la 
déesse iranienne Anaia-Anaïtis, qui est sans doute apparentée à 
notre Na-Nana, et la déesse sémitique Nina-Nanaï, fusion d'autant 
plus facile que toutes deux étaient attachées au culte des eaux 
fécondantes. La fusion opérée dans l'Iran, la déesse se répandit avec 
la conquête perse à travers l'Anatolie ; là, elle s'unit d'autant plus 
aisément avec la Mà-Cybèle indigène, dont Na-Noé est une des 
formes, qu'on sacrifiait à toutes deux le taureau ; de grands tem- 
ples d'Artémis Tauropolos ou Artémis Persique s'élevèrent de Zéla 
dans le Pont à Kastabala en Gilicie ; en Lydie, ses principaux 
sanctuaires furent à à Hiérocésarée etHypaipa. A l'époque impériale, 
on l'y célébrait encore comme déesse des eaux : 'Avo^Ttiv ttjv àirb 
toU \epou uoaroç 2 . Or, Gybèle passait pour faire sourdre les eaux par- 
tout où elle passait 3 . Mais, à cause de son caractère guerrier, elle 
fut aussi identifiée à Athéna et, comme déesse de la fertilité, à 
Aphrodite. Je ne doute pas que la Ninoé d'Aphrodisias et de Tau- 
roupolis ne fut une vieille déesse anatolienne, dont le culte reçut 
uu essor nouveau au double contact de l' Artémis Persique (irano- 
chaldéenne) et de l'Artémis Ephésienne (lydo-grecque) 4 . 

Que Noé soit un nom proprement phrygien ou qu'il remonte à la 
couche antérieure qu'on appelait autrefois pêlasgique, et qu'on 
tend à considérer comme hétéenne, toujours est-il qu'on peut le 
rapprocher de la série des noms divins grecs qui se terminent en 
noé: Alkinoé, Anchinoé, Arsinoé, Autonoé, Ghrysonoé, Dinonoé, 

Diodore (II, 2J. Mais tout ce qu'on mettait naguère (c'est encore le système de Radet 
dans sa Lydie au temps des Mermnades) en Lydie au compte d'un élément sémitique 
représenté par les Leuko -Syriens de Sinope et les Assyriens du Sipyle, est attribué 
aujourd'hui à un élément liétéen. Ninos est probablement le parèdre de Ninoé, pure- 
ment phrygien comme elle. Que Ninos appartient au fond lydien, j'en verrais une 
preuve dans le nom de Nanos que porte l'Hercule local des Étrusques de Cortone (Cf. P. 
Ducati, R. C. Ace. Lincei, 1910, p. 175). On a vu que Nanos est une des variantes 
du nom phrygien Nas (ainsi à Pessinonte, Ath. Mitth., 1897, p. 48). 

1. On pourrait invoquer que Ninoé passait pour fondée par des Pélasges et habitée 
par des Lélèges, prédécesseurs des Cariens, d'où le nom de Lelégônpolis qu'elle aurait 
porté. D'autre part, le Nanas-Nanos de Gortone passait pour s'y être établi à la 
tète des Pélasges chassés de Larissa, et on aura à en rapprocher Zeus Naos, le dieu 
pêlasgique de Dodone. 

2. G. Buresch, Aus Lydien, 1898, p. 118. 

3. Callimaque, H. Jov. 10, 16, 19, 39. 

4. Voir les articles Anâhita-Anaïtis de Cumont dans le Pauly-Wissowa et dans 
VEncyclopsedia of Religion. L'existence de la ville d'Anaia près d'Éphèse permet de 
croire qu'une déesse anatolienne a été aussi adorée à l'origine à Éphèse sous une 
forme intermédiaire entre Noé et Anâhita et prêtant à la fusion avec toutes deux. 



170 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Etiooé, Eurynoé, Glaukonoé, Hipponoé, Iphinoé, Kléonoé, Leuko- 
noé, Mélinoé, Oinoé, Peisinoé, Phémonoé, Philonoé, Pronoé, Po- 
lynoé, Protonoé, Thelxinoé, Théonoé, etc. 

Quel que soit le sort particulier que la mythologie ait fait à ces 
piMsonnages — faisant d'Autonoé la fille de Kadmos, d'Alkinoé la 
sœur de Kalchas, ou d'Iphinoé, tantôt Tune des Proitides et tantôt 
la mère de Dédale — , toutes semblent pouvoir se rattacher à des 
sources. Sans doute, vô-r) a bientôt pris pour les Grecs un sens 
voisin de vouç, et on a fait de Dinonoé une des Ménades, parce que 
la liqueur de Bacchus « tourne la tête », de Peisinoé une Sirène 
chez Apollodore et Aphrodite chez Nonnos, parce qu'elle « séduit 
les esprits », de Thelxinoé, qui « charme l'esprit», une des Muses 
primitives ou une des compagnes de Sémélé, de Pronoé la 
« Prévoyance » ; mais ce sont là autant de combinaisons posté- 
rieures, variées par l'ingéniosité hellénique. 

A l'origine, ce sont toutes des Nymphes ou Naïades. Pour cer- 
taines, leur nom nous est connu comme celui de sources réputées, 
telle Arsinoé, source à Messène, Alkinoé et Leukonoé, sources et 
nymphes à Tégée 1 ; Théonoé et Anchinoé passent pour filles du Nil 
ou de Protée, son frère, Isonoé est une des Dauaïdes 2 . L'ancienneté 
de ce caractère de divinité des eaux ressort déjà des textes, puisque 
Autonoé, Polynoé, Pronoé et Hipponoé sont filles de Néreus et de 
Dôris dans la Théogonie* et que c'est aussi à Hésiode que remonte 
la légende de cette déesse de la mer dont le nom est surtout connu 
sous la forme Inô-Leukothéa, mais pour laquelle on a tracée des dou- 
blets Iphinoé-Inô et Leukothéa-Leukonoé. Môme sans ces doublets, 
il suffit de se reporter à notre liste de variantes de Na-Noé pour se 
convaincre qu' "Ivù ou Elvw peut y rentrer et qu'elle est à Inachos, 
fleuve argien dont on fit le roi sous qui se serait produit le déluge, 
ce que l'on verra que Noé est sans doute à Nannakos. Inô a pu rem- 
placer Noé sur les monnaies de Kibyra où elle figure. De même, cer- 
tains noms divins en naé ressortent à la même série, tels Danaé, « la 
donneuse d'eau », dont la légende recouvre un rite pour l'obten- 



1. Paus., VIII, 47, 2 et 7. D'après Hésycliius, vôa signifie source en crétois. L'Oivoy] 
d'Argolide serait appelé aussi Oîvwa (Wilanowitz, Herakles, II, p. 91). 

2. Scliol. Apoll. Rhod., l, 230. 

3. Voir la liste des Néréides dans l'art. Nereiden du Lexikon de Roscher. Aux 
indices qu'on y trouvera pour mettre Nri-piQioe; en rapport avec Ny)-tâ8e; (vYjp-evç et 
và-po; ce qui coule; cf. Narijx,Naro, Narona, NarenLa) ajoutez que la place cappado- 
ciennc de >'û>pa est également appelée N/]poa<;<76; (Cf. "Vàr\ et TSiTffà;). Samos aurait été 
habitée à l'origine par les NrjiSe;, comme Kéos par les Hydroussai (Héracl. Pont., 
F H G, II, 214-5). 



NOÉ SANGARIOU 471 

tion de la pluie qui n'a cessé d'être usité dans les Balkans l : les 
pièces d'or jetées à poignées sur une jeune fille nue pour obtenir 
du ciel la pluie fécondante. 

Le suffixe commun noé-naé s'explique sans peine 2 . C'est le 
terme qu'on trouve sous sa forme simple dans le nom des divinités 
des eaux, Naiàosç ou NyiVocosç 3 . Les anciens déjà ont vu dans les 
Naïades la personnification des eaux courantes \ Et il n'est pas 

i. Sur ces rain-charms, cf. Frazer, The Golden Boug/i : The Magic Art, I, p. 250 
et suiv., notam., p. 213. Pour l'autre partie de la légende de Danaé, la femme 
nue coupable exposée dans un tonneau, d'autres contes valaques sont indiqués par 
Usener, Die Sintflutsage, p. 108. Cf. aussi A. Wirth, Danae in ckristlichen 
Legenden (Vienne, 1892). La légende bien connue du tonneau des Danaïdes doit avoir 
également été influencée par un rain-charm consistant à verser de l'eau dans un 
récipient sans fond. On sait qu'on leur attribuait, ainsi qu'à leur père Danaos, 
l'invention de tous les travaux de canalisation et d'irrigation. On connaît les rapports 
étroits qui unissent Persée ainsi que Proitos avec la Lycie et la Pbrygie ; pour 
Akrisios, le père de Danaé, il faut relever la glose d'Hésychius : 'Axpiaiaç, Kpôvoç. 
•rcapà 4>pu£tv. Quant au nom même de Danaé, je le rapprocberais de la série de noms 
de fleuve tbraco-scythes Danaïs-Tanaïs, Danapris (Dniepr), Danastris (Dniestr), Danube. 
Le premier a de Danaé est bref; il en est de même dans Sotvoç, dator, donator. Le 
nom de Danà a été porté par des femmes en Thessalie, 'E<p. 'apx-, 1910, p. 378. 

2. Cette déformation en noé me parait due à une action populaire dont nous 
retrouvons l'influence semblable en français. Comme le latin, le celtique paraît avoir 
possédé les diphtongues ae ou oe qui se prononçaient comme elles se prononcent 
encore en anglais. Mais le Français n'a pu s'accoutumer, lorsqu'il rencontrait ces deux 
voyelles accolées, à ne pas les distinguer par la prononciation ; ainsi, à force de 
prononcer Crusoe, Defoe, Ivanboe et Monroe, comme si Ve final se prononçait e, on 
a fini par l'écrire avec accent aigu ou tréma. Il en est de même pour le nom de la 
famille bretonne des De la Noe ; à force de prononcer Noé on a fini par écrire le nom 
ainsi ou Noë ; c'est ainsi qu'un membre de cette famille, Amédée de Noë, fut amené 
à prendre le pseudonyme sous lequel il est resté célèbre, qui en faisait un fils du 
patriarche Noé : Cham ; et Cham, par analogie, fit prendre à un autre caricaturiste 
le nom de son frère Sem ! — De même, on écrit Nominoé, Erispoé les noms des ducs 
de Bretagne dont les Anglais appellent les parents restés en Cornouailles Winnalœ etc. 

Ajoutons que ce nom de De la Noe, qu'on retrouve dans une série de noms de 
familles : de la Noue, de la Nouette, des Noettes, remonte sans doute à la même 
origine quevor): il est tiré, en effet, du latin médiéval noa, qui alterne avec nauda déjà 
connu à l'époque carolingienne; la forme dérivée noue a été admise au Dictionnaire 
de l'Académie en 1762 ; il désigne stricto sensu un pré bas souvent inondé, au sens 
large tout terrain marécageux. Que le celtique possédait des mots apparentés à vaù;» 
navis, nauta, c'est ce qui résulte de nausum qu'Ausone donne comme une sorte 
de vaisseau gaulois. — Ce phénomène morphologique a été noté à propos du nom 
de Laennec par H. Gaidoz, dans les Miscellany in honour of Kuno Meyer (Halle, 
1912). Pour les de La Noue, voir C. Vincens, François de la Noue (Paris, 1878). 
Le génitif de l'Iranien nau (navis) est noé, d'après Gurtius. Le nom du patriarche 
aurait donc pu s'associer facilement avec celui de l'arche dans l'esprit des Perses. 

3. 11 suffit de rappeler la séquence vaù;-vy]0;-và;-va©;-ttatus, ce qui vogue, vàco- 
véu>, couler, nager, vàp.a, liquide, vYJaoç, île. 

4. Cette étymologie remonte a l'antiquité, voir les textes cités dans le Lexikon de 
Roscher, art. Nymphen, col. 501. Maass a bien vu que noé devait s'expliquer comme 



172 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

douteux que le Zeus de Dodone, dont la principale fonction paraît 
être d'attirer la pluie, ne doive à ce rôle pluvieux son vocable de 
Naos '. Tous nos noms en noè s'expliquent aisément ainsi : 
Autonoé est la source qui coule d'elle-même, Glaukonoé Veau 
qui miroite^ Leukonoé la fontaine blanche identique à cette 
Leukophrys dont les Grecs ont fait, à Magnésie du Méandre, Artémis 
Leukophryéné 2 . 

On peut donc admettre que notre Nana-Noé est une déesse des 
eaux fécondante, et on s'explique aisément qu'elle soit associée au 
Sangaiïos. La Ninoé d'Aphrodisias serait une forme de cette 
divinité 3 . Quand on a vu Aphrodisias en plein été, véritable oasis 
de verdure au milieu d'une plaine de pâturages, avec son sol si 
abondamment arrosé que les pieds des ruines plongent dans l'eau, 
on comprend que la déesse qu'on y adorait ait eu le caractère de 
déesse des eaux. D'ailleurs, les monnaies d'Aphrodisias montrent, 
héroïsés, les deux cours d'eau qui drainent sa plaine, le Morsynos 
et son affluent, leTimélès ''. L'adoration des cours d'eau paraît un des 
traits des cultes phrygiens. En dehors du Sangarios et des divers 
cours d'eau nommés Marsyas, Morsynos ou Mossynos, l'Halys, le 
Thermodon, le Méandre, le Kaïkos et l'Hermos nous sont connus 
par les textes et les monnaies comme des divinités ; les monnaies 
seules apportent le même témoignage en Phrygie pour l'Aulindénos 
de Kérétapa, le Ghrysorrhoas d'Hiérapolis, l'Hippourios de Blaundos, 
leLykos et le Kapros de Laodicée, le Kazanès de Thémisonion, le 
Rhyndakos d'Aizanoi, le Sénaros de Sébasté, le Tembris de 
Dorylée ; en Pisidie phrygienne, pour l'Anthios d'Antioche, le 
Kestros de Sagalassos, le Tioulos de Prostanna ; en Lydie pour le 
Lélhaios de Magnésie, le Kissos de Tomara, le Pidasos d'Hyrkanis; 

naé, Oest. Jahreshefle, 1908, p. 23, A th. Mitt., 1910, p. 334. Le rapport entre vocvc, 
le navire, et vaoç, le temple, est toujours mystérieux, bien que nous parlions aussi du 
vaisseau ou de la nef d'une église. On a supposé récemment que le vaoç primitif 
devrait son nom à ce qu'il était une grotte à source sacrée. (H. Muchau, Pfahlhaus- 
hau und Griechentempel, Jena, 1909). 

1. A propos d'une monnaie de Dodone au type de Zeus Naos, Th. Reinach a réuni 
les textes relatifs à ce vocable de Zeus, dont Nôco; paraît la forme plus ancienne, et 
Nd'.oç la forme dérivée, Rev. Arch., 1905, il, p. 97-102. Ces textes mêmes attestent 
que Zeus Naos est bien « primitivement le numen d'une source bruissant sous les 
chênes o, et non, comme l'auteur de l'article le propose, un Zeus « arche », en prenant 
vaô; au seus de teni pl<* . Sur' Zeus, dieu de la pluie, cf. Frazer, The Golden Bnugh : 
The Magic Art, II. p. 359. 

1. Déjà XénophOD, Hell., ni, 2-19, parle de la >i'(j.vyi et du temple d'Artémis à 
Leukophrys. 

3. Rappelons que l'Aphrodite tyrienue est devenue de même Astronoé. Cf. Dussaud, 
Rev. Hist. Rel. 1911, II, p. 335. 

4. Imhoof-Blumer, Klein asiatische Miinzen, pp. 82,1 et 110,11. 



NOÉ SANGÀRIOU 173 

en Mysie et ïroade le caractère divin est déjà attesté par Y Iliade 
pour le Skamandros-Xanthos, le Simoïs, le Rbésos, le Rhodios, le 
Kéteios, le Kébren, l'Aisépos, l'Euénos *. 

A ces rivières divinisées on pourrait ajouter les sources sacrées. 
II suffit de mentionner ici les « fontaines de Midas, de Mopsos, de 
Mên, de Marsyas » et celles où Ton baignait les idoles de la Mère des 
Dieux à Pessinonte et à Ancyre. Nous aurons à revenir sur les 
légendes qui concernent certaines d'entre elles. 

Le rôle des eaux courantes dans la religion phrygienne ne 
saurait donc être négligé et on ne verra plus rien d'invraisemblable 
à ce que ce soient ces eaux fertilisantes que les Phrygiens aient 
personnifiées dans cet aspect de leur grande déesse féminine 
qu'exprime le nom de Na ou de Noé. Sous la deuxième forme on a 
vu dans quelle série de Naïades elle rentrait ; sous la première, 
c'est elle sans doute qu'on retrouve dans ces villes phrygiennes : 
Nakoleia, Nakrasa, Nais 2 . 



II 

Ceci acquis, nous pouvons poser sur un terrain solide la 
question qui est l'objet essentiel de ce mémoire : ne serait-ce pas 
le culte de cette déesse Noé à Apamée-Kibôtos qui expliquerait 
l'adoption de la légende du Noé biblique que les monnaies de cette 
ville attestent pour le 111 e siècle de notre ère ? 

On sait que le revers de grands bronzes frappés sous Septime 
Sévère (194-211), Macrin (211-8) et Philippe l'Ancien (244-9), montre 
un coffre ouvert sur lequel est écrit NQE et d'où sortent les bustes 
d'un homme et d'une femme ; le coffre est porté sur les flots ; un 
oiseau est posé au sommet ; vers lui vole un autre oiseau, un 
rameau entre les pattes ; à côté de l'arche, les deux personnages 
sont représentés debout, marchant, la main droite levée, dans un 
geste d'adoration ou d'acclamation 3 . 

1. Voir les références à l'article Flussgôtter, d'O. Waser, dans la Real-Ency- 
klopaedie de Pauly-Wissowa. 

2. Auj. Ine, cf. l'Inô : en qui se serait muée la Noé de Kibyra (p. 170). 

3. On trouvera toute la bibliographie de ces pièces, qui remonte à 1668, dans l'art, 
de F.-W. Madden, Numismalic Chronicle, vi, 1866, pp. 173-220 (elle est reproduite, 
disposée en ordre alphabétique et mise à jour, par H. Leclercq dans l'art. Apamée du 
Dictionnaire d'Archéologie chrétienne). Je ne donne ici que les indications essen- 
tielles : 

1° Avers : ATT- K- A- CEOT* CEOTHPOC IIEPTI. Buste de Septime Sévère, à 
dr., lauré, avec paludamentum et cuirasse. 



174 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Il y a longtemps qu'on a reconnu ici la légende juive de Noé. 
Voici comment M. Babelon a résumé l'opinion que l'autorité de 
Lenormant a fait généralement adopter 1 : 

En Phrygie, la tradition diluvienne était nationale comme en Grèce. 
La ville d'Apamée en tirait son surnom de Kibôlos ou « arche», préten- 
dant être le lieu où l'arche s'était arrêtée. Iconion, de son côté, avait la 
même prétention. C'est ainsi que les gens du pays de Milyas, en Arménie, 
montraient, sur le sommet de la montagne appelée Baris, les débris de 
l'arche, que l'on faisait aussi voir aux pèlerins de TArarat, dans les pre- 
miers siècles du christianisme, comme Bérose raconte que sur les monts 
Gordyéens on visitait de son temps les restes du vaisseau de Hasisatra 
(le Noé chaldéen). 

Dans le 11 e et le iu e siècle de l'ère chrétienne, par suite de l'infiltration 
syncrétique de traditions juives et chrétiennes qui pénétrait jusque dans 
les esprits encore attachés au paganisme, les autorités sacerdotales 
d'Apamée de Phrygie firent frapper des monnaies qui ont pour type 
l'arche ouverte, dans laquelle sont le patriarche sauvé du déluge et sa 
femme, recevant la colombe qui apporte le rameau d'olivier, puis, à côté, 
les deux mêmes personnages sortis du coffre pour reprendre possession 
de la terre. Sur l'arche est écrit le nom de Nwe, c'est-à-dire la forme 
même que revêt l'appellation de Nôa'h dans la version grecque de la 

R. : EIII AmNOGETOY APTEMA T ( = xo t P (tov ). En exergue A1IAMEQN ; sur 
l'arche : NQE. 

Le couvercle de l'arche est oblique par rapport au coffre. 

Acquise à Rome pour le Cabinet des Médailles de Louis XIV, Mionnet, IV, p. 231, 
201 ; Head, H. N., fig. 313 ; Madden, op. cit., pi. vi ; Babelon, op. cil., p. 171 ; Dict; 
d'Arch. chrétienne, art. Apamée, f. 825 ; Th. Reinach, Jewish Coins (1903), pi. xi- 
Pilcher, Proc. Soc. Bibl. Arch., 1903, pi. à la p. 224, n° i ; Ramsay, Ciliés and 
Bishoprics, pi. n, 1. Ici n° 1. — Le n° 3 est une seconde pièce, inédite de la coll. 
WaddingtoD. 

2° A. : AIT- M- OT1EA- CEOÏ- MAKPEINOC CEBA. 

Buste de Macrin, idem. 

R. En exergue : AIIAMEQN, sur l'arche NQE. Couvercle comme le précédent. 
Cabinet des Jésuites, puis Cabinet impérial à Vienne; Imhoof-Blumer, Griech. Miinzen, 
p. 206 ; Madden, pi. vi ; Dict. Arch., f. 826. Note n° 2 vient de la coll. Waddington. 

3° A. : ATT' K- IOTA- «MAIUriOC AIT. 

Buste de Philippe, idem. 

R. : EU- M- ATP- AAEEANAPOÏ B APXI ATTAMEQN. Sur l'arche NQE Bologne 
et NQ (Florence). Un exemplaire du cabinet de Florence est décrit par Ottavio Falconièri 
en 1668, qui dit en connaître deux autres dans les coll. Cbigi et Ottoboni. Un de ceux-ci 
est sans doute l'ex. de Bologne, l'autre l'ex. du British Muséum, entré en 1849. L'ex. du 
British Muséum est reproduit par Madden, pi. vi; Ramsay, Cities, pi. n, 2; Dict. 
d'arch. f. 827. 

4° A.: K* IOTA* 4>IA Buste de Philippe, idem. 

R. : En- M- ATP AAEZANAPOr B- APXP AITAMEQN. 

british Muséum acquis de la coll. Whittall, en 1885; Head, BMC, Phrygia, p. 101, 82. 

5° E. Babelon, La tradition phrygienne du Déluge dans Rev. llist. Rel., XXI II, 
1891, p. 114-83 (réimprimé dans Mélanges de Numismatique, 1, p. 165-74). 

1. Th. Beinach, Les Monnaies juives, p. 71-2. 



NOÉ SANGARIOU 175 

Bible, dite des Septante. Ainsi, à cette époque, le sacerdoce païen de la 
cité phrygienne avait adopté le récit biblique avec ses noms mêmes, et 
l'avait greffé sur l'ancienne tradition indigène. 

Ainsi, d'après cette thèse, il y aurait eu chez les Phrygiens, peuple que 
l'on dit d'origine japhétique, une tradition spéciale et nationale du déluge, 
laquelle se serait fusionnée avec la tradition biblique après que cette der- 
nière eut pénétré jusqu'en Phrygie avec les idées judéo-chrétiennes. La 
doctrine du déluge phrygien est admise, non seulement par les exégètes 
et les commentateurs des livres bibliques, mais par les historiens pro- 
fanes eux-mêmes. Après avoir signalé le type des monnaies d'Apamée, 
Droysen ajoute : « La légende doit avoir été importée de Gelaenae, où 
elle sera venue de Babylone, et c'est plus tard seulement qu'elle se sera 
combinée de cette façon avec la tradition juive.» Enfin, on me permettra 
de citer encore le témoignage de M. Théodore Reinach, qui, parlant des 
médailles d'Apamée dans le charmant opuscule qu'il a consacré aux 
monnaies juives, s'exprime comme il suit: « Non seulement, le mono- 
théisme juif, la morale juive gagnaient des prosélytes jusque sur les 
marches du trône, mais les légendes païennes elle-mêmes commençaient 
à s'accommoder aux traditions j uives, à se fondre avec elles. Nous avons un 
exemple bien remarquable de cette fusion graduelle dans une monnaie de 
la ville d'Apamée en Phrygie, qui date de l'empereur Septime Sévère et 
qui a été répétée plusieurs fois sous les règnes suivants.... Les Phrygiens 
avaient leur mythe du déluge, qui avait fini par se localiser à Apamée-Cibo- 
tus, Apamée " la Boîte". Gomme cette ville renfermait, dès l'époque de 
Gicéron, une nombreuse population juive, il dut s'opérer de bonne heure 
une fusion des deux légendes... 

11 semble, ajoute M. Babelon, que l'on doive s'incliner devant un juge- 
ment aussi unanime et aussi formel. On me permettra néanmoins 
d'exposer les raisons qui, selon moi, établissent qu'il n'y a jamais eu de 
tradition nationale du déluge chez les Phrygiens; que le mythe qu'on a 
attribué à ce peuple comme un patrimoine de race, une vieille légende 
de famille, n'est en réalité que le récit biblique, et que ce dernier n'a 
point eu, en Phrygie, à se fusionner avec une autre tradition qui 
n'existait pas. 

L'argumentation de M. Babelon peut se résumer ainsi: ni le nom 
de Kibôtos ni la légende de l'arche ne sont connues avant l'époque 
hellénistique, même avant le i er siècle av. J.-C; Kibôtos n'est pas at- 
testé avantStrabon, la légende avant les Oracula Sibyllina. Or, on 
sait qu'Antiochos III ordonna de transplanter en Phrygie deux mille 
familles juives de la Mésopotamie et de la Babylonie et Apamée 
renfermait au temps de Gicéron une population juive si prospère 
qu'elle pouvait envoyer 100 livres d'or à Jérusalem 1 . Ce serait elle 

i. Pro Flacco, 28. 



176 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

qui aurait transporté de toutes pièces la légende du déluge en 
Phrygie. Cette légende n'aurait compris aucun élément indigène. 

C'est contre cette thèse * que je voudrais reprendre ici l'opinion 
traditionnelle, mais en lui donnant les bases qui lui faisaient défaut 
au temps où M. Babelon en a eu facilement raison. Nous avons 
déjà vu que Noé avait pu être un des noms de la grande déesse 
phrygienne des eaux; nous allons rechercher maintenant les traces 
d'une tradition du déluge, indépendante de celle de la Bible, qui 
peuvent exister en Phrygie; nous espérons qu'on concluera avec 
nous de ce double examen qu'Apamée a été le siège, à la fois, d'une 
légende indigène d'eaux engouffrées sous terre et du culte de leur 
déesse. 

#** 

Il faut d'abord grouper autour des monnaies les textes qui 
se rapportent à la même tradition. On verra que la localisation de 
l'arche de Noé à Apamée ne résulte pas de la fantaisie de quelque 
monétaire judaïsant ; elle appartient à une tradition bien attestée. 
Le texte essentiel à rapprocher de ces monnaies est un passage du 
récit que le premier chant sibyllin donne du déluge. Voici ce que 
prophéthise la Sibylle 2 : 

Au milieu des violences de l'âge des géants, un seul, Noé, restait 
homme de justice et de vérité. Dieu lui prescrit d'avertir les hommes 
de revenir au bien ; s'ils n'écoutent pas ses avertissements, il les 
exterminera dans un déluge. Que Noé construise alors une arche de 
bois dont Dieu lui donnera lui-même le plan. Noé exhorte les 
hommes par deux fois. A la fin du deuxième discours qu'il lui 
prête, l'auteur dénonce sa patrie par cette prédiction (v. 189-198). 3 

Alors l'univers entier et les hommes mortels 

Périront. Et moi, quelles lamentations pousserai-je, quels pleurs verserai-je 

Dans ma maison de bois ! Combien de larmes môlerai-je aux flots! 

Car lorsque surviendra cette eau sur Tordre de Dieu, 

Lors flottera la terre, flotteront les montagnes, flottera Téther. 

1. Qui a reçu l'approbation de Scliuerer, Gesch. a. Judischen Volkes im Zeitalte 
Christi, III (4 e éd., 1909), p. 19. 

2. La partie qui concerne le déluge va du v. 125 à 283. 

Le nom du patriarche est écrit Nôàe comme sur les monnaies et comme dans la 
Bible ainsi que chez la plupart des auteurs grecs et latins. 

Les versions latines d'Eusèbc varient entre Noachus et Noemus, et l'emploi d'une 
forme Noachos chez les judéo-grecs résulte du nom de Noachites donné à une secte 
guostique. 

3. Je traduis vers par vers sur le texte de l'éd. Geffcken (1902). 



NOÉ SANGAHIOU 477 

Tout sera eau et tout sera détruit par les eaux. 
Quand s'arrêteront les vents, ce sera le deuxième Age. 
Phrygie, la première tu surgiras à la surface de l'eau! 
La première tu nourriras une nouvelle race d'hommes 
Recommençant à nouveau: pour tout, tu seras la nourrice ' ! 

Les exhortations de Noé restant vaines, Dieu lui apparaît de nou- 
veau et lui précise ses instructions. Noé les exécute et l'oixoç oouparéoç 
flotte bientôt sur les mondes engloutis. Au jour révolu, le patriarche 
ouvre le capot ménagé au toit de l'arche et, ne voyant partout que 
de Teau, lâche uue colombe. Elle revient, épuisée; aucune terre 
n'émerge encore. Sept jours après, il la lâche de nouveau ; bientôt 
elle reparaît rapportant un rameau d'olivier. La terre est proche ; 
Noé y aborde le 41 e jour. 

Il y a sur le continent de la noire Phrygie, 

Une montagne élevée qui se dresse haut dans le ciel : on l'appelle Ararat 

Parce que tous devaient être sauvés sur elle; 

En elle un grand désir entra dans les cœurs 9 . 

De là prennent leur course les veines du grand fleuve Marsyas, 

Là, l'arche aborda sur le sommet élevé, 

Les eaux s'étant arrêtées. C'est là qu'alors, du fond du ciel, 

A nouveau la voix merveilleuse du grand Dieu fit retentir. 

Cette parole : « Noé sauvé, loyal et juste, 

Sors courageusement avec tes fils et ton épouse 

Et leurs trois jeunes femmes, et remplissez la terre entière, 

Croissant, multipliant, vous rendant la justice 



1. Les vers 193-6 se retrouvent au livre. VII, v. 9-12. Mais ils sont suivis de ceux-ci, 
qui montrent une tendance toute différente: ^pwTY)S , eîç àasëeiav aT:aov7)ar) 6eov aÙTYj, 
'AAXXoiç el8a>Xoiç xe^aptu^év?), ôaaa as, ôsiX^, 'E^oXeasi, tcoXXwv 7C£pixeXXo|xeva)v 
èvtauxwv. Cette idée que la Phrygie a été la première à renier le vrai Dieu pour em- 
brasser le culte des idoles, qui devait la perdre, revient dans trois passages. Dans III, 105, 
on parle de Zeus nourri en Phrygie (en dehors de la confusion entre l'Ida de Crète et celui 
de Troade, on peut songer aux monnaies d'Apamée montrant Zeus nourri par une chè- 
vre et au sommet du Tmole qui s'appelait " Gonai Dios "). Dans V, 129, (partie com- 
posée par un Juif vers 80 après), la Phrygie doit être punie parce que Rhéa, la mère 
de Zeus, eu a fait sa résidence. Dans IV, 401-9, il est question de la terre phrygienne, 
qui, indignée de porter les souillures de Rhéa, a ruiné Antandros, peut-être aussi 
Dorylaion. Dans III, 511, la Phrygie est meuacée de maux sans nombre. La Sibylle 
vient de montrer l'Hellade dévastée par les (tO^juxtoi TaXàtai xot; AapSaviôaïaiv ; il 
doit s'agir de l'invasion des Skordisques, Dardaniens et Maides en 87-5, qui fut marquée 
parle sac et l'incendie de Delphes (cf. A. Reinach, Bull. Corr. RelL, 1910, p. 320). Ce 
fait, qui n'a pas encore été signalé, confirme la date proposée pour ce passage par Geffcken : 
vers 80, peu après les guerres de Mithridate. 

2. Ces vers s'expliquent par de mauvaises étymologies d'Ararat ; l'une s'explique 
par le grec , apocpèvat, plaire, l'autre par un mot araméen qui signifie sauver. 

T. LXV, n« 130. 12 



178 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Los uns aux autres, de générations en générations jusqu'à ce que vienne 

[le Jugement 
Pour la race entière des hommes: car il y aura Jugement pour tous l . 



Noé et les siens descendent à terre. C'est l'âge d'or qui com- 
mence et où, issue de Noé, naît la Sibylle elle-même. Dans d'autres 
vers elle paraît se donner comme la fille de Noé, enfermée avec lui 
dans l'arche : on verra qne c'est la tradition à laquelle se réfèrent 
les monnaies d'Apamée. Cette tradition se trouvait déjà dans la 
version chaldéenne du déluge, rapportée par Bérose, à en croire 
le résumé de Polyhistor dans Eusèbe. C'est une première indication 
que le récit sibyllin ne dépend pas exclusivement du récit biblique. 
Le rapport où la Sibylle se trouve avec les autres versions du déluge 
chaldéo-hébraïque, ressortira de ce tableau comparatif qui porte 
sur l'épisode de l'envoi des oiseaux. 



ÉPOPÉE 

CHALDÉENNE DE 

GILGAMES 

W'EBKR, Bah. Lit. 
p. 73 



Versions chaldéennes 
BÉROSE 



L'arche aborde 
au 7* jour au 
Mont Niçir. 

Outnapishtim 
fulie une co- 
lombe ; elle re- 
vient. 

Il lâche une 
hirondelle ; elle 
revient. 



Il lâche un cor- 
beau ; il ne re- 
vient pas. 



POLTHISTOR 

F. H. G. II, 501 

d'après le 
Syncelle et Eusèbe 



Xisouthros en- 
voie quelques oi- 
seaux. Ils revien- 
nent. 

Quelques jours 
après il renvoie 
les mêmes oi- 
seaux. Ils revien- 
nent les pieds 
englués de li- 
mon. 

Une troisième 
fois, il les en- 
voie. Ils ne re- 
viennent pas. 

L'arche aborde 
à un mont d'Ar- 
ménie. Xisou- 
thros en descend 
avec sa femme, 
sa fille et son 
pilote. 



Abydénos 
F. H. G. IV, 281 

d'après le 
Syncelle etEusèbe 



L'arche aborde 
au 3 e jour en 



Sisithros en- 
voie quelques 
oiseaux. Ils re- 
viennent. 

Trois jours a- 
près, il renvoie 
les mêmes oi- 
seaux. Us revien- 
nent les pieds 
englués de li- 
mon. 



il débarque. 



Versions hébraïques 



BIBLE 

Gen., vin, 8 

Le J. et l'E. 

sont trop mêlés 

pnur pouvoir être 

distingués avec 

certitude. 



Après que la 
pluie eut tombé 
pendant 40 jours, 
et qu'elle eut 
baissé pendant 
130 jours, l'arche 
s'arrêta le 17 (ou 
27) du 7e mois 
sur les monta- 
gnes d'Ararat. 

Le 1" du 10e 
mois les cimes 
des monts appa- 
raissent. 

Quarantejours 
après, JNoé en- 
voie le corbeau. 
Il ne revient pas, 
voletant jusqu'à 
ce que la terre 
fut à sec. Noé 
envoie alors la 
colombe; elle re- 
vient. 

7 jours après 
1 renvoie la oo- 
ombe ; elle re- 
vient le soir avec 
un rameau d'oli- 
vier. 

Le 1" du 1« 
mois Noé ouvre 
l'Arche; le 27 du 

mois il en sort 
avec sa femme, 
ses fils et ses 
brus. 



JOSEPHE 



Ant. Jud , i, 3 



Après les mê- 
mes périodes de 
40 et 150 jours, 
c'est le 7 (17 ou 
27) du 7« mois 
que l'arche s'ar- 
rête sur la cîine 
d'une montagne 
en Arménie. 



Quelquesjours 
après Noé lâche 
le corbeau ; il 
revient vers lui. 



7 jours après 
il envoie une co- 
lombe. 

Elle revient 
souillée de boue, 
rapportant un ra- 
meau d'olivier. 

7 jours après 
Noé sort à l'en- 
droit que les Ar- 
uéniens appel- 
ent apobathra. 



Version 
judéo-grecque 

SIBYLLE 



Au jour révo- 
lu, Noé lâche la 
colombe. Elle re- 
vient. 

7 jours après 
il la lâche de 
nouveau. Elle re- 
vient avec un 
rameau d'olivier. 

Noé aborde le 
41* jour à l'Ar- 
rat de Phrygie, 
avec sa femme, 
ses fils et ses 
brus. 



1. I, 201-74 D'après I, 287, la Sibylle descendrait de Noé à la sixième génération, 
comme l'a compris Eusèbe, Vita Conslantini, V, 18. D'après III, 827, Epipbane fait 
«le la Sibylle la fille de Noé {Adv. lier., VI, 26, 1 : la Sibylle y est représentée comme 
enfermée dans l'arche avec Noé). L'auteur du Prologue de notre recueil précise que 
la Sibylle, qui est de la race de Noé, est Sambétbé, la Sibylle cbaldéenne. Eusèbe parle 



NOÉ SANGARIOU 179 

Le chant Sibyllin dont on place la composition au I er siècle av. 
J.-C, paraît s'être inspiré de la version biblique simplifiée ; tandis 
que Jo'sèphe y a ajouté 1 élément chaldéen du limon , qu'il connaît la 
tradition arménienne et qu'il a supprimé quelques unes des indi- 
cations chronologiques évidemment fondées sur un cycle de fêtes 
anniversaires tombées en désuétude, la Sibylle, elle, a réduit les 
envois d'oiseau à celui des deux colombes qui reviennent toutes 
deux : c'est ce qui semble figuré sur la monnaie d'Apamée. Une 
autre différence qu'il importe de noter dès maintenant, c'est que le 
déluge de la Genèse est produit par des pluies torrentielles, celui 
de la Sibylle par l'ouverture des abîmes de la terre. On verra 
que ce dernier trait est d'origine phrygienne. 

Quoi qu'il en soit, la Sibylle place l'Ararat en Phrygie ; si elle ne 
nommepasKélainai,ellela vise clairement en faisant sortirleMarsyas 
de cet Ararat et, peut-être aussi par un jeu de mois entre noire 
Phrygie et la signification de Kélainé (sombre) '. Il faut descendre 
jusqu'au savant médecin Sextus Julius Africanus (v. 190-250) pour 
trouver Kélainai mentionnée expressément: 'Hv 8s sx<5v é£axo<xuov ô 

Nwe ors 6 xaxaxXuo-jxoç syevexo. c Qç 8È sXtjçs xb c/ u3o)p, tj xiêtoxoç ISpuOï) S7ct 
xà opïj 'Apapàx, axiva la^sv sv ïlapôta' xtvéç 8s sv KeXatvaiç xfjç ^puy'aç 

slvai cpaaiv zloov 8s xôv xôttov ixxxspov 2 . Jules l'Africain a donc vu les 
deux monts de l'Arche, l'Ararat d'Arménie et celui de Phrygie; je 
crois qu'on peut même donner pour son voyage une date antequem. 
Après 227, où le Sassanide Ardashir renversa le dernier Arsacide, on 
ne pouvait plus guère appeler l'Arménie Part Ma et l'Arménie était 
de nouveau fermée aux Romains, à qui l'avait ouvert la campagne 
de Sévère en 197. 

ensuite de la Sibylle Érythréenne. M. Mras me parait avoir soutenu avec raison [Wiener 
Sludien, 1907, p. 25-49) que le nom de la Sibylle d'Erythrée fut parfois donné à 
la Sibylle cbaldéenne par confusion avec le nom de Mer Erythrée donné au golfe 
persique. J'ajoute que, lorsque la Sibylle Chaldéenne ou Hébraïque est désignée comme 
persique, ce n'est pas à la Perse de Persépolis qu'il faut songer, mais à la province ou 
au royaume de Perside sur le golfe persique. 

Polyhistor montre Noé accompagné de l'architecte «le son navire, de sa femme et 
de sa fille unique. Il n'est pas douteux qu'il suivait la tradition où la Sibylle chaldéenne 
Sambéthé était la fille de Noé. Les huit personnages du Chant sibyllin sont conformes 
au récit biblique : Noé et sa femme, ses trois fils et leurs femmes. Toute cette question 
de la Sibylle sera reprise dans notre chap. iv. 

1. Vers 261 : "E<m ôé ti <£>?vyiv\i èicï yjueipoio asXaivY)ç 'HXîêaxov x<x\v[i.r\Y.e^ 
"opo;, on a proposé de corriger jieWvYi; en KsXaivr;; ; il s'agirait de la « montagne 
élevée <le Kelainé » ; mais on ne voit pas pourquoi le poète n'auraitpas employé la 
forme Ke>aiv»v, qui serait seule régulière. D'ailleurs, xe)ou*yk pourrait signifier égale- 
ment noire, comme dans cet autre vers, III, 407 : àpya'i^ 4>pviYiY]ç 7to>u5axpûxoio 
xe>otv7J;. 

2. Julii Africani quae supersunt ex quinque libris Chronographiae, dans la 



180 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Jules L'Africain a donc pu passer à Apamée, entre 215 et 227, à 
l'époque même où Ton y frappait nos monnaies. Médecin chrétien, 
ami d'Origène, il a dû prêter une attention particulière aux traditions 
qui pouvaient intéresser la Bible en cette Chronographie où « il 
harmonisait, dans une suite synchronique, les données de l'histoire 
profane et celles de l'histoire sainte, pour relever l'antiquité de 
Moïse et de la préhistoire patriarcale : la chronographie était pour 
lui une forme de l'apologétique i ». Son témoignage est d'autant 
plus important que c'est sans doute à travers lui qu'Eusèbe et le 
Syncelle ont connu les résumés qu'Abydénos sous les Antonins et 
Alexandre Polyhistor au temps de Sylla avaient donnés de Bérose 2 . 
Or, un fragment de Polyhistor nous montre qu'il connaissait le 
chant sibyllin où se trouve la description du déluge, et Bérose a 
dû se faire l'écho ou l'interprète de récits sibyllins, puisqu'il passait, 
dès le II e siècle de notre ère 3 , pour le père de Sambélhé, la Sibylle 
Chaldéo-Judéenne. Ainsi s'établit la chaîne des témoignages qui per- 
mettent de croire que, dès la fin du m e siècle avant J.-G. \ la 
légende de l'Arche tendait à se localiser à Apamée de Phrygie. 

(A suivre). Adolphe Reinacu. 



Patrologie grecque de Migne, t. X. (Extrait du Syncelle p. 21, éd. de Paris; p. 17 éd. 
de Venise, 1-38 éd. Dindorf; p. 66 de l'A fric anus de Gelzer). Le traducteur a écrit: 
quidam licet Celaenis vel in nigra Phrygia contendant exstare, sans doute pat- 
souvenir des vers de la Sybille sur la noire Phrygie. Au xi e siècle, Cedrenus devait 
avoir le passage d'Africanus sous les yeux, Georgii Cedreni Historiarum Compen- 
dium, dans la Patrologie de Migne, t. GXXI, p. 46 : oxi Ta ôpa 'Apapàx \o\lev ev 
riapôta Tïfc 'Apjxevîaç etvài -rive; ôè «paatv èv KeXatvaîç 77j? <I>puYiaç. 11 observe ensuite 
que Nœe H,i«7ou6poç rcapà XaXSaioiç 'cXéyexo, ce que devait dire aussi Africanus puisqu'on 
le trouve chez Abydenus, et une note de Xylander rapporte que le Katholikos arménien 
Jacob Mousponoé (remarquez ce nom) voulut monter au sommet de l'Ararat, dit Massis 
en arménien, pour y voir les restes de l'arche. Mais une force secrète le repoussa du 
sommet; il tomba alors à genoux et Dieu accorda à ses prières un morceau de l'arche; 
cette relique, déposée in oppido Aquiri ad montis radices, attire les pèlerins en foule. 
Moïse de Khorène (i, 6) sait encore que c'est Xisouthros qui a abordé en Arménie et 
identifie Xisouthros à Noé. 

1. Batiffol, Anciennes littératures chrétiennes (1901), p. 186. 

2. Ap. Eusèbe, Chron., éd. Schoene, I, 23. Cf. Bousset, Zt. f. neutest. W issen- 
schaft, 1902, p. 126. 

3. Pausanias, X, 12,9; Ps. Justin, Cohorl. ad. Graecos, 37: la tradition était peut- 
être déjà connue de Pline, H. N., VII, 37, 123. 

4. Cette date résulte de trois faits : 1° Bérose a écrit dans la première moitié du 
m* siècle, Polyhistor dans la première moitié du premier siècle av. 2° Le récit sibyl- 
lin du déluge, qui témoigne d'une véritable sympathie pour la Phrygie, doit être an- 
térieur à la révolte des Maccliabées, qui mit fin pour un siècle à toute sympathie entre 
Juifs et Grecs. 3. C'est, on le verra, précisément vers 210 que des Juifs de Babylone ont 
dû être installés à Apamée. 



LES JUIFS 

DE LA SÉNÉCHAUSSÉE DE BEAUGAIRE 



1. De toutes les Communautés juives qui, au moyen âge, s'étaient 
fondées dans le Bas-Languedoc, celle de Beaucaire était devenue la 
plus considérable dès le xm e siècle, grâce à l'institution de la 
foire, qui attira sur les bords du Rhône les négociants juifs des 
pays les plus lointains ». Placés sous la bienveillante protection de 
Raymond V, comte de Toulouse, les Juifs qui s'étaient établis au 
chef-lieu de la Sénéchaussée purent se livrer sans crainte à leurs 
opérations commerciales en môme temps qu'à leurs études favori- 
tes, celles de la Bible et du Talmud. Aucun quartier spécial ne les 
séparait encore de la population chrétienne, avec laquelle ils entre- 
tenaient des relations cordiales. Les sectateurs des deux religions 
jouissaient, à titre égal, de tous les droits civils et politiques, con- 
tribuaient ensemble aux dépenses de la Cité 2 . Mêlés les uns aux 
autres, ils vivaient en bonne intelligence, jouant ensemble 3 , et il 
n'était pas rare de voir un chrétien témoigner en faveur d'un 
Juif, ni un Juif se porter garant pour un chrétien 4 . 

2. Le poète Juda Harizi, qui séjourna à Beaucaire au début du 
xiii 8 siècle, mentionne parmi les savants juifs avec lesquels il fut 
en relation : 

1. La foire de Beaucaire existait déjà en 1168, comme le prouve un document cité 
par Ménard, Histoire de la ville de Nismes, t. Vit, p. 638. Cf. Fassin, Essai histo- 
rique et juridique sur la foire de Beaucaire. 

2. Léopold Delisle, Recueil des Historiens des Gaules et de la France, t. XXIV, 
p. 481. 

3. Ibid., p. 460-1. — Le Juif Sullam se porte garant pour un chrétien qui avait joué 
aux dés avec un autre Juif dans la maison d'Abramotus. 

4. Ibid., p. 498. — Un chrétien, Guillaume Bonfds, de Vallabrègues, témoigne en 
faveur de la Juive Franque. 



182 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1° Le Nassi Kalonymos, chef de la communauté juive, d'après 
Graetz '. Il est l'auteur d'une bron na;z)b rrrwK, insérée en tète du 
D'bm ïîbttîb titd, à l'usage des Israélites de Garpentras. Abraham 
Bedersi a composé une élégie sur sa mort 2 ; 

2° Jmla ben Nathanel, vrai Ghrysostome juif, suivant JudaHarizi :{ . 
Il florissait à Beaueaire vers 1218 4 ; 

3> L'aîné des iils de Juda hen Nathanel, Samuel, auquel on doit la 
composition de plusieurs poèmes liturgiques, notamment une 
Keroba pour le jeune du lOTébet, figurant dans le mTm ja-iab "no 
nvtzns amabi de Garpentras; 

4° Isaac, appelé «Baseneri», poète d'une rare fécondité, dont 
« les chants l'ont pâlir les étoiles », et qui a composé, entre les 
années 1208 et 1220, un grand nombre de pièces liturgiques — 
38 d'après Zunz 5 — insérées pour la plupart dans les Rituels 
d'Avignon et de Garpentras. 

Dans son poème sur mn wyiûin (Siddour de Garpentras), il 
s'exprime ainsi dans un acrostiche : 

nopnn naïaa "pso nna l'Drvrt bawro ^a-ia rmrp ""a-ia y"iD prii:* 1 ^dn 

nasïba b^awa ûbi* "paranb 

« Moi, Isaac, ministre-officiant, fils de Juda, fils de Nathanel, 
demeurant sur le mont Senir, au Château de rmabfc, en l'année 
4968 == 1208. » 

On sait que -naiB, surnom du mont Hermon (Deut.,in,9), signifie 
« neige » d'après Raschi et « mont neigeux » awbn -na, suivant les 
deux targoumim. S'appuyant sur ces traductions, M. S. Gassel 
suppose que n3£3bE désigne Montauban (Mons albanus 6 ). Renan- 
Neubauer croit, au contraire, qu'il s'agit de Malaussane (Basses- 
Pyrénées) ou plutôt Malaucène (Vaucluse) 7 . M. Gross 8 ,qui se range 
à cette dernière opinion, prétend que le nom de "para in a été 
employé par Isaac pour désigner le Mont Ven toux, couvert de neige 
pendant la plus grande partie de l'année. 

Aucune de ces interprétations ne nous paraît exacte. D'abord, 
on ne trouve ni à Montauban ni aux environs un endroit auquel 

i. Les Juifs (V Espagne, p. 320. 

2. Zunz, Litg. (1er Sgnagogalen Poésie, p. 479. 

3. Tahkemoni, en. 26. Cf. Zunz, Zur Gesch. und Lit., p. 469. 

4. Zunz, Litg., p. 472, et Zur Gesch., p. 475. 
o. Ibid., p. 472-475. 

6. Départ de la Drùme, arrond. de Nyons. Cassel, Mag. fiir die Literatur des 
AuAands, p. 51. 

7. Les Rabbins français, p. 715. 

8. Gallia Judaica, p. 360. 



LES JUIFS DE LA SÉNÉCHAUSSÉE DE BEAUCAIRE 183 

puisse convenir le nom de ï-rtssbtt, On sait, d'autre part, qu'il n'y 
avait point de Juifs dans cette localité avant le commencement du 
xiv e siècle '. La môme observation s'applique à Malaucène, où le 
premier établissement des Juifs n'est pas antérieur à l'année 1253 2 . 
Quelle est donc cette localité désignée par Juda Haseniri sous le 
nom de ïmabtt ? Il sera facile, croyons-nous, de répondre à cette 
question si, au lieu de donner à tsid le sens ne «neige », on le 
traduit par « cuirasse », par analogie aveCjvniz:. Il pourrait désigner 
ainsi le cbâteau de Beaucaire que notre poète, se rappelant l'ex- 
pression du Deutéronome, aurait comparé à une cuirasse destinée à 
défendre la ville contre toute attaque possible de l'ennemi. Quant 
au terme de ïT2£3b72, il serait, dans notre hypothèse, le nom d'une 
famille noble, «de Malsang », propriétaire de la maison où aurait 
demeuré Isaac, ou peut-être aussi celui de « Malsane », ancien Mas 
situé entre Beaucaire et Fourques 3 . 

3. Aucun quartier spécial ne parquait les Juifs de Beaucaire dans 
un isolement méprisant avant la fin du xnr 9 siècle. Leurs maisons, 
situées dans la partie haute de la ville, au bourg neuf, près du châ- 
teau, étaient contiguës à celles de chevaliers tels que Monachus 
de la Redorte, Guillem de la Tour, les Albaron, Pons de Lussau, 
etc. 4 Le premier sénéchal, Pèlerin Latinier (1226-1238), avait 
acheté en 1229, au nom du roi, en vue de la reconstruction et de la 
défense de la citadelle, un certain nombre de maisons parmi les- 
quelles s'en trouvaient deux appartenant aux Juifs Boncrescas et 
Bonysac, qui, pour droit de possession, durent payer au prieur de 
l'église de Notre-Dame des-Pommiers un cens annuel: le premier, 
une livre de cire et le second, deux chapons (duos cap ones*). 

Son successeur, le sénéchal Pierre le Fèvre d'Athies, prit des 
mesures plus énergiques. Pour mettre le château à l'abri de toute 
attaque, il fil démolir les logis des chevaliers en même temps que 
la maison du Juif Bonysac Nassi et de Bonosa, sa femme. Mais, au 
lieu de verser aux propriétaires juifs le montant de la valeur de 
l'immeuble, c'est-à-dire cent livres de Viennois, le sénéchaljugeabon 
de ne leur payer que la somme de quatre livres de raimondins 6 . 

1. Prudhomme, Les Juifs en Dauphiné aux XIV* et XV* s., p. 19. 

2. Isidore Loeb, Revue des Éludes juives, t. VI, p. 270. 

3. A. Eyssette, Hist. administrative de la ville de Beaucaire, I, p. 13, et II, 
p. 173. 

4. Léopold Delisle, Recueil, p. 464, 465 et 493. Cf. Robert Michel, L'Administra- 
tion royale dans la Sénéchaussée de Beaucaire, p. 153-154. 

5. Léopold Delisle, Recueil, p. 493. 

6. Léopold Delisle, p. 464. - tltemsigaiûcat vobi» (Inquisitoribus) eadem Bonosa quod 



184 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Par un mandement du 18 juin 1294, le roi Philippe-le-Bel, sous 
prétexte que les Juifs s'étaient répandus dans la ville, au scandale 
des chrétiens, mais en réalité peut-être pour les avoir sous la main 
et assurer ainsi le succès de ses secrets desseins, la spoliation 
de leurs biens et la confiscation de leurs créances, Philippe-le- 
Bel ordonna au sénéchal de les reléguer, si faire se pouvait, 
dans un quartier spécial. « Judeos etiam qui de novo in dicta villa 
mixtim inter christianos indifferenter morari dicuntur, si commode 
possit fieri, morari faciatis ad pariem ad scandala evitanda '. » 

Ce quartier était situé au pied et le long du rempart qui s'éten- 
dait du rocher de Roquecourbe à la porte de la Lice ou du Cancel 
et séparait la ville du Château 2 . 

La synagogue se trouvait aubourg neuf. Elle avait pour confronts 
les maisons des Juifs Astruc de Montfrin, Bonysac et Boncrescas. 
Elle disparut complètement avec le quartier juif, en 1578, lors des 
démolitions ordonnées par Fouquet de Tholon, seigneur de Sainte- 
Jaille, pour isoler la forteresse, qu'il assiégeait 3 . 

Il n'existe, à notre connaissance, aucun document qui permette 
d'indiquer exactement l'emplacement de l'ancien cimetière juif 
de Beaucaire. Selon toute probabilité, les Juifs enterraient leurs 
morts, comme leurs coreligionnaires de Tarascon, dans un terrain 
situé dans l'île de Jarnègue ou Gernica, entre Beaucaire et Taras- 
con 3 . Quoi qu'il en soit, la Communauté juive payait, pour sa pos- 
session et celle de la synagogue, une redevance annuelle de seize 
deniers au Prieur de Notre-Dame-des-Pommiers 6 . Le sénéchal 
Pierre d'Athies détourna à son profit ce revenu et le Prieur n'eut 
d'autre ressource que d'en réclamer le montant, soit cent marcs 
d'argent, à Pierre de Châtre, chanoine de Chartres, et frère Jean du 
Temple, de l'ordre du Val des Ecoliers, enquêteurs envoyés, en 
1248, par saint Louis en Languedoc 7 . 

4. Les Juifs de Beaucaire ne paraissent pas avoir été riches. En 

Petrus de Atiis, condam senescallus Bellicadri, tempore illo quo fecit dirui staria mili- 
tum hujus castri quae erant prope castrum, fecit dirui quoddam stare dicti Bonysac 
et flictae Bonosay, qaod stare tune temporis valebat centum libras viennensium et 
restituit eis dictus senescallus tantummodo pro emenda dicti staris quatuor libras 
ramundensium. » 

1. Ménard, L c, I. Preuves, 126, col. 2. Cf. Martin Chabot, Les Archives de la 
Cour des Comptes, Aides et Finances de Montpellier, p. 26. 

2. Eyssette, l. c, p. 400 et 462. 

3. Léopold Delisle, Recueil, p. 493. 

4. Eyssette, l. c, p. 462. 

5. Voir notre travail Les Juifs de Tarascon, Revue des Études juives, t. XXXIX. 

6. Léopold Delisle, Recueil, p. 493. 

7. Ibid. 



LES JUIFS DE LA SÉNÉCHAUSSÉE DE BEAUCAIRE 185 

4299, les revenus que la royauté tirait d'eux ne s'élevaient qu'à 
380 1. 17 s. 4d.'. 

Ils n'étaient assurément pas plus riches en 1306, au moment 
de leur expulsion du royaume, puisque le produit de tous leurs 
biens confisqués à Beaucaire et à Lunel ne suffisait pas à rece- 
voir une assignation en faveur du chevalier Pierre de Columpna 
pour une rente annuelle de 500 florins d'or et que Philippe-le-Bel 
se vit dans l'obligation d'autoriser, le 23 mars 1307, Bertrand de 
llle-Jourdain, sénéchal de Beaucaire, à prélever sur les biens des 
Juifs de Montpellier la somme nécessaire à l'extinction de sa dette 
envers le chevalier. 2 

Ces Juifs étaient prêteurs d'argent, mais pratiquaient-ils l'usure? 
Il est à noter que parmi toutes les doléances portées par 
les chrétiens devant les Enquêteurs de saint Louis — et elles sont 
nombreuses et souvent de médiocre importance — il n'en existe 
pas une seule relative à ce crime d'usure. Or, il n'est pas douteux 
que, si les Juifs avaient réellement pratiqué l'usure, au sens moderne 
du mot, les habitants de la Sénéchaussée ne se seraient pas fait faute 
de s'en prévaloir et de demander aux Enquêteurs de les défendre 
contre ce que certains conciles appelaient « l'insatiable cupidité des 
Juifs 3 ». Ce dont des chrétiens se plaignent, ce n'est point de l'u- 
sure exercée par les Juifs, mais uniquement de l'obligation dans 
laquelle les officiers royaux les avaient mis — les mauvais payeurs 
ne sont rares à aucune époque — de s'acquitter envers leurs créan- 
ciers juifs malgré l'ordonnance royale de Melun (1230). C'est ainsi 
qu'un chrétien de Nîmes, GuillemdeBerrianicis, se plaint de ce que 
le viguier, Estèves de Codols, Tait fait mettre aux fers pour avoir 
refusé de payer vingt-cinq sous de raimondins au Juif Jacob de Ro A ; 
qu'une veuve de Sommières, Stephana Balba, reproche au viguier 
Guillem de Ganges de l'avoir contrainte à payer six setiers et une 
émine d'huile aux Juifs Aiïon et Judas " ; et que Raymond Capelle- 
rius réclame à Raymond de Fons, viguier de Beaucaire, en dehors 
des dix sous de raimondins qu'il avait remis à sa femme, pour le 
prix de son intervention en sa faveur auprès de son mari contre 
le Juif Davin de Sallone, « buandam flaciatam novam barratam 
quae valebat bene viginti solidos ramundensium», une couverture 

1. Revue des Études juives, XV, p. 251. 

2. Revue des Études juives, II, p. 55, et Saige, Les Juifs du Languedoc, p. 102 
et 314. 

3. Labbe, Concil., col. 736, 781. 

4. Léopold Delisle, Recueil, p. 413. 

5. Ibid., p. 440. 



186 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de laine que le viguier avait prise en gage sur la plainte de Davin 
et ne s'empressait pas de restituera son propriétaire'. 

Mais, dira-t-on, comment concilier le silence des Querimoniae 
avec les ordonnances royales et les décisions des conciles? Ne 
semble-t-il pas qu'il y ait contradiction flagrante entre l'absence 
totale, d'une part, de toute plainte relative à l'usure et les véhé- 
mentes récriminations, de l'autre? 

Si les habitants de la Sénéchaussée ne formulent aucune 
plainte contre les Juifs, c'est qu'ils n'avaient point cessé de vivre 
en bons termes avec eux, de les fréquenter, de se livrer aux mêmes 
transactions commerciales et de pratiquer, à leur exemple, l'usure, 
c'est-à-dire le prêt à intérêts, toléré par le pouvoir civil et par 
l'Église. « Quand les intérêts d'une somme prêtée, dit l'art. 117 de 
la coutume de Montpellier, reproduit par l'art. 30 de la coutume 
d'Alais, auront atteint le chiffre du capital, ils ne pourront plus 
s'accroître malgré la durée du temps. Ils auront beau avoir été 
promis par serment, il n'en sera pas accordé davantage en justice, 
soit aux Juifs, soit aux chrétiens, car tel est le maximum fixé par le 
présent statut 2 . » « L'intérêt est abominable, dit, à son tour, la 
Constitution I, chap. xv, de Saint-Gilles (rédigée au xn e siècle par 
l'abbé de Saint-Gilles et remaniée, d'après M. Bondurand, archiviste 
du département du Gard, au xm e ou au xiv e siècle par un juriste 
anonyme) qu'il soit stipulé avec ou sans intérêt, et la percep- 
tion en est nulle parce que le demandeur n'est pas écouté par le 
Juge à ce titre. De même, la caution n'est point citée, ni le gage 
demandé, à moins peut-être qu'il ne s'agisse de jugement au pos- 
sessoire. 

« Toutefois le créancier nanti d'un gage peut le retenir, si l'inté- 
rêt est de telle nature qu'il soit dû en droit civil 3 . » 

Et la Constitution III, § H, ajoute : « Interdiction sévère de 
dresser un contrat qui contienne usure expresse. 



4. Ibid., p. 4o8. 

2. « Postquam usura equiparata fuerit sorti, deinde usura nullathenus accrescat ulla 
temporis diuturnitate, etsi etiam sacramento vel fide plenita promissa fuerit, non judi- 
cetur in plusjudaeis vel christianis, quia ista constitutiooe ita taxantur. » 

:j. « Usurarum surit abhotninaoda contagia, quarum, sive sin débite cum sacra- 
mento, sive siue sacramento, cessât exactio, quia auditur eo nomine agens apud judi- 
cem, similiter nec lidejussor pro eis datus convenitur, nec pignus datum petitur, 
nisi forte possessorio judicio agatur. 

« Greditore rero possidente, non aufertur ei pignus in eam causam astrictum cum 
sibi possit consulere pcr retentionem, si talei erant usure ut jure civili deberentur. » 



LES JUIFS DE LA SÉNÉCHAUSSÉE DE BEAUCAIRE 187 

« Pour l'intérêt, qu'aucune somme n'excède celle de quatre deniers 
par livre, tolérée par le concile de Latran. L'Église tolère ce taux, 
quoique ne l'approuvant pas, chez les Juifs 4 . » 

Saint Louis, au contraire, avait une horreur invincible pour 
l'usure. Sous l'empire, d'idées religieuses absolument désavouées 
par l'économie politique, il considérait le prêt à intérêts comme un 
très grand mal, comparable au vol, à l'homicide et comme une 
violation des lois de la Bible et de l'Évangile 2 . De là sa répugnance 
contre tous ceux qui le pratiquaient. 

Le taux des intérêts pris par les Juifs de Beaucaire était infé- 
rieur à celui que prenaient certains chrétiens qui « molestaient 
les habitants, pour le paiement de leurs usures et leur causaient 
ainsi des maux irréparables 3 ». 

5. En même temps qu'à Beaucaire, les Juifs s'étaient répandus dans 
les principaux centres de la Sénéchaussée. Ils avaient fondé à Nîmes, 
àPosquières (Vauvert) et à Saint-Gilles des communautés impor- 
tantes dont nous avons parlé ailleurs 4 . 

En dehors de ces localités, on les trouve établis, en petit nombre, 

1. « Rursum severissime pruhi [bemus ne aliquis] tabellio de contractu usurario 
qui expressam usuram continet, [modo] quolibat faeiat vel recipiat iustrumentum. 

« Sed nec pro in [teresse ulla] summu excédât summam in Lateranensi concilie» toi- 
leratam, [scilicet pro] libra II II denariorum,quani tollerat Ecclesia, licet non approbat, 
in Judeis. » 

« La livre tournois valait 20 sols et le sol tournois 12 deniers. Il y avait donc 
2i0 deniers à la livre. Si l'on en prend 4, cela fait le 1/60 de la livre, soit 1.666 pour 
100. Ce taux est très faible. Le commerce de Saint-Gilles était incompatible avec les lois 
de l'Église sur l'intérêt et l'abbé, qui vivait de ce commerce, était bien obligé d'adoucir 
la rigueur des prohibitions, de présenter la nécessité de l'intérêt comme une tolérance, 
non comme une approbation. La nuance est jolie et tout cela montre que rien ne pré- 
vaut contre les lois économiques. » 

Nous devons à l'extrême obligeance de M. E. Bondurand, le savant archiviste du 
département du Gard, la communication de ces deux derniers textes empruntés, avec 
la note que nous venons de reproduire, à sou Introduction aux Coutumes de Saint- 
Gilles (sous-presse); qu'il reçoive ici l'expression de notre sincère gratitude. 

2. Lévitique, xxv, 37; , Deutéronome, xxm, 21; Luc, vi, 35. 

3. Signiticaverunt uobis homines villae Bellicadri quod ipsi a quibusdam usurariis 
ebristianis molestantur ad prestandum usuras, in tantum quod multipliciter est timen- 
dum quod Universitas dictae villae dampnum irreparabile incurrat. Ménard, ouvrage 
cité, I, p. 405, et Preuves, 126, coi. 2 ; cf. ibid., p. 388. 

4. Notice sur les Israélites de Nîmes. — Les Juifs de Posquières et de Saint- 
Gilles, dans Mémoires de l'Académie de Nîmes, année 1911. — Cf. Joseph Simon, 
Les Juifs de Nîmes au moyen âge. 



188 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

à Aimargues', Aiguesmortes 2 , Le Caylar 3 , Milhaud 4 , Sommières* 
et Vallabrègues 6 . 

A Sommières, l'un d'eux, Abraham, était, en 1230, trésorier du 
roi ou receveur des deniers royaux. Il est qualifié « ofûcialis dictae 
Guriae 7 ». 

Vers 1240, le viguier de Vallabrègues, Bertrand Pelât, estimant 
qu'à l'exemple des officiers royaux envoyés par saint Louis en Lan- 
guedoc, il lui était permis de pressurer les Juifs à son aise, n'hésita 
pas à mettre aux fers Bonafos, fils de la Juive Calva, et à lui extor- 
quer six livres de raimondins et 45 sous à son fils, Salvatus, âgé 
de quatorze ans, accusés tous deux d'avoir volé, à l'aide de deux 
autres Juifs qui naviguaientavec eux sur le Rhône, un aigle 8 perché 
sur un arbre 9 . En 1424-25, c'est-à-dire trente ans à peine après 
leur expulsion de France, les Juifs de la Provence et du Comtat- 
Venaissin n'avaient point cessé d'être en relation d'affaires avec les 
chrétiens du Bas-Languedoc. Les Archives départementales du Gard 
nous ont conservé les noms de certains de ces négociants; c'étaient : 
Salomon Bendich, d'Avignon, Bonines Nathan, Meyr Comprat, 
Vitallis Stella et Maistre Vido, de ïarascon H0 . 

Il y avait également des Juifs au Vigan H et à Sauve * 2 . En ce qui 

1. Gross, Gallia Judaica, p. 90. 

2. IbicL, p. 22. 

3. Canton de Vauvert (Gard). — Revue des Études juives, t. XLVIII, p. 269. 

4. Gross, p. 343-346, et Renan-Neubauer, Les Ecrivains juifs, p. 762. 

5. Ibid., p. 646-647, et Renan-Neubauer, Les Rabbins français, p. 517 et 746. Cf- 
L. Delisle, Recueil, XXIV, p. 440, et Revue des Eludes juives, t. LIX, p. 68. 

6. Ibid., p. 25-27. 

7. L. Delisle, Recueil, XXIV, p. 440. Cf. Saige, ouvr. cité, p. 282, et Renan-Neu- 
bauer, Les Rabbins français, p. 517. 

8. Il s'agit sans doute d'un « aigloun », petit aigle on aigle criard. 

9. « Cpnqueritur vobis itiquisitoribus, Bonafos, filius Calvae judaeae de Bertrando 
Pelato dicens quod eo tempore quo erat vicarius Volobricae, cum Salvatus judaeus 
iilius suus, cum duobus aliis judaeis irent apud Avinionem et ascenderent in quodam 
navigio per Rodanum et essent ante Volobricam, viderunt unam aquilam in quodam 
arbore et unus ex dictis judaeis, sociis suis, cepit dictam aquilam et venerunt volentes 
intrare apud Volobricam in Carneve quae est ant Volobricam, et dum essent ibi, venit 
Guillelmus Petrus de Valle Aqueria (Valliguières) et imponens eis quod ipsi volebant 
furari dictam aquilam, duxit eos apud Volobricam et tradidit eos dicto Pelato qui erat 
tune vicarius, qui fecit eos capi et fecit eos detrudi in carcerem et ibi tenuit eos tam- 
diu captos donec habuit et exegit ab eis sine judicis cognicione sex libras ramund. ; et 
custodes quintecim solidos de quibus Bonafos solvit pro Salvato, filio suo, quadra- 
ginta et quinque solidos, cum dictus Salvatus nunquam tenuit aquilam et erat dictus 
Salvatus minor XIV an. » Léopold Delisle, Recueil, XXIV, p. 490. 

10. Arcb. dép. du Gard. E. 1091 (Registre). — Cf. Bondurand, Inventaire som- 
maire des Arch. dép. antérieures à 1790, p. 258 et 260. 

11. Revue des Etudes juives, XXII, p. 265. 

12. Gross, Gallia, p. 652. 



LES JUIFS DE LA SÉNÉCHAUSSÉE DE BEAUCA1RE 189 

concerne ces derniers, on sait que Philippe -le-Bel avait constitué à 
Pierre de Mirepoix, évoque de Maguelone, une rente annuelle et 
perpétuelle de 40 livres de petits tournois, hypothéquée sur les 
biens des Juifs, en échange des revenus de ceux de Montpelliéret 
que l'évoque lui avait cédés en 1293' . A la suite d'un désaccord 
survenu entre Pierre de Mirepoix et les délégués du roi, il fut décidé, 
dans une réunion tenue à l'église de Vézenobres 2 , que les biens 
ayant appartenu aux Juifs Astruc Loria, Astruc Salomon, Astruc, 
l'aîné, Bonfils, médecin, Bonfillon et Bonjuif. seraient vendus à frais 
communs et qu'on prélèverait au profit de l'évêque sur le produit de 
cette vente une somme de 400 livres de bonne monnaie, représen- 
tant le capital d'une rente de 40 livres de tournois 3 . 

Uzès possédait des Juifs dès le vi e siècle 4 . Les Querimoniae enre- 
gistrent une rixe qui s'était élevée clans cette ville, au milieu du 
xm e siècle, entre deux Juifs étrangers au pays et un bourgeois, 
Raymond Ruerssanus. Un jour que Raymond revenait tranquille- 
ment de son atelier chez lui, il fut averti par les cris d'une femme 
que des Juifs étaient en train de tuer son neveu. Il se dirigea aussi- 
tôt vers la place du Marché, où il vit deux Juifs tenant en main, 
l'un un bâton, l'autre une pierre, frappant l'enfant et le traînant 
sanglant à terre. D'un bond, il se précipita sur l'un des Juifs, 
arracha la pierre de sa main et l'en frappa à coups redoublés, sans 
cependant, ajouta-t-il, lui avoir fait grand mal, « non inferendo 
ipsi judaeo aliquod malum, ita quod apparet aliquomodo 5 ». 

Appelé devant le sénéchal, Oudard de Villers, il fut envoyé pour 
quelque temps « in hostagiis 6 » et condamné à 20 livres de raimon- 
dins . 

Nous ignorons quelle fut la réponse des Enquêteurs auxquels le 
bourgeois d'Uzès demanda, outre la restitution des 20 livres de rai- 
mondins, sept autres livres, montant du préjudice qu'il estimait lui 
avoir été causé. 

Vers la fin du xm e siècle, les Juifs paraissent encore avoir été 
assez nombreux à Uzès 7 . En 1320, c'est-à-dire cinq ans après leur 

1. Revue des Etudes juives, II, p. 19 et 39; Saige, ouvrage cité, p. 102 et 320. 

2. Voir plus loin, p. 195. 

3. Revue des Etudes juives, II, p. 41, et Saige, ouvr. cité, p. 319-324. 

4. Galtia CUristiana, VI, p. 613; Dom Vaissète, Hist. gén. du Languedoc, I. 274, 
et Gross, Gallia, p. 24. 

5. Léopold Delisle, Recueil, XXIV, p. 436. 

6. Résidence forcée en un lieu plus ou moins éloigné. 

7. Robert Michel, L'Administration royale dans la Sénéchaussée de Beaucaire au 
temps de saint Louis, p. 323. 



100 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rappel en France par Louis X, les Juifs Isaac Bonet et Salomon de 
Stella étaient établis dans cette localité *. 

On rencontre vers la même époque des Juifs à Bagnols, patrie 
du célèbre philosophe et théologien Lévi ben GersonouGersonide, 
appelé par les chrétiens du moyen âge « Magister Léo de Ban- 
nolis 2 » ; à la Calmette 3 , où le Juif Bonus Vinas exerçait les fonc- 
tions de baile ' ; à Fournès 5 , où Abromotus avait une part de la 
bailie 6 ; à Remoulins 7 , à Roquemaure 8 , à Villeneuve-les-Avi- 
gnon 9 . 

Dans cette dernière localité, l'un d'eux, Salomon de Stella, était, 
en 1337, au service du doyen de l'église collégiale. Dans des docu- 
ments conservés aux Archives départementales du Gard ,( \ il est 
dénommé Salomon de Stella" judaeus, procnrator domini 
decani Ecclesiae et Capituli. C'est en cette qualité qu'il acheta, 
pour le compte de cette église, diverses maisons, terres et vignes, 
situées à Arles. Au nombre des propriétaires de ces biens figurent 
les Juifs suivants : 

Astruc Taures de ïrinquetaille {2 , Bonisac de Infantibus 13 , Salo- 
mon Nassi 1 '', propriétaire d'une maison située « in recta Garreira 
Judeorum Arelatis » et confrontant, d'une part, la maison de Sa- 
lomon Gassin et, de l'autre/celle des héritiers d'Astruc de Beau- 
caire 1S ; 

Salomon, fils de Maestro Salamias Nassi u ; 

Davin d'Agde, Joseph de Beaucaire, Dieulosal de Stella, Filhote, 

1. Registre des Minutes du notaire Josselin Pelhier d'Alais, 18 uovembre 1320. 

2. Gross, Gallia, 93-95. 

3. Canton de Saint-Chapte, arrond. d'Uzès. 

4. Robert Michel, ouvrage cité, p. 428. 

5. Commune de Remoulins, arrond. d'Uzès. 

6. « Abromotus judaeus, qui habebat partem in bailia. » L. Delisle, Rec. des Hisl., 
XXIV, p. 513. 

7. Ibid., p. 525. 

8. Maulde, Coutumes d'Avignon, p. 290 ; Renan-Neubauer, Les Ecrivains juifs 
français, p. 651, et Gross, Gallia, p. 629. 

9. Arrond. d'Uzès. 

10. G. 1239 (Portefeuille), p. 26, 29, 31 et suiv. 

11. Étoile, départ, de la Drome. Salomon de Stella est probablement identique avec 
Salomon qui demeurait à Uzès en 1320. 

12. Le môme, sans doute, que Todros Todrosi qui traduisit, en 1337, de l'arabe en 
hébreu, le commentaire moyen d'Averroès sur la Poétique d'Aristote. Gross, Gallia, 
p. 247. 

13. Ou Dels-Enfantz, nom de famille provençal. 
11. Ou Salomon Nasti, Revue, XLVIII, p. 271. 

15. Arch. dép„ G. 1239, p. 26. 

16. Gross, Gallia, p. 87. 



LES JUIFS DE LÀ SÉNÉCHAUSSÉE DE BEAUCAIRE 191 

Juive de Beaucaire, Bonfilhon Aureluthi, Astrugue, femme de 
Comprat de Narbonne 1 ; 

Davin ou Davinet de Rhodes, Joseph, fils d'Astruc de Beau- 
caire 2 ; 

Melet Abran de Borrian 3 ; 

Salomon de Lunel \ Jataronus 5 ou Jacaronus; 

Durant Jacar, qui possédait une maison « in Garreria Jusatarie 
Arelatis », confrontant, d'un côté, la maison de Simon Bonord et 
les hoirs de Samuel Isaac et, de l'autre, les hoirs d'Abraham 
Cassin 6 ; 

Astruc Massip 7 , Samuel Galhi, un des bayions de la commu- 
nauté israélite d'Arles, en 1386. Il vendit, en 1336, à Jean Durand, 
doyen de l'église de Villeneuve, une vigne et une petite terre 
(terrulam), sises au quartier appelé « lo claus de na dal Ponte », 
pour le prix de 63 florins d'or 8 . 

Plusieurs Juifs, originaires de Villeneuve, demeuraient à Arles 
vers la fin du xiv e et au commencement du xv e siècle et à Carpen- 
tras au xvi 8 siècle. Ajoutons que le savant linguiste Abraham de 
Lunel, Juif d'Avignon, — on lui attribue la connaissance de vingt- 
deux langues ! — fut, après sa conversion au christianisme et son 
entrée dans les ordres, nommé abbé de Villeneuve (1572-1597) sous 
le nom de César Brancas «Abreuvé de toute sorte d'amertume », 
parles moines de l'abbaye de Saint-André, qui le soupçonnaient 
d'être resté secrètement attaché au judaïsme, il fut obligé, en 1597, 
de résigner, moyennant une pension annuelle, ses fonctions sacer- 



1. Arch. dép.,G. 1239, p. 32. 

2. Ibid., p. 33 et 34. 

3. Ibid., p. 36. — Borrian, ancien faubourg d'Arles. Plusieurs Juifs habitaient ce 
faubourg aux xiv e et xv e siècles (Revue, XLVIII, 267, 269, 271 et 272.). Gross (Gallia, 
p. 87 et 112) prétend que le mot *jtf— nai par lequel est désigné Maestro Salves Vidal 
est un nom de famille et veut dire « de Bourrin ». Nous croyons, contrairement à son 
opinion, que ce mot est un lieu de localité et correspond à « Borrian », ancien quar- 
tier d'Arles, où M e Salves Vidal paraît avoir résidé. Le nom « de Boeriano » porté par 
Vital, Juif de Nîmes, ne désigne assurément pas, comme le suppose Joseph Simon 
(Hist. des Juifs de Nîmes, p. 27) Borian, lieu inconnu de la commune de Gallargues 
(Gard), mais bien Borrian, d'où Vital était originaire. 

4. Salomon de Lunel est peut-être identique avec Salmon de Lunel, auteur d'ou- 
vrages astronomiques, Gross, Gallia, p. 289. Sur Jataronus ou Jacaronus, voir Arch. 
dép., G. 1239, p. 47. 

5. Ibid., p. 79. 

6. Ibid., p. 79. 

7. Ibid., p. 91 et 95. 

8. Ibid., G. 1237, p. 175. Cf. Revue, XLVIII, p. 271. En 1387, un Samuel Caylli, 
demeurait à Montpellier. Bédarride, Les Juifs en France, p. 540. 



192 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dotales et de se réfugier à Paris, puis à Venise, où il retourna, dit- 
on , à la foi de ses pères * . 

Alais était, dès la fin du xm e siècle, un centre commercial im- 
portant 2 . Les Juifs ne tardèrent pas à s'y établir et à y fonder une 
communauté pourvue de toute l'organisation nécessaire à l'exercice 
de leur culte. Nous ignorons, il est vrai, où se trouvait exactement 
remplacement de leur synagogue, mais un document de 1393 nous 
apprend que leur cimetière était situé sur un coteau appelé « Puech 
Juzieu 3 ». 

Bien différente de celle de leurs coreligionnaires des autres par- 
ties de la Sénéchaussée était la condition des Juifs d'Àlais. Si, en 
effet, à Beaucaire et à Nîmes, Juifs et chrétiens vivent en bons 
termes, il n'en est pas de même à Alais où, d'après 
les Coutumes de 1200 et 1217, ils ne sont tolérés que « par 
seule humanité », où ils sont parqués dans un quartier spécial 
qu'il leur est interdit de franchir pendant la semaine sainte, obli- 
gés au repos du dimanche et des autres jours de fêtes, contraints 
à la prestation en justice d'un serment particulier 4 , privés de la 
liberté de s'habiller à leur guise et de se livrer, leurs portes closes, 
« lur portas clausas » à aucun autre travail que celui qui leur était 
permis 3 . Or, quel était ce travail ? C'était sans nul doute, le prêt à 
intérêts, le prêt sur gages 6 . 

i. Goiffon, Villeneuve-lèz- Avignon , p. 88. 

2. Bàrdon, HisL de la ville d'Alais, p. 146-147. Cf. Lcopold Delisle, Recueil, 
XXIV, p. 387, 388, 398 et 399. 

3. Arch. municip. d'Alais, Compois du xiv e siècle, p. 24. — La même dénomi- 
nation se rencontre àlNîmes dans d«s chartes de 1043 (Ménard, ouvr.cité, I, 166) et de 
1055 (Germer-Durand, Cartulaire du Chapitre de VEglise cathédrale de Notre- 
Dame de Nîmes, p. 231, et Dictionnaire topographique du départ, du Gard, 
p. 174). 

4. « Le sagramens delz juzieus sia fag daissi adenant aissi com el sagramental 
ancian es tengutz, el demandansa, el responsion issamen. » (Art. 35 de la Charte de 
1217). — La formule de ce serment était sans doute la même que celle qui était 
usitée à INarbonne (Saige, p. 54) et à Arles. (Depping, Les Juifs dans le Moyen Age, 
p. 201.) 

5. « Derrecap establem que entre chrestians et jusieus, los calz sofrem per sol 
umanitat, en habite de vestir sion mauifest, e sia talz la deferentia quel juzieu leugiei- 
ramenz sion conogut de celz quelz veiran ; e mandam que porton habite dessemblan a 
habite delz chrestians. Oltra aizo vedam destreitament e mandam quel juzieu per 
alcuna maneira non auson obrar alz ditmenges ni en las autras granz IV-stas nostras 
davan los oilz delz chrestians que il o puescuu veser, mas lur portas clausas arescost 
obroo aguo que lur obrar. Plus fort, empena de lur cors, vedam que non auson aparer 
en publege lo jouz nil mercres sainz nil venres nil sapte denant la nostra pasca. » 
(Art. 55 des Coutumes de 1200, d'après J.-M. Marette, Recherches historiques sur la 
ville d'Alais, p. 401-497.) 

6. L. Delisle, Recueil, p. 388. 



LES JUIFS DE LÀ SÉNÉCHAUSSÉE DE BEAUCAIHE 193 

Les Juifs cependant ne se bornaient pas à des opérations com- 
merciales ou à des affaires de banque. L'un d'eux, Jacob ben Juda, 
copia, au milieu du xm° siècle, pour son usage personnel, la lettre 
que Maïmonide avait écrite sur l'astrologie et adressée aux savants 
de Lunel 1 .Un autre, le médecin Jacob Hallévi, composa, vers 1300, 
l°un opuscule sur les scrofules, 2° un commentaire sur cet opus- 
cule en l'honneur de son beau-père, Tanhoum ben Juda, 3° un 
traité sur les plaies 2 . Un troisième, Salomon Bonsenhor ou Bonsei- 
gneur, figure, en 1388-1391, sur la liste des médecins des pauvres V 
Il est probablement identique avec ce Salomon Bonsenhor qui, pour 
payer sa quote-part des mille francs d'or que le roi de France avait 
exigés, en 1392, des Juifs du Languedoc, poursuivit, concurem- 
ment avec ses coreligionnaires Tauros Marnan etBoniac Salomon, 
l'abbé d'Arènes 4 , Pierre de Martinaco, dont il lit saisir, avec l'ap- 
probation de Jean de Faza, trésorier royal de Montpellier, outre 
d'autres objets mobiliers et immobiliers, un mulet à poil roux, 
« in uno mulo pili ruphi quem cepit ad manum et certa alia bona 
mobilia et immobilia 5 ». 

Salomon Bonsenhor possédait, à Alais, avec sa femme Clairette, 
une maison, rue Peyrolerie ou de la Chaudronnerie c ,et une vigne 
située au quartier deMontaud 7 . A la même époque Abraham Nassi 
avait une maison dans la rue Soubeyrane 8 , à côté de celle de Jean 
de Cubellis, un des laboureurs les plus imposés du Pan des Aires 9 , 
et une vigne au quartier de Russan i0 . Une Juive, Bona dona (Bonne 
dame), était propriétaire d'une maison située rue delà Sabaterié 1 '. 

Voici les noms des Juifs qui, en dehors de ceux que nous venons 
de citer, résidaient à Alais au xiv e siècle : 

Jacob Valréas (1318), Gerson Bonafos, Boniac, Josse, de Tournon, 
Mayronne, veuve de Crescas, de Lunel, Astruguet Crescas, May- 
ronne, veuve de Juffet de Carcassonne, Abraham Bonisac Nassi l2 . 

1. Gross, Gallia, p. 59. 

2. Ibid. 

3. Bardon, ouvrage cité, p. 279. 

4. Hameau dépendant de la commune d'Alais. Germer-Durand, Dictionnaire 
topogr. du départ, du Gard, p. 10. 

5. Bardon,ouyr.ciYe,t.lI,p. 149, et Documents justificatifs ,n° XXIII, p. xlv etxLvi. 

6. Ou pcirôou — payrola. Marette, Recherches historiques, p. 341. 

7. Arch. municipales d'Alais, série C.C., p. 106 v°. 

8. Carreria superior ou Garreira sobeirana, en langue romane, située dans la partie 
haute de la ville. Marette, ouvr. cité, p. 327. 

9. La ville était divisée en 7 pans. Bardon, ouvr. cité, t. II, p. 150 et 312. 

10. Arch. munie, série C.G.,p. 106 v°. 

11. Ibid., p. 22. 

12. Bardon, ouvrage cité, II, p. 149. — Abraham Bonisac Nassi est probablement 
identique avec Abraham Nassi. 

T. LXV, no 130. 13 



194 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ces Juifs étaient, avec Joseph Massip, de Montpellier, et Salomon 
Boniac, de Bédarride, les créanciers des principaux personnages 
du pays, tels que Cabot de Maluioyrac\ Louis de Serinhac 2 , cosei- 
gneur de Malmoyrac, Antoine de Connillère 3 , de Vermeils \ et 
son homonyme de Lézan 5 . 

Non loin d'Alais, à Portes 6 , on trouve également des Juifs au 
moyen âge. L'un d'eux, Isaac de Portes, était copropriétaire, en 
1306, d'une maison située à Nîmes, rue de la Fabrerie 7 . Un autre, 
du même nom, médecin d'Avignon, était, en 1377, au service de 
Pierre, comte de Genève, frère de Clément Vil 8 . On sait d'ailleurs 
que le nom de famille del Portai, duportal ou de Portai se ren- 
contre fréquemment chez les Juifs du midi de la France. Il est pro- 
bable que ce nom ainsi que celui de nsnin p, porté par Isaac, de 
Lodève, tire son origine de la localité de Portes 9 . 

Anduze avait des Juifs dès le xni 9 siècle i0 . Vers 1240, Bertrand, 
seigneur d'Anduze et suzerain de la baronnie de Florac (Lozère), 
avait fait jeter en prison — nous ignorons le motif de cette incar- 
cération — et mettre à la torture un Juif, qui succomba peu après 
à ses blessures". Le sénéchal de Beaucaire, Pierre d'Athies, qui 
depuis longtemps avait conçu le projet d'annexer à la couronne 
royale, sous n'importe quel prétexte, les châteaux forts du Gévau- 
dan, s'empressa de mettre à profit l'occasion qui s'offrait si inopi- 
nément à lui et ordonna aux officiers royaux de s'emparer, sans 
délai, de la ville de Florac et d'y établir un baile. 

En agissant ainsi, le sénéchal de Beaucaire n'obéissait nulle- 
ment, comme on serait porté à le croire, à un sentiment d'humaine 
justice, car peu lui importait de rechercher le coupable et de lui 
infliger le châtiment qu'il méritait. Il lui suffisait, pour tranquilli- 

1. Ou de Montmoirac, hameau, commune de Saint-Ghristol-lès-Alais. 

2. Ou de Serignac, hameau, commune d'Hortoux-et-Quilhan, canton de Quissac. 

3. Ancien château, commune d'Alais. 

4. Hameau, commune de Bagard, canton d'Anduze. 

5. Canton de Lédignan. 

6. Canton de Génolhac. 

7. J. Simon, ouvrage cité, p. 27. 

8. D r Pansier, Les médecins juifs d'Avignon, p. 10. 

9. Revue des Eludes juives, XII, 42, et XVI, 82; cf. Gross, Gallia, p. 274. 

10. Gross, Gallia, p. 64. 

11. a Item dixit se vidisse quod, cum dominus Bertrandus de Andusia cepisset 
quemdam judeum et incarcerasset, et idem judeus in dicto carcere mortuus fuisset et 
diceretur quod dictus judeus fuerat mortuus malo modo, curiales domini régis vene- 
runt ad villam Floriaci et ceperunt eam et castrum et posuerunt ihi baiulum pro 
domino rege et raubam ablatam dicto judeo restituerunt amicis dicti judei. » Robert 
Michel, ouvrage cité, p. lïO. — Cf. Mémoire du paréage de Mende, I, p. 387. 



LES JUIFS DE LA SÉNÉCHAUSSÉE DE BEAUCAIRE 195 

ser sa conscience, de faire abandon aux amis de la malheureuse 
victime du manteau dont elle était revêtue *. 

Il ne semble pas qu'il y ait eu des Juifs à Vézenobres avant 1318, 
époque à laquelle on y trouve établi Astruc de Sallone 2 . Bien 
antérieurement déjà, dans la première partie du xiii 9 siècle, Véze- 
nobres était fréquemment visité par les négociants juifs d'Alais et 
de Nîmes. L'un de ces derniers, Salamias, qui y était venu vendre 
du millet, fut accusé de n'avoir pas payé la leude. Maynier, 
châtelain d'Alais, mit aussitôt la main sur toutes les cré- 
ances que Salamias avait sur les habitants de Vézenobres et 
le condamna, malgré les protestations de l'évêque, sous la protec- 
tion duquel le négociant nîmois était placé, à une amende de 
12 livres de raimondins, qui s'éleva, avec les frais et dépens, à 
plus de 15 livres 3 . 

C'est à l'église Saint-André de Vézenobres que fut dressé, le 31 
mars 1307, le procès-verbal d'estimation des biens des Juifs de 
Sauve, par ordre de Guillaume de Plaissan, chevalier du roi, sei- 
gneur de Vézenobres, assisté de messire Raoul « de Curtibus 
Jumellis », juge mage et lieutenant de Bertrand Jourdain, sénéchal 
de Beaucaire, de messire P. Jean, docteur ès-lois, avocat royal, de 
maître Hugues de la Porte et de maître Mathieu «de Mancina», 
procureur du roi, de Bernard Orson et de Guillaume Alaman, 
surintendants « negotio judeorum in senescallia Bellicadri 3 ». 

Salomon Kahn. 
{A suivre) 



i. Bardon, ouvrage cité, I, p. 212. 

2. Léopold Delisle, Recueil, XXIV, p. 395. 

3. Revue des Etudes juives, II, p. 41 ; cf. Saige,Z,es Juifsdu Languedoc, p. 319-324. 



CATALOGUE DES ACTES 

DE 

JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 

ROIS D'ARAGON 

CONCERNANT LES JUIFS 

(1213-1291) 

(suite 4 ) 

ACTES DE PEDRO III (1276-1285). 

1168. — Pedro III et la reine avaient donné certaines sommes à 
Astruga, veuve de Jucef Ravaya, en récompense des grands services 
qu'ils en avaient reçus et qu'ils espéraient en recevoir à l'avenir; avec 
cet argent et avec le produit de la vente d'un bien-fonds, ledit Jucef 
avait acheté pour les besoins de ladite Astruga, dans le royaume de 
Valence, le domaine de Benimaclet et des maisons non soumises au 
cens; les souverains déclarent que tous les biens possédés par ladite 
Astruga dans le royaume de Valence seront exempts de toute peite, 
quête, servitude, service, tribut, de toute taille chrétienne ou juive, bref 
de toute taxe royale ou communale ; s'il arrive même que ladite Astruga 
aliène le domaine de Benimaclet et ses autres biens pour acheter d'autres 
biens de la même valeur, ces nouvelles acquisitions bénéficieront de la 
même franchise fiscale; ordre est donné à toutes les aljamas juives du 
royaume de ne pas lancer contre ladite Astruga d'alatma, de veto, ou de 
« nitduy ». — Téruel, 4 juillet 1284. 

Reg. 44, f- 234 v\ 

1169. — Pedro III a été informé par l'aljama des Juifs de Lérida que 
le baile et la cour de cette ville n'observent pas le règlement qu'il lui a 

1. Voyez lie vue, t. LX, p. 161, t. LXI, p. 1, t. LX1I, p. 38, t. LXIII, p. 245, t. LXIV, 
p. 67 et 215, et LXV, p. 61. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 197 

concédé relativement à la prestation du serment sur le livre des malé- 
dictions, sous prétexte que le roi ne leur en a pas fait part : or, il entend 
que les malédictions ne soient lues publiquement qu'une fois en présence 
de l'aljama ou de la majorité de ses membres; répétée à chaque affaire, 
la lecture des malédictions prolongerait exagérément le cours des débats; 
il suffira que chaque Juif jure en posant la main sur le livre qui renferme 
le texte des malédictions. — Même date. 
Reg. 46, f- 219. 

1170. — Pedro III mande au baile et à la cour de Lérida d'observer le 
privilège par lui concédé à l'aljama des Juifs de cette ville sur les con- 
trats et les prêts à intérêt consentis par les Juifs. — Même date. 

Reg. 46, f- 219. 

1171. — Pedro III mande au justice de Jâtiva de mettre à mort cer- 
taine Juive du nom de Maulet, qui est retournée à l'islamisme; dans un 
cas semblable, Jaime l« r préconisa la même sentence. — Téruel, 6 juil- 
let 1284. 

Reg. 46, f- 221 r. 

1172. — Pedro III a déjà mandé aux secrétaires et à l'aljama des 
Juifs de Lérida d'envoyer par devers lui, à la date fixée, deux ou trois 
délégués porteurs de tous leurs livres, cahiers et autres écrits relatifs 
aux tailles, collectes ou exactions des quinze dernières années, et prèls à 
lui rendre compte de toutes les peites, tributs, services, cènes et autres 
exactions perçues par le lise royal depuis la date à laquelle Jaime 1 er fixa 
le taux maximum de l'intérêt; les délégués devront, en outre, renseigner 
le roi sur le nombre de contribuables qui acquittèrent chacune de ces 
taxes, sur l'inscription de ces derniers au rôle des contributions mobi- 
lières ou immobilières, au rôle des joyaux et des meubles de la maison, 
sur les exemptions dont ils ont bénéficié ; ils devront spécifier celles des 
dites contributions qui ont été perçues par voie d'alatma, de taille, de 
charte ou sous la prestation du serment ; les délégués seront tenus 
d'apporter les actes où se trouvent consignés les tacanes, les prestations 
de serment, les déclarations d'alatma et qui ont été dressés en vue de la 
perception des taxes, tous les statuts annuels faits par les adélantades, 
les bans et les ordonnances promulgués pour la répression des méfaits et 
délits, les registres des jugements civils et criminels, les privilèges leur 
reconnaissant le droit déjuger; il s'est produit des taxations frauduleuses 
au préjudice du roi et des mineurs ; pour qu'elles ne soient pas renou- 
velées à l'avenir, les délégués apporteront par écrit l'évaluation des 
facultés de chacun, et de cette manière chacun payera à l'avenir selon 
ses moyens ; les secrétaires devront lancer falatma sur tous les Juifs qui, 
se trouvant instruits des plaintes portées parleurs coreligionnaires au roi 
ou à sa cour sur des faits civils et criminels, se sont laissé corrompre et 
ont, gardé le silence ; les délégués devront apporter tous les patrons, 
livres, minutiers, quittances, chartes et autres documents, l'acte témoi- 



J98 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

gnant La délégation dont l'aljama lésa investis, enfin tons les comptes 
qui ont été rendus au roi par ladite aljama. — Même date. 

Semblables lettres aux aljamas juives de Barcelone, Girone, Besalû, 
Tortose, Valence, Tarazona, Daroca, Calatayud, Téruel, Saragosse, Huesca, 
Jaca, Barbastro, Egea, Alagôn. 

Reg. 46, f«' 221 v-222. = Publ. : Pièces justificatives, n- XIV. 

1173. — Pedro III donne quittance aux adélantades de l'aljama des 
Juifs [de Téruel] de 100 sous de Jaca, remis à son scribe Bernardo de 
Sagalar, pour le tribut du i tr janvier prochain. — Même date. 
Reg. 51, f- 36. 

1174. — Pedro III mande aux Sarrasins de Tarazona et de Torellas de 
déclarer par devant Nicolas de Folleras et Izmael de Portella tous les 
contrats d'emprunts souscrits au profit des Juifs de Tudela. — Téruel, 
7 juillet 1284. 

Reg. 46, f° 220 v°. 

1175. — Pedro III mande à l'aljama des Juifs de Tarazona, au sujet de 
la saisie qu'il a ordonnée de la rente viagère (violario) de dame Urracha 
Merino, de répondre à Muça de Portella, ainsi que pour les arrérages du 
tribut de la Saint-Jean passée. — Même date. 

Reg. 51, f° 42 v°. 

1176. — Pedro III mande à Galaciân de Tarba, mérine de Saragosse, 
de lui faire parvenir la procédure dressée par P. R. Calbet, relativement 
à la mort de Salomon Avenbruc, Juif de cette ville, d'assigner les parties 
à comparaître dans les huit jours, enfin de lui envoyer Jahuda, fils de 
Santon [de Belforat], qui a été arrêté, en raison de cette mort, et les 
autres Juifs qui ont été mis en liberté sous caution. — Au siège d Albar- 
racin, 12 juillet 1284. 

Reg. 46, f° 223. 

1177. — Pedro III mande au baile et à la cour de Lérida d'observer 
l'açuna dans les procès qui s'élèvent entre Juifs, toutes les fois qu'il y a 
lieu de l'appliquer. — Fonz, 26 juillet 1284. 

Reg. 43, f° 8 v°. 

1178. —Pedro III mande au justice et au baile de Ricla de faire main- 
tenir les Juifs de Calatayud en possession des saisies qu'ils ont faites sur 
certains de leurs débiteurs. — Daroca, 30 juillet 1284. 

Reg. 43, f° 9 v°. 

1179. — Pedro III a été informé qu'on n'autorise les Juifs de Jaca à 
ne faire dresser leurs actes que par un scribe investi par charte de cette 
fonction ; il mande au justice et au baile de Jaca de permettre aux dits 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 199 

Juifs de recourir pour la rédaction de leurs actes à n'importe quel seribe, 
s'ils reconnaissent que cette revendication est légitime. — Daroca, 
2 août 1284. 

Reg. 43, Ml. 

1180. — Pedro III mande à l'alcaide, à l'interprète (alfaquim) et aux 
jurés de Ricla de ne pas entraver les filsd'Abrahim Guyllamin, Benyamin, 
Açach et Çalema dans le recouvrement de leurs créances, bien que les 
dits Juifs aient été l'objet d'une plainte de la part de leurs débiteurs, 
pourvu, toutefois, que lesdits créanciers se tiennent prêts à faire complé- 
ment de justice. — Même date. 

Reg. 43, f° 11. 

1181. — Pedro III mande à Pelegri Darriglos d'abandonner l'instance 
qu'il a introduite, sur l'ordre de l'infant don Alfonso, contre les Juifs 
Açach Guri de Luna et Vitas, son fils, qui avaient interjeté appel de la 
sentence rendue contre eux par les juges des Juifs de Saragosse, malgré 
la promesse par eux faite, sous certaine peine de morabotins, de se 
soumettre à la décision desdits juges ; il ne veut pas qu'en raison de cet 
appel aucune somme soit exigée des appelants, et si Pelegri Darriglos a 
reçu d'eux quelque argent de ce chef, le roi le prie de le leur restituer. 
— Daroca, 3 août 1284. 

Reg. 43, f° 15. 

1182. — Pedro III a été informé par la plainte des frères de la milice 
du Temple que Pedro de Arey, étant venu en fraude à Monzôn, a demandé 
traîtreusement à Vidal Especero, Juif du seigneur de ce lieu, de se 
rendre auprès de la femme de noble Bernardo de Mauleone pour la 
soigner d'un mal aux yeux; confiant dans les paroles dudit Pedro de Arey, 
pourvu par ce dernier d'une monture et de l'argent nécessaire à son 
voyage, Vidal Especero se rendait vers ladite dame par le chemin public, 
quand Pedro de Arey s'empara de lui et l'emmena prisonnier au château 
de Monfalcô, d'où il ne le laissa partir que moyennant une rançon de 
3.000 sous de Jaca ; le roi mande à Rairnundo de Mulina, viguier de 
Ribagorza et de Palats, de procéder contre Pedro de Arey et contre ses 
biens. — Même date. 

Reg. 44, f 235 v°. 

1183.— Pedro III mande au baile de Saragosse et aux juges de l'aljama 
juive de cette ville de contraindre Astrug et Hasde à fournir une garantie 
suffisante pour la somme qu'ils ont empruntée à leurs frères Açach et 
Jucef Avenasphora. — Daroca, 4 août 1284. 

Reg. 43, f 13 v°. 
1184. — Pedro III mande à Artaldo de Luna de maintenir l'aljama des 



•200 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Juifs d'Egèa en possession de ses créances et, au besoin, de lui prêter 
main-forte pour en poursuivre le recouvrement. — Même date. 
Reg. 43, t" 13 v°. 

1185 — Pedro III a appris que, dans les procès entre chrétiens et Juifs 
où la prestation de serment est imposée ta ces derniers, la lecture des 
malédictions se fait sur la tête de chaque Juif, ce qui rend les débats 
interminables, et de plus que le tribunal oblige chaque Juif à se présenter 
avec un rôle contenant les malédictions, ce qui ne manque pas de 
causer des scandales; le roi mande au çalmédine, au justice et aux jurés 
de Huesca de faire écrire sur un rouleau le texte des malédictions, d'en 
faire lire la teneur une fois pour toutes en présence de l'aljama ou de 
la plus grande partie de ses membres, et quand il arrivera à un Juif de 
jurer, il n'aura qu'à placer les mains sur le rouleau des malédictions et à 
prêter le serment sur le livre de Moïse, suivant la coutume. — Daroca, 
5 août 1284. 

Semblable mandement aux Juifs de Calatayud. 
Reg. 43, f° 24. 

1186. — Pedro III mande aux adélantades des Juifs de Téruel de resti- 
tuer à Bartolomé de Villafranca sept écuelles d'argent qu'ils ont reçues 
en gage du roi pour le prêt de 100 sous, enjoignant à Bernardo, scribe, 
ou à un autre collecteur du tribut des Juifs, de recevoir en compte les 
dits 100 sous à valoir sur le tribut de la Noël suivante. — Au siège d'Albar- 
racin, 9 août 1284. 

Reg. 52, P 53 v°. 

1187. — Pedro III écrit aux adélantades et aux aljamas juives de 
Daroca, Saragosse, Huesca, Barbastro, Montclûs, Alagôn, Tarazona, Jaca, 
Uncastillo, Egea, Luna, Tauste, Borja et Ruesta, de concentrer à Tara- 
zona le montant du tribut qu'ils doivent payer au prochain mois de jan- 
vier. — Au siège d'Albarracin, 10 août 1284. 

Reg. 43, f» 18 v°. 

1188. — Pedro III reconnaît devoir à Janton Avinçalema, Juif de 
Téruel, 150 doubles castillans et 50 doubles « raxedias », dont il lui 
assigne le recouvrement sur le monnayage de la ville et des aidées 1 de 
Téruel. — Au siège d'Albarracin, 11 août 1284. 

Reg. 51, f'° 37 v°. 

1189. — Pedro III donne quittance à l'aljama des Juifs de Téruel de 
500 sous de Jaca pour le tribut du 1 er janvier prochain. — Même date. 

Reg. 51, f° 37 v°. 

1. Aldea : mot castillan désignant un hameau englobé dans le territoire d'une com- 
mune. 



catalogue des actes de jaime i er , pedro ni et alfonso m 201 

1190. — Pedro III confie à Ombert de Lavatina le règlement du procès 
pendant entre Berenguero de Conques, bailede Valence, d'une part, 
Jahuda Alazar, Aziz Abenrrayna, Juifs de Valence, Domingo Pérez de Cala- 
tayud, d'autre part, sur ce fait que ledit Jahuda, se trouvant en procès par 
devant ledit Ombert avec P. de Biosca, avait acheté le témoignage de son 
coreligionnaire Aziz Abenrrayna et du chrétien Domingo Pérez. — Téruel, 

21 août 1284. 

Reg. 43, f° 24. 

1191. — D. Alfonso rappelant aux Juifs de l'aljama de Saragosse que 
son père les a déjà requis de lui avancer le tribut de janvier, leur mande 
d'en faire apporter le montant à Tarazona. — Même date. 

Mandements semblables aux aljamas de Huesca, Uncastillo, Egea, Jaca, 
Daroca, Ruesta, Montclûs, Barbastro, Tauste, Alagôn, Luna, Borja. 

Reg. 62, f° 80. — Indiq. : I. Carini, Gli archivi e le biblioteche di Spagna, 
Palermo, 1884, 2 vol. in-8°, t. II, p. 170. 

1192. — Pedro III a déjà requis Salomon d'en Abraham d'en Adret, 
Juif de Barcelone, de prêter conseil à R. Calbet, juge de la cour royale, 
sur le fait du meurtre de Salomon Avenbruch, Juif de Saragosse ; mais 
ledit Salomon d'en Abraham hésite à le faire, attendu que dans un cas 
semblable Ferrer de Apiera lui a causé des désagréments; le roi lui 
concède que, pour l'avis qu'il donnera selon sa conscience en cette 
affaire, il ne puisse être poursuivi ou molesté par personne. — Téruel, 

22 août 1284. 

Reg. 43, f° 24 v°. 

1193. — Pedro III mande aux secrétaires ou aux adénantades de 
l'aljama des Juifs de Saragosse de ne pas contraindre Samuel Cohen à 
contribuer aux quêtes royales dans l'intervalle de l'instance que ledit 
Samuel a introduite contre l'aljama au sujet de la fixation de sa quote- 
part. — Même date. 

Reg. 43, f° 24 v°. 

1194. — Pedro III mande au baile de Jaca de faire payer par sou et 
par livre les dépenses engagées par les Juifs de cette ville qui ont été pris 
récemment près de Verdû. — Téruel, 23 août 1284. 

Reg. 43, f° 26. 

1195. — Pedro III a appris par la plainte de l'aljama des Juifs de Jaca 
que, huit des leurs s'étant rendus à Verdû, certains habitants d'Embûn 
les détroussèrent et les emmenèrent prisonniers dans les forêts ; une 
partie des auteurs de ce coup de main s'en retourna à Embûn ; le roi fait 
connaître à Garcia Jimenez, de Embûn, frère de feu Jimeno Lopez, de 
Embûn, et à la veuve de ce dernier que le Juif qui apporta la rançon de 



202 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ses coreligionnaires à Ansô leur donnera les noms des malfaiteurs; et 
attendu que lesdits Juifs sont ses hommes propres et qu'à ce titre il doit 
les défendre, Pedro III mande audit Garcia de les délivrer et de leur faire 
restituer ce qui leur a été enlevé. — Même date. 
Reg. 43, f° 26 v°. 

1196. — Pedro III ayant appris par Salomon d'en Abraham que Jucef 
Biona, Juif de Barcelone, n'a pas reçu de salaire pour la perception du 
bovage royal, donne des ordres afin que cet oubli soit réparé. — Même 
date. 

Reg. 43, f° 28. 

1197. — Pedro III ayant confisqué sur Açac Zarch, Juif de Besalû, une 
mauresque du nom de Blanca Ambrona, dofia Astruga, veuve de don 
Jucef Ravaya, Juif, s'est rendue caution pour ladite Mauresque et Ta 
reçue en remboursement d'un prêt d'entre les mains de Bernardo, scribe 
et trésorier du roi; en outre, ladite Astruga s'engage à s'acquitter de ses 
obligations, sinon à verser pour ladite Blanca la somme de 400 sous bar- 
celonais ; dans le cas où ladite Mauresque viendrait à mourir ou à se 
convertir, elle serait quitte de toute obligation à l'égard du roi. Souscrip- 
tion de Sançon de Xisi de Téruel. — Téruel, 24 août 1284. 

Parchemin de Pedro III n° 431, en langue catalane. 

1198. — Pedro III mande à tous ses officiaux de ne pas empêcher les 
Juifs de Saragosse de transporter dans cette ville du blé de n'importe où 
et, au besoin même, de leur prêter aide et conseil. — Téruel, 30 août 
1284. 

Reg. 43, f° 28. 

1199. — Pedro III absout l'aljama et tous les Juifs de Valence des 
poursuites que son trésorier Bernardo, scribe, a engagé contre eux pour 
les obliger à payer en monnaie de Jaca les arrérages du tribut qu'il leur 
réclamait à partir de la date de son avènement, attendu que, conformé- 
ment au privilège à eux concédés par Jaime I er , ils doivent s'acquitter du 
tribut en deniers royaux; le roi mande à Bernardo, scribe, et à ses 
autres officiaux d'appliquer la présente absolution. — Même date. 

Reg. 43, f° 28 v<\ 

1200. — Pedro III mande à Berenguero de Conques, baile de Valence, 
de contraindre Jucef Abenvives et Açach, fils de Muça Abulayag, collec- 
teurs royaux, à payer 4.300 sous réaux qu'ils lui doivent pour la taxe des 
peites, ainsi que le montant des amendes à eux infligées par les alatmas 
ou tacanas de l'aljama juive de Valence; il lui ordonne également de 
faire exécuter tous les autres Juifs de Valence qui restent débiteurs au 
fisc pour les peites, tributs, etc. — Même date. 

Res. 51, f° 43 r° et v°. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 203 

1201. — Pedro NI mande aux secrétaires des Juifs de Valence qui 
exercent leurs fonctions depuis sept ans de se. tenir prêts à lui rendre 
compte de leur gestion dans la huitaine. — Téruel, 1 er septembre 1284. 

Convocations semblables adressées aux secrétaires des Juifs de Murvie- 
dro, de Jâtiva, de Téruel, de Galatayud, de Daroca, de ïarazona, et 
d'Alagôn, avec quelques légères variantes relativement à la date de com- 
parution. 

Reg. 43, f° 29 v°. 

1202. — Pedro III reconnaît devoir 1.000 sous de Jaca à Jacob Aven- 
rodrich, Juif de Téruel, et lui en assigne le recouvrement sur le mon- 
nayage de Téruel. — Même date. 

Reg. 51, f° 38. 

1203. — Pedro III écrit aux paiciers de Lérida de ne pas grever les 
Juifs de cette ville pour les contributions imposées sur leurs vignobles et 
autres possessions. — Huesca, 8 septembre 1284. 

Reg. 43, f° 30 v°. 

1204. — Pedro III mande aux secrétaires de Paljama des Juifs de 
Girone qui exercent leurs fonctions depuis sept ans de venir lui rendre 
compte de leurs opérations de mardi en huit. — Même date. 

Convocations semblables adressées aux Juifs de Besalû, qui doivent 
comparaître avec ceux de Girone douze jours après les « cabanellas », 
aux Juifs de Barcelone, Villafranca, Cervera, Montblanch et Tarragona, 
qui doivent se présenter^ dix jours après les « cabanellas », aux Juifs de 
Lérida, six jours après les « cabanellas », de Barbastro, cinq jours après 
les « cabanellas », de Huesca, Saragosse, Egea et autres lieux, quatre 
jours après les « cabanellas », enfin aux Juifs de Luna, Uncastillo, Ruesta, 
Jaca, Montclûs et Tauste, qui doivent se présenter quatre jours après les 
« cabanellas ». 

Reg. 43, f° 31 v°. 

1205. — Pedro III mande à Berenguero de Conques, baile de Valence, 
de contraindre Jucef Abenvives, les héritiers de Muça Alolayaiaig, anciens 
collecteurs des exactions royales levées sur les Juifs de Valence, Abraf- 
fim Abinaffia, Samuel Abinaffia et tous les autres Juifs de Valence que les 
secrétaires de Taljama lui indiqueront et qui demeurent encore débi- 
teurs au fisc pour les peites, tributs et autres exactions des années révo- 
lues, à verser tout ce qu'ils doivent audit Berenguero de Conques, qui en 
fera parvenir le montant au roi. — Téruel, 9 septembre 1284. 

Reg. 51, f° 43. 

1206. — Pedro III a été informé par la plainte de l'aljama des Juifs de 
la ville et collecte de Barcelone que le viguier et le baile de Barcelone 



204 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

font, ou laissent faire par les Prêcheurs et autres des enquêtes ou des 
procès contre lesdits Juifs pour avoir soutenu et recueilli dans leurs 
maisons certains de leurs coreligionnaires qui s'étaient convertis au 
christianisme ; comme les Juifs sont ses sujets propres et qu'à ce titre, il 
doit les protéger, le roi mande au viguier et au baile de Barcelone de 
faire cesser toute enquête ou poursuite; si leur culpabilité est démontrée, 
il se réserve de sévir lui-même. — Huesca, 10 septembre 1284. 
Reg. 43, f» 30 v°. 

1207. — Pedro III rappelle à Muça de Portella qu'il l'a déjà chargé 
d'acheter pour son fidèle Miguel Garcez, de sa maison, le cheval de Juçef 
de Çasson, Juif d'Egea, et lui mande d'en garantir le payement audit 
Jucef. — Téruel, 16 septembre 1284. 

Reg. 71, f°156. 

1208. — Pedro III donne quittance aux adélantades et à l'aljama des 
Juifs de Saragosse de 6.600 sous de Jaca qu'ils ont fait remettre a Tara- 
zona à Muça de Portella par leur coreligionnaire et compatriote Mosse 
Gullam, à valoir sur le montant du tribut de janvier prochain. — Tara- 
zona, 18 septembre 1284. 

Reg. 50, f» 38 v\ 

1209. — Pedro III donne quittance aux Juifs de Barbastro pour le 
même sujet de 1.350 sous de Jaca. — Même date. 

Reg. 50, f° 38 v°. 

1210. — Pedro III a été informé par le Juif Mayr Çabarra que P. Novel, 
du temps où il était sous-viguier de Ripoll, avait interdit audit Juif, de 
la part du roi, sous peine de corps et biens, de garantir la légitimité de 
son instance devant la cour du monastère de Ripoll, et de comparaître 
par devant ladite cour aux jours qui lui avaient été assignés, en raison 
du procès qu'il soutenait contre R. et P. Mayol, de la paroisse de Ripoll ; 
le roi mande à R. Orcau, viguier de Gervera, de ne pas engager de pour- 
suite contre ledit Juif, si sa plainte est fondée. — Tarazona, 20 septembre 
1284. 

Reg. 43, f° 34 v°. 

1211. — Pedro III mande au baile et à la cour de Lérida de ne pas 
permettre aux Juifs de cette ville d'exiger plus de 4 deniers pour livre 
d'intérêt par mois. — Malon, 21 septembre 1284. 

Reg. 43, f° 35. 

1212. — Pedro III mande au viguier de Barcelone ou à son lieutenant 
de placer sous séquestre les biens qui ont appartenu à Astrug Jacob Sixo, 
Juif défunt, dans ses territoires de Barcelone, de Granollers ou ailleurs, 
sous la juridiction du viguier, et sur lesquels le roi a engagé une action 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME 1 er , PEDKO 111 ET ALFONSO 111 205 

en revendication ; le séquestre devra être maintenu jusqu'à nouvel ordre. 
— Horta de Tudela, 28 septembre 1284. 

Reg. 43, f° 36 v°. 

1213. — Pedro III a appris que Jimeno Juàn Pardi et Domingo Vincente, 
du temps où ils étaient jurés de Villalba, aldea de Calatayud, vendirent 
et donnèrent en paiement à Mosse Vilan, Juif de Calatayud, certaines 
maisons, une pièce de terre et une vigne qui avaient été saisies sur Vin- 
cente de Longares en raison de l'indemnité que ce dernier avait été con- 
damné à payer à son créancier Mosse Vilan; le roi mande au justice de 
Calatayud ou à son lieutenant d'exécuter, s'il y a lieu, la sentence et de 
mettre ledit Mosse en possession desdits biens. — Tauste, 1 er octobre 
1284. 

Reg. 43, f° 37. 

1214. — Pedro III donne quittance à l'aljama des Juifs de Uncastillo 
de 500 sous de Jaca qu'elle a remis à Muça de Portella, à valoir sur le 
tribut de janvier prochain. — Sos, 11 octobre 1284. 

Reg. 51, f° 44 v°. 

1215. — D. Alfonso a été informé par la plainte de l'aljama des Juifs 
d'El Frago que le justice, les jurés et le conseil de cette ville refusent de 
payer leurs dettes à ladite aljama en alléguant des sursis et des excuses 
frivoles; l'infant mande à ces débiteurs de remplir leurs engagements, 
capital et intérêt au taux légal, ou sinon de faire à leur créancier com- 
plément de justice. — Borja, 13 octobre 1284. 

Reg. 62, f« 95. 

1216. — Pedro III mande aux justice, jurés et à tous autres officiaux 
de ne pas faire d'injustice à l'aljama des Juifs d'El Frago, ni d'en laisser 
faire auxdits Juifs par leurs débiteurs, bien plus de contraindre ces der- 
niers à acquitter leurs dettes, capital et intérêt au taux fixé par Jaime I er , 
enfin de faire observer tous les privilèges reconnus auxdits Juifs. — Sos, 
13 octobre 1284. 

Reg. 43, f° 43. 

1217. — Pedro III mande à Fortunio Sanchez de Vera de maintenir 
les Juifs d'El Frago en possession de leurs droits et de ne pas permettre 
qu'ils soient molestés contre la justice, pourvu qu'ils se tiennent prêts à 
faire au plaignant complément de justice. — Même date. 

Reg. 43, f° 43. 

1218. — Pedro III ayant appris que le justice, les jurés et le conseil 
d'El Frago refusent de payer leurs dettes aux Juifs de cette ville et qu'ils 
ont même juré de n'en rien faire, leur mande de comparaître devant lui 



206 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



par leurs procureurs ou syndics à Saragosse, le jour de la Toussaint. 
)ctobre 1284. 
Res. 43, f° 49 v°. 



Egea, 21 octobre 1284. 



1219. — Pedro III accorde un sursis d'un mois à Açim Abenayefon, 
Juif de Lérida, pour le remboursement de ses dettes. — Tarazona, 25 oc- 
tobre 1284. 

Reg. 43, f° 50 \°. 

1220. — Pedro III mande à Estebân de Gardona, au sujet des plaintes 
portées contre le Juif Açim Abenayefon par Vidal Xitacela, Salomon, fils 
de Baffia Migeron, Jucef Astrug, Mordohay Avingabay et Çalema Alen- 
tenz, de faire juger ledit Açim, s'il y a lieu, conformément à l'açuna. — 
Même date. 

Reg. 43, f° 50 v°. 

1221. — Pedro III prend en faveur des Juifs d'Egea la même décision 
que celle dont il a fait bénéficier leurs coreligionnaires d'El Frago (Voir 
plus haut n° 1218). — Egea ; 26 octobre 1284. 

Reg. 43, f° 49 v°. 

1222. — Pedro III mande à Berenguero de Conques, baile de Valence, 
de contraindre Jucef Abenvives, les héritiers de Muça Alolayaiaig, 
Abraffim Abinaffia, Samuel Abinaffia et certains autres Juifs de Valence 
à verser à Mosse Maymô, qui les transmettra au roi, 953 sous 4 deniers. 
— Tarazona, 26 octobre 1284. 

Reg. 51, f° 43 v. 

1223. — Pedro III donne quittance aux adélantades et à l'aljama des 
Juifs d'Egea de 750 sous de Jaca pour le tribut de janvier prochain. — 
Tarazona, 28 octobre 1284. 

Semblables quittances aux Juifs de Borja (250 sous), d'Alagôn (800), de 
Tauste (100), de Daroca (750), de Tarazona (550), de Huesca (3.750). 
Reg. 51, f 39 r° et v°. 

1224. — Pedro III informe Juan Gili Tarini, justice d'Aragon, que 
Juceff de Belforat, son fils Astrug, Gualit de Belforat, Jahuda, fils de 
Santob El Moreno, Jucef de Belforat, jeune, Salomon et Açach, fils de 
Santob El Gorredor, Juifs de Saragosse, ont interjeté appel au roi d'une 
sentence confirmative rendue contre eux par R. Calvet, juge royal, dans 
le procès qui leur avait été intenté par Juceff Avenbruch et Azdra Aven- 
bruch au sujet du meurtre de Salomon Avenbruch ; or, les demandeurs 
affirment que d'après l'açuna hébraïque l'appel est irrecevable dans un 
procès entre Juifs; le roi mande au justice d'Aragon de rechercher si 
en pareil cas l'açuna n'exclut pas l'appel et, si l'appel est légitime, 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 207 

d'ouïr lui-même la cause et de la régler selon l'açuna. — Saragosse, 
3 novembre 1284. 

Reg. 43, f° 54 v°. 

1225. — Pedro III a appris que le justice et l'alcaide de Pina ont mis 
par son ordre Ismael Alincez, Juif de Saragosse, en possession de cer- 
tains héritages qu'ils ont vendus audit Juif par autorité judiciaire pour 
payer les dettes des Sarrasins qui sont détenteurs desdits héritages; il a 
été informé, de plus, que ledit Juif était troublé indûment dans la pos- 
session de ces héritages par leurs anciens possesseurs sarrasins, qui 
continuent à les détenir et à les cultiver; le roi mande au justice et à 
l'alcaide de faire respecter les droits d'Ismael Alincez. — Même date. 

Reg. 43, f° 57 v°. 

1226. — Pedro III informe Galaciân de Tarba, mérine de Saragosse, 
ou son lieutenant, qu'il a ordonné à l'alcaide des Sarrasins de cette ville 
et à tous ses autres officiaux de contraindre lesdits Sarrasins à payer 
leurs dettes à l'aljama des Juifs de Saragosse et à chacun de ses membres, 
ou à leur faire complément de justice; mais lesdits Sarrasins n'en ont 
rien fait; le roi mande audit mérine de saisir les biens des Sarrasins, s'ils 
refusent plus longtemps de s'acquitter de leurs obligations. — Saragosse, 
6 novembre 1284. 

Reg. 43, f° 57 v». 

1227. — Pedro III fait connaître à Berenguero de Conques, baile de 
Valence, qu'il entend examiner lui-même le procès intenté à un Juif de 
Bolea, actuellement en résidence à Valence, Jacob Alcahen, à sa femme 
et à ses enfants; il lui mande d'enjoindre audit Jacob de se rendre incon- 
tinent auprès du roi et de veiller à ce que ledit et sa famille ne puissent 
sortir de ses États, ni cacher leurs biens, en attendant que justice soit 
faite. — Même date. 

Reg. 43, f 60 v°. 

1228. — Pedro III adresse une citation du même genre que la précé- 
dente au baile de Jâtiva au sujet de Maymon Sento. — Même date. 

Reg. 43, f° 60 v°. 

1229. — Pedro III mande aux juges de l'aljama des Juifs de Saragosse 
connus sous l'appellation de a berurim » de procéder, conformément à 
l'açuna judaïque, sans atermoiements, ni subterfuges, dans le procès 
matrimonial pendant entre Aci, fille d'Açach Avenreyma, et Samuel 
Avenlupiel, son mari. — Saragosse, 7 novembre 1284. 

Reg. 43, f° 58. 

1230. — Pedro III a été informé par la plainte d'Azmel Alitiens et de 



208 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Jucef Andalo que le justice, les jurés et les prud'hommes de Pina grèvent 
lesdits Juifs indûment, eu égard à la valeur des héritages par eux possé- 
dés dans le terroir de Pina, pour la répartition des tailles et autres exac- 
tions ; le roi mande au justice, aux jurés et aux prud'hommes de taxer 
lesdits Juifs d'une manière équitable. — Saragosse, 8 novembre 1284. 
Reg. 43, f*» 58 v°. 

1231. — Pedro III mande à Jucef Coffen, Juif de ïortose, de se rendre 
à Lérida, pour le règlement de certaines affaires, auprès d'Estebân de 
Cardona, baile de Lérida et « répositaire » (trésorier) de la reine. — 
Saragosse, 11 novembre 1284. 

Reg. 43, f° 50. 

1232. — Pedro III a été informé par l'aljama des Juifs de la cité de 
Valence que le justice, les jurés, les prud'hommes et les conseillers de 
cette ville veulent obliger les Juifs, qui ont à prêter serment en raison 
de contrats conclus avec des chrétiens, à se rendre à la cour avec le rôle 
[des malédictions] au cou, bien que cette obligation ne soit imposée 
nulle part aux Juifs dans le royaume, ni insérée dans aucune concession 
faite par la royauté à la cité de Valence ; le roi mande aux officiaux 
de Valence de ne pas molester leurs justiciables juifs. — Saragosse, 
12 novembre 1284. 

Reg. 43, f° 61 V. 

1233. — Pedro III a été informé par Açach Avenafion, et ses fils, Juifs 
de Galatayud, que quelques Sarrasins de Nigùella refusent de leur rem- 
bourser les sommes qu'ils leur ont empruntées, quoiqu'il ait déjà mandé 
de contraindre lesdits Sarrasins au payement ou à faire complément de 
justice ; le roi mande à Lope Ferrench de Luna de faire exécuter lesdits 
Sarrasins. — Saragosse, 14 novembre 1284. 

Reg. 43, f* 64. 

1234. — Pedro III, à la prière de son cher chevalier Pedro Garcez, 
accorde des lettres de rémission à Jucef de Belforat, Salamon de Belforat, 
son frère, Gualich de Belforat, fils de Bergelay, aux frères Salamon et 
Açachael, fils de Sancton de Belforat aîné, enfin à Jauda, fils de Sancton 
de Belforat jeune, qui ont encouru les peines d'alatma, d'excommunica- 
tion et d'exil, nonobstant la sentence contre eux rendue par les juges 
hébreux de l'aljama de Saragosse. — Même date. 

Reg. 44, f° 243. 

1235. — Pedro III, à la prière de dame Aldonça Jiménez de Urreya, 
remet au Juif de Saragosse Astrug de Belforat toute alatma, excommu- 
nication, herem et chalongc, peines à lui infligées par les juges de 
l'aljama et confirmées par le juge royal Raimundo Calvet, à l'issue du 



CATALOGUE DES ACTES DE JAÏME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 209 

procès que Jucef Avenbruc lui avait intenté à lui et à quelques autres 
Juifs sur le fait de la mort de Saloraon Avenbruc ; le roi mande à tous 
les officiers royaux et aux adélantades de l'aljama juive de Saragosse de 
veiller à l'exécution de la présente grâce. — Saragosse, 17 novembre 1284. 
Reg. 44, f° 243. 

1236. — Pedro III donne quittance aux adélantades des Juifs de Sara- 
gosse de 1.000 sous de Jaca pour le tribut de la Saint-Jean prochaine. — 
Même date. 

Reg. 51, f° 40. 

1237. — Pedro III accorde son guidage au Juif de Barcelone Aaron 
fils de Clara, mandant à tous ses fonctionnaires et sujets de n'exiger de 
lui aucune leude ni péage, mandant aussi aux adélantades et à l'aljama 
des Juifs de Saragosse de n'exiger dudit Aaron aucune peite ou quête 
pendant la durée de son séjour à Saragosse. — Saragosse, 18 novembre 1284. 

Reg. 43, f° 69 v°. 

1238. — Pedro III mande à Martin Ferrando de Sayas, lieutenant de 
Pedro Çapata, auprès de l'aljama de Galatayud, de remettre incontinent 
à P. Gili les Juifs inculpés de la mort de leur coreligionnaire Nomen 
Buen. — Calatayud, 30 novembre 1284. 

Reg. 43, f° 79. 

1239. — D. Alfonso reconnaît devoir à Samuel Solam, Juif de Villa- 
franca, pour un roussin de poil bai qu'il lui a acheté en vue d'en faire 
don à Alfonso Romer, la somme de G50 sous barcelonais. — Villafranca, 
5 décembre 1284. 

Reg. 71, t° 158. 

1240. — Pedro III mande à toutes les aljamas juives du royaume 
d'Aragon d'envoyer leurs délégués à Huesca, le 31 janvier 1285, en vue 
de la répartition des tributs et autres exactions ; l'aljama de Saragosse 
devra déléguer cinq de ses membres les meilleurs, celle de Galatayud 
cinq également, et les autres aljamas d'Aragon deux en tout; les délégués 
devront séjourner à Huesca continuellement et ne se retirer de l'assem- 
blée qu'après l'achèvement de la répartition. — Lérida, 8 décembre 1284. 

Reg. 46, f° 166. 

1241. — D. Alfonso mande à R. de Moncada, seigneur de Fraga, de ne 
pas s'opposer à ce que le portier G. P. de Gardonetz recueille les cènes 
des Juifs et des Sarrasins de Tortose ; il ne tolérera pas qu'il soit porté 
préjudice audit portier en quoi que ce soit. — Barcelone, 8 décembre 1284. 

Reg. 62, f° 104. 
T. LXV, «• 130, U 



210 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1242. — D. Alfonso a appris que Bernardo de Peratallada, viguier de 
Barcelone, avait ordonné à la cour de Figueras de surseoir, jusqu'à 
l'arrivée du roi dans le pays, à l'enquête qu'elle était en train de faire 
contre Vidal, fils d'Abraham de Torre, Juif de Figueras, inculpé de délits, 
vols et crimes ; il lui mande de la part du roi et de la sienne de rapporter 
son ordre de surséance et d'autoriser A. Taberner à ouvrir une enquête 
contre ledit Vidal. — Barcelone, 11 décembre 1284. 

Reg. 62, P 103 v°. 

1243. — D. Alfonso mande à Taberner de procéder à une enquête 
contre Vidal, fils d'Abraham de Torre. — Même date. 

Reg. 62, f° 103 v\ 

1244. — Pedro III mande au procureur du royaume de Valence de 
rejeter les atermoiements et motifs frivoles invoqués par Jahuda Alazar 
dans le procès pour dettes qui est pendant entre lui, d'une part, Berit de 
Villanova et Banasies, sa femme, de l'autre, et de convoquer ledit 
Jahuda pour le faire composer avec ladite Bonasies ; le compte fait, le 
procureur devra faire rendre à ladite Bonasies tout ce que Jahuda Alazar 
lui devra. — Albarracin, 13 décembre 1284. 

Reg. 43, f° 86. 

1245. — Pedro III mande à R. de Riussec de remettre des vêtements 
à une jeune fille de Valence qui sait tresser des franges (de fresio) et qui 
lui sera présentée par Astruga, veuve de Jucef Ravaya ; R. de Riussec 
devra pourvoir cette jeune fille d'une monture pour lui permettre de se 
rendre à Téruel. — Même date. 

Reg. 52, f° 81 v°. 

1246. — Pedro III aprouve le compte fait par Berenguero de Conques, 
baile de Valence, avec Jahuda Alazar, Juif de cette ville, au sujet de l'ins- 
tance en faux témoignage que ledit baile avait introduite contre ce 
dernier; le roi accorde audit Jahuda des lettres de rémission. — Albarracin, 
14 décembre 1284. 

Reg. 43, f« 86. 

1247. — D. Alfonso écrit à Astrug Mercader, Juif de Villafranca, pour 
le prier d'endosser l'obligation de 200 morabotins souscrite par ledit 
infant au profit de P. de Baileras. — Barcelone, 15 décembre 1284. 

Reg. 71, f° 158 v°. 

1248. — Pedro III mande aux procureurs des aljamas juives d'Aragon, 
qui doivent se réunir à Calatayud pour y procéder à la répartition des 
tailles, de n'exercer aucune contrainte au sujet du serment des tailles 
contre Aaron Abinaffia et Mosse, son fils, qu'il a chargés d'une mission à 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 211 

Valence, jusqu'à ce que ledit Aaron et son fils soient de retour de cette 
ville. — Téruel, 21 décembre 1284. 

Reg. 43, f» 90 V. 

1249. — D. Alfonso a appris par la plainte de raljama des Juifs de 
Villafranca que le «quêteur» ou adjudicataire de l'œuvre du pont de 
Torroella a contraint par la violence les Juifs de Villafranca à contribuer 
aux dépenses de la construction de ce pont ; comme personne ne saurait 
être poussé par la violence à faire des offrandes, l'infant mande au baile 
de Villafranca de ne pas permettre que les Juifs de son ressort supportent 
des saisies de ce chef, bien plus, de leur faire restituer les cotisations 
qu'ils peuvent avoir déjà versées. — Barcelone, 21 décembre 1284. 

Reg. 62, f° 107. 

1250. — Pedro III a été informé par les Juifs d'Egea que quelques 
habitants de cette ville, qui ont souscrit comme témoins des obligations 
consenties par des créanciers juifs, rendent le recouvrement des créances 
difficile en refusant d'apporter leur témoignage devant le justice ou les 
jurés, de sorte que lesdits Juifs ne peuvent prouver l'authenticité de leurs 
actes de prêt ; le roi mande au justice et aux jurés d'Egea de permettre 
aux dits Juifs de faire authentiquer leurs actes de créances par les 
notaires qui les ont dressés, leur enjoignant encore d'admettre les souscrip- 
tions de témoins conformément au for d'Aragon et de contraindre les 
débiteurs des Juifs à payer leurs dettes ; quant aux notaires qui ont 
dressé les actes d'obligations, ils devront apporter leur témoignage, 
toutes les fois qu'ils seront requis de le faire par le justice ou les jurés. 
— Téruel, 27 décembre 1284. 

Reg. 43, f° 93. 

1251. — Pedro III mande à ses fidèles de l'aljama, aux adélantades et 
aux autres officiers des Juifs de Saragosse, sous peine de corps et biens, 
de ne procéder entre eux à aucune opération de peite, taille, exaction ou 
mainlevée, jusqu'à ce qu'il prenne une ordonnance à ce sujet. — Téruel, 
4 janvier 1284-5. 

Expédition de mandements semblables aux Juifs de Uncastillo, Ruesta, 
Tarazona, Alagôn, Montclûs, Luna, Pina, Huesca, Tauste, Barbastro, 
Galatayud, Jaca, Téruel, Daroca, Egea, Borja, Barcelone, Lérida, Valence, 
Girone, et Besalû, Jâtiva. 

Reg. 43, f° 97 v°. 

1252. — Pedro III mande au justice, aux jurés et aux autres officiaux 
de la ville et des aidées de Galatayud de veiller, sur tous les points de la 
frontière, à ce que quelques Juifs ne puissent la franchir, de procéder 
à des arrestations et confiscations, s'ils surprennent des tentatives de ce 
genre, et de détenir les fuyards jusqu'à ce qu'une décision royale vienne 
régler leur sort. — Même date. 



212 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Expédition d'un exemplaire de ce mandement aux lieux frontière de la 
région de Daroca, Tarazona, Téruel, aux lieux de la Sobrejunteria de 
11. de Molina, à ceux de la viguerie de R. de Orcau, viguier de Cervera et 
à ceux de la viguerie de B. de Peratayllada, viguier de Barcelone. 
Reg. 43, f° 98. 

1253. — Pedro III a appris par son tidèle Jahuda Abenmanasse, ancien 
baile de Jâtiva, que Mosse Avengayeff, Juif de cette ville, a vendu tous ses 
biens à son coreligionnaire et concitoyen Jacob Fornada au prix de 
5000 sous réaux ; cette vente a donné lieu à la perception de la Quyna* ; 
mais sur la remarque que ses biens valaient davantage, ledit Mosse 
exige 5000 sous de plus ; l'acquéreur réplique qu'il a fait l'achat par 
ordre royal et que, s'il plaît au roi, il retiendra cet achat pour lui-même ; 
le roi mande au justice de Jâtiva ou à son lieutenant de vérifier les décla- 
rations des parties contractantes et, s'il en est comme dessus, de faire 
retenir l'achat par Jahuda et d'inviter ce dernier à verser le supplément 
de 5000 sous. — Téruel, 7 janvier 1284-5. 

Reg. 43, f° 101. 

1254. — Pedro III remet toute peine ou alatma aux procureurs des 
aljamas de Saragosse, Huesca et Barbastro, qui ne se sont pas présentés 
par devant lui aux jours fixés, pour lui faire déclaration, sous serment, 
de leurs facultés contributives, lesdits procureurs en ayant été empêchés, 
pourvu, cependant, qu'ils viennent faire prochainement cette déclaration 
à Daroca. — Même date. 

Reg. 43, f° 101. 

1255. — Pedro III, informant le baile de Barcelone que Vidal Analta, 
procureur constitué par l'aljama des Juifs de Barcelone, pas plus que les 
autres Juifs délégués pour venir rendre compte au roi, conformément au 
mandement du 7 juillet dernier, ne s'est pas acquitté de sa mission au jour 
dit, mande au baile barcelonais de contraindre l'aljama juive de sa rési- 
dence à déléguer par devers le roi deux ou trois notables de la commu- 
nauté avec mission procuratoire de fournir des explications sur le sujet 
proposé. — Même date. 

Expédition de ce mandement au baile de Girone, Besalû, Lérida, Jâtiva, 
Murviedro. 

Reg. 43, f° 103. 

1256. — Pedro III mande à Galacian de Tarba d'arrêter le Juif Juceff 
Andala, procureur délégué par l'aljama juive de Saragosse, lequel s'est 
retiré sans avoir rendu des comptes au roi et sans que celui-ci lui ait donné 
congé ; même contrainte que précédemment devra être exercée à l'égard 
de l'aljama de Saragosse. — Même date. 

1. Quyna : droit de quinte. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME 1 er , PEDRO III ET ALFONSO III 213 

Des ordres semblables sont expédiés aux baile et justice de Barbastro, 
au justice de Borja, auxbailesetjusticesdeUncastillo, Tarazona, Montclûs, 
Ruesta, Calatayud, au justice d'Alagon, au justice et à l'alcaide de Téruel, 
aux bailes et justices de Jaca, Tauste, au çalmédine et au justice de 
Huesca, au justice de Daroca ou à son lieutenant, au justice d'Egea. 
Reg. 43, f° 103. 

1257. — Pedro III dispense tous les Juifs de l'aljama de Huesca de 
l'obligation de lui fournir à lui et à sa suite, à l'occasion de son passage 
à Huesca, des draps de lit, des tables et d'autres ustensiles de ménage. — 
Même date. 

Reg. 43, f« 116. 

1258. — L'infant don Alfonso mande au baile de Besalû et à tous les 
autres officiaux, conformément à l'ordre déjà donné par le roi son père, 
de mettre à exécution la sentence'rendue par Raimundo de ïoilano dans 
le procès qui s'était élevé au sujet d'une certaine somme d'argent entre 
Guillelmo de Cabrera et Perfayt, Juif de Girone. — Girone, 8 janvier 1284-5. 

Reg. 62, f° 111 v*. 

1259. — D. Alfonso fixe à 410 sous la somme que l'aljama des Juifs de 
Besalû doit lui payer pour le service imposé à l'aljama de Girone, et il 
mande aux Juifs de Besalû d'en remettre le montant à G. de Marseilla, 
portier royal. — Même date. 

Reg. 62, f° 113 ▼». 

1260. — D. Alfonso mande à Abraham de na Clara et à Astruch Rogé, 
Juifs de Villafranca, d'avoir à comparaître par devant lui dans le délai de 
dix jours pour répondre des injures et dommages par eux infligés à 
Ismaël de Portella. — Girone, 9 janvier 1284-5. 

Reg. 62, f 114. 

1261. — D. Alfonso mande aux Juifs de Girone et de Besalû de payer 
incontinent à R. Basset, majordome * de noble A. de Corçavin, la somme 
de 400 sous barcelonais, à laquelle l'aljama de Besalû a été taxée par 
celle de Girone comme contribution au subside de 1000 sous que les 
deux aljamas ont promis de donner conjointement à l'infant pour le 
service. — Figueras, 11 janvier 1284-5. 

Reg. 62, f e 114. 

1262. — D. Alfonso mande à Bellhom Levi, Benvenist Zabaria et Vidal 
Cauler, secrétaires de l'aljama des Juifs de Besalû, de faire exécuter les 
frères Nissim Navarra, Bonjuda et Vidal, ainsi que leur beau-frère Azday 

1. Majordome ; Maître d'hôtel, comptable Térificateur des comptes présentés par 
les officiers de l'hôtel 



214 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

I.evi, tous les quatre habitants de Figueras, au sujet de leur part de con- 
tribution à la taille ou taxation qui doit être faite par les secrétaires sur 
les quêtes et autres exactions. — Figueras, 12 janvier 1284-5. 
Reg. 62, f« 115. 

1263. — D. Alfonso mande aux Juifs de Girone et Besalû de payer à 
H. Basset, majordome de noble A. de Corçavin, la somme de 400 sous 
barcelonais représentant la quote-part imposée à l'aljama de Besalû pour 
les 1000 sous que les deux aljamas ont promis de verser à l'infant. — 
Même date. 

Reg. 71, f° 160. 

1264. — Pedro 111 mande aux Juifs de Saragossequi se trouvent créan- 
ciers de Sarrasins de la même ville de comparaître par devant lui incon- 
tinent, pour soutenir leur droit contre le privilège qui assure aux 
débiteurs sarrasins l'inviolabilité de leur personne. — Monreal, 13 janvier 
1284-5. 

Reg. 43, f° 102 v°. 

1265. — D. Alfonso mande par devers lui G. Domenech, jurispérite de 
Castellô [de Ampurias], pour s'occuper de l'affaire Abraham de Torre, 
Juif de Figueras. — Toroella, 18 janvier 1284-5. 

Reg. 62, f° 116 v°. 

1266. — Pedro III mande aux aljamas juives qui furent cautionnées à 
Alagôn pour question de serment de ne pas faire de taille, quête, 
peite ou prêt sur l'arche, à l'exception de la demi-arche qu'elles devaient 
exiger en vertu de la tacane de Barbastro ; le roi délègue son bouteillier 
Dalmaso de Vilarrasa, avec mission de choisir dans chaque aljama deux 
ou trois tidèles hommes, qui seront chargés, en même temps que lui, de 
la garde des arches, de la grande comme delà petite, des deniers produits 
par la capitation, la taxe des maisons et des héritages; la commission 
ainsi formée devra fixer la quote-part de chaque contribuable; les com- 
missaires jureront de garder le secret sur la perception qu'ils auront à 
faire de concert avec le délégué royal; ils feront lancer l'alatma dans 
les synagogues et menacer de certaine peine ceux qui négligeront de 
s'acquitter de leur quote-part, selon la tacane de Barbastro; le délégué 
devra faire parvenir au roi les noms des secrétaires qui étaient en fonc- 
tion au moment de l'établissement des arches. — Terrer, 23 janvier 
1284-5. 

Reg. 43, f° 111 r° et v°, en langue catalane. 

1267. — Pedro 111 mande à toutes les aljamas qui ont participé à la 
convention des serments d'Alagôn de ne pas comprendre les Juifs francs 
dans l'alatma qui doit être lancée en vue de la perception de la demi- 
arche qui doit être prescrite par la tacane de Barcastro, mais dans l'ex- 



catalogue des actes de jatme i or , pedro m et alfonso m 215 



communication qui sera publiée en vertu des serments qui ont été prêtés 
ion d'Alagon. — Même d 
Reg. 43, f° 111 v°, catalan. 



à la réunion d'Alagon. — Même date 



1268. — Pedro III convoque à Calatayud tous les Juifs de ses fidèles 
aljamas qui se trouvent à Daroca et qui ne sont pas venus rendre des 
comptes à Albarracin, en vertu de la charte royale du 6 juillet 1284, sous 
prétexte que si le roi les convoquait à Daroca, il leur serait plus facile, 
en raison de la proximité de cette ville, de se rendre à la convocation 
royale. — Même date. 

Reg. 43, f» 112, catalan. 

1269. — Pedro III mande à dame Sancha Moret, femme de Blasco 
Jimenez de Ayerbe, de ne pas exercer de contrainte sur les Juifs d'Egea 
en raison de l'assignation que le roi lui a faite sur le tribut de cette 
communauté, attendu qu'ils ont déjà acquitté le tribut de janvier et que 
Bernardo Scriba a déjà reçu l'ordre de payer la dite dame. — Calatayud, 
23 janvier 1284-5. 

Reg. 43, f° 112. 

1270. — Pedro III a appris de Salomon Baffiel, habitant de Murviedro, 
adjudicataire de l'herbage pour l'année écoulée en compagnie des frères 
Juceff et Salomon Avinyapruch, habitants du même lieu, qu'à la suite de 
cette association formée par acte hébraïque, les deux frères ont reçu 
2000 sous réaux, qui devaient être versés à un terme fixé audit Salomon, 
à R. de Riussec ou à un autre mandataire du roi; ce dernier mande à 
Thomas Vives, justice de Murviedro, de contraindre les deux frères et 
leurs biens à verser entre les mains de Salomon Baffiel et R. de Riussec 
la somme pour laquelle ils se sont obligés à leur égard ou à leur en 
faire complément de justice, nonobstant le privilège reconnu aux Juifs 
qui subordonne sous certaine peine toute revendication de ce genre a 
une plainte portée devant leurs juges ou adélantades; comme il s'agit 
d'une demande relative aux deniers royaux, Pedro III estime qu'il doit 
absoudre Salomon Baffiel de ladite peine. — Calatayud, 26 janvier 
1284-5. 

Reg. 43, f° 114. 

1271. — Pedro III mande à tous les « Hébreux » qui se sont assemblés 
à Alagôn de comparaître par devant lui le lundi suivant, à Rueda. — 
Calatayud, 27 janvier 1284-5 . 

Reg. 45, f° 113. 

1272. — Pedro III mande aux mêmes de s'abstenir de lancer l'excom- 
municaiion sur Aaron Abinafia, tant qu'il ne leur en aura pas donné 
l'ordre. — Même date. 

Reg. 43, f° 113. 



216 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1273. — Pedro III confie au justice de Calatayud le règlement du 
procès pendant entre Claria, fille de Juan de Veciada, de Calatayud, 
d'une part, et le Juif Mosse Catalan, d'autre part, pour injures et voies de 
fait infligées par ce dernier à la demanderesse. — Même date. 
Reg. 43, f 113. 

1274 — L'infant don Alfonso rappelle à Bellhom Levi, Juif de Besalû, 
qu'il l'a déjà cité une fois par devant lui, sans que l'intéressé ait daigné 
comparaître; il renouvelle la citation pour le lundi suivant etlui ordonne 
de s'y conformer, bien qu'il prétende que sa condition de tenancier 
d' « hostage ' » l'empêche de sortir de Besalû ; l'infant mande par la même 
occasion aux secrétaires de Besalû de permettre audit Bellhom de s'absen- 
ter de la ville en le dispensant temporairement de l'hostage, — Girone, 
28 janvier 1284-5. 

Reg. 62, f° 119 v°. 

1275. — D. Alfonso mande à Bn. de Libiano et aux bailes de 
Torroella de contraindre Benvenist et son fils, Juifs de cette ville, à payer 
au juge de la localité le salaire qu'ils lui doivent pour les enquêtes qu'il 
a ouvertes contre eux, par ordre du roi et de l'infant. — Girone, 30 jan- 
vier 1284-5. 

Reg. 62, f 120 v°. 

1276. — Pedro III, ayant appris que Domingo de la Figera a souffert 
une fraude considérable sur les droits qu'il doit exiger de la boucherie 
juive de Calatayud, mande à ce collecteur de convoquer les Juifs de 
cette ville et de les faire certifier à partir de quelle époque ils ont retenu 
les droits royaux. — Saragosse, l* r février 1284-5. 

Reg. 43, f 118. 

1277. — Pedro III mande au justice de Jâtiva d'arrêter et de détenir, 
corps et biens, jusqu'à nouvel ordre, Avingayet et Alaçram, procureurs 
fondés de l'aljama juive de Jâtiva, qui se sont retirés sans avoir rendu 
compte au roi de ce qui leur était demandé. — Saragosse, 2 février 1284-5. 

Mandements semblables au justice de Téruel, qui doit arrêter Mosse 
Avenrrodrig et Abraham Toledano ; au justice de Daroca, qui doit appré- 
hender Bembenit Avinpesat et Salamo Almuli ; au justice de Huesca: 
Açach Cannadaya ; au justice de Jaca : Vidal El Nieto et Berzelay Albux- 
nino ; au justice d'Alagôn : Salamon del Cabi. 

Reg. 43, f° 117 v\ 

1278. — Pedro III mande à Pascual Dominguez de Pomilona, justice 

1 . Tenir hostage, c'était l'obligation de résidence qui était imposée à un débiteur 
dans des limites déterminées jusqu'au remboursement de la créance, 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 21- 

de Calatayud, sous peine de disgrâce, de pénétrer dans la juiverie avec 
des hommes de confiance et d'y appréhender vingt Juifs des plus imposés 
et entre autres : Mosse Catalan, Mosse Amnadayan, Mosse Alcostanti, 
Jahuda Avenfalagon, Mosse Avensaprut, Jusef Falagon, Santo Catorse, 
Jucef Alfazan, Jahuda Abinaffia, Senior Salamon Vilain, Mare Lescrivano, 
Abraham Avinpesat, Jucef Avincabra, Todros Ellevi, Açach Avenfalauc, 
Jucef Avenrodrig, Jucef Gerralbo, Mosse Avindehuit, Abraham Abnidim ; 
ces Juifs devront être amenés devant le roi ; quant à Mosse, fils de Salamon 
Abinaffia, et à Jucef, fils de Salamon de Palomar, ils devront être aussi 
arrêtés et leurs biens saisis ; enfin, l'alatma devra être lancée à la syna- 
gogue, sous peine de 1000 morabotins, prise de corps et confiscation des 
meubles, contre quiconque cherchera à se dérober par la fuite. — Sara- 
gosse, 4 février 1284-5. 
Reg. 43, f° 118. 

1279. — Pedro III rappelle à l'aljama des Juifs de Saràgosse qu'il a 
déjà accordé la remise de l'alatma aux procureurs de cette communauté 
qui avaient déclaré au roi qu'ils ne pouvaient lui rendre des comptes par 
le menu, en exécution de la charte royale du 6 juillet dernier ; cesprocu- 
reurs ont promis de faire dans quelques jours une reddition de comptes 
détaillée, partète, par héritage, par joyaux, par meubles, par créances, etc.; 
le roi fixe la convocation au 12 février. — Saràgosse, 6 février 1284-5. 

Reg. 43, f 8 119 v°, en langue catalane. 

1280. — L'infant don Alfonso a appris des frères Bernardo et Matteo 
Cavalier, de Besalû, que leur débiteur AstrugBondia, Juif de Besalû, s'est 
absenté de la ville sans s'être auparavant libéré de sa dette; il mande à 
tous ses officiaux d'arrêter Astrug Bondia, où qu'ils le trouvent, et de le 
contraindre au payement ou à faire aux plaignants complément de justice. 
— Girone, 6 février 1284-5. 

Reg. 62, f° 122 v°. 

1281. — Pedro III mande à l'aljama des Juifs de Tarazona de ne pas 
comprendre dans l'acte d'alatma ou d'excommunication Muçade Portella, 
sa mère et ses frères, qui par privilège de Jaime I er et confirmation de 
Pedro III, ne sont tenus de contribuer à toutes les exactions que pour la 
cinquième partie ; le récent mandement royal qui prescrit de lancer 
l'alatma contre tous les Juifs francs qui ne participeront pas à la formation 
de la demi-arche ne doit pas s'appliquer à la famille Muça de Portella, 
qui n'a jamais eu coutume de contribuer à ce versement. — Saràgosse, 
7 février 1284-5. 

Reg. 43, f<» 121. 

1282. — Pedro III mande au justice de Huesca d'obliger le Juif Açach 
Avinadayan, qui a subi la peine d'emprisonnement et la confiscation 
des biens pour s'être retiré de la cour sans que le roi l'eût autorisé à se 



218 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

faire cautionner par des répondants idoines et suffisants. — Saragosse, 
9 février 1284-5. 

Res. 43, f- 122 v». 



1283. — L'infant don Alfonso a appris de Perfeit Ravayact de Perfayt 
de Tarasichona, Juifs de Girone, créanciers de R. de Palafols, que le 
viguier de la ville refuse de saisir les hommes dudit R. de Palafols, sous 
prétexte que ces hommes ou « rustici l » sont placés sous la sauvegarde 
delà cour de Girone; l'infant mande au viguier de Girone de faire exécuter 
ces paysans, si la coutume permet que des « rustici » soient saisis pour 
les dettes de leurs seigneurs. — Girone, 9 février 1284-5. 

Reg. 62, f° 123v°. 

1284. — Pedro III donne quittance à l'aljama des Juifs de Saragosse 
de 1000 sous de Jaca, qu'elle a remis à Bernardo Scriba. — Saragosse, 
12 février 1284 5. 

Reg. 58, f- 85 V. 

1285. — Pedro III mande à l'aljama des Juifs d'Egea de payer à 
Garcia Latroz, justice d'Egea qu'il vient d'investir de Yalcaideria* de la 
juiverie d'Egea, les droits de chalonge 3 et autres droits y afférents. — 
Même date . 

Reg. 58, f° 85 v°. 

1286. — Pedro III mande au baile de Lérida ou à son lieutenant de ne 
pas permettre que Bonadona, qui vient d'hériter par testament de son 
mari Jahuda deLimos, soit grevée injustement par quelqu'un en quelque- 
chose, pourvu, toutefois, qu'elle s'engage à faire au plaignant complément 
de justice. — Saragosse, 13 février 1284-5. 

Reg. 56, P 5. 

1287. — Pedro III mande à son justice de Valence de faire cautionner 
par des répondants idoines, sous peine de 500 morabotins d'or, Abraffim 
Abinvives, Juif de cette ville, qu'il a fait appréhender pour le punir 
d'avoir quitté la cour sans son autorisation et sans avoir répondu aux 
questions que le roi avait posées aux Juifs. —Même date. 

Reg. 56, f° 5. 

1288. — L'infant don Alfonso mande au sous-viguier de Besalû de 
contraindre les Juifs de Girone et Besalû à payer à Bn. Vidal 20.000 sous 

1 . Rustici, paysans attachés à la glèbe. 

2. Alcaideria, tribut à payer aux alcaides. 

3. Droits de chalonge, probablement amende de chalonge infligée au dénonciateur 
calomniateur. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 219 

barcelonais, que ce dernier a prêtés pour le service du roi. — Girone, 
20 février 1284 5. 

Reg. 62, f° 126 v°. 

1289. — D. Alfonso ratifie la sentence d'acquittement prononcée par 
Ferrer de Apiera en faveur de Roven d'en Vidal, Juif de Girone, qui a été 
poursuivi pour avoir connu charnellement une baptisée Eligsenda et 
plusieurs autres femmes. — Girone, 22 février 1284-5. 

Reg. 62, f» 128 v°. 

1290. — Pedro III mande aux aljamas juives de Valence, de Jâtiva, de 
Murviedro et à tous les autres Juifs du royaume de Valence d'inviter leurs 
secrétaires et procureurs, qu'elles ont déjà délégués par devers lui pour 
lui rendre compte de leur gestion financière, à se préoccuper du règle- 
ment définitif de ces comptes. —-Saragosse, 22 février 1284-5. 

Reg. 56, f" 7 v°. 

1291. — Pedro III a appris que Jahuda de Limos, Juif de Lérida, se 
trouvant à l'agonie et désirant établir son testament, Bonadona, sa femme 
et quelques Juifs de ses parents avaient imposé au mourant une rédaction 
particulière, au préjudice de plusieurs autres membres de la famille; le roi 
mande à Estebân de Gardona, baile de Lérida, d'ouvrir sur cette plainte 
une enquête diligente et de procéder en justice contre tous ceux qu'il 
trouvera coupables. —Saragosse, 23 février 1284-5. 

Reg. 56, f e 9. 

1292. — Pedro III demande à ses fidèles des aljamas juives de Cata- 
logne de lui verser, sans recourir à aucune excuse ou atermoiement, pour 
les besoins de son armada, un subside de60. 000 sous barcelonais, payable 
dans le courant de mars sur la table de A. Gabastida, changeur a Barce- 
lone. — Même date. 

Reg. 58, f°» 86 v° 87. — Indiq. : Carini, Gli arckivi e le bibliotkece di 
Spagna, II, 123. 

1293. — Pedro III avise les aljamas juives de Catalogne qu'il leur 
envoie son portier Domingo Pérez de Cervera, pour les contraindre au 
payement des 60.000 sous. — Même date. 

Reg 58, f» 87. — Indiq. : Carini, ut supra, II, 123. 

1294. — Pedro III adresse semblable demande pour le même objet 
aux Juifs de Valence, Murviedro, Jâtiva et des autres lieux du royaume 
de Valence, avec prière de verser 30.000 sous réaux. — Même data. 

Reg. 58, f» 87. — Indiq. : Carini, ut supra, II, 123. 

1295. — Pedro III a bien reçu les lettres de P. de Palas, baile de 



220 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Jati va, et il a parfaitement compris ce qu'il lui signifie au sujet de Mai- 
mon Sento, que le roi a convoqué par devers lui; mais il n'est pas de son 
intention de céder aux prières de l'infante de Grèce, qui est intervenue 
en faveur de ce Juif; la présence de Maimon à la cour est nécessaire et 
le roi mandé au baile de presser le voyage de ce retardataire. — Sara- 
gosse, 27 février 1284-5. 



1296. — Pedro III confie à Galacian de Tarba, baile et mérine de Sara- 
gosse, la connaissance de l'appel qui a été interjeté par Dalmaso de 
Villarrasa, son bouteiller, de la sentence rendue contre lui par R. Galver, 
juge royal, dans le procès qu'il avait intenté au sujet de certaine somme 
à Açach El Galbo, Juif de Galatayud. — Même date. 

Reg. 56, f 12 v. 

1297. — L'infant don Alfonso a appris deDolsa, veuve de Jucef Alfa- 
quim, de Besalû, que les héritiers ou détenteurs des biens laissés par son 
mari refusent de lui restituer le montant de sa dot et du douaire que son 
mari lui avait constitué; il mande au baile de Besalû de contraindre les 
héritiers à se conformer aux prescriptions de la loi juive. — Besalû, 
1 er mars 1284-15. 

Reg. 62, f° 130. 

1298. — Pedro III rappelle à Alaman de Gudal, sobrejuntero de Ta- 
razona, au justice et aux jurés de Borja qu'il a écrit plusieurs fois à ses 
officiaux de Borja, en particulier et en général, pour leur enjoindre de 
contraindre les Sarrasins de cette ville à payer leurs dettes aux Juifs de 
Saragosse. — Saragosse, 4 mars 1284-5. 

Reg. 56, f» 19. 

1299. — L'infant don Alfonso informe tous ses sujets qu'il a con- 
voqué par devers lui le Juif Deuslossal Massim, fils d'en Bonafos de 
Béziers, pour l'entretenir de certaines affaires ; il leur mande de n'ap- 
porter aucune entrave au déplacement dudit Juif, de sa famille et de ses 
montures, mais, bien au contraire, de pourvoir à tous ses besoins pen- 
dant l'espace de trente jours. — Girone, 4 mars 1284-5. 

Reg. 62, f 131. 

1300. — D. Alfonso informe le baile, le juge et les autres officiaux de 
Girone que Salomon fils d'Azmia, Juif de cette ville, se propose d'édifier 
un arc près de sa voûte, laquelle se relie à la maison de Vidal Bonafé et 
à celles d'autres voisins du call judaïque ; sur cet arc Salomon veut cons- 
truire un mur, contre lequel il doit adosser un escalier, qui leur per- 
mettra d'atteindre le faîte de sa maison ; un de ses voisins, Greschas de 
Torre, s'est montré hostile à ce projet ; l'infant a fait convoquer l'oppo- 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO 111 221 

sant, et par des prières a réussi à le faire renoncer à son opposition. — 
Girone, 6 mars 1284-5. 

Reg. 62, t° 130, t°. 

1301. — D. Alfonso cite Astrug Garacosa, Juif de Figueras, à compa- 
raître en sa cour, le lendemain mercredi, pour avoir à répondre sur les 
pétitions que l'infant propose contre lui. — Même date. 

Reg. 62, f° 131. 

1302. — D. Alfonso mande au portier G. 0. de Cardonets, à qui les 
Juifs et les Sarrasins de Tortose ont déclaré qu'ils n'étaient pas tenus de 
payer les cènes à l'infant, de surseoir à toute poursuite jusqu'au milieu 
de mars, mais, en attendant, d'obliger les opposants à fournir des répon- 
dants idoines et à venir exposer à l'infant les raisons de leur refus et lui 
produire les preuves de leur exemption. — Girone, 7 mars 1284-5. 

Reg. 62, 1° 132, v\ 

1303. — D. Alfonso a appris du Juif Mahir Zebarra que Pons Dolçen, 
sous-viguier de Ripoll, après avoir guidé le suppliant pendant quelque 
temps, sans que le délai imparti par la charte de guidage eût expiré, 
avait procédé indûment contre lui en raison d'un procès intenté audit 
Mahir par P. de Balles, R. de Ortés et l'infirmier de Ripoll ; le sous- 
viguier a saisi également Bonjua Zebarra, qui s'était porté caution pour 
Mahir dans ladite cause; l'infant mande à R. Dach, jurispérite, de con- 
naître des dommages infligés à Mahir Zebarra par le sous-viguier de 
Ripoll. — Même date. 

Reg. 62, f° 133. 

1304. — D. Alfonso accorde des lettres de rémission à Astrug Lunel, 
inculpé d'avoir porté des coups à Bonjuda, carillonneur de la synagogue 
juive (scapolario scole judee) de Besalû, et lui donne quittance de 
100 sous barcelonais. — Girone, 9 mars 1284-5. 

Rég. 62, f- 145. 

1305. — Pedro III mande à l'aljama des Juifs de Galatayud de donner 
copie à Domingo de la Figera du privilège qu'ils prétentent avoir 
relativement au produit du « macel * » de Calatayud. — Huesca, 
10 mars 1284-5. 

Reg. 56, f- 21 v. 

1306. — Pedro III mande à l'aljama des Juifs de Huesca de verser à 
Bernardo Scriba pour la cène le solde de 100 sous de Jaca qu'il leur 
reste à payer sur leur contribution de 600 sous. — Huesca, 11 mars 1224-5. 

Reg. 58, f- 88. 

1. Macel : étal sur lequel les viandes sont dépecées et vendues. 



222 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1307. — Pedro III mande à G. de Molins qu'il croit devoir lui confier 
la cause pendante entre Miguel Hullaten, fils de Mosse, Juif de Calatayud 
décédé, et son coreligionnaire Juif Abraham, au sujet de certaines char- 
tes, possessions et rentes. — Huesca, 14 mars 1284-5. 

Reg. 56, f- 28. 

1308. — L'infant don Alfonso certifie à Bclshom Levin, Juif de Besalû, 
qu'après enquête ouverte contre lui au sujet des coups par lui portés à 
Cresehes Zarch et Belshom Bonanet, Juifs de Besalû, ledit Belshom Levin 
a composé avec le pouvoir royal; il lui délivre des lettres de rémission 
moyennant la composition de 600 sous barcelonais. — Girone, 14 mars 
1284-5. 

Reg. 62, f- 134 r. 

1309. — D. Alfonso demande au viguier et au baile de Besalû de ne 
pas tolérer que les Juifs de leur résidence soient lapidés le vendredi-saint 
ou un autre jour et de permettre que lesdits Juifs puissent sortir dans la 
rue selon les privilèges à eux concédés par le roi, son père. — Même date. 

Reg. 62, f- 134 v. 

1310. — D. Alfonso écrit aux prud'hommes de Besalû sur le même 
sujet. — Même date. 

Reg. 62, f- 134 v. 

1311. — D. Alfonso certifie à Cresehes Zarch, Juif de Besalû, qu'il l'a 
reçu à composition après enquête faite contre lui au sujet des coups par 
lui portés à Belshom Levi, à la suite de laquelle enquête il a paru que 
ledit Belshom avait arrêté indûment quelques chrétiens ou Juifs du 
temps où il était baile de Besalû ; il lui donne quittance de 1.000 sous 
barcelonais, prix des lettres de rémission. — Même date. 

Reg. 62, f- 135. 

1312. — D. Alfonso accorde aussi des lettres de rémission, moyennant 
200 sous barcelonais, au Juif de Besalû Assereno, inculpé d'avoir porté 
des coups à Bonastrug de Porta dans la cour de Besalû, en présence du 
baile et du juge. — Même date. 

Reg. 62, f- 135. 

1313. — D. Alfonso donne quittance de 500 sous barcelonais, pour 
octroi de lettres de rémission, à Vidal Cauler, Juif de Besalû, inculpé 
d'avoir porté des coups à Bonjuda, fils de Juccf Baro, de Girone, en com- 
pagnie de son fils Salomon et de Mahir fils d'en Garacosa. — Même date. 

Reg. 62, f- 135. 

1314. — Pedro III mande à toutes les aljamas juives d'Aragon et aux 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 223 

Juifs qui détiennent l'argent provenant de la demi-arche de Barbastro de 
le faire porter à Saragosse et de l'y remettre à Miguel Deçà, qui doit le 
recevoir au lieu et place de son fidèle trésorier Bernardo Scriba. — 
Huesca, 15 mars 1824-5. 
Reg. 58, f- 89 v. 

1315. — Pedro III mande aux Juifs de Huesca et particulièrement aux 
détenteurs de l'argent de la demi-arche d'en remettre le produit a Ber- 
nardo Scriba, soit au total 1.656 sous de Jaca. — Même date. 
Reg. 58, f° 89 r. 

(A suivre.) 

Jean Régné. 



DOCUMENT RELATIF AUX JUIFS DE NÉGREPONT 



Le ms. n° 2 de la Bibliothèque du ïalmud Tora de Livourne est 
un in-f° italien du xiv e siècle, sur papier, contenant un recueil 
d'écrits philosophiques traduits par Leone Romano (Juda b. Moïse 
b. Daniel). Ce recueil renferme des commentaires sur Aristote et 
des ouvrages originaux de Frate Egidio dalle Colonne, de Thomas 
d'Aquin et d'autres théologiens du moyen âge. Ayant remarqué que 
les deux premières feuilles de ce manuscrit avaient été collées 
ensemble, je les examinai soigneusement à la lumière et je m'aper- 
çus qu'elles contenaient de l'écriture dans leurs pages intérieures. 
Je parvins, non sans peine, à les détacher et découvris l'étrange 
histoire qui va suivre. Par bonheur, les deux feuilles 
n'avaient été attachées que par les bords; aussi la plus grande 
partie du texte est-elle restée intacte. Sept ou huit lignes seulement 
sur la marge supérieure des deux pages ont été en grande partie 
détériorées. J'espère néanmoins avoir réussi, grâce à quelques 
lettres, à reconstruire les parties entamées dans cet intéressant 
document. Ce sont les passages que j'ai mis entre parenthèses, 
tandis que j'ai indiqué par des points les endroits dans les- 
quels une reconstitution même incertaine du texte primitif est 
devenue tout à fait impossible : 

iny ny 'nb 31-1 -o [y-iN "hoi» "pn^m 'n a-n] ns l d ■» 1 io un© 
trnmm bentc* ûjh 

nsir» *np73 rmn izr&o iii-m [rrnsn ba «b» tnrvn] ra-wn [rrm] 

1. Michée, yi, 2. L'écrivain a substitué au mot D"H!1 le mot Û" , Htt5, qu'il a jugé 
plus approprié au contenu de l'histoire. 

2. L'omission de la lettre m. ou de la lettre n au commencement des noms dans la 
transcription hébraïque n'est pas rare ; ainsi le nom de ville Montagnana est 
assez souvent transcrit par rjfcW^LaaiN. Ce document laisse d'ailleurs beaucoup à 
désirer en fait d'exactitude dans les transcriptions. V. plus loin la façon dont ont été 
transcrits les noms Coriuto, Filippo, Bologna, etc. 



DOCUMENT RELATIF AUX JUIFS DE NÉGREPONT 225 

6ôe 'fi narm nan «p« *natn -p^-p^ i^bn 

ma ba [a^b?3 a^nai rcnbaitti] maira a^aN qoai anr .'n nana 
.nia y 'm braio» nm baa in wi mnaon ana* a^anai [mnia] 

a^ans m abiaia vnnn m a^Taa ims y-i$n "*ai«i 

[ira»] «aa-i nass [Y»anK " | 3D73 rma] 'p^n bnp?a a>a3 mrr urai .nb 
«syn psn^N bnpa ob^i ■»n^a , »ba aie: la©] ^na© 'n ann p 
i-r©73 «a an Kawn .aa© a©*n [bnpn ^a©v] "^aa«a n©a a©72 ib 
ba? wrpfi'n im« m©-n nann osnan in sa an -wa [*jn naîan] 
[vaa na] nwibb camiab ^nsnob :aai©b 1 1 a ■* n s "« a [bnp] ^npn ba 
nb-m n©» ©^n b'im .ta© nan naamn tc3ns n^n ©"wn bna *o 
©"in [b^a©73] ©\x ^na© «aan "imaa a© -paa ibna'n maai a^aa 
■»n*a©jo a©i /n narm nam n?3an na-oi ba© min bya a^nba dn 
mb« 'n v»ain a©i .Eaib©aN 'n ^©->b©n a©i .Skie© '"i 
mnan tam^N 'n •>©■«© n a©i .î-n*©-* 'n •nzrïïnn a©i .pn 
ma n 3© d^oi w [anbi] , 2 taamaa iaab ïith ncon a? Nan ïbn 
•pa-na^a bnpa oansn *n-r «aan naaan aa> naT3n n©72 sa an 
.imaan ynï nan iswb npbi7a .wnn n©aa -naa an an anb© aina 
n©s inba© «b»^ nb«©7a aanon in Naan p n©73 aaan ^3nN ©pa 
moa Naan na n©73 ^nwa aa-sn in «aa-j aa ©pa*n na^ra ©P^a 
tanaa^b imai -naai n©73 Naan wi ib inap^ in^a n&n -paa n&n 
staanb n^n «b njansn ba> ^n m aaan n©N a^n ba /m Naanb 
ib^sN ib obï>bi nma72i mbiai maa ax ^a 137373 in^abi i^aabn n©72 
-|N pn .ia"iaT "1123ND bnpa n-r^psn -iuîn ba by -invm "paa ni^b na© 
taanaaa a^iaaxa mn^bta ai© mbiab "in «aanb nirDn ara Na ax 
nb^nna nt a^T n©73 «32-1 n« nbiia n^n n^anm yi«n ^anN a^bna 
?nn nuîN anaia n^ip in 3 ^vu in ma>?3 bapb nb-ua rr>n vsa n^n 
— .nan rniavi in^i (!) nffl73i ib rpn bna pspn n^n bna ©\x ^a ^nx 
"i7ûipn .Sna -naaa •jia ,i "ia-<N bnpa nap"«i -nmaK ay in aa^"»i 
nnb Taebtt d"^k nia72 n« i^t^ ^b mû« a^nn a"»3iN i^nn^ i^aa 
nx n^aa^i ^nsa i^aa na n^a^^i psnaiN mya nia73 rw i^n an 
hampa labwi n©73 N3an p ^na© «san an^3D72 nna"«T .tabiy 
^«173© 'n itin an^3D73 nna^T .ta© n7an y a 1 n a Na^ mn ^rr>i 

.1. Thèbes. 

2. Cette désignation appliquée plusieurs fois au jeune Abraham démontre assez 
clairement qu'il s'agit ici d'une lettre de présentation et de recommandation dont le 
jeune homme était chargé lui-même. 

3. Il paraît que la ville de Négrepont entretenait surtout avec Venise un commerce 
très actif, et la soie était un des produits les plus abondants et les plus renommés. 

4. Corinto (Corinthe). 

T. LXV, N a 130. 15 



226 REVUE DES ETUDES JUIVES 

■Kanbœa ûbOT pm mba 'n arrasTa ma'n .dtt rs^i hiisa caba^i 
.eaffi acn Ka^ïaataiznpa abn^i rrutzp 'n ûïtsbe ma^ .tara awn 
uat» in©» "naa nnp"n ^ruiDa ^î ûibœaN '"i prpawa mn 
.tottinn iy»*b na7an anp7aa *iaiaapa ûpin "naTa^i "inaa^ wno 
isn-n ,ib m a^ai rua» ^a 'pa-na^N ns ip^a b» at»i pnt "nrun 
•Drr»3N drraa* rrur; nia» rmiun tpn nu:?: ^aab nn «a an ^a i»7a na> 
.ï-n tnnaN 'm taibtaa» 'n , ps , nJn«a ïtoe ^aa *a« ■nKia'n 
»b ■tok vba> bip -paa>n taib*:;a» fm \ ^an» ,ûm» »"i3ia ny iD^on 
,*im»nb T«n TOBïib d"Haa »bi rua »b, inba ib *p?a»rsb tui» ns:^ 
i-iobpm rss-inai ab mTnxm bina iwtzm i-rbina rtabna Tmi 
a^a-in n^a ffl .ï-tth d"pn na> drra» lin »aan nia a"p?a dr»»a> 
f imwn n'b»a mabm mai nns pnt ba Dïrb* -na* *nn» ann 
.ï-nwn p û^nb» b» dnantD ba?m np^n rmaa-'rr p TOE ^a ina»^ 
6 o i 5 ^ n a nenaa^Bpb , 5 » ^ ai a *n 73 mbia «a ûvrba njab» nam 
np-> naaa »■*« 7 n » -m b a n i s 1 b s -i 1 ib e nEia 1 i b 1 "1 a 1 » a 
B-ib^aa» 'n "»anN ma> ïb^oti .ïrnnrTWi ïttip yTp ,'n p» »t b"»ara 
8, p-na»b-i ■poaaa «wb ïn»a> annb 'n ">b p» mi»: nb» ama» '-n 
ïïniD wr »bœ drrsa liai "jan dmnn» sniDbi dnpa>b -iaian 13 
irrvna "nba ^a -lann zaDuart ^asb nain aw — ^"r^a^ba nnsiUTa» 
"iwn^i rram ï-rcri ïvtnh BBiiari a^aizn ûno»bi dtoajb d^bia-> vn «b 
■1-173 an iaa» .ûrpnnn dp» û^au) rwai a^Tirr da^an»i d'Hirp ap» 
naa»^ o^anî tdû p-iTia aap-np "iwni ^diuîïi nay ,mai û^auj 
baai laa pâma pnttî fnatnm . 9 aan ->iDBnb Nas^ p-«a>^a^ai 
tapnaa? dpnt r^o "in n7aa>7a3 tmnn pbapa vn »b nu:» mTaiNn 
.aaap» d^i^a^TaT aaa a" , p^n7a mi^i da^a» w»a mai û^aio dpi» 
— iaT:n nîn L:Diu:n »ia dna naittJN-n ^b» da^s^w nanp »a iraa 
nm« ina» daniaa ^asb nin "ican ûa> »an riTrr mnan ^an» iu:dp 
Ta-»b ^"■'T pansi na»3"i ,iïi*ti fnn au:i naia» bai bna ^baaa »Tiba 
tû8 ^Dnu:n i7a»7a n^îattsai .ib nwyin ^avn pa^ow naa-'ba m» 



1. V. plus loin, à la note III. 

2. Salona (Salone), ancienne capitale de la Dalmatie. 

3. Voir plus loin à la note III. 

4. Le mot ne peut donner un sens satisfaisant qu'en italien ; c'est évidemment la 
transcription assez inexacte, comme presque toujours dans ce document, de l'expression 
italienne : ail' incanto, c'est-à-dire : à l'enchère. 

5. Venezia, Venise. 

6. Voir plus loin, à la note IV. 

7. Messer Filippo da Dologna. 

8. Tel est le texte; mais je pense qu'il faudrait lire plutôt ; *pTlD&0. 

9. Exode, xxi, 2. 



DOCUMENT RELATIF AUX JUIFS DE NÉGREPONT 227 

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naoa a* 1 spn ^asb apasn daa©£ rçrw îwi as©7ab -0*3:1 aai©ï"t 
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niaaa d©"n [maTn naw»rj] natutt aa nab ns nîn mnan taa©^ 
n©na naio^:-! d3> damaa ^aab «a lam .iab mnvnn ainb laaa 
ba mm m ba ©sa ima n©N dTibsrn .qio lan ©nie ï-ît nnnp7a 
"îDiown ba ^a ym «m bs-wn ynr ûW8 a» d^ïia» ba ©^n n©a 
^©sn na^aa nain n©« f-iban a^©3Nn mp» n©na i-nn nson b* 
«bn napsn rww n«a©b «ai aran np©b Nb ia»nm laanai aaiatn 
^n pi .t-isï ba i3^©y nwon }» ma di©b abn nanpi narwb 
w* i&n n©a*i 133?^ n©N qio "ij't ©Nn?3 dn^br rrn3 n©^ n?3Nn 
nbian mb^np ba dindh nna^ ni*in nnp-« pa naTanm isanai ^3^a!^ 
■^aia-i *>b©N i"©" 1 ma d^a^WNttn ^anN nnn dn n©« dnio^T donnai 
d^mma 'n mw 'ri niT^b nu a » i n bnp ©npn bïip ^iaa3 ^?jnna 
•pua hth mnan a» na^am la^nbs 'n as û-m?ab da^au in©*i rra^n 
rns n^^i nn^i: 3n»©a d"»3TNi rnsna d^aui ny^'a ab "3m rîb?:nrj 
••siwS a« aaaaaai da^aa nmnT^i imntrn dnanm lama m©ca nv^ 
'n 13m iai« d^3^a 'm rr^m ^biN ,naT3n "laaiN da^TN mab^wr? 
wxina nîn -nnarr aai-< dmb^n^nai rrb^m 'n -iT^a ^a n©?3 mnN© 
ra yrr**) ,nns n©N mccam n©sa miaa rrrp natsn iin^n p an a 
■«Tia^a nwnbtt ^TaÙTa rmaMaa d^©i?3n ûtit nb^n^ 'n -iT^n dnx 
û"«mT»b Na^ pT"iT7a pN nT ay dan» i37nT a*o ,rfmnïiwi rrnnn 
yn^ na inm n©N nNTn watTan na© nbj«n m«can p^na na©n 

1. Cette remarque sur la façon de traiter et de juger les querelles privées, propre 
aux tribunaux vénitiens, n'est pas dépourvue d'intérêt. 

2. On ne comprend pas bien ce pluriel, puisque de tous ses frères seul Absalom 
se trouvait encore à Négrepont. 

3. Rome. 

4. L'auteur de cette lettre s'en tient toujours à l'usage et à la prononciation italienne 



228 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

imt»M départ faia ba ^finwni nns uisi a^pan ba aaniaa i:eb 
bfinw flsH 'n n«a rwbtt darmaia» ^nm dabys abiai '*n .t-nan 

•ibbïwn bantz^ «ripai '^a ib^m 

Au bas de la deuxième page se trouvent les citations bibliques 
suivantes par lesquelles le propriétaire de ce document, où l'auteur 
même de la lettre, a voulu appuyer les préceptes d'humanité aux- 
quels le texte même fait allusion : 

.*'tti -nay na* ttapn ia ,ta^£3D«an ttban n^noa 

.■iranon bai "jb "saasi '■pria ^na"» iai pro nm mmsa 

.•rranon bai *piN "p naa^ ^a /»aa« n&n rumsa ,ï-mn rt3U5?23 

Sanu) 1 » iia»i 'm "na^rr ja iman dyrs ba ,n"* ■jbaïi s-rab«a 

•*'iai nn? rraaw ira «b 
mna nriN ^ n«a irra-r bu rrrt n«« 'ain ,ï-ï"3> wassi ma-pa 
^ni dïib Nnpb to^b-rama n«N d^n ba n« rma îrrpTC ^ban 

. 5 i-rcnsn bai 

Il ne saurait y avoir de doute sur la nature de ce document, 
c'est évidemment une lettre dans laquelle un personnage important 
de la communauté de Négrepont résumait l'histoire des relations 
entre les deux familles juives et recommandait le jeune R. Abra- 
ham à la bienveillance des chefs de la communauté de Rome en les 
priant de bien vouloir intercéder en sa faveur auprès du Pape, afin 
qu'il pût être défendu contre les abus de ses anciens maîtres. On 
ne comprend pas bien, à la vérité, ce que le pape pouvait avoir à 
dire dans une question privée entre Juifs résidant dans une ville 
soumise à la République de Venise ; peut-être pourrait- on mieux 
apprécier la valeur du conseil donné au jeune Abraham, si l'on par- 
venait à établir avec précision l'époque à laquelle ces événements 
ont eu lieu. 

Or, le seul point de départ pour des recherches chronologiques 
à ce sujet est le nom de Messer Filippo da Bologna,qui prit part en 
qualité de juge à ces différends. Malheureusement les recherches 
que les surintendants M. A. Lisini et M. G. Livi ont eu la bienveil- 



1. Ex., xxi, 1 et s. 

2. Lév., xxv, 25 et s. 

3. Deutér., xv, 1 et s. 

4. 1 Rois, ix, 20 et s. 

5. Jérémie, xxxiv, 8. 



DOCUMENT RELATIF AUX JUIFS DE NÉGREPONT 229 

lance d'entreprendre sur ma demande, dans les archives de Venise 
et de Bologne, n'ont donné jusqu'ici aucun résultat, et il n'est pas 
à espérer qu'elles en puissent donner à l'avenir. 

Il faut, par conséquent, se contenter d'une date ante quem^oiw 
le document en question. On sait que l'île de Négrepont fut enlevée 
aux Vénitiens par les Turcs eh 4470 ; donc les événements relatés 
dans cette lettre doivent être, à coup sûr, antérieurs à cette 
année. 



II. Sur le nom des deux familles juives, je n'ai que très peu de 
choses à dire. L'histoire du rabbinat ne connaît qu'un R. Abraham 
b. Moïse Kalomiti, rabbin turc, à qui l'on a attribué un commen- 
taire sur le livre de Job (Bodl. 2243). 

Il aurait vécu, paraît-il, au xv° siècle ; il pourrait, par conséquent, 
avoir appartenu à la famille môme du Parnas R. David. 

Le nom Kalomiti est généralement regardé comme l'équivalent 
de ova q«. 

Pour le nom Galimidi (">Ttt'^), l'équivalent hébreu n'est pas 
facile à trouver; c'est probablement un nom grec aussi. Je dois dire 
que je n'ai rencontré ce nom qu'une seule fois, en dehors du docu- 
ment en question ; c'est dans le ms. de Livourne, n° 20, et préci- 
sément parmi les signataires d'une formule de contrat commercial, 
dont faisait partie un certain Saiil Galimidi. Il s'agit toutefois d'un 
document appartenant au xvn e siècle, c'est-à-dire à une époque 
postérieure de beaucoup à celle qui nous intéresse. La relation 
contenue dans notre document nous apprend encore que la famille 
Kalomiti était parmi les plus importantes de la communauté de 
Négrepont, et que celle des Galimidi provenait de la ville de 
Thèbes. 



III. Quant aux noms de lieu mentionnés dans ce curieux récit, 
on aura déjà constaté que quatre d'entre eux n'offrent aucune 
difficulté; ce sont: "pc^a (Négrepont), ya^a (Thèbes), larrip 
(Corinto), wibia (Salona) 1 . 

Pour les deux noms, ma et iywo, j'avoue qu'après 
plusieurs essais infructueux, j'ai dû renoncer à les identifier. 



1. L'orthographe assez incorrecte de ces noms peut s'expliquer par le fait que la 
lettre a été écrite probablement par un Juif grec, qui s'est efforcé de donner une 
transcription conforme aux noms italiens de ces lieux. 



230 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

L'hypothèse des deux villes de l'Espagne, Adra et Carmona, qui 
pourrait se présenter à l'esprit doit être rejetée, à mon avis, pour 
plusieurs raisons, et en particulier à cause de leur trop grande 
distance du lieu des événements. 

IV. Des deux mots, n^^sp et urrWa, appliqués à Messer Filippo, 
le premier n'offre aucune difficulté, c'est à coup sûr la transcrip- 
tion assez incorrecte du mot italien capitano. 

Pour le second la chose n'est pas si facile ; je crois qu'on n'y 
peut voir qu'une corruption du mot latin bellum, qui aura servi, 
joint au mot capitano, à exprimer la dignité ouïe grade de ce per- 
sonnage. Intéressante, en tout cas, est la remarque de l'auteur de 
la lettre sur la lenteur des Vénitiens à juger les questions d'ordre 
privé ; et si, comme j'incline à le croire, ils cherchaient ainsi sur- 
tout à s'enrichir aux dépens des adversaires, on comprendra que 
dans le cas de riches juifs, les négociations aient tiré particulière- 
ment en longueur. 

Encore un mot concernant le ms. qui renferme cet intéressant 
document. Puisqu'il est établi que la lettre dont le jeune R. Abra- 
ham Galimidi était chargé était adressée aux principaux de la 
communauté juive de Rome, on est amené à supposer qu'elle a été 
transcrite par quelque personnage très connu dans la communauté 
et qui aura été à cette époque le propriétaire de ce manuscrit, 
surtout si l'on pense que c'était un document de caractère tout à fait 
privé. 

L'écriture de ce document est assez différente et je la crois un 
peu moins ancienne que celle du manuscrit. L'écriture de ce der- 
nier présente une analogie frappante avec celle du ms. de Leyde * 
contenant le Talmud de Jérusalem dans ses parties connues. 
(V. Steinschneider, Catal. cod. hebr. biblioth. Lugd. Bat., p. 341 
et sv.) 

Carlo Bernheimer. 



1. Ceux qui n'ont pas eu l'occasion de parcourir ce manuscrit célèbre trouveront 
dans la Jew. Encycl. (à l'article Manuscripts n* 43) un spécimen de l'écriture. 



DE 1/ « APOLOGIE » DE SPINOZA 



Si le Judaïsme ne se fait pas faute de tirer gloire d'avoir donné 
naissance au philosophe dont nous venons d'écrire le nom, il ne 
saurait, en toute dignité, dissimuler son dépit de ce que ce soit 
justement le génie le plus authentique qu'il ait produit dans les 
temps modernes qui lui ait aussi témoigné le plus d'impiété filiale. 
Qu'il est vexant, en vérité, d'avoir à revendiquer un enfant qui fait 
profession de se tenir éloigné de vous, et d'affirmer les droits que 
la nature vous a donnés sur lui, alors que lui-même, de son côté, 
s'en est si médiocrement soucié ! Encore si, ayant rompu tout rapport 
avec le Judaïsme, Spinoza s'était contenté de ne plus le connaître. 
Mais non, il l'a méconnu, et d'étrange façon. Il l'a méconnu pas- 
sionnément — et c'est ce qu'il y a de très froissant. 

C'est aussi ce qu'il y a, au demeurant, de très étonnant, à notre 
sens. Certes, on n'a jamais éprouvé d'embarras à pénétrer les 
raisons des jugements malveillants portés par Spinoza dans le 
Traité théologico-politique sur le caractère, la destinée, l'histoire 
politique et morale de son peuple *. Sa rupture avec la Synagogue 
et les circonstances qui l'ont entourée, son excommunication, son 
exil, le danger où il semble que sa vie même se trouva à 
un moment, voilà qui explique suffisamment l'attitude que devait 
prendre Spinoza, plus tard, à l'égard de ses anciens coreligion- 
naires. Spinoza a agi par rancune — une rancune ancienne et inou- 
bliée ; Spinoza s'est vengé. 

Cependant, et tout en rejetant tout le premier la fade légende 
d'un Spinoza entièrement inaccessible aux faiblesses humaines et 

1. Benedicti de Spinoza Opéra, éd. Van Vloten et Land, 1882, t. I, ch. m, p. 419; 
ch. xvn, p. 578, 579, 581; ch. xvm p. 589, les textes cités plus loin et passim. 



232 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tout rempli d'une doucereuse débonnaireté, nous pensons que tous 
ceux qui ont vécu quelque temps dans la familiarité de Spinoza 
doivent se refuser à admettre, parce que certainement contraire à 
la justice et à la vérité historique, une explication ainsi formulée. 
Remarquons, en effet, que près de quinze années séparent la publi- 
cation, près de dix années la conception du Traité théologico- 
poUtique ', des événements qui ont marqué la sortie de Spinoza de 
la Communauté d'Amsterdam. Durant toute cette période, aucun 
incident extérieur ne vient réveiller, à ce que nous sachions, l'écho 
d'une querelle dont le souvenir va s'assoupissant. Les Lettres de 
Spinoza nous le montrent complètement adonné à de toutes autres 
préoccupations. Ses démêlés avec ses anciens coreligionnaires 
paraissent définitivement entrés dans l'oubli. Il se meut dans un 
autre monde, c'est un autre homme. Et c'est à ce moment qui 
semble acquis au pardon que, sans en rien laisser paraître, il s'ap- 
pliquerait à assouvir sa haine des rabbins d'Amsterdam, de qui il a 
eu autrefois à se plaindre, en s'efforçant de concevoir et de pré- 
senter le Judaïsme sous l'aspect que l'on sait? Tant de fiel dans 
l'âme de Spinoza ne serait pas seulement un étonnant démenti à la 
plus constante doctrine du philosophe, mais serait encore contraire 
à tout ce que nous savons du caractère de l'homme. 

D'autant que, chose certainement remarquable, il y a dans le 
Traité théologico-politique tels endroits traitant du Judaïsme rab- 
binique qui tranchent assez nettement sur le reste par un certain 
accent passionné auquel Spinoza ne nous a guère habitués 2 . Nulle 
part, peut-être, dans l'œuvre du philosophe, si ce n'est dans la 
première partie du De lntellectus Emendatione, on ne sent autant 
l'homme sous l'auteur. Et si l'on songe que l'époque où Spinoza 
travaille au Traité est aussi celle où s'élabore Y Ethique 3 ; et que 
c'est alors peut-être que, conduit par la logique interne de sa 
pensée pourtant rigoureusement rationnelle et systématiquement 
hostile à tout ce qui est pitié, attendrissement, sentimentalité 4 , il 
trace ces fortes lignes : « Celui qui vit sous la conduite de la raison 
s'efforce de tout son pouvoir d'opposer aux: sentiments de 'haine, 
de colère, de mépris, etc., qu'on a pour lui, des sentiments con- 
traires d'amour et de générosité... Celui qui veut venger ses 
injures en rendant haine pour haine ne peut manquer d'être mal- 
heureux. Mais celui, au contraire, qui s'efforce de combattre la 

1. V. Epist. xm, t. II, p. 47; xxx, t. II p. 124. 

2. V. ch. m,|p. 420; cli. ix, p. 498-499 ; ch. xvii, p. 577 et s. 

3. V. Epist. i, ii, ni, p. 3-9; vin et ix, p. 30-35. 

4. V. Eth., Part, it, Prop. l, Cor., t. I. p. 224. 



DE L' « APOLOGIE » DE SPINOZA 233 

haine par l'amour, trouve dans ce combat la joie et la sécurité... 1 » 
que c'est alors, enfin, que sa vie tend à devenir l'expression de 
plus en plus adéquate de sa pensée — si l'on songe à tout cela, on 
ne peut manquer de considérer comme une surprenante anomalie 
que la conception des pages visées plus haut doive également se 
placer à cette époque. 

Voilà quelques considérations à priori, mais de poids, qui soulè- 
vent une question intéressante de plus d'un point de vue, mais 
qui ne fournissent encore par elles-mêmes aucun moyen de la ré- 
soudre. 

II 

Voici maintenant des faits et des témoignages qui pourront nous 
mettre sur la voie d'une solution. 

Colerus, dans sa Vie de Spinoza, rapporte que, « Spinoza 
n'ayant pas été présent [à la cérémonie de l'excommunication], on 
mit par écrit la sentence, dont copie lui fut signifiée. Contre cet 
acte d'excommunication il écrivit une Apologie en espagnol, qui 
fut adressée aux Rabbins 2 ». 

Dans sa biographie de Spinoza, le médecin Lucas ne fait pas 
mention de cet ouvrage perdu du philosophe. Mais le Catalogue 
des ouvrages de M. de Spinosa, qui, dans l'une des deux édi- 
tions, fait suite à la biographie, contient ce numéro : « Apologie de 
Benoit de Spinosa, où il justifie sa sortie de la synagogue. Cette 
apologie est écrite en espagnol et n'a jamais été imprimée 3 . » 

L'éditeur des œuvres de Spinoza, Rieuwerts le jeune, affirme 
avoir eu en main le manuscrit de cet ouvrage. Il était dirigé, à son 
témoignage, contre les Juifs, «quiy étaient même durement traités ». 
Les amis de Spinoza qui le trouvèrent, à la mort de ce dernier, 
parmi les autres œuvres du philosophe, crurent, en ne le livrant 
pas à l'impression, se conformer à la volonté de l'auteur, qui, 
l'ayant achevé longtemps avant le Traité thcologico-politique , ne 
s'était pourtant point résolu à le publier 4 . 

Bayle, en rapportant ce fait dans son Dictionnaire à l'article 
Spinoza, y ajoute un nouveau et précieux détail : « ... Il composa 
en espagnol, écrit-il, une apologie de sa sortie de la Synagogue. 

1. /fctd.,|Part.jv, Prop. xlvi, Schol., p. 222-223. 

2. Saisset, Œuvres de Spinoza, Paris 1842 t. I p. 14 ; cf. p. 27; J. Freuden- 
thal, Die Lebensgeschichte Spinoza's ; Leipzig, 1899, p. 54, 68. 

3. Ibid., p. 25, 239. 

4. Ibid., p. 224. 



234 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Cet écrit n'a point été imprimé; on sait pourtant qu'il y mit beau- 
coup de choses qui ontensuite paru dans son Tractatus Theologico- 
politicus, imprimé à Amsterdam l'an 1670 i ... » 

Enfin, voici un dernier témoignage encore plus circonstancié. Un 
théologien hollandais, Salomo Van Til (1643-4713), nous apprend 
que «... Spinoza a développé ces attaques contre l'Ancien Testa- 
ment dans un ouvrage écrit en espagnol et qui était une justifica- 
tion de son abandon du Judaïsme. Sur le conseil de ses amis, il ne 
publia pas cet écrit. Mais plus tard il en résuma le contenu dans 
un autre ouvrage qu'il fit paraître en 1670 sous le titre de Tractatus 
theologico-politicus 2 . » 

Ainsi deux faits sont certains. Tout d'abord Spinoza n'accueillit 
pas sa sentence d'excommunication avec la dédaigneuse indifférence 
qu'on lui attribue communément. Il éprouva le besoin de se justi- 
fier et écrivit son apologie. Que contenait exactement cet ouvrage? 
Sous quelle forme s'en prenait-il au Judaïsme et à ses coreligion- 
naires? Que se proposait-il, au juste, d'y démontrer? Notre curio- 
sité serait grande de le savoir. Peut-être cet ouvrage, dont la con- 
naissance serait pour nous d'un intérêt puissant et multiple, n'est-il 
pas perdu à jamais et repose-t-il dans la poussière de quelque 
bibliothèque d'où on le rendra un jour à la lumière, comme cela 
est déjà arrivé pour le Court traité. Le témoignage, cité plus haut, 
de l'éditeur Rieuwerls autorise un tel espoir. En tous cas, — et 
c'est la seconde certitude — en attendant de connaître Y Apologie 
dans son intégralité, nous en possédons des parties depuis long- 
temps, depuis la publication du Traité théologico-politique même, 
où Spinoza les a reproduites en résumé. 

Mais qu'est-ce qui, dans ce dernier ouvrage, appartient au fonds 
primitif, quelles en sont les pages dont il faut attribuer la concep- 
tion première à Y Apologie? A cette question qui se pose mainte- 
nant il semble aussi difficile qu'il serait intéressant de pouvoir 
répondre. Comment, dans un ouvrage ordonné et composé comme 
le Traité théologico-politique , décider que telle partie plutôt que 
telle autre provient d'un écrit antérieur? Le moindre inconvénient 
d'une telle tentative n'est-ce pas de laisser une trop grande place à 
l'arbitraire ? Nous ne nous dissimulons pas ces difficultés, qui ne 
sont que trop réelles. Nous pensons cependant que, tout en renon- 
çant à arriver à d'impossibles certitudes, on peut, pour les quel- 
ques points sur lesquels porte cette étude, et en faisant état de cer- 

1. Bayle, Dictionnaire, 5 e édition, tome IV, p. 254. 

2. J. Freudenthal, op. cit., p. 237, 304. 



DE L' « APOLOGIE » DE SPINOZA 235 

tains indices et circonstances connus, aboutir par le raisonnement 
et l'induction à des résultats d'une haute probabilité. La question 
est assez importante pour que même des vraisemblances et des 
probabilités aient leur prix. 

III 

Si on a souvent blâmé Spinoza, et avec raison d'ailleurs, d'avoir 
si mal parlé du rabbinisme et du Judaïsme en général dans le 
Traité théologico-politiqiie , on ne s'est point préoccupé de saisir 
la suite et la liaison de ces idées dans l'esprit de notre auteur, et on 
n'a pas vu quel en était le point central, autour duquel les autres 
éléments viennent se grouper et s'organiser et où il faut se placer 
pour en bien saisir la signification et la portée. Cette idée centrale 
peut s'exprimer brièvement ainsi : l'existence actuelle des Juifs, en 
tant que confession parmi les confessions et qu'Eglise parmi les 
Eglises, est basée sur un ensemble de croyances, de rites et de 
cérémonies qui ne peut aucunement se justifier, ni en raison, ni par 
des motifs historiques. Le philosophe aussi bien que l'historien ne 
peuvent voir dans le Judaïsme, dans le système des formes et des 
pratiques qui le perpétuent, qu 1 une survivance qu'expliquent seu- 
les l'opiniâtreté de la race juive et certaines circonstances exté- 
rieures. En droit, la religion juive, ayant été par essence solidaire 
du royaume juif, devait disparaître avec lui. La ruine de la puis- 
sance temporelle d'Israël a entraîné légitimement celle de sa reli- 
gion, son autorité est définitivement abolie et le fidèle Juif est au- 
jourd'hui un véritable non-sens vivant '. 

C'est à étayer cette tbèse, que Spinoza ne perd jamais de vue, 
que va servir tout ce qu'il dira de la religion d'Israël. 

Le peuple juif s'est de tout temps vanté d'être supérieur aux 
autres peuples. Il s'est dit le préféré, l'élu de Dieu 2 . Cela est vrai ; 
l'Ecriture l'atteste. Mais dans quel sens? Pas dans celui où on l'en- 
tend d'ordinaire. On a tort de croire qu'Israël a reçu en partage de 
meilleurs principes de piété que d'autres peuples, une plus grande 
part de sagesse et de béatitude. Il n'a reçu qu'une heureuse forme 
de société et un empire bien constitué. Son « élection » lui a permis 
de faire des guerres heureuses, de remporter des victoires dura- 
bles, d'étendre ses conquêtes. Rien de plus. On ne remarque 
aucune faveur divine particulière dans la qualité de leur vie spiri- 

1. V. surtout ch. v. p. 432-435. 

2. Ch. i, p. 390 et passim. 



236 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tuellc '. « Leur caractère de peuple choisi de Dieu et leur vocation 
viennent donc seulement de l'heureux succès temporel de leur em- 
pire et des avantages matériels dont ils ont joui, et nous ne voyons 
pas que Dieu ait promis autre chose aux patriarches et à leurs suc- 
cesseurs 2 . Ainsi la loi juive, la loi de Moïse est économique, so- 
ciale, politique ; elle n'est pas religieuse, elle n'a aucune vertu 
proprement spirituelle ». 

Ce qui confirme, ajoute Spinoza, cette manière de voir, c'est le 
caractère de la sanction attachée à la Loi. Le prix de l'obéissance 
est, selon l'Ecriture, la continuation de la prospérité de l'empire, 
celui de la désobéissance la ruine de l'empire, avantages terrestres 
et malheurs matériels 3 . La Loi de Moïse est la loi d'un Etat. 

Dira-t-on que le Pentateuque contient plus d'un précepte géné- 
ral de morale, d'une valeur permanente, et est, par consé- 
quent, un guide spirituel de tous les temps, particulièrement 
des Juifs de tous les temps ? Spinoza répondra, avec son 
arrière-pensée qui veille sans cesse, qu'aucun de ces préceptes n'a 
le caractère d'une prescription véritablement universelle. Ce ne 
sont que des règles spécialement appropriées au génie des anciens 
Hébreux et n'ayant rapport, dans l'intention du législateur, qu'à la 
prospérité de leur empire. Moïse ordonne-t-il de ne point tuer, de 
ne pas voler? Ce n'est pas à titre de moraliste qu'il le fait, mais 
de législateur et de souverain. Défend-il l'adultère? C'est encore 
uniquement dans l'intérêt de l'Etat et non de la morale ou de la 
pureté de l'âme. Et ainsi du reste. Les cinq livres de Moïse, base de 
la religion juive, et partant cette religion tout entière, n'étaient desti- 
nés qu'à assurer la prospérité de l'ancienne Palestine. Hors de là, 
leur action ne peut être reconnue A . 

Mais si l'élection des Hébreux fut toute matérielle et leur pays 
l'objet de la faveur céleste, pourquoi le royaume juif a-t-il été dé- 
truit? Cela n'indiquerait-il pas qu'il faut chercher ailleurs la voca- 
tion d'Israël? Spinoza, qui tient beaucoup, cela est visible, au sys- 
tème qu'il a échafaudé, prévoit l'objection et s'efforce d'y répondre. 
La constitution divine telle qu'elle avait été donnée primitivement 
à Moïse aurait dû, en effet, consolider à jamais le royaume hébreu 
et le mettre pour toujours à l'abri des épreuves. Et s'il fut si sou- 
vent réduit en servitude et finalement ruiné, c'est que les Hébreux, 
s'étant attiré la colère divine, reçurent aussi, ainsi que l'attestent 

1. Praef., p. 374; eh. m, p. 407, 410-411. 

2. Ch. m, p. 409-410. 

3. Ch. v, p. 433-434. 

4. Ch. v, p. 432, 439. 



DE L « APOLOGIE » DE SPINOZA 237 

Jérémie (xxxn,31) et Ezéchiel (xx, 25) des lois vicieuses et des prin- 
cipes d'une mauvaise administration. Et Spinoza entre ici dans de 
longs détails pour aboutir à montrer que « le gouvernement des 
Hébreux eût pu être éternel, si la juste colère de leur divin législa- 
teur n'y avait apporté aucune modification 1 ». Une fois déplus, il 
reste que la loi des Hébreux ne devait servir qu'au maintien de 
leur patrie et ne peut prétendre au titre de discipline spirituelle. 

Cependant les « pharisiens 2 » ne s'avouent pas vaincus. Ils pré- 
tendent que l'élection de leur peuple n'a été ni temporelle ni tem- 
poraire: ils tiennent à leur religion comme à une puissance spiri- 
tuelle et morale et de valeur permanente et universelle. Et la meil- 
leure preuve, disent-ils, qu'ils sont restés le peuple de Dieu, est 
que, malgré la ruine de leur empire et leur dispersion à travers le 
monde, ils ont réussi à se maintenir et à durer, ce qui n'est encore 
arrivé à aucun peuple. On reconnaît là un argument et une façon 
de penser qui devaient être familiers à l'entourage juif de Spinoza. 
Mais il refuse d'en tenir compte, fidèle à sa pensée constante. Gela 
s'explique, dit-il, par des causes plus prochaines. Si les Juifs sub- 
sistent encore aujourd'hui malgré la ruine de leur empire, c'est 
qu'ils se sont volontairement séquestrés des peuples parmi les- 
quels ils vivaient. Leurs coutumes spéciales et notamment le signe 
de la circoncision ont été l'unique cause de leur conservation 3 . 

La conséquence de tout cela, c'est que le Juif pris hors de la 
société et de l'empire juif ne se distingue plus des autres hommes 
par aucun don propre; le pacte qui le liait jadis à Dieu est aboli; 
à l'alliance nouvelle et éternelle prédite par les prophètes, à l'al- 
liance d'amour, de connaissance et de grâce, il n'a qu'une part 
égale à celle de tous les hommes'. D'où cette contre-partie toute 
naturelle : n'ayant plus de privilège particulier, il n'a plus de de- 
voirs particuliers; toutes les prescriptions et ordonnances, toutes 
les pratiques et cérémonies rituelles, ayant eu autrefois et avec 
raison force obligatoire, sont aujourd'hui entièrement désuètes 5 . 
« Depuis la destruction de leur empire les Hébreux ne sont plus 

i. Ch. xvii, p. 580 et s. 

2. C'est le terme méprisant par lequel Spinoza désigne dans le Traité, aux endroits 
polémiques surtout, les Rabbins, et qu'il agrémente des épithètes « obstiné », « opi- 
niâtre », « inepte » etc. Voici quelques textes : Ch. n, p. 406; Ch. v, p. 435; Cb. ix, 
p. 498-504; Ch. x, p. 513 (cf. Annotations in Tract, xxv, p. 622.); Ch. xn, p. 527, 
528 ; Ch. xvm, p. 589., 

3. Ch. m, p. 419-420. 

4. Ch. m, p. 413. 

5. Ch. v, p. 432. 



238 BEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tenus à pratiquer les cérémonies... Dieu n'exige plus des Juifs au- 
cun culte particulier, et ne leur demande que de pratiquer la loi 
naturelle imposée à tous les hommes 1 ». 



IV 



On n'a pas encore réussi à déterminer avec une clarté suffisante 
les conditions où se fit la condamnation de Spinoza. Et cela se 
comprend. Les documents qui la relatent, postérieurs de beaucoup 
d'années à l'événement, outre qu'ils sont assez peu explicites, ne 
concordent même pas sur tous les points 2 . De plus, — à quoi on ne 
fait pas assez attention — émanant de biographes non juifs et qui 
se faisaient des choses de la Synagogue et de la vie religieuse des 
Juifs d'Amsterdam une notion assez fausse, ils ne nous renseignent 
pas avec la précision qu'on eût désirée sur les causes exactes qui 
motivèrent directement l'excommunication de Spinoza. Cependant, 
en examinant de près leur témoignage, on arrive, comme il fallait 
s'y attendre, à cette conclusion assez nette que les opinions pro- 
prement philosophiques, que les conceptions métaphysiques de 
Spinoza entrèrent pour bien peu de chose dans les motifs qui 
décidèrent le collège rabbinique d'Amsterdam à fulminer l'ana- 
thème contre lui 3 . La cause essentielle, la cause unique peut-on 
dire, fut la conduite religieuse de Spinoza. Ce n'est pas à la suite 
d'un procès de tendance et d'intention qu'il fut condamné ; ce sont 
des actes, extérieurs et publics, qui formèrent les chefs d'accusa- 

1. Ch. v, p. 434-436. Il faut noter la peine, très significative pour l'objet de ce tra- 
vail, que se donne ici Spinoza pour « confirmer sa thèse par l'autorité de l'Ecriture ». 
La phrase que nous citons plus haut entre guillemets est appuyée, d'une façon assez 
inattendue d'ailleurs, de Jérémie, ix, 23. Il invoque surtout l'état des Israélites avant 
leur entrée en Palestine. « Nous voyons qu'avant la sortie d'Egypte, tandis qu'ils vi- 
vaient au sein des nations étrangères, ils n'avaient aucune législation qui leur fût 
propre et ne se soumettaient à aucun autre droit qu'au droit naturel et aussi sans 
doute au droit de l'empire où ils vivaient... » De même après la première destruc- 
tion de Jérusalem, lors de la captivité de Babylone, « où ils laissèrent tomber dans 
l'oubli la législation de leur patrie comme entièrement superflue ». Il faut donc con- 
clure que les Juifs ne sont pas plus tenus d'obéir à la loi de Moïse après la dissolution 
de leur empire, qu'ils ne l'étaient avant son établissement ». C'est toujours là qu'il en 
revient. 

2. Comparer pour les détails Colerus (Saisset, op. cit., p. 9-14 ; Freudenthal, 
op. cit., p. 41-55) et Lucas (ibid., p. 411). 

3. Le biographe Lucas, à l'endroit que nous venons de citer, rapporte cependant une 
conversation toute théologique que Spinoza aurait eue avec deux de ses amis et qui 
aurait fortement contribué à sa condamnation. Mais il y a dans ce récit un tel goût 
du romanesque, un souci si visible de mise en scène et une ignorance si complète 
des choses juives qu'on ne peut, en bonne critique, lui accorder aucun crédit. 



DE L' « APOLOGIE » DE SPINOZA 239 

tion. Il affiche un éloignement de plus en plus accentué pour les 
pratiques du culte; il espace ses visites à la synagogue, y fréquente 
de plus en plus rarement, pour, bientôt, ne plus s'y faire voir du 
tout. Il rompt avec les rabbins et avec ses condisciples, et cesse, en 
général, tout commerce avec ses coreligionnaires. Sa vie privée n'a 
plus rien de juif, aucun lien extérieur ne l'attache plus au Ju- 
daïsme, à nul signe visible enfin ses coreligionnaires ne peuvent 
plus le considérer comme étant des leurs. En présence de ce scan- 
dale public, les rabbins, son maître Morteira en tête, ne peuvent 
plus se retenir d'intervenir, ils l'invitent à se corriger et, sur son 
refus, l'excommunient 1 . Du reste, que les griefs articulés contre 
lui et les motifs de son bannissement aient été d'ordre pratique et 
cultuel, Spinoza lui-même en témoignera plus tard : il se plaisait à 
répéter souvent que ses coreligionnaires l'eussent laissé en paix s'il 
avait seulement conformé sa vie aux pratiques du Judaïsme, ne lui 
demandaient même que cela, et lui avaient de plus offert, s'il con- 
sentait à le faire, une pension annuelle de mille florins 2 . 

Dès lors, quand Spinoza, ne pouvant accepter avec impassibilité 
d'être chassé d'où il n'aurait voulu que se retirer, rédigera sa. défense 
en réponse à l'anathème des rabbins, cette défense portera certaine- 
ment, avant tout, sur les principaux points de l'accusation: Y Apolo- 
gie, où Spinoza, au dire des biographes, «justifiait sa sortie de la 
Synagogue », devait contenir, entre autres choses sans doute mais 
surtout, la justification de son attitude envers le culte juif, qui avait 
si profondément choqué ses coreligionnaires et qui avait inspiré 
leur conduite à son égard; elle devait être l'exposé des motifs ration- 
nels qui le tenaient éloigné, quoique né Juif, de la synagogue et le 
détournaient de toutes les manifestations extérieures de la vie 
juive. 

Or, cette justification et cet exposé de motifs nous sont con- 
nus : ils font précisément l'objet des pages du Traité théologico- 
politique analysées plus haut; les idées que Spinoza y exprime sur 
le Judaïsme conspirent toutes, nous l'avons vu, à cet unique but : 
démontrer que, depuis la destruction du Temple de Jérusalem, les 
Juifs sont affranchis, en droit, de toute obligation cultuelle, qu'ils 
ne sont plus tenus à l'observance tant des pratiques privées que 
des cérémonies publiques. 

Nous croyons donc pouvoir émettre cette assertion : les pages 
du Traité théologico-politique qui visent le Judaïsme proprement 



i. Saisset, op. cit., p. S; Freudenthal, op. cit., p. 40, 54. 

2. Bayle, loc. cit. ; Colerus in Saisset et Freudenthal, toc. cit. 



240 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dit proviennent, en leur fond, de V Apologie. Nous aurions là un 
des éléments, et non des moindres, qui, d'après les témoignages 
certains que nous avons cités, sont entrés du dernier ouvrage dans 
le premier '. 

Ainsi pourra se résoudre le problème psychologique posé au 
début de cette étude : l'attitude et le ton de Spinoza, dans le Traité 
théologico-politique, à l'égard des Juifs et du Judaïsme, s'ils ne 
peuvent se justifier, s'expliquent du moins. Ses jugements préve- 
nus, les appréciations malveillantes qu'il jette ça et là, n'ont pas 
été conçus à froid, en toute liberté de pensée et de sentiment, tant 
d'années après sa séparation de la synagogue, alors que rien en 
lui ne laisse plus soupçonner son ancien et profond ressentiment 
et que sa vie intellectuelle et morale se hausse de plus en plus à 
l'idéal de sagesse, de paix et d'amour à la fois humain et divin 
auquel son nom reste à jamais attaché. Non; nous ne heurtons 
pas dans l'âme de Spinoza à cette incompréhensible contradiction. 
Ces pages sont des pages de combat. Elles devaient rendre coup 
pour coup. Spinoza ne fut jamais complètement un « saint » selon 
la formule chrétienne, il ne le fut surtout pas dans sa jeunesse. 
Il avait de l'amour-propre ; l'anathème lancé contre lui, avec la 
solennité accoutumée, le blessa, il y répondit sous l'empire du res- 
sentiment. L' Apologie était loin d'être une œuvre de science 
froide et de critique impartiale : c'était une œuvre de passion. Elle 
attaquait pour mieux défendre; le plaidoyer s'était mué en réqui- 
sitoire : «les Juifs y étaient durement traités » selon un témoignage 
digne de foi que nous avons rapporté, et à tel point même, que ses 
amis, jugeant les choses avec plus de sang-froid, lui conseillèrent 
de ne pas la publier, et qu'à la réflexion il se rendit à leur avis. 
Elle a passé en partie dans le Traité théologico-politique : d'où 
les flèches de ce dernier écrit contre les « pharisiens » et le Ju- 
daïsme. — Reste évidemment que tout en utilisant pour le Traité 
les matériaux réunis dans Y Apologie, Spinoza aurait pu éliminer 
les malveillances autrefois dirigées contre ses coreligionnaires. 
L'objection a sa force. Mais, outre qu'il faudrait connaître sa ma- 
nière de travailler, c'eût été lui demander trop que de lui imposer 
des scrupules sur un sujet qui — la remarque nous semble essen- 

1. Il est remarquable que ce soit justement la partie du Traité que nous croyons 
l irée de X Apologie, qui ait frappé dans cette œuvre les contemporains juifs de 
Spinoza. V. la critique de Daniel Levi de Barrios, recueillie par J. Freudenthal, 
op. cit., p. 214. Le Traité théot. -politique, qui parait un vase d'or, est rempl, 
d'une liqueur vénéneuse, parce qu'il enseigne que depuis la destruction de leur em- 
pire, les Juifs ne sont plus obligés d'observer la loi mosaïque. 



DE L^ « APOLOGIE DE SPINOZA » 241 

tielle — avait certainement perdu à ses yeux l'importance qu'elle 
revêt de nouveau aujourd'hui pour nous. Et, sans prétendre à blan- 
chir entièrement Spinoza, il nous suffirait de savoir que la concep- 
tion première de sa critique du Judaïsme remonte à l'époque 
passionnée de ses démêlés avec la Communauté d'Amsterdam. 



On n'a pas encore cherché, à notre connaissance, à suivre et à 
décrire d'une façon méthodique l'influence qu'a exercée la concep- 
tion que s'est faite Spinoza du Judaïsme sur celle que s'en sont faite 
certains penseurs au xvm e siècle et même au xix* siècle '. Cela en 
mériterait pourtant la peine, car cette influence semble bien avoir 
été considérable ; peut-être n'a-t elle pas cessé tout à fait d'agir, 
malgré le renouvellement des recherches historiques sur le Ju- 
daïsme qui s'est produit au siècle dernier. Et cela n'étonnera pas. 
Si, en effet, jusqu'à la fin du xvnr 3 siècle, l'autorité purement phi- 
losophique de Spinoza est loin d'être reconnne, son origine d'une 
part, le ton généralemeut froid et objectif où est écrit son Traité 
théologico -politique d'autre part, devaient lui assurer, en matière 
de religion juive, un crédit décisif aux yeux de tous. Que sera-ce 
encore au xix e siècle, où l'on exalte à l'envi et sur tous les modes 
le nom et l'œuvre tout entière de Spinoza, et où, selon le mot de 
Hegel, on n'est pas philosophe si on n'a pas été spinoziste? Aussi, 
chez ceux qui ont eu à apprécier le Judaïsme, depuis certains déis- 
tes anglais au xvni e siècle, comme Warburton, jusqu'à Schopen- 
hauer, en passant par Lessing et surtout Kant, peut-on relever des 
traces certaines des thèses de Spinoza. Chez Kant, — pour ne nous 
arrêter ici qu'à ce philosophe — beaucoup plus même que des tra- 
ces, tout l'essentiel de la thèse spinoziste sur le Judaïsme. Dans son 
ouvrage tant lu, LaReligion dans les limites de la Raison, se trou- 
vent de longs passages que l'on dirait transcrits de ceux du Traité 
théologico-politique que nous avons analysés plus haut. On ne 
peut considérer le Judaïsme, y dit Kant 2 , comme une époque du 
développement de YEglise universelle; l'élection divine dont les 
Juifs se croyaient l'objet n'avait pas de fins religieuses. « La 
croyance juive n'est autre chose dans son institution originaire 

1. Julius Guttmann, Kant und das Judentum, Leipzig, 1908, p. 21. 

2. Kants Werke, hgg. v. d. kônigl. preuss. Akademie d. Wissenschaft, Ber- 
lin, 1907, t. VI, p. 125 et s. (La Religion dans les limites de la Raison, traduction 
française de A. Tremesaygues, Paris, Alcan, 1913, p. 150 et s.). 

T. LXIV, n° 130. 16 



242 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

qu'un ensemble de lois simplement statutaires sur lequel se basait 
une constitution civile... Le Judaïsme n'est point une religion ; on 
n'y peut voir que l'association d'un certain nombre d'hommes qui, 
appartenant à une race particulière, avaient constitué, non une 
Eglise, mais un Etat régi par de simples lois politiques... Toutes ses 
prescriptions, en effet, sont de telle nature qu'une constitution poli- 
tique peut, elle aussi, les conserver et les imposer comme lois de 
contrainte, puisqu'elles sont relatives exclusivement à des actions 
extérieures. » Le Décalogue même n'a qu'un caractère légal : il 
n'exige pas l'intention morale et ne vise que l'observation exté- 
rieure. De plus « toutes les conséquences de l'accomplissement ou 
delà transgression de ces commandements, toutes les récompenses 
et tous les châtiments n'étaient que d'ordre temporel, chacun pou- 
vant sur cette terre recevoir le prix de ses œuvres... » Et c'est à 
dessein que le législateur de ce peuple n'a pas voulu tenir compte 
de la vie future, son intention n'étant que de fonder un Etat poli- 
tique et non pas un Etat moral. « Le Judaïsme pris dans sa pureté 
ne contient donc pas de foi religieuse » etc., etc. 

Que Kant ait emprunté ces idées directement à Spinoza ou par 
l'intermédiaire d'autres écrivains, ce qui est plus probable, Kant 
ayant peu pratiqué Spinoza, toujours l'on voit combien elles étaient 
répandues et s'imposaient aux esprits. — Mais si, comme nous le 
croyons, la conception du Judaïsme que l'on trouve dans le Traité 
théologico -politique , loin d'être le résultat d'une réflexion critique 
désintéressée, provient de Y Apologie et doit, par conséquent, son 
origine à des préoccupations momentanées et d'ordre privé, aux 
besoins d une « cause » qui n'était pas celle de la vérité, tous ceux 
fort nombreux, qui ont suivi Spinoza dans cette voie, pensant s'ap- 
proprier les conclusions de recherches désintéressées, se trouvent 
avoir, en réalité, adopté une thèse purement personnelle à l'auteur, 
apologétique et, partant, inévitablement tendancieuse. On aurait 
sans doute fort surpris le scrupuleux Kant en lui affirmant que, 
dans son appréciation du Judaïsme, il s'était fait, sans le vouloir, 
l'écho d'un plaideur intéressé — et qui a perdu son procès devant 
l'Histoire. 

M. Vexler. 



LE SEJOUR D'AZOULAI A PARIS 



M. Liber a écrit récemment sur le séjour cTAzoulaï à Paris une 
étude intéressante \ dont j'ai eu communication grâce à l'amabilité 
de Fauteur. Le journal d'Azoulaï, la source de M. Liber, n'a été 
imprimé (à Livourne, 1879) que par extraits, comme l'éditeur le 
remarque formellement dans la préface 2 . L'autographe complet, 
bien plus étendu que la partie publiée, se trouve à la Bibliothèque 
du Séminaire de New- York 3 . Il peut être de quelque intérêt 
pour les lecteurs de cette Revue de connaître le complément des 
impressions de voyage d'Azoulaï et peut-être M. Liber en profitera- 
t-il pour étudier le nouveau texte. Ne voulant pas empiéter sur son 
domaine, je me bornerai à quelques observations. 

Ces additions pourraient bien ne pas offrir beaucoup d'inédit. 
Elles montrent du moins avec plus de précision quelle impression 
la grande ville a produite sur notre voyageur, qui nous renseigne 
sur son étendue, le nombre de ses habitants, de ses rues et de ses 
voitures, et nous rapporte une anecdote sur les chiens du Palais 
des Invalides. 

Un intérêt plus grand s'attache aux renseignements sur les Juifs 
de Paris, qui concordent d'ailleurs avec ce qu'on savait. Azoulaï 
parle de l'origine des Juifs de Paris, de leurs synagogues tolérées 
sans autorisation directe — il en cite nommément deux, celle des 
Juifs d'Avignon, qu'il fréquentait, et une autre k dans la maison de 
Hananel de Milhaud — , de la fondation de la confrérie Giiemiloat 
Hassadim, en l'honneur de laquelle il prononça une allocution, 
etc. Le nouveau texte nous fait connaître beaucoup plus quelques 



1. M. Liber, Un rabbin à Paris et à Versailles en 1778 ; Paris, 1912 (Extrait du 
Bulletin de la Société de l'histoire de Paris et de Vile de France, XXXVIII, 237-56). 

2. ^ryipr? -ina -"aip^a û-nwaa Bpbb rr tpm. 

3. Voir Z. f. H. B., X, 155. 

4. Celle-ci a-t-elle été fondée pendant l'absence d'Azoulaï, dans la première moitié 
de 1778 ? 



2i4 REVUE DES ETUDES JUIVES 

coreligionnaires que L'auteur a rencontrés. lia une piètre idée de 
Bernard de Valabrègue, le prétentieux « interprète du roi », qui 
avait, à ce que nous apprenons, des ennemis à Paris même (Mar- 
doeliée Ravel). Ce sont des remarques malignes comme celle-ci qui 
ont sans doute empêché la publication du journal * . Azoulaï se 
montre exactement informé sur le compte de Liefman Calmer, 
baron de Picquigny 2 (dont le titre est tombé dans l'édition). Le 
banquier Jacob Goldsclimidt est qualifié par lui de vrai Allemand, 
toujours plein d'hésitations. C'est un curieux entretien que celui 
qu'il a avec le voltairien Jacob Lopez Laguna, qui fait le pieux à la 
maison et l'incrédule au dehors, et il en est de même du portrait 
d'Aron Roget. 

Azoulaï est le plus souvent avec David Naquet, qu'il finit par 
appeler son ami ; c'était un beau-frère d'Elie Perpignan de 
Bordeaux, qui n'était sans doute que de passage à Paris, car Azoulaï 
l'avait déjà rencontré à Bordeaux et il le retrouvera à Lyon. C'est 
chez Naquet qu'il prenait ses repas tous les samedis, en compagnie 
d'autres amis, tels que Mardochée Venture, Abraham Vidal ou 
Mardochée Aschkenazi (Allemand ?) du Havre. Il reçoit à l'adresse 
de Jacob Rodrigues Péreire des lettres de son fils, dont il note tou- 
jours, dans son carnet, l'arrivée avec joie. La plupart de ces noms et 
des autres se rencontrent à plusieurs reprises dans les travaux de 
L. Kahn. Quelques-unes de ces notes brèves ne sont pas sans 
intérêt pour la connaissance du caractère d' Azoulaï, par exemple 
dans ses rapports avec son serviteur. Mais il n'y aura lieu de s'y 
arrêter que lors d'une édition intégrale du Journal. 

Le manuscrit, qui commence au départ de Hébron en 1772 
(veille de Roch Rodech Hechvan) et s'étend avec force détails, en 
cent vingt-sept feuillets, jusqu'en 1778, pour poursuivre briève- 
ment, en trois feuillets et demi, jusqu'en 1785, est un in-16° de 
texte serré, d'une écriture rabbinique très lâchée et souvent 
fort peu lisible. Dans quelques passages où la lecture est douteuse 
ou qui contiennent des mots espagnols inconnus de moi, j'ai mis 
des points d'interrogation. 

On ne voit pas bien quel principe a suivi celui qui a fait les 
extraits imprimés. On ne comprend pas, par exemple, qu'il ait 
omis, p. 11 ô, l. 25-26, quelques indications de détail ou, 12 b 
en bas, la mention du manuscrit si souvent cité des gloses de 

i. V. Berliner, H. B., X, 82-83 ; E. Loeb, apud Michael, Orha-Chajim, p. 394, n. 
2. L'article de Loeb dans V Annuaire des Archives Israélites, II, m'est malheureu- 
sement inaccessible. 



LE SÉJOUR D'AZOULAI A PARIS 245 

R. Isaïe di Trani. C'est bien pis lorsqu'il néglige d'indiquer le pas- 
sage à une autre ville, comme 21 a, 1. 11, où, sans commencer 
un nouvel alinéa et sans ajouter que la suite se passe à Mâcon, il 
saute de 115 b à 117 b 1 . L'alinéa suivant se trouve dans le ma- 
nuscrit p. 118 a, le dernier 120 b; tous les deux se rapportent à 
Lyon ' . Ce qu'on lit dans l'édition p. 21 b est dans le manuscrit 
p. 123 b. et parle de Turin, comme M. Liber l'a remarqué avec 
raison 2 . De même, la visite de la douane dont il est question dans 
14 a, 1. 9 et suivantes 3 ne se passe pas à Paris, mais à rrrpps. Il 
est clair que les extraits ont été pratiqués sans égard au temps 
ni aux lieux. Le copiste, qui ne pensait probablement pas à la 
publication des extraits qu'il prenait, a noté pour son propre usage 
ce qui l'inléressait en se préoccupant fort peu du contexte. 

A. Marx. 



SUR LE MEME SUJET 

Le texte communiqué par M. Marx d'après le manuscrit autogra- 
phe du Journal de voyage d'Azoulaï complète de la manière la 
plus heureuse ce que l'édition du Journal (Mdgal Tob, Livourne, 
1879) nous apprenait sur le séjour à Paris du célèbre bibliographe, 
quêteur de la yeschiba de Hébron. Les portions inédites l'em- 
portent même par l'étendue sur la partie publiée. Cette circons- 
tance, jointe à la rareté de l'édition et à l'arbitraire des découpages 
pratiqués par l'abréviateur, m'a déterminé à donner ici le texte 
tout entier, la partie nouvelle d'après la copie de M. Marx, la partie 
déjà connue d'après l'édition, mais collationnée après coup par 
M. Marx sur le manuscrit. Les morceaux inédits sontentre crochets. 

En outre, sur le conseil de M. Israël Lévi, j'ai accompagné le 
texte complet d'une traduction française, aussi littérale que possi- 
ble (pas plus qu'Azoulaï je n'ai visé à l'élégance) et dans laquelle les 
parties nouvelles sont également entre crochets. Les mots espagnols 

1. M. Liber a laissé de côté (p. 19) les phrases qui ne contiennent que des plaintes 
sur le serviteur. 

2. On s'explique que M. Liber (p. 19, n. 3) n'ait pu trouver à Paris le médecin dont 
il est question dans ce passage. 

3. P. 19, n. 4. C'est donc à Turin seulement que se rapportent aussi les observations 
d'Azoulaï sur le mauvais accueil à lui fait par ses coreligionaires (Liber, p. 4). Le 
contexte indique que ce n'est pas la vanité qui inspire ici Azoulai, mais le peu de 
succès qu'il eut dans cette ville comme quêteur. 



246 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

et français dont l'auteur émaille son hébreu sont mis entre guille- 
mets; le titre '*»0 (Seiïor) a été rendu par Monsieur 1 . Pour la 
commodité du lecteur, toutes les notes explicatives ont été placées 
au bas de la traduction ; môme j'y ai fait entrer celles que M. Marx 
avait ajoutées à sa copie 2 . Les notes n'indiquent que ce qui a paru 
nécessaire à l'intelligence du texte ; pour celles qui se rapportent 
à la partie imprimée dans l'édition de Livourne et traduite par moi 
dans le Bulletin de la Société de ï Histoire de Paris et de V Ile-de- 
France, on voudra bien se reporter à ce travail, qui donne les 
détails et les références 3 . 

J'ai montré dans ce travail ce qui fait l'intérêt — il ne faut pas 
l'exagérer — de ces impressions de voyage. Elles sont curieuses 
surlout par les quelques indications qu'elles nous fournissent sur 
les aberrations cabalistiques, mariées aux élucubrations delathéo- 
sophie et aux fantaisies de l'occultisme dans le siècle des lumières 
et de la philosophie, et qui mettent un rabbin en relation avec des 
chrétiens, voire des ecclésiastiques. La description de Paris et du 
palais de Versailles n'apprendra presque rien, même à d'autres 
qu'aux historiens de Paris. Azoulaï, ce n'est pas Young. Il notait 
tout ce qu'on lui disait, tout ce que les Parisiens racontent aux 
visiteurs étrangers et aux provinciaux fraîchement débarqués. Il 
est piquant de trouver sous la plume de notre rabbin des détails 
horrifiques sur les ravages de la prostitution à Paris, qui le scan- 
dalisent fort (et en effet les historiens des mœurs s'accordent à 
dire que la vie galante sévissait avec une intensité singulière à la 
fin de l'ancien régime) ; il a recueilli ce qu'on disait autour de lui ; 
la question était d'actualité : c'est en 1778 que fut rendue, sur la 
réglementation de la prostitution, la fameuse ordonnance de police 
qui est encore partiellement en vigueur aujourd'hui. 

Les lecteurs de cette Revue trouveront plus d'intérêt aux rensei- 
gnements, particulièrement abondants dans les parties éditées ici 
pour la première fois, qu'Azoulaï nous donne sur les Juifs de Paris ; 
c'est une contribution de prix à l'histoire du judaïsme parisien 
avant l'émancipation et l'organisation du culte. Les travaux du 
regretté Léon Kabn nous permettent d'identifier un assez grand 
nombre de Juifs nommés par notre voyageur. Mais les rapports de 



1. Pendant la correction des épreuves, M. Marx m'a encore communiqué un certain 
nombre de corrections et d'observations. 

2. Quand il nomme un Juif docte, Azoulaï met parfois '"*| au lieu de '^0. 

3. Sur quelques points de détail, la présente traduction rectifie implicitement 
la.première. 



LE SÉJOUR D'AZOULAÏ A PARIS 247 

police que L. Kahn a consultés ne vont pas jusqu'en 1778. Or, la 
population juive de Paris n'était pas stable. Il ne faut pas se 
laisser prendre par des titres d'ouvrages sur les Juifs de Paris 
sous Louis XV ou au dix-huitième siècle. Comme le dit Azoulaï, 
les Juifs étaient généralement de passage dans la capitale pour 
affaires; ils venaient, partaient, revenaient; les uns disparais- 
saient, d'autres prenaient leur place. La communauté ne s'est fixée 
que peu à peu. Quoi qu'il en soit, il est plus que curieux de voir 
Azoulaï évoluer au milieu de ces Juifs, jugeant Valabrègue le 
vaniteux et Liefmann Calmer le parvenu, confessant les petits- 
maîtres libertins et remettant la paix dans les ménages brouillés, 
plein de gratitude pour ceux qui l'obligent, clairvoyant à l'égard de 
ceux qui ne se montrent pas assez généreux, mais toujours inca- 
pable de l'ombre d'une mauvaise action, mêmequand on fait reluire 
à ses yeux la promesse d'une grosse offrande pour sa quête. Ce 
sont là autant de jolis traits à grouper pour le biographe d'Azoulaï 
et l'éditeur de son Journal *. 

Pour permettre au lecteur de se retrouver dans les noms, dans 
les faits et non moins dans les dates 2 , il a paru utile de dresser 
un tableau de l'emploi du temps d'Azoulaï pendant ses deux séjours 
successifs à Paris. 

Lundi 22 décembre 1777 (22 Kislev 5538) : parti (pour Paris, arrivé à Paris 
le 23 ?) ; visite de l'octroi, passé chez David Naquet (détails sur Paris 
et ses Juifs). 

Mercredi 24 (24 Kislev) : la veille, visite de J.-B. de Valabrègue (qui re- 
vient plusieurs fois encore, dont au moins une fois avec Mardo- 
chée Ravel). 

Jeudi 25 (25 Kislev) : visite de Fabre. 

Vendredi 26 (26 Kislev) : rendu la visite à Fabre en compagnie de Mardo- 
chée Venture. 

Samedi 27 (27 Kislev) : la veille, dîné chez Naquet avec Venture, Lalle- 
mand ; le matin, a la synagogue ; déjeuné chez Naquet, avec Elie 
Perpignan et sa femme; après-midi, prêché à la synagogue. 

Dimanche 28 (28 Kislev) (et jours suivants?) : visite d'Elie Perpignan et 
de sa femme, de Lallemand et de Naquet; visité un riche « Alle- 
mand » ; le soir, visite d'Abr. Vidal et de Moïse Perpignan, puis de 
Peixotto. 

1. La maison d'édition Tuschija a projeté une édition du Journal dans sa 

2. Dans le manuscrit, le quantième du mois juif est indiqué en chiffres arabes. Ne 
pas oublier que les jours du calendrier juif commencent la veille au soir. 



24S REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Mercredi 31 (1 er Tébet) : visité Fabre, été à la Bibliothèque (fermée) ; passé 
avec Venture chez les Perpignan ; le soir, discussion avec le 
voltairien Jacob Lopès-Lagun.a. 

Jeudi 1 er janvier 1778 (2 Tébet) : passé chez Peixotto (pas trouvé); le soir 
visité, en compagnie de Hananel de Milhaud et de son fils, Liefmann 
Calmer. 

Vendredi 2 (3 Tébet) : visité, avec Fabre, la Bibliothèque. 

Samedi 3 (4 Tébet) : pris les trois repas chez Naquet, les deux premiers 
en compagnie d'Abr. Vidal et de Venture. 

Dimanche 4 (5 Tébet) : été voir la décision rabbinique (sur Israël 
Vidal). 

Lundi 5 (6 Tébet) : goûté chez Salomon Ravel; visité, en compagnie de 
Naquet, Jacob Goldschmidt; passé chez J. Péreire ; dans la soirée, 
visite.du marquis de Thomé, d'un autre gentilhomme et d'un abbé. 

Mardi 6 (7 Tébet): excursion à Versailles, accompagné de Venture; visite 
à une parente de Fabre et à la Cour. 

Mercredi 7 (8 Tébet) : dans la soirée, visite du marquis de Thomé et de la 
marquise de Croix (parlé du Baal Schem de Londres). 

Jeudi 8 (9 Tébet) : copié un manuscrit à la Bibliothèque. 

Vendredi 9 (10 Tébet) : été toucher des offrandes. 

Samedi 10 (11 Tébet) : passé le sabbat chez Naquet; pris les repas chez lui 
avec A. Vidal et Venture. 

Dimanche 11 (12 Tébet) : quitté Paris, accompagné par Salomon Ravel, 
Naquet, Hananel. 



Mercredi 1 er juillet (6 Tamouz) : arrivé à Paris, visite de la douane ; passé 
chez Naquet. 

Jeudi 2 (7 Tamouz) : Abraham oublie le manteau de voyage ; visité avec 
Fabre la parente de celui-ci, passé chez Péreire. 

Vendredi 3 (8 Tamouz) : ennuis avec les colis, avec Abraham. 

Samedi 4 (9 Tamouz) : pris les repas chez Naquet, avec Abr. Vidal et 
Venture ; prié à la synagogue des Avignonnais (prières antérieures 
pour la grossesse de la reine); à la fin du sabbat, visite d'Abraham 
Léon, brouille avec Abraham. 

Mardi 7 (12 Tamouz) : réconciliation avec Abraham. 

Jeudi 9 (14 Tamouz) : visité avec Fabre le comte de Maillebois, emprunté 
un manuscrit à la Bibliothèque ; visité la parente de Fabre (le chien 
des Invalides); ennuis avec le sournois Abraham, avec le procès 
de Peixotto; passé la nuit à copier le manuscrit. 



LE SÉJOUR D'AZOULAI A PARIS 249 

Vendredi 10 (15 Tamouz) : départ retardé par la négligence de Hananel. 

Samedi 11 (16 Tamouz): la veille au soir, Venture lit à la synagogue 
l'attaque contre Àzoulaï, dîné chez Naquet ; le matin, visite de 
Valabrègue ; le soir, d'Israël Vidal, puis d'Aron Roget (sa confes- 
sion). 

Dimanche 12 (17 Tamouz) : jeûne pénible. 

Lundi 13(18 Tamouz) : préparatifs de départ; le soir, accompagné au 
bureau de la diligence par Naquet, Venture, Hananel, Silveyra, etc.; 
Abraham manque de s'égarer. 

Mardi 14 (19 Tamouz) : départ de Paris. 

M. Liber. 



Texte. 



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*6^ aratys mm anjana ;iïp nnoi n/iaan np^> 3itn bnj 1133 u^> wr 
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ï/wkï i;v33 nvï *6i û'p^a m '*a n^jnn n>3 ^« u«3i nanap mpb) 
matant? omn *jb^ iay *robm nn '»a sa 3"n«i nnatw utap ^n wk 
npiym »ana «m >3»bb ^33 atya 'n a^t» ipa^> anmi iK3 D"n«i nya 

M'DK ÏDam 

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Jiiam /miaai a'pwm napna pira Va «w na« n^n:i ry fions 
«ra *vu na t?»i .aman fa bwk vmtp ay nra a«an«p 'nt? nmiw 
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niK»n«a«a a^n a«n ♦nW'n bai an ^3 'un wjn [a ^i n^an *6i îau 
i^jn «sa: *6# nWi ar ^ myip T33 yn ptw na«i] ♦na^pa a^antp 
^n« npra «in iaw pi bsn na ksbji ne» mpm .nain n^i p^ aia Taun 
pn ap:aa maina impaia mai? p^k b^îp tp»# na« bibtbi ^m jiw.t 
^sa a«pn3«Bv'] 3ni? Bara-iap na t?'i Mais? W nnpaia b^kip niaaTB 
rmm naratai Bwrnaai BTJiûmanaim an:s^« nain t^i mbvz am^m nan 
B3ii pi n^np ns t^ «b ^3« ♦mœ ^33 a^^anaîr ni^np tr^i ♦a*i»an , 3« 
♦aan »b ^ pi wWnw ar« nvBJ3 'jian bjt b^ anniB a»nm« 

1. Manuscrit 69, a. 

2. Edition, 11 6, I. 18 et suiv. La première phrase ne se trouve pas dans le manus- 
crit. Les dates sont souvent modifiées au commencement des extraits ; nous avons 
restitué le texte du manuscrit. 

3. Manuscrit, 69 6. 



250 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

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rorw tbkp ^3? n*tn h »ta*Dn»a % K i«in A eh rutr^ p»^ o\tikoi "i^k 
noan ^33 *pa m»a jpDBi ai^ wy p*mo « r .ni D*rnra nuit*^ ^33 rao 
«a nirnsn ni^*? 'ai ♦ o.TiiiijK A psno ^ont? 702:3? naœo ♦Drnw 3?iv ^3** 
DMDKimp rw»î>» 011^0*6 T^ntpa vnat? nw .103-73 i-nat* Tan nwKia 
ppn ^33i nain nantro irn '« nWi .ijvik o^wt? DK»oHKpm ^ 0*31173 

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tranapne D3n >ia n3KB 't> ip3^> •$>« «3 î^oa V'3 ai»a f .cma m .d»jvok.i 
.fr 3^0 wm /wj?o n^apai ziiosna mrpn ipin rrni «"WD n^ h 
^ ronm rwf *w otr viatm '*an w >as bap^ to^.i >twn dv ^b 
oi^n ni^KtPi jnwiTKi jiTonini 2 0*3*60.1 nw or airot? noi:: idd 

Di; 0t£> TO&H J11TK0 D'"D 6 T3D.1 'T3Î1 >iani .J1B12: pt^3 ^3.1 /TO3EM3 

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d^ i:ivd 3"nw bru 1133 ^ 7tw 3 1 i^io Kim D*Tn> nom 3".i3o o^non 

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1133^ onntpo i»m a"na^ 1:3^.1 ovai ^n ntra iwk oai ^rta 1733 a'nyan 
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do'^o î"n«7 .n"j man n3î^37 "idio mna7n nap 'nB*m tt*ii«ty ^ 112:7 n"3i? 

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ni^«i» virui 7n*rx7 • « » • : * & » • s 7 n • b k ''D 7«3 t^n '« [ v^D3 n"3 or 3 2fe] 
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•ns^m » ' p « * t n '"n » r j 3 tr ^ » 3 1 n "1 7«3 î"n«7] : iioj diSît mt^y'? 
[.rrn: j/tn '^« «3' «înry ioki ' n"3ty« ^»na pscp Ji'3 1 ? 
nau 7:riJ7 j«*'-'o %, d ntro ''di ^«ri orna» '»d i«3 '3 W 1 29 
^3? D'pbn ,-iku »ii7« p3'trno7 ^nj Dtr ^ tr^ T3« 'n nom .11333 pian^ 
dj .m:3?o «inty onaiD Dm '3J« ij?a »a d.i^ 'j« ioi« 1337 »riv '«w no 
•:«2* .loi .»^e 131 «îm ^3? omn*^ d^«iît d.ii 'otr «st» on« ^ojn 0*1:1.1 pa 
on» niDtrso winiaj }n [m dtjdû onp» onai entî* onaiD d«t^k 1310 
ty'is* oipo ^33 »a p"p"pi p*ra« 'ia non np» i«o noi . D*anj 03; 'a^in^ [7»a« 
•jwjd i^« /iDi^ nj; nyn^ [«3 nm ♦n^ini ^na 1133 v\bnp d.io '« '*b« 



1. Édition, 11 6, 1. 2 d'en bas, à 12a, I. 6. 

±. Manuscrit, 70 a. 

3. Ibid., 12 a, 1. 7-10. Le manuscrit n'a pas le quantième. 

4. Manuscrit, 70 6. 

5. Édition, 12a, 1. 10-27. 



LE SÉJOUR D'AZOULAI A PARIS 251 

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[♦1"D3« l'fa V3B^» 1*3 7)lE>y^ D'Ot? U&b 13WB ^3 r.TI lût? 1133 131 ^ 

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K^> 3*1^31 '30^ p^3 pMKB TJ?3 |«3t^ 1333 '« tP>K ^"« D3 ♦«îtVSl 131 
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13 »'l DKDlIKp P|b« D^On 13 tf'l 7ll«130 ("pHTI t>^ 110« 1«0 .1^113 TJ7 
P]^T QK ^313 Tpn ^p.l^ p'BDO 13'« H« Dl^ 110. "51 *D1K »33 p"^00 171? 
1331 3«'^'01 ^«33n Dî? '713^.1 31P31 »71'33 IM *6 131 f\)D) ^3,1 
17111^33 ilMt^ in« 133^« «Ml VOÎ?«p [KOB'^ ''D^ 1p3^ ,1D11«p3 

ij? ^M3.n iniD nwy} 3Wi i3«^in3E> «"«n Tyo id«id TJjn^ Tiitro 
n^ pi«n 'î^ivo ryn n3pt? »>yp»D tî> pi« b ff i »>3>p»a m pi«3 «in nny^ 

1. Manuscrit, 71a. 

2. Édition, 12a, dernière ligne, à 126, 1. 11. 

3. Manuscrit, 716. 



252 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

•ptr nr^rano norsn mrw 'îfi pon >okti Biplans wi p*^o noa 
xv o*«ib no» i^on *a ma^ono ^nj vti^itb ^ w\ »*jwt jrran astro 
i^am uakm Jtt vh&A îma nrfcym r\rm mtpo mn mi nn« w&z )b irn 
'»d ^r mai» uabi A wam .Dwb w nanj jnai nirao ans ub Taom 
mVttW H2xi i^m ^ mm ^ «in anp *aDi*rmiaoDn'iaKpo*ja 

[.na*u £ 
,th *6# p]«i v 'a ^ «p^DiK^a^ v:«b''d vi opua^n nwn m* 2 3 
^>ao '"a d^k noa na t^i »iA mnsi jwi np^i ai^n «in yh ijm or 
ovn tp> «^djjît Dilatant» k"d ^« nanajt? n?p ^ *npo *jY*ni ♦noan 
ijj 1 ?^ onoD m»» noai •Pimna /rtna «ini nana:tp o»atr a"iai m«o pat? 
î»tm moy ma na iptw piooa ir*ni ♦oomon by ^du tn o^n/io p"n um *"a 
nonp n^api rmnavi rwiani jtbidi^bi jjaan noano onoo no3i ♦ij»^b ^no 
♦tp'*nnb n^iy w naw n»» pnsr »ai [sic) pi >bd3 )3 p]dt 1 nsoi 

1^13 D'KT 1BD1 K"n Bp^Vl ^13E> DW WH 133tP 'DO KSV31 p"OD nCD H031 

yna p*u imrp ai Y7D3 liston poa *]bn kto de> ioi«i mao Ton la m 
by ptp*nn wvvr 'n *pio»a 'oi] .nra* mo *w d^b noa ^3t> pi 

•^an by nvp woi œoinn 
hî?d on nWn ^hj ni333 b» p«: nn Tan jvaa p"£> nniyo 'j */nj>D* 

.aman >anno '>dï i»«vi onia« '>d ob> 
nwonœ '/wii nb&wn ok »a vnp *6 ^a* ann pos w*ni »na^n *rn '« "s 
onainn n» npiû^ inia nwu ("•) ^i »nni pnn n^ntr^ iîpdki p rrn «^ ' 
*b nn:i D33 onn in«i bm "jd np^ poon nrxa iDiono vnt^ nonoa o^ai 
nai^/13 DTtfp 'n pjioa (•; inam )b nonm mrano ^o^y 'n^ioi oinn«^ -jd 

.ma ^t 
a » p « j n > i n '■? qj; »/D^n ynm b* î « n n o bw bxx ^«^ip^i wrw 'a e 
npmi "|"ni nv j^n nt^p or rrn "|« ♦naat^K itri T3J a ' o ^ ^ n a p p» ^ 
m^ai nip'BD d^^d o^3^ naat^K loa n w "ian p)idi . nonap u«sco «^ 
«a k w «vva 3 p y ' ''D ^s« wa^n a"n«i .Dip:*ns a"» jna pn« ij?i 
'131 ii33i nwa aina mon an3 ^n«^o d^i awm i^ ami ows 'a »/i»a^ 

.d^iw^ irnai 
nasj nn« »rai wa^ b)ii 11333 D3n » 1 » * n d * p n « «3 nb'bn k 7 
?liD3i ,Dm^Ktr ^ a'tro »jki nij?^ 'W3 iatr'1 i:«^«o'« ^«a«i 
n^ ipaa orai .«^b «mi nn« 'i^i mix ^3131 inaia»^ ^«t^ D'piKon 
n^i miB)*i ''D 05? ua^m d«^«dt6 robb nB* non«p n a « & ,,j d 
dk'^kdti r^i n *«n i« dk'-^di*!^ »jia^m ai» ^13^ 'n^3^i K"nn '^b ain 
îyn^i nia» d^b 13D3 liibapi inanp n»aa n a « b (, d mn ot^^ i»n aiw 

1. Manuscrit, 72 a. 

2. Édition, 12 6, l. 12-25. 

3. Manuscrit, 12 b. 

4. Édition, Mb, 1. 3 d'en bas, à 14 «, 1. 7. 



LE SÉJOUR D'AZOULAI A PARIS 2S3 

ninai nr uni? ia«3i mn« i:«i nan oaaai /ua^an isr6 i»fcm »a«^p*â 

1*13B1 T>1DB Mfti D^IU pDJB D.T^I [M12£ M»B 31Î OWIB D*31 ' DM1BJ?3 

ma^a mn 0*31 omn irojn .dm» dmbij; o»i nan^iun «mi n«iai? 

T3 T*Ï3D1 T'IDB 3.1Î .1BTO pp«l^«3 »' l^B^l .fW.l D»» Ifn^ UDi3Jl 

DMin ijdjsj toi •Tina ibo^ dm».h im^» «on ^y -|^an 3»i* d»» i^an 
m« omnai d^hj dm» 1123? ayia pr m«i iinn »«i3 d» irropi d>jb^ 
vdib ppn n«,n i3$> 1*010 d»3 'pj i»« «srsiiB M >ïMip idib "|^an 
dm» oy *]^an isp 3"n«i ♦îûira n»an3 *S -poo nom n«iai« h nwip 
d»» ^i?« pn«n or toit^D dm« »i3^ ,t.i «îm ♦"j^an nsia *naiai d^mji 
M*tt3 itîw nass ïdio^ ia«i in« 1» «2 "|^an isv» çpm >i^» «ai«n 
mi pi iii«»«3:p« ij>« ^ 3 , »m m«»«3^« >j« oipa nr«a ^^ ^an» 
ni33 o^»i" im ombijm ^31 133^1 3"n«i .i«Trmip dwo m«i^ «31 dmïbb 
nanp rr3^ u«3i ♦pnaas K'orviMrmpiy rnjmp 1111313; im» d«b«i,i DJ 
na/u» n^imiD imypi faire ^ ?rui ^11:1 1133 ^ 1 »m n 3 « & iDia 
«ai«n }«irB3 31/131 ♦ » 1 3 « e ioia fisnp^ n:na kibi« m MJip nai«a 
o«':«pm ♦nunsn '03 131:13 w d*»^> o«':i«p \r\: ny\ .ow^ "|^an bw 
♦*m»o »"y trfcp Dva n^ wdki ^3i« na ^ nia«i /ma n«ui jvaiaro 
'ranai pan >fl3i3i a fc ^p ova 'ai no i:aa -n^aai ua»*! ;n^>»n 2 ia»i 
»'» 'tu *m ia«i .:&» *6o d^ij?,ii HDii«p3 1333^1 nn^B 'ji^Bnm 
D3 ♦om«i^ «"«i nna d^q^ nn3 omjD ni jbwn ^Dai^ pi iii^iu niv 
i:«3i 131 m«i^ «"« &&) P|iin3 nnj?i ^'a nn^yi '« 313*0 «in pnwn 
♦VTO3 'n ^ jri3^ fnn «^o «m noiiKpn î?hb^ rwi *um ♦oi^^ n*3f? 
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nuwbn ^3a rna^s m«^a onin nos t>n n^i3 ^3301 »»ain.i ^ b"r <to»* 



1. Manuscrit, 73 a. 

2. Manuscrit, 73 6. 

3. Manuscrit, 74 a. 



254 REYUE DES ÉTUDES JUIVES 

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♦1^ niîyn F|pini iniû^ î»iaDi» 

i. Édition, 14a, I. 8-9. * 

2. Édition, 20 6, 1.2-4. 

3. Manuscrit, 114 a. 

4. Édition, 20 6, 1. 5-13. 

5. Manuscrit, 114 b. 



LE SÉJOUR D'AZOULAI A PARIS 255 

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^ia:i *jjk» nwA D^rraKfi ^ a"na^ na Wi ikb niia^ *nawn a k » b* a i 

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awn 'i nn inynrw na^an bv Variât? ^m b n i a k '»a *$> ibk 'k 
*6 *na»m /Aima nnw fn^Dntr mn n3«a ïbïb ^ki rnayrw 

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nna Kim riejan rraa w p k ' ^ a m a k «3 maiy irot pVa p^3 '« ^o 
ana n:p» £ \rra*i pnttaa «in nnyï a» mr\ vira mtra mm *ora aa 
mm lirai wwa ikb mi» ki,w napn? £ nara ^« na^» d m a « "îaai 
^a »jïratwi n:p* *6» p«^ ama^ ^m»Ki "raa ^ mm nsp yik» 
vnai *6 '3 on '« on *a bwrb mm «in»i raa:i amaK mîj? m«iî? »an«p 
avn ^a >a i^2r ^m nyan na ^ara wi pi »an«p nw xbi bwz *6i )b 
♦roaimi a^pitra ^m tbai ra3:i nau xb nW ni^n w 
[♦vira D»ya» lira» ai* p« zoyaai ♦i»naipi £ vnam raaa ^y viam 'i ^ 
anai jwi \r\y\ ♦ni3*$>Ka *taaip npa^ na«c ibib ay via^n 3 n 14 
ua^m pnynb >"3 'a ^ ;/w np>ûra^a>ana i^ana >"3 nea nait^ "b 
»'ai aiaia ''aà a»a naa r\np^ k^b aim ♦œainn bv m »pio^ vinp^i atr 
a^ mrai iri3Tip n^a^ n a « a laia vybin mm) q^a ^*^ anaana '"3 
nr3 'raya anaio vn at^i ♦mTBi »:«»n« '»a >'$ t^Ka a^p a^a 
anxi^an atr a»a»i»tr ^hj n % a ^n«aa sw nca ^aai nvnm manan 
ixa ^hj a^3 ty*i :n:a3 na^ a^3^3 a^ ^^ marias iavw ik B'jpm 
pi^^ uiai^ «av ^hj a^an bki ♦mi» 3^3 bjj3^ anawn a^moa ar«i wi 
^1 mi« 3^3 lay K»am î?hjh a^an «a '« an ♦ini» i»aa naitrm inm b»vbi 
3^3m etinan a^an a:a^ mn &b ^awm «vrinn i«^ana mm i«o t^in3 
^um py vbyn iawm w wam ^inan ^bji v:b rpm pyai hjj ap bmn 
np^? r«i ja^^ iv nnwi ^3i« mm a^a^ 'n ^rsm maa la^im »inan nbp 
pnaai iyi: ny^ «a mn nn«n arn im«ai i««anm ^ina mn» ,f ^a^ ^n^n 
♦bj3: ir« mi^rn b.tj» ^»*o^ ao^m nnaa imrA 
nup^» n^m» 'kï namm rnmp naa n^a hm» naipn K»am ^a^ «a 31^3 
Tnm m»y3 rnnp^ ia«i K3 p»»i> n»» ib ^nrun -p y« p*i»^ ',13 p» 
ïnaa^i «^^31 a»Ti nM ':m 'aa i«:p »a a*»m p» inm paa ia«a «in» A 
anp» 3"3 n»iy mm naipn jnpi -|Sm p»n mp «in» n*na» '3 ^nn «m 
[♦noipn aj «»an? maim n«a }op mn ymw myi vi?ana ^ny^ai 

1. Édition, 206, 1. 13-16 (■^iM'i). 

2. Manuscrit, 115 a. 

3. Edition, 20 6, 1. 17-21. 

4. Manuscrit, 1156. 



256 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

' txwrh » -A«t^ Dimmaa wt m i j d n i a « '*o >a ira ^ im 

aiD^ *6e» nai »3fl33 li? fn«^ ^ nom nom? 'natpm .nma bv b:o ijwk 
ana*ïm trwiA tid« njoo d'33 à tP'i dib »^3i nrux nwKi ntpmr ^mro 
4tta mm ny« mm vwk «n:& nsntp ne bbe>03 «in» i b i i > s $> k i o tt^ o*jno 
fejArr&rmniÉPRn mariai natrnan ^aai rmptD ibo A» i»Kpia« ntw 
«in anatp nn ♦inoan 12:0 *A ^3** jokj mnt? imrf?tri »"« »*jy^» myo 
aipo pstû tt>8 ioïkît nn .bbi awn ':»jya jn* kS kw i« mr» ^aœa 
vbv nmo naro nwmi iwk ttnjon »3 masa no«2> pi iio^nn ^33 u»m 
W p^m bx\ wim ma puni .ntno dw dho^ pm 'iai myon 
p»n 'omri »j*jwt pi«3 1 » ^ p } d >^ rwa m ^3 mm ♦iinro^-iK&n 
k 3 1 onoy m?ji mraa a«n*i jniai de> -j^ini '» nspi/io ma^ns mm 
ara» ^ tko tpï ^"»m .«3h ro^p ira* rvi ,ï'po mm aimn-iiso 
mD3^ rwra n'm ^a« n"n ,oimnih b>ttji^ amwoi^ ib* nn ddi:i 

♦' Y»a »:rw^ n^iy *33 ibw î6i viuip 
bxiïn 1331 ip33 '« dv ya^> mm w ^ïw is?s *i mnnppn sn* **5 
by npo ntryi p«'^ nyaw marnM' bwb no3 *\bn 3K"^b*t 
nn» 'in ov ^m rw *6 mm 'm Dr ip nain -pnm &bw b"m an:nn 
7^1,-6 $>an wtbi 'mtpp 133 >:m aipo tp> a^t? ^m ni^n ipnîp mytr 'n 
mm wa*6i ^«01 '»d 3^3n^ ^ana pi d^ \wx p"wn b^ na 'in ova 

♦nai»^ ^33î? ^3 n«a nya ,l ? 
Pi3?n id wi i« i»n^ m3D3 B»p«nn''D ainnn ^« ^mro p"r ^i? 16 
Kip mm lûii^e ^ 'on «'an miBn 'diid '1 nwan n*aa *a 
*» wtHo mn no vxb pi ^nira^ p*a &b mnt^ ^m '^ tr"D n^:« noa^» 
*n^nt^ myi ma n:iJ3 ma m rrmw ww no 'ni^ona at^im t^-'ano »r»vi 
np33 p"^ dv f'wn Vr n"n »pio»a pwn^ n^a in W ^a^^ jwan nr^a 
po ^ ^nat^ nan^ mon 1:12^1 rri^nri «^0 imei S«:n^a ^*ntp> «3 
P^d p»3*ana n»« 1^ »»r ^svi ^ki»' iTan «a aiyai nte at3 
n^^ [a d*j3 '3 K»3cim m^«^ np*mn rnoi no^ ma m^a^» /im#o ^"m 
^3 nain 3"j loav n3^o mm onp^ ai^i >an» ;«cr«3 o:n: '3 no» 'n [ai 
♦Tiai m^:3 ^am om^y *[oia^ o^na onr 1!? tt^n ^»io mn 
pn«e mariai /nsao ibdo mm û'inpns ^a p"^o b'h dhjb 'k» 
D»:r« nri>5c/i onn» ^»j?i 1^3? "ibdoi vj?»b an i>3? nno mn ^aai nura nsiis 
mn •nru dj? pioy 0*0 }ra D^otsion ^mw ynr ^y n«o ^ isi yio^o 
♦-i"'3 ioï^ jyoS wbj pptb^ D'pnse d^j«^ rm iaw^ oa^3 jjt voma 

♦cm ano n^:j?na n^a wn ara* 

1. Édition, 20 6, 1. 22, à 21 a, 1.11. 

2. Ce qui suit dans l'édition se rapporte, d'après la remarque de M. Marx, au 
passage d'Azoulai à Maçon, puis à Lyon. 

3. Manuscrit, 116a. 

4. Manuscrit 1166. 



LE SÉJOUR D'AZOULM A PARIS 2^7 

•onaan by jn«n w lawanai woaT^na îaafcn airs 'a w 18 
>d wrtn npaa npow kwpWi rra^ nanpn hpwiiA u«a 'a W 19 
noai nvii"D '»di aK^^û'i ^«::n '»di >a"na "n û'paa m 
Dnaen orna» Ta 'moat? ïwj mai? '/w latrpa pW liKiaai omna 
kub: *6i i.-nppa«i vwavr *pm orna» ïhti anaio um Tipi ♦îaaar pipa 
ibsép na*6 ^ia> rm nW man iaai niroan n« npan »a 'ma mtot^ n»pi 
kto d^b *« tb ban*) '>di •m ^ Da ipaa ?n»ni i«a rfcna tp pas »a 
nyaa w»m 't^ layna orai .^î?b 'n d^ unitt » f i '^«a }f tan ^«aan 
uiyD mariai .oinn *]p;ia pnna ia"m moipo rrwp «wr^na >a jnatwi ^a 
B*ama wn nvnw) p« "pi ^ya on dwïwi *a na«ai .' a w « » k k p Ypa 

j^m jvby iona nariw "naa ua 

Traduction. 

[Le lundi matin 1 nous sommes partis pour Paris. Je craignais fort pour 
les habits, car on fouille jusqu'aux plus petits objets; pourvu, medisais-je, 
qu'on ne s'en prenne pas à nous et qu'il n'y ait à déplorer que le déran- 
gement des habits et la dispersion des menus objets! Nous sommes arri- 
vés à midi. Les gardiens nous ont fait de grands honneurs. Un d'eux a 
pris la clef, a ouvert pour regarder quelques habits, mais s'est borné à 
un examen superficiel; le grand « coffre 2 » n'a pas été ouvert. Je lui ai 
offert ensuite de l'argent, qu'il a refusé d'accepter. Nous avons pris un 
« carrosse » et sommes allés à la maison du distingué M. David Naquet. 
Il n'était pas chez lui. Sa digne épouse nous a reçus avec joie. Il est ren- 
tré ensuite et je me suis rendu avec lui dans les deux chambres qu'il 
avait louées pour moi. Plus tard les notables sont venus me rendre 
visite; que Dieu les récompense en leur donnant des fils instruits, une 
longue vie, la fortune et l'honneur ; ainsi soit-il!] 

(Arrivée à Paris le 22 Kislew 5538 3 .) Cette ville, capitale de la France, 
est fort grande; on dit qu'elle a quinze milles de tour. Les places et les 
rues sont assez larges pour que deux « carrosses » puissent passer facile- 
ment, bien que des piétons se tiennent sur les côtés. La ville a un fleuve, 
la Seine, qui l'alimente. Il y a là un grand pont, large et long, qu'on appelle 
« Pont-Neuf ». c'est-à-dire « puento nuevo » ; tout le jour et toute la nuit 
les piétons ne cessent d'y circuler. Là est 1' « horloge » de la « Samari- 
taine », que l'eau entoure*. [On dit qu'il ne se passe pas un instant en 
vingt-quatre heures sans qu'il ne se trouve sur ce point un cheval blanc, un 

1. Le lundi 22 Kislev 5538 (22 décembre 1777). 

2. Espagnol « baûl ». 

3. Date ajoutée, d'après le contexte, par l'abréviateur. Mais parti le 22 (d'où ? Bor- 
deaux est trop loin), Azoulaï n'a dû toucher Paris que le lendemain. 

4. Fontaine surmontée d'une horloge ; c'était alors une des curiosités de Paris. Les 
bains de la Samaritaine et les grands magasins du même nom en rappellent le sou- 
venir. — « Reloj », horloge en espagnol. 

T. LXIV, r*° 130. 17 



258 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

moine et une prostituée '. La ville est fort belle et on y trouve tout, mais 
tout est cher, sauf la prostitution, qui est à vil prix et s'étale ouvertement ; 
on dit qu'il y a trente mille prostituées publiques inscrites sur les registres, 
sans compter les milliers de celles qui ne sont pas publiques et offertes 
à tout venant]. Il y a des « académies » en grand nombre [et des 
« fabriques » de tout genre]. Les Juifs y sont tranquilles, beaucoup d'Al- 
lemands, beaucoup de Portugais [de Bordeaux et de Bayonne, beaucoup 
d'Avignonnais. Il y a des communautés qui font la prière tous les same- 
dis, mais il n'y a pas de communauté : ce sont pour la plupart des gens 
de passage venus pour y commercer. Les temples sont sans « privilège » 
et n'existent que par miracle*. 

Mardi soir est venu M. Israël Bernal de Valabrègue. Il a un traite- 
ment du roi, douze cents livres par an, et le titre d' « Interprète du 
Boi », parce qu'il a dit connaître toutes les langues orientales. Il se croit 
rabbin, casuiste, poète et versé dans toutes les sciences : il en connaît 
les noms. Il se vante que tout le monde lui adresse des lettres. Il est 
venu me voir trois soirées de suite. La première fois il a fait son éloge 
dans les sciences; la seconde fois à. propos de son voyage d'Amsterdam; 
la troisième fois, que les « dames » lui écrivent et que les « académies » 
le consultent. Un soir il s'est beaucoup vanté tout en se moquant de 
M. Mardochée Ravel ; celui-ci l'a vertement insulté et lui a fait son 
véritable éloge. Mais suffit 3 .] 

1. C'est un « mot » parisien. Voir Ed. Fournier, Histoire du Pont-Neuf (Paris, 
1861), p. 266 : « Lorsque la police se mettait à faire la chasse aux filles perdues, c'est 
sur le Pont-Neuf que les battues étaient les plus heureuses... On sait le vieux pro- 
verbe qui, d'abord appliqué au Pont-au-Change, puis transporté au Pont-Neuf, disait 
que chaque passant devait y rencontrer : 1° une de ces demoiselles; 2° un moine; 
3° un cheval blanc ». — Azoulaï devait passer souvent le Pont-Neuf : les Juifs « por- 
tugais » et avignonnais de Paris demeuraient pour la plupart sur la rive gauche, dans 
les quartiers de Saint-André et de Saint-Germain-des-Prés. 

2. La population juive de Paris, forte alors de trois à quatre cents familles environ, se 
composait en effet de trois éléments : les Allemands (Alsaciens, Messins et autres Asch- 
kenazim ';, les Portugais (Bordelais et Bayonnais) et les Avignonnais (Comtadins). 
Gomme le séjour de Paris était légalement interdit aux Juifs (v. Monin, dans cette 
Revue, XXIII, 85), ils ne pouvaient y célébrer officiellement leur culte et ne formaient 
pas de communauté organisée et « privilégiée », et le miracle — si miracle il y a —, 
c'était la tolérance de la police. 

3. Sur Israël Bernard (ou Bernai) de Valabrègue, originaire d'Avignon (1714-1779), 
voir P. Hildonfinger, La bibliothèque de Bernard de Valabrègue, Paris, 1911 (extrait 
du Bulletin du, Bibliophile) ; cf. Revue, XX, 293 ; XLIX, 123 et XXVI, 297. Il était, 
non interprète du B.oi, mais interprète à la Bibliothèque du Roi pour les langues orien- 
tales (depuis 1749). Touchait-il vraiment 1.200 1. de traitement? On n'en donna que 
800 à son successeur, Mardochée Venture, le cicérone d'Azoulaï, dont il sera question 
us d'une fois dans la suite. Valabrègue, lettré, sinon savant (au gré d'Azoulaï, qui 
s'y connaissait), était peut-être vantard, mais il ne mentait pas en excipant ses hautes 
relations : il jouissait d'une certaine notoriété. Ravel, qui lui tient tète et lui dit son 
fait, est noté par la police, en 1758, comme « petit-maître et libertin » ; c'était aussi 
un Avignonnais (v. Revue, XLIX, 125 ; cf. L. Kahn, Les Juifs de Paris au dix- 
huitième siècle, p. 98). 



LE SEJOUR D'AZOULAI À PARIS 259 

Dans la journée est venu me visiter M. Fabre, savant chrétien, de l'« Aca. 
demie des sciences 1 ». Il m'a interrogé sur la science et sur la cabale pra- 
tique, et je lui ai répondu. 

Le vendredi, je suis allé lui rendre visite et je suis resté chez lui deux 
heures. Il m'a montré un livre en français où étaient écrits les noms des 
anges, leurs figures 2 et leurs lettres, ainsi que les consultations sur les 
rêves au moyen d'adjurations, le tout en langue française. Ce chrétien m'a 
fait un accueil cordial; j'y suis allé avec M. Mardochke Venture 3 , gram- 
mairien et versé dans les langues, qui s'est beaucoup dérangé pour moi ; 
que Dieu l'en récompense ! 

[Samedi. La veille au soir je suis allé dîner chez le notable David 
Naquet. Là sont venus les parnassim (administrateurs) de la synagogue 
et un certain nombre de particuliers. C'est une grande marche. On m'a 
fait de grands honneurs Puis nous avons dîné avec M. Venture et M. Ma r- 
dochée Aschivenazi, de la ville du Havre-de-Gràceen France \ Le maître de 
la maison a fait de grands honneurs, ainsi que sa digne épouse. — Le jour, 
nous sommes allés à la synagogue. On a chanté en l'honneur de la 
confrérie c Guemilout Hassadim», qu'on venait de fonder. On a mis mon 



1. Cette compagnie u'a pas eu au xvnr 3 siècle de membre de ce nom. Était-ce un 
employé de l'Académie? On pourrait aussi lire Favre ou Fabri. 

2. Sur ce sens du mot Qmn, v. Revue, LX, 41, n. 5. 

3. Dans la notice de la Jeiv. Encycl, Xlï, 417, on le fait fleurir à Avignon et la liset 
de ses ouvrages y est incomplète : il faut ajouter son Calendrier hébraïque, qui parut 
en deuxième édition 1766 (Amsterdam 1765 et 1770), et que M. Marx a décrit dans 
l'article de Steinsclineider, M. G. W. J., L, 746-7 ; le recueil de poésies de circons- 
tances intitulé 2nD!l p'iîriD , cité par Steinsclineider, ibid., et //. B., XII, 27, 
imprimé à Paris, 1768 (Letlerbode, V, 135) et 1778 (Liber, p. 7) ; sa traduction des 
prières a paru en cinq volumes, d'abord à Nice, 1772 et années suivantes, puis en 
nouvelle édition, à Paris, 1807. 

4. Au Havre (alors Havre-de-Grâce) vivaient à cette époque une famille Homberg et 
une autre qui, venue d'Allemagne, prit le nom de Lallemand (en hébreu Aschkenazi). Mar- 
dochée, qu^l est intéressant de trouver en compagnie de Sefardites, est le même sans 
doute que la police parisienne signale en 1735 sous le nom de Mardoché Mayer, de 
Mannheim [Revue, XLIX, 126) ; il se donnait comme « Juif de nation et sacrificateur 
au Havre », et logeait chez la dame Homberg; en 1769 on le voit dans les affaires et 
bientôt il devient un gros négociant, associé avec ses frères (L. Kahn, Les Juifs de 
Paris au XVIII e siècle, 85-86). En 1775 les Lallemand obtinrent de lettres de naturalité 
et Joseph Lallemand fut admis, non sans opposition, à la bourgeoisie de la ville ; voir 
A.-E. Borely, Histoire de la ville du Havre et de son ancien gouvernement (Le Havre, 
1881), III, 441 et suiv., dont les indications sont résumées par I. Loeb, Revue, XIV, 311, 
et reprises par M. H. Prague, Les Israélites du Havre au XVIII e siècle, dans V An- 
nuaire des Archives Israélites, V (5649), p. 56-61 (la notice de la Jew. Encycl. sur 
Le Havre ignore tout cela). Dans ces actes, Joseph Lallemand — dont notre Mardochée 
Lallemand doit être le très proche parent — est désigné comme né à Hambourg; en 1798 
Il obtint les droits de bourgeoisie à Mannheim, où il mourut; v. Ad. Levin, Geschichte 
der Badischen Juden seil der Reyierunq Karl Friedrichs [1738-1909), 1909, p. 64 
(l'auteur dit qu'il était originaire de Mannheim, les archives de la communauté israé- 
lite de Mannheim conservent des assignats révolutionnaires qui lui appartenaient). 



260 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nom en tète et on m'a acheté l'honneur d'ouvrir l'arche et de promener 
le séfer-tora. On a offert beaucoup d'huile à la synagogue en mon hon- 
neur. J'ai déjeuné chez M. David (Naquet). Avec nous ont mangé M. Elie 
Perpignan, frère de la maîtresse de maison, et sa femme. Il y a eu une 
grande dispute entre eux et ils sont brouillés (?) l . On m'avait demandé à 
Bordeaux 2 de faire la paix entre eux. Après le repas, nous sommes allés 
à la synagogue. On m'a demandé de prêcher 3 et j'ai prêché sur la morale 
et sur l'éloge de la confrérie « G. H. ». Après quoi ils m'ont fait spontané- 
ment une offrande, sans qu'elle leur ait été demandée. Que Dieu les en 
récompense ! 

Le dimanche 28 Kislev, 1 er jour de « Vayyigaseh », sont venus M. Elie 
Perpignan et sa femme. A celle-ci j'ai donné à avaler un « Schéma Israël » 
d'après la formule de R. Menahem Azaria 4 , parce qu'on craignait qu'elle ne 
se convertît, et je les ai invités à faire la paix pour tout de bon. 

Ensuite sont venus MM. Mardochée Asghkenazi et David Naquet, et je suis 
alléchez un riche asehkenazi 5 ; il a répondu qu'il viendrait chez moi 
pour donner une offrande. 

La veille de lundi sont venus MM. Abraham Vidal et Moïse Perpignan 6 
et ils ont donné une offrande pour Hébron avec des égards. Je rends grâces 
à Dieu de ce que j'ai un grand nom et de ce qu'on m'estime cent fois plus 
que je ne sais. J'ai beau leur dire que je suis un ignorant, ils croient que 



1. Je traduis au jugé un mot que M. Marx a déchiffré avec hésitation. — Si Elie 
Perpignan est le même que le « petit maître » signalé par la police (L. Kahn, Les 
Juifs à Paris au XVIII e siècle, p. 58), tous les torts ne seraient pas du côté de la 
femme. Nous retrouverons bientôt ce mauvais ménage. 

2. Azoulai avait passé à Bordeaux avant de venir à Paris ; l'indication manque dans 
l'édition, mais il sera question plus loin d'une consultation qu'Azoulaï signa à Bordeaux 
(cf. Revue, LXII, SOI, et Un rabbin à Paris et à Versailles, p. 9, n. 1). Le rappro- 
chement des textes montre que cette partie au moins de l'édition est en désordre. 
Jusqu'en tamouz 5537 Azoulai est en Italie (jusqu'à 10a en bas; 11 a, alinéa 3 et sui- 
vants; 11 b, alinéas 1 et 2) ; le 25 tamouz il arrive à Avignon (depuis 10 a, dern. ligne, 
jusq. lia, 1. 7). Il a dû passer ensuite les l'êtes de Tischri à Bordeaux, où il signe 
fin heschvan la consultation précitée. C'est à ce séjour à Bordeaux que se rattache 
l'anecdote égarée à la p. lia, 1. 8-13 : acte de générosité du syndic bordelais Abraham 
Gradis. 11 s'était rendu aussi à Bayonne. 

3. On prêchait chez les Sefardites le samedi à Minha. Les offrandes au temple se 
font sous forme de contributions à l'éclairage : "nNttb p312). 

4. C'est le célèbre cabbaliste Menahem Azaria di Fano, mort en 1620 à Mantoue; 
Azoulai, de passage dans cette ville, se rendit sur son tombeau (Ma'gal Tob, 10 a), 
aujourd'hui disparu (Revue, XXXIX, 116-118). — En se convertissant, la femme d'Élie 
Perpignan échappait à son mari; se rappeler le cas inverse de Borach Lévi 
(Annuaire de la Société des Etudes juives, III, 275 et s.). Sur les conversions de 
Juifs et surtout de Juives à Paris, voir L. Kahn, Les Juifs à Paris au XVIII e siècle, 
chap. vin. 

5. Il ne semble pas que ce soit Liefmann Calmer, mais plutôt Jacob Goldschmidt 
(voir plus loin). Cerf Berr, dont Azoulai aurait parlé autrement, n'est venu à Paris 
que dans le courant de 1778 (L. Kahn, Le Comité de Rien f aisance, p. 102). 

6. Deux négociants parents, connus par ailleurs (v. Un rabbin, p. 3-4). 



LE SÉJOUR D AZOULAÏ A PARIS 261 

c'est par modestie. Ma renommée s'est même répandue parmi les savants 
chrétiens qui questionnent les Juifs sur mon compte, — c'est extraordi- 
naire ! Ce que je leur dis, ils croient que ce sont des paroles plus pré- 
cieuses que les perles. Ce sont bien là les prodiges de « celui qui du 
fumier élève le misérable pour l'asseoir avec les nobles 1 ». — Mais com- 
bien rares sont les bontés de ceux d'Avignon ! Partout où il y en a, ne fût- 
ce qu'un, j'ai recueilli honneurs et profit. Il en a été ainsi dans les sept 
villes de France 2 où j'en ai rencontré, qui ont été mes lumières ; ils 
habitent les quatre communautés 3 , Nîmes 4 , Montpellier, Pézenas, 
Narbonne, Bordeaux, Paris. Ce sont eux qui m'ont réconforté et m'ont fait 
de grands honneurs, ils m'ont servi de leur personne et de leur argent, 
et ils n'ont cessé de me chérir et de me respecter, — c'est extraordinaire! 
« Et David les bénit » eux et leurs maisons : que Dieu les récompense et 
que leur rémunération soit la richesse et l'honneur, une longue vie et 
une postérité digne ; que Dieu les délivre de tout mal et que la vertu de 
la Terre Sainte les protège eux et leurs descendants, afin qu'ils soient 
prospères et florissants dans l'abondance de toutes choses! Amen. 

[Ce soir-là est venu le richissime M. Peixotto, qui m'a entretenu de sa 
femme, pour que je m'efforce de lui faire accepter l'acte de répudiation 5 . 
Il s'est engagé à donner mille « écus» pour Hébron si je m'en occupais. Je 
lui ai répondu : Si vous voulez faire la paix, je m'en occuperai gracieusement, 
car tout le monde dit que votre femme est vertueuse ; posez toutes les condi- 
tions que vous voulez et je m'efforcerai de les obtenir. Mais quant à une 
séparation, ce serait un sacrilège. J'ai ajouté que, d'après la loi, il est 
défendu de répudier sa femme honnête, alors qu'elle est mère et première 
femme. Je lui ai dit encore beaucoup de choses de ce genre. — De même 
un homme m'a offert quatre «louis d'or » pour que je contresigne une 
décision écrite par un rabbin célèbre au sujet du mariage d'IsRAEL Vidal 
avec sa seconde femme et j'ai répondu que, quoique la décision soit juste 
en principe, aux yeux du populaire c'est un sacrilège et que je ne voulais 
pas voir la décision et à plus forte raison la contresigner 6 . Que Dieu 
m'assiste pour la gloire de son nom et que toutes nos actions soient en 
vue du Ciel, afin que j'agisse d'après sa volonté ! Amen.] 

Le Roch-Hodech Tébet, [mercredi de Vayyigach], je suis allé chez 



1. Psaumes, cxm, 7-8. 

2. — Ces villes jalonnent l'itinéraire suivi alors par Azoulaï. 

3. « Arba Kehilot », nom des quatre communautés comtadines : Avignon, Carpen- 
tras, Gavaillon, Lisle-sur-Sorgue. 

4. Ms. : y^Wï- Les Juifs comtadins s'étaient glissés dans le Languedoc au mépris 
des lois (v. principalement Roubin, dans Revue, XXXIV-XXXVI). 

5. Peixotto (prononcez Pitchotto) était un riche banquier bordelais établi à Paris, où 
il menait une vie débauchée. Il voulut répudier sa femme malgré elle, un long procès 
s'ensuivit. Lors de son passage à Bordeaux, Azoulaï avait déjà signé une consultation 
en faveur de sa femme, comme on le verra plus loin. Sur cette affaire, voir provisoire- 
ment Un rabbin, 8-11. 

6. 11 sera encore question de cette affaire deux fois. 



•262 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

« Monsieur » Fabre, le savant chrétien précité. Il m'a montré un abrégé de 
cabale en français, qui commençait par le nom de soixante-douze lettres, 
au moyen duquel Moïse aurait opéré les plaies d'Egypte, et qui confondait 
ces choses avec les constellations. Je lui ai dit: Sachez que c'est là une 
branche de la cabale pratique, les dix plaies n'ont pas été opérées au 
moyen de ce nom ; enfin, cela n'a rien à faire avec les constellations. Ce 
chrétien m'a fait de grands honneurs et nous a servi du « chocolat » et du 
« pain d'Espagne ! ». La neige tombait ; il nous amené en «carrosse» 
à la «Bibliothèque». Mais comme c'était la fin de l'année civile 2 , aucun 
des conservateurs n'était là et nous nous en sommes retournés. Je 
suis allé avec M. Mardochée Venture chez Eue Perpignan. J'ai l'ait des 
remontrances à sa femme tout au long et, son mari étant arrivé, j'ai obtenu 
qu'il lui donnât à elle tout ce qu'ils avaient besoin de dépenser, afin 
qu'elle fût la maîtresse. Bref, je me suis efforcé de tout mon pouvoir de 
faire la paix entre eux. 

[Le jeudi, dans la soirée, je disais du bien de la science (?), lorsque s'est 
élevé contre moi un jeune homme portugais, Jacob Lopès Laguna ; il m'a 
dit qu'il savait qu'il n'était pas droit. J'en ai eu de la peine et j'ai questionné 
ensuite en particulier. On 3 m'a raconté des choses extraordinaires ; on 
m'a dit formellement qu'on tenait de lui-même, de sa propre bouche, 
qu'il avait étudié les livres de Voltaire et qu'il ne croyait à rien, etc. De 
plus, un homme considéré m'a dit qu'ici à Paris, à la table du maître de 
la maison, il ne buvait pas de vin préparé par des non Juifs, mais 
qu'ensuite il allait boire avec lui dans une «auberge » chrétienne et qu'il 
l'avait fait bien des fois. En vérité, j'en ai eu beaucoup de peine pour 
plusieurs raisons. Si la chose est vraie, que Dieu le ramène à résipiscence 
parfaite. Amen. 

Le jour, nous sommes allés visiter M. Péixotto. C'est fort loin, car nous 
avons déjà écrit plus haut que c'est une ville très grande, on dit qu'elle a 
neuf cent cinquante rues, cinq mille « carrosses 4 » et plus d'un «million » 
d'habitants 3 ; on ditaussi qu'un jour ne suffit pas à faire le tour de la ville à 
pied, si on veut en faire tout le tour. En fin de compte, il n'était pas chez 
lui. Le soir je suis allé avec Hananel de Milhaud et son fils, en « carrosse » , 

1. Les Juifs d'Orient originaires d'Espagne appellent ainsi une sorte de gâteau; le 
mot est cité par Kayserling, Bibliotkeca, p. xn. 

2. C'était le 31 décembre. 

3. Azoulaï a oublié de mettre le nom de celui dont il tenait ces renseignements. 

4. Chiffres très approximatifs. 

5. Les évaluations de la population parisienne du temps varient beaucoup (voir le 
Dictionnaire de d'Expilly). Le cbiffre donné par Azoulaï se rapproebe de la moyenne. 
M. Lucien Lazard, qui connaît les rues de Paris comme Samuel celles de Nebardeu, me 
communique la note suivante : Le cbiffre d'un million d'babitants pour Paris en 1778 
me semble fort exagéré. D'après Lavoisier, cité par Husson dans Les consommations 
de Paris, 2* éd., p. 27, cette population aurait été en 1779 de 599. (î40 babitants. Par 
contre, le chiffre des voitures est très au-dessous de la réalité : d'après Y Indicateur 
parisien de 1767, il était alors de 13.000, sans compter les cabriolets (Alfred Martin. 
Etude sur les moyens de transport dans Paris, 1894, p. 13). 



LE SÉJOUR D'AZOULAI À PARIS 263 

visiter M. Liefmann Calmer. C'est un aschkeuazi qui a été dans sa jeunesse 
au service du riche Suasso de La Haye en Hollande ; puis il s'est fait 
commerçant et s'est élevé au point qu'il est maintenant «baron de Picqui- 
gny», c'est-à-dire seigneur de la ville de Picquigny (qu'il a achetée des 
héritiers de son seigneur pour la somme d'un million et demi de francs), 
« vidame d'Amiens », c'est-à-dire qu'il est « défenseur» de Y « Eglise » (car 
telle est la règle pour le seigneur de Picquigny). Il a un grand privilège 
du gouvernement. En effet, le défunt roi Louis XV avait une maîtresse 
qu'il a servie, lui, et elle l'a élevé à cette position 1 . Nous sommes allés 
chez lui; il nous a fait un accueil cordial et a donné en offrande deux 
« louis ». Je lui ai recommandé, à lui et à son fils, M. Benjamin Abraham, de 
Bordeaux, parce qu'il est son parent et qu'il est de plus en plus pauvre. 
Ils ont dit qu'ils lui enverraient une offrande.] 

Le vendredi nous sommes allés avec le chrétien, M. Fabre, à la « Biblio- 
thèque » des manuscrits et, quoique ce ne fût pas jour d'ouverture, il est 
tellement considéré qu'il a reçu l'autorisation et qu'on nous a ouvert. Il 
y a là des milliers de manuscrits de toutes les sciences, — j'y ai vu une 
Bible sur parchemin écrite en 1061 de Père vulgaire, soit il y a sept cent 
dix-sept ans maintenant, et qui paraît encore neuve 2 — des centaines de 
livres à nous en manuscrit, dont David Kimhi sur les Psaumes, avec des 
additions à l'édition (sur le verset 12 ipUJD nous avons remarqué près d'une 
grande colonne demi-folio 3 , beaucoup d'ouvrages de sciences naturelles, 
de philosophie, de mathématiques, sur le calendrier, la cabale anciennetés 
ouvrages de H. Joseph ibn Caspi 4 et de R. lsaac Israëli, qui a composé le 

1. Nous avons ici quelques renseignements nouveaux sur Calmer, qui complètent la 
notice d'I. Loeb : il avait d'abord été au service de Lopez Suasso, qui fut anobli et 
qui parait avoir été le premier baron juif (v. Jew. EncycL, s. v. ; Archives Israélites, 
1842, 142; Azoulaï rendit visite à un baron Suasso lorsqu'il passa à La Haye, Ma'-gal 
tob, 19 a), et plus tard à celui d'une maîtresse de Louis XV, sans doute la Du Barry, 
la « cbienne du roi » (les journaux du temps parlent d'un procès qu'il perdit en 1777 
contre la comtesse du Barry). Le « privilège » qu'il reçut de ce roi, ce sont les lettres 
de naturalité, obtenues en 1769. Elles lui permirent d'acbeter quelques années plus 
tard, pour 1.500.000 livres, à la succession du duc de Cbaulnes, la baronnie de Picqui- 
gny (Picquigny est un bourg, aujourd'hui chef-lieu de canton dans la Somme), à 
laquelle était attacbé le titre de vidame d'Amiens ; le vidame, appelé aussi avoué ou 
défenseur de l'Église, était dans le principe un laïc qui défendait et administrait le 
temporel d'un évêché ou d'une abbaye et en recevait des terres en échange, plus tard 
celui qui possédait une de ces terres érigée en fief héréditaire. Le fils de Calmer dont 
il est question ici est sans doute l'aîné, Caïman Calmer, mort en 1811. 

2. Sans doute un manuscrit de la Bible latine. La Bibliothèque Nationale en possède 
de plus vieux encore et fort bien conservés. 

3. Plusieurs manuscrits dans le fonds hébreu de la Bibliothèque Nationale. Le verset 
en question (11, 12) est exploité par les théologiens chrétiens, qui y voient une allu- 
sion à Jésus, fils de Dieu, ce que les exégètes juifs s'appliquent à réfuter. — 
Ce passage se trouve dans l'édition Schiller-Szinessy {The first book of the 
Psalms... with the longer eommentary of R. David Qimhi, 1883, p. 11-12). Il n'est 
pas cité par Azoulaï dans son commentaire des Psaumes (m bnn £p"l"). 

4. Nombreux manuscrits. Cf. Schem ha-Guedolim^ II, s. v. C]ODH y 35» 



264 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

« Yesod Olam » pour le Rosch ' ; beaucoup d'exemplaires du «Semak» et 
d'autres ouvrages imprimés; le «Schibbolô ha-Léket», 1™ partie 4 , et le 
« Séfer Yeréim » complet (il contient 464 préceptes et l'auteur y dit qu'il a 
suivi pour le compte des préceptes l'ordre de Rab Yehoudaï Gaon, l'auteur 
des « Halachot Guedolot», sauf qu'il a parfois englobé deux préceptes en 
un seul) 3 [et les notes de R. lsaïe l'ancien sur lePentateuque (il y critique 
quelquefois Raschi)*. 

J'ai pris les trois repas du sabbat dans la maison du riche David Naquet, 
avec de grands honneurs; la veille au soir et dans la journée M. Abraham 
Vidal et M. Mardochke Venture y ont mangé aussi. 

Dimanche de « Vayehi». J'ai été voir la décision au sujet du débat 5 , 
mais je n'ai lu que la question ; j'ai vu que les faits ne s'étaient pas passés 
ainsi; il est donc possible que la décision diffère .. le traite d'homme 
qui s'est trompé, mais avec force épithètes; il semble qu'elles sont du 
copiste .. .pour toucher une grosse somme... On m'a promis une certaine 
somme si je contresignais, mais j'ai évité « ce qui est laid et ce qui 
y ressemble 6 » et que Dieu les ramène dans la pénitence. Suffit 7 . 

Lundi. J'ai bu du «chocolat» chez Salomon Ravel s ; puis je suis allé, 
avec David Naquet, chez Jacob GoLDscuMiDT.aschkenazi riche et notable. Ce 
fut une journée pénible ; la neige tombait, la distance était grande et 
nous ne trouvâmes pas de «carrosse». Finalement, il a fait comme les 
Aschkenazim, qui sont tous pleins de doutes et de raisonnements; pour 
finir il a donné douze francs 9 . Ensuite nous sommes allés chez M. Jacob 
Péreire, qui était venu deux fois chez moi; c'est un notable considéré 10 . 

1. Mss. n°» 1068 à 1072. 

2. Ms. 398. Cf. Schem, i" partie, s. v. ûîri3K -)3 rpp*T2£. 

3. Ms. 1309. Azoulaï le cite encore dans la l re partie de son Schem ha-Guedolim, 
en ajoutant quelques mots sur les manuscrits hébreux de la Bibliothèque. C'est d'après 
ce manuscrit, plus complet que les éditions ordinaires et différent par la disposition, 
qu'a été faite l'éd. de Vilna (1892-1901). La remarque de l'auteur, citée par Azoulaï, 
est dans la Préface. 

4. Ms. 660, 2°. On verra plus loin qu'Azoulaï a copié ce manuscrit et a même pu 
l'emprunter. L'ouvrage forme un des éléments de son commentaire (ou plutôt de sa 
compilation) sur le Pentateuque (TH "M). Cf. Schem, 2* partie, s. f.,U373inn ^1733, 
etZ. f. H. R., XIII, 87-89. 

o. C'est la question relative au mariage d'Israël Vidal (voir plus haut). Ce passage-ci 
n'est ni très lisible, ni très comprébensible. J'ai traduit au jugé. 

6. Maxime talmudique : « évite ce qui est laid et même ce qui y ressemble ». 

7. M. Ginzberg a suggéré à M. Marx : p"3"iD3 D^airOtT!, soit -|"ps désignation des 
adversaires nommés plus loin, et 3 peut-être le "jpODdont le nom est omis à dessein 
( '£"") ?)• Peu satisfaisant. 

8. Signalé par la police parisienne en 1757 : de Bordeaux, commerce en soieries 
{Revue, XLIX, 141). 

9. Jacob Goldschmidt, banquier, était le syndic des Juifs « allemands » de Paris. Je 
parlerai de lui dans la dernière partie de mon travail sur La convocation des États 
généraux et les Juifs. Les Ascbkenazim ne donnaient guère aux Sefardim, et inver- 
sement. 

10. C'est le célèbre instituteur des sourds-muets, alors syndic des Juifs « portugais » 
à Paris (v. en dernier lieu Revue, XLIX, 122, et LXII, 303). 11 était en relations avec 



LE SÉJOUR D'AZOULAÏ A PARIS 265 

J'ai trouvé chez lui une lettre de mon fils, écrite avec modestie et 
respect, etc.] 

La veille du mardi, le marquis de Thomé, savant chrétien, est 
venu chez moi avec de grandes démonstrations de respect, ainsi qu'un 
autre chrétien de marque et un «abbé italien ». Ils sont restés près de 
deux heures et j'ai répondu à leurs questions. A la tin, le « marquis » me 
demanda de le bénir ; je le bénis ainsi que l'autre chrétien, — c'est 
étrange 1 . 

Le lendemain, au matin, M. Fabre envoya un beau « carrosse» pour 
aller à Versailles. Nous y allâmes avec M. Venture... 2 . Je mis un bel 
habit et j'allai à Versailles, « rue du Vieux-Versailles, au Cheval-Rouge 3 », 
où se trouvait M. Fabre dans la maison d'une sienne parente. On nous reçut 
avec cordialité et nous bûmes du « chocolat». 

Puis nous allâmes à la cour. Le chrétien entra et nous suivîmes. Nous 
arrivâmes dans une belle salle, ornée de nombreuses colonnes dorées, 
disposées sur deux rangées et portant de grands flambleaux ; le toit en est 
peint. C'est la «Galerie*»; des courtisans s'y tenaient. Nous traversâmes 
de nombreux appartements royaux pour arriver à la chambre du Conseil 3 . 
En haut il y a un « baldaquin » doré et peint royalement; c'est là 
que le roi siège sur son trône, tandis que les courtisans sont plus bas dans 
la salle. Nous pénétrâmes ensuite dans des appartements intérieurs et 
nous nous arrêtâmes à l'extrémité de la salle. Au bout de peu de temps 
passèrent de grands seigneurs et parmi eux le frère du roi, « Monsieur le 
comte de Provence», qu'on appelle «Monsieur» tout court, et son frère 
cadet, «Monsieur le comte d'Artois». Ils s'arrêtèrent à côté de moi près 
de cinq minutes. Puis, ce fut le roi qui passa, avec de grands seigneurs, 
et je prononçai la bénédiction du roi. Il était vêtu de rouge, avec 1' «ordre 
d'azur», sur lequel se trouvaient ses «armes 6 ». A peine le roi était-il 
passé qu'un seigneur vint dire à M. Fabre, qui était à côté de moi, que le 
roi demandait de quel pays j'étais « ambassadeur ». Il lui répondit que je 



de grands personnages aussi bien qu'arec les syndics des communautés portugaises 
ie l'étranger : c'est pourquoi Azoulaï se fait adresser son courrier chez lui. 

i. Saint-Martin, dit le Philosophe inconnu (mystique de ce temps), cite un M. Thomé 
parmi ceux qui ont excité sa pensée (Matter, Saint-Martin, p. 60). Une famille de 
Thomé ne figure pas dans le Dictionnaire de la Noblesse; mais M. Lazard me signale 
que, le 13 mai 1765, on enterre dans le cimetière de l'église Saint-Pierre de Chaillot le 
lieutenant général Pierre de Thomé et que le premier témoin de l'inhumation était 
le neveu du défunt, François Romain de Thomé, chevalier demeurant rue Mauconseil. 

2. Ici le texte porte : « Et il (qui?) envoya une épée à M... » et un chiffre, N"m, 
qui doit désigner quelqu'un de la suite d'Azoulaï. M. Marx l'a trouvé cité dans le 
manuscrit (113 6) comme voyageant en compagnie d'Azoulaï. N'est-ce pas Ariani que 
nous trouverons dans la suite ? 

3. Lire : Œil b« 3^113 IN ibKOTn JÛTI "H "Wl b«. 

4. La grande Galerie des glaces. 

5. La Salle d'Apollon ou Chambre du Trône. 

6. Louis XVI portait sans doute ce jour-là le costume du grand -maître de l'ordre de 
saint Louis. 



266 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

n'étais pas un «ambassadeur», mais que j'étais d'Egypte f et que j'étais 
venu voir par « curiosité ». Puis nous repartîmes salués par tous. Quelques- 
unes des « dames» qui passaient faisaient même la « révérence » à leur 
manière. 

Nous revînmes à la maison de la parente de M. Fabre, où on me fit de 
grands honneurs. Il me donna une « tasse'» avec son plat, en «porce- 
laine », que « Madame la comtesse d'Artois» avait offert à la parente de 
M. Fabre ; la « tasse » portait les armes du roi Louis. Il me donna égale- 
ment une «cassette 8 » pour y mettre, du papier, comme un journal; 
cette cassette était de cristal et ressemblait à un habit (?). La maîtresse de 
la maison me demanda ce que je voulais manger ; je répondis : des œufs 
cuits par mon domestique. On mit la table, nous nous assîmes et je 
mangeai du pain avec deux œufs cuits ; je récitai ensuite les Grâces et la 
prière de l'après-midi. 

Nous remontâmes dans le « carrosse » ; tout était plein de neige. Le 
chrétien me dit qu'il y avait là de grands animaux, mais qu'à cause de la 
neige ils étaient enfermés à l'intérieur et qu'on ne pouvait les voir*. Le 
«jardin» a vingt et un milles de tour, mais en hiver, par la neige, on ne 
peut rien voir. Nous rentrâmes sans encombre. Le chrétien voulut payer 
le « carrosse ». C'est merveille de voir combien Dieu m'avait rendu sympa- 
thique à ses yeux. Je lui en rends grâce et hommage. Sa parente et la 
fille de celle-ci m'avaient demandé de les bénir; je m'étais approché 
d'elles un peu et les avais bénies, mais sans vouloir poser la main sur 
leurs têtes, — c'est extraordinaire. Louanges à Dieu qui m'a élevé, moi, 
indigne de tant de faveurs, vide de tout; c'est lui qui étend sa grâce sur 
moi ; qu'il soit béni et exalté à jamais ! 

La veille de jeudi au soir, le marquis de Thomk est venu avec la marquise 
de Croix. Elle s'est assise près de moi et m'a demandé de prier pour elle. 
Puis elle m'a dit qu'elle étudiait la Bible et qu'elle voyait des anges et des 
esprits qui lui parlaient, mais que lorsqu'ils étaient mauvais, elle les 
repoussait. Elle a offert un «louis» pour Hébron et a mentionné le Baal- 
Schem de Londres. Elle m'a raconté qu'un Juif lui avait donné un livre de 
cabale, et elle a ajouté d'autres propos encore, — étrange ! Quant à moi, 
je lui répondais comme il convenait avec elle. Ensuite, elle m'a dit qu'elle 
était une dame très considérée et qu'elle avait sauvé à Avignon bien des 
Juifs des mains de l'inquisiteur, qu'elle était la fille d'un marquis et que 
son mari était un marquis, — autant de contes de cette chrétienne 5 . Mais 
combien de chrétiens a entraînés le dénommé Baal-Schem, qui, dans son 



1. Azoulaï avait du moins commencé sa tournée par ce pays. 

2. Espagnol « findjan ». 

3. Espagnol a caja ». Cette description est bien bizarre. 

4. La Ménagerie était alors installée dans le Petit-Parc. Elle a été transférée en 1793 
à Paris au Janlin des Plantes, devenu Muséum d'histoire naturelle. 

5. Saint-Martin parle aussi de cette marquise de la Croix et de ses visions, v. Un rab- 
bin, p. 5. 



LE SÉJOUR D'AZOULAI A PARIS 267 

orgueil et son outrecuidance, a révélé la cabale pratique et les adjura- 
tions à tant de gentilshommes et de dames pour en tirer vanité. On m'a 
posé sur lui bien des questions, auxquelles j'ai répondu l . 

Le lendemain, je suis allé à la « Bibliothèque » et j'ai copié une partie 
des «Noies » de R. Isaïe sur le Pentateuque. J'en ai fait tout le tour ; il y a 
là beaucoup de salles remplies de manuscrits en toutes langues, sur 
toutes les sciences et toutes les religions. Parmi les manuscrits de la 
«Chine», il y a un livre long, fait de larges feuilles de palmier recou- 
vertes d'une écriture apparente, droite et belle. On dit qu'il y a là près de 
cinquante mille volumes manuscrits. Quant à la « Bibliothèque » des 
imprimés, je ne l'ai pas vue cette fois; mais il y a vingt-deux ans, j'en 
avais fait tout le tour 2 : elle est merveilleuse et digne d'un roi. On dit 
que cette « Bibliothèque » de Paris est la plus remarquable et la plus grande 
du monde. 

[Vendredi je suis allé toucher quelques-unes des offrandes souscrites 
pour la yeschiba « Kenésset Israël» de Hébron. 

Le sabbat — la veille et le jour même — j'ai été dans la maison de 
M. David Naquet, où l'on m'afaitde grands honneurs; avec nous ont mangé 
M. Abraham Vidal et M. Venture. Que Dieu les récompense! 

Le dimanche nous sommes partis en paix de Paris, accompa- 
gnésjusqu'au dehors de la ville en «carrosse» par quelquesamis, M. Salo- 
mon Ravel, M. David Naquet, M. Hananel 3 , [jeunes gens portugais. Nous 
sommes arrivés à midi passé à Louvres à l'auberge 4 ]. 



[La veille de mercredi 3 , deux heures avant minuit, nous sommes partis 
en «diligence». Nous avons voyagé toute la nuit et tout le jour jusqu'à 



1. Sur le Baal Schem de Londres, v. le travail de feu H. Adler, dans la Feslschrifl 
Berliner ou dans les Transactions of the Jewisk Historical Society of England, V 
(1908), p. 148-171. Notre texte y est cité en appendice. L'ouvrage de liautzow, que l'au- 
teur n'a trouvé ni à Paris, ni à Londres, se trouve à la Bibliothèque Nationale : ce sont 
les Mémoires du comte de Rantzow (Amsterdam, 1741) ; il contient des pages fort 
curieuses sur les aventures du personnage en Allemagne, notamment à Geilberg, chez 
le baron de Donop, conseiller aulique de l'empereur ; il aurait été finalement arrêté, 
conduit h Paderborn et banni des États de l'électeur de Cologne (p. 197 et suiv.). 

2. Azoulaï a fait en Europe plusieurs tournées, dont l'une eu 1755, année dans 
laquelle son passage est signalé à Bordeaux (v. Cirot, Recherches sur les Juifs espa- 
gnols et portugais à Bordeaux, p. 83, n. 3). 

3. Il a déjà été question de Hananel de Milhaud. 

4. Le texte a "^ttîttn "nmb. Le premier mot désigne Louvres, à 5 lieues au 
nord de Paris, sur la route de Paris à Senlis. Le second doit-être pour NPDttJli* 
c l'auberge ». Le carrosse de Paris à Arras dînait, en effet, à Louvres (v. Denis, Le 
conducteur français, 1779, t. II). Azoulaï se rend en Hollande (le passage qui 
suit immédiatement dans l'édition se passe, suivant l'observation de M. Marx, à 
Péronne). Il y reste plusieurs mois et repasse par la France pour se rendre par Paris et 
Lyon en Italie. 

5. Nous sommes au 6 tamouz 5538 (1 er juillet 1778). 



268 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sept heures après-midi, heure à laquelle nous sommes arrivés à bon port 
à Paris, sauf que nous nous étions arrêtés à midi dans la ville dePont-s... 1 
une heure environ. On nous mena le soir à la « douane ». Il y avait une 
grande confusion à cause des nombreuses «diligences» venues des villes 
de France. Les employés de la douane étaient très affairés et, quand le 
moment fut venu d'inspecter nos bagages, j'étais fort tremblant et ému. 
Mais — grâce à Dieu — ils ont ouvert les « coffres' » et y ont jeté un 
coup d'oeil en un instant, pas davantage; Dieu en soit loué! J'ai pris un 
« carrosse » et nous sommes arrivés à la maison de M. David Naquet, qui 
n'était pas chez lui jusqu'à la nuit, puis nous sommes allés à l'hôtel. 

Jeudi. Abraham avait oublié le « manteau 3 > ; le matin, après la prière, 
je l'ai envoyé chercher et il l'a retrouvé dans la voiture, Dieu en soit 
loué ! ]. 

M. Fabre est venu et nous sommes allés chez sa parente, où il m'a 
retenu quatre heures. Lui et sa parente m'ont reçu très cordialement et 
ont voulu que je mange là avec eux ; mais je leur ai dit que je mangerai 
seulement des œufs cuits par nous et ils l'ont agréé. J'ai demandé à ce 
chrétien de me dire à quoi il croyait. Il m*a répondu : à Adonaï, le Dieu 
d'Israël. Je l'ai examiné sur ce point et il m'a semblé qu'il en était ainsi. 
Je lui ai dit alors : Puisque c'est ainsi, vous réciterez matin et soir le 
verset « Schéma Israël, » vous observerez les sept préceptes 4 et vous vous 
garderez bien de croire en plus d'un Dieu de quelque manière que ce soit, 
mais seulement en l'unité absolue, en Adonaï, le Dieu d'Israël. Il a 
accepté et a promis de ne prier qu'Adonaï, le Dieu d'Israël. [Ensuite je 
suis allé chez M. Péreire. 

Le vendredi, par suite des tribulations du voyage, j'étais moulu et 
brisé. Dès mercredi j'avais trouvé une lettre de mon cher fils Raphaël, 
qui a fait mes délices, une autre la veille de vendredi ; la première était 
affectueuse et respectueuse au plus haut degré. — A cause des embarras 
du voyage le grand coffre s'était brisé, ainsi que la chaîne 5 de la montre à 
« répétition » ; dans mon coffret il y avait beaucoup d'objets, et un grand 
nombre de manuscrits et d'autres objets se sont détachés, écrasés ou 
salis ; le petit encrier blanc s'est également brisé, noirci et abîmé. J'ai 
donc été obligé d'acheter un coffre ; quant aux objets en question, je les 
ai donnés à un ouvrier, ce qui m'a mis de mauvaise humeur. De plus, 
Abraham 6 , dans sa sottise, n'a pas voulu dormir la nuit et a rechigné 
contre moi. Aujourd'hui encore il a réclamé au sujet de la voiture. Com- 
bien je souffre de supporter sa sottise et son insolence! 

Le sabbat nous avons été chez M. David Naquet. MM. Abraham Vidal et 

1. Compléter Pont-Saint-Maxence, à 3 lieues au nord de Sentis, à 14 lieues de 
Paris, aujourd'hui chef-lieu de canton dans TOise. C'était alors un relais du carrosse 
de Paris à Arras (Denis, /. c). 

2. Judéo-espagnol « j'iram », sorte de manteau de voyage. 

3. Les préceptes des Noachides. 

4. Ou le ressort. 

5. Le domestique d'Azoulaï, dont il va encore être question. 



LE SÉJOUR D'AZOULAI A PARIS 269 

Venture sont venus et ont dîné avec nous. M. David et sa digne épouse se 
sont distingués en préparant de grands repas avec les démonstrations du 
respect et de l'affection la plus vive. Bien qu'il y ait maintenant une 
synagogue près de mon hôtellerie, dans la maison de M. Hananel de 
Milhaud, j'ai été obligé de me déranger considérablement et de me rendre 
à la synagogue des Avignonnais, parce que je suis leur obligé et que 
l'amphitryon, M. David, y prie. J'y ai reçu de grands honneurs, surtout 
parce que], lorsque j'étais venu la première fois, M. Abraham Vidal 
m'avait demandé de prier pour la reine afin qu'elle devienne enceinte et 
voici quatre mois qu'elle l'est '. Sur quoi M. Fabre m'a dit : Vous voyez 
que votre prière a porté ses fruits. Je lui ai répondu : Ce n'est pas par mon 
mérite, mais par la grâce de mes ancêtres. 

[Dimanche de Balak. A l'issue du sabbat, après la prière du soir, 
Abraham Léon 2 est venu avec moi de la synagogue. C'est un jeune homme 
de Bayonne, qui me servait toujours dans cette ville et qui se trouvait 
maintenant à Paris. Je le prie 'd'acheter du charbon. Abraham demande 
pourquoi je lui dis d'acheter, attendu que lui (Abraham) se donne beau- 
coup de peine pour son service et il ne veut pas qu'un autre fasse des 
achats. J'en ai été très fâché et j'ai dit à Abraham Léon de ne rien acheter. 
Je suis ainsi resté sans « café » pour voir l'insolence d'Abraham, mon 
serviteur, qui veut me tyranniser. Le dimanche et le lundi je ne lui ai 
pas adressé la parole, il n'a pas fait la cuisine, ni préparé le « café », et 
je n'ai mangé que du pain et du fromage. J'ai été peiné de ce qu'il ne s'est 
pas montré de la journée jusqu'à minuit, se promenant continuellement 
dans les rues et sur les places. 

Mardi. J'ai eu pitié de mon serviteur. Je lui ai parlé et lui ai fait des 
avances. Il ne se passe presque pas de jour qu'il ne me mette en colère] 

Jeudi (14 tamouz). Je suis allé avec « Monsieur » Fabre visiter le 
« comte » de Maillebois 3 . Il m'a remis une autorisation et a écrit pour 
moi au conservateur des manuscrits du roi à la « Bibliothèque » pour 
qu'on me donne un manuscrit à copier. Nous y sommes allés, j'ai 
pris les Notes de R. Isaïe di Trani sur le Pentateuque. C'est extraordi- 
naire d'emporter un ouvrage même imprimé, à plus forte raison manus- 
crit. 

[Ensuite, « Monsieur » Fabre nous a menés à la maison de sa parente ; 
nous y avons mangé des œufs cuits sur le feu par M. Ariani ainsi que des 
fruits. On y a parlé de l'intelligence des bêtes et on a raconté notamment 
qu'il y a à Paris un palais où demeurent les « soldats » âgés ou blessés à 

1. Effectivement Marie-Antoinette donna le jour, le 19 décembre suivant, à une fille. 
Le 5 septembre les Juifs avignonnais de Paris récitèrent, à l'occasion de la grossesse de 
la reine, une prière composée par Venture {Un rabbin, p. 1). 

2. Sans doute un parent du bayonnais David Abraham Léon, qui est à Paris en 1756 
{Revue, XLIX, 135). 

3. Lieutenant-général, fils du maréchal de Maillebois et gendre de d'Argenson (1715- 
1791). 



270 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la guerre *, et qui est gardé, comme d'habitude, par des chiens, dont l'un 
est très grand et très fort. Les gardiens ne laissent pas pénétrer un chien 
étranger; quand le grand chien sort, à son gré, pour se promener dans 
la rue, il revient et le gardien le reconnaît. Un jour ce grand chien revint, 
amenant avec lui un chien du dehors, maigre et très efflanqué, qu'il 
cachait sous lui. Le gardien ne voulut pas laisser entrer le chien maigre, 
mais le grand chien se posta devant lui, se mit à aboyer et tint tête; il 
prit le chien maigre et le fit entrer avec lui, le gardien ferma les yeux. 
Le grand chien prit alors le chien maigre, l'installa dans la cuisine pen- 
dant huit jours, et l'autre mangea et but jusqu'à ce qu'il fût devenu gras. 
Alors le grand chien prit celui qui avait été maigre et le fit sortir. Depuis 
ce jour, l'hôte venait à époque fixe et attendait le grand chien à la porte; 
tous deux allaient se promener, mais l'hôte n'entrait pas. 

Le soir, mon serviteur est venu me présenter la caisse où il mettait ses 
vêtements, déchirée et coupée ; il m'a dit qu'il voulait acheter un sac pour 
5 livres. Va, lui ai-je dit, en lui donnant 6 livres. Il est revenu et m'a dit 
qu'il avait dépensé 10 livres. Je lui ai dit qu'il gaspillait l'argent et qu'il 
n'avait qu'à rendre le sac. Il m'a répondu qu'il l'avait acheté pour 3 livres 
et qu'il devait les 3 autres. Autant de mensonges qui me font de la 
peine. Le pis est que, le sac étant tout petit, il lui a fallu apporter aussi la 
caisse]. 

Le même jour j'ai éprouvé un autre chagrin. A Bordeaux, M. Abraham 
Gradis m'avait demandé si l'on peut répudier sa femme malgré elle. 
J'avais répondu que c'était défendu et il m'avait prié de le lui donner par 
écrit. Pour ne pas refuser, j'écrivis qu'il est défendu de répudier la pre- 
mière femme, si elle est vertueuse, sans défaut et qu'on a des enfants 
d'elle*. Or, l'affaire concernait Samuel Peixotto, en instance de justice ici, 
qui voulait répudier sa femme, alors qu'elle refusait l'acte de répudiation. 
Son « avocat » a rédigé un factum où il a cité en particulier mes paroles en 
écrivant : Cet homme est un émissaire chargé de recevoir de l'argent 
pour les pauvres de la Terre Sainte ; on l'a délégué parce qu'il est hon- 
nête, mais non à cause de sa science. Ce qu'il en a écrit, c'est pour de 
l'argent ou parce qu'il ne connaît pas du tout ces lois. Pour ce qu'il dit, 
il n'indique aucune référence et cela ne se trouve pas dans tout le Tal- 
mud ; on a seulement dit dans l'Agada que « l'autel verse des larmes sur 
celui qui répudie sa première femme », mais on n'infère pas des lois de 
l'Agada 3 . Il s'est étendu là-dessus, a imprimé le tout et l'a distribué à 



1. Le Palais des Invalides. Cette anecdote ne paraît pas connue. 

2. La consultation d'Azoulaï, datée de Bordeaux, iin Heschvan 5538, est reproduite 
eu traduction française dans un Mémoire pour la dame Sara Mendès d'Acos/a, épouse 
du sieur Samuel Peixotto..., Paris, 1778, p. 37-39 (v. Un rabbin, p. 9-10). 

3. C'est en substance ce qu'on lit en effet dans une Consultation sur le divorce de 
la in judaïque, Paris, 1778, p. 26, noie (voir Un rabbin, p. 10-11). L'avocat de 
Peixotto était Martineau. Il n'est pas besoin de défendre Azoulaï, un des rabbins les 
plus érudits qu'il y ait eu, contre de telles attaques; mais il est vrai qu'Azoulaï n'au- 
rait pas pu citer à l'appui de sa thèse uu texte législatif formel. 



LE SEJOUR D'AZOULAI à PARIS 271 

tout le « Parlement »*. Tout cela s'est fait sur le conseil de Liefmann Kal 
mek, [ u baron de Picquigny, vidame d'Amiens » , qui est « professeur »> 
d'une église], où il va et s'agenouille, et siège au conseil 2 . A eux s'est 
joint Baba de Bordeaux 3 , ce qui fait P°K e R (mécréant), initiales de Pei- 
xotto, Kalmer, Raba. J'ai eu beaucoup de peine de ce que cela a été écrit 
et imprimé et cela ira à Amsterdam, Bordeaux, Londres, dont les initiales 
font A be l (deuil) \ Dieu veuille que ce soit en expiation de mes péchés et 
que les méchants ne me tourmentent plus! 

[Le vendredi j'ai eu un grand chagrin : Je voulais partir le dimanche 
matin et déjà Hananel de Milhaud était allé plusieurs fois à la diligence 
qui va à Lyon et avait fait un prix pour les vêtements. Il m'avait dit que 
l'affaire ne serait réglée que le vendredi. Mais il n'y a pas mis de l'em- 
pressement: il y est allé le vendredi après quatre heures de l'après-midi 
et m'a dit alors qu'il n'y avait pas de place. Or, j'avais déjà tout attaché 
et rangé pour emporter le vendredi, afin d'y passer la nuit de vendredi à 
samedi 5 . J'avais même écrit dans ce sens à mon cher fils Raphaël et à 
Amsterdam. J'en ai eu bien de la peine. 

La veille du sabbat, j'ai dîné chez l'affectionné M. David Naquet ; j'ai 
reçu de grands honneurs, mais j'étais triste et affecté parce qu'à la syna- 
gogue, Mardochée Venture avait apporté le libelle de Peixotto et lisait à plu- 
sieurs personnes ce qui y était écrit sur moi, et, quoiqu'il n'ait pas eu 
l'intention de m 'humilier, mais seulement de raconter ce qu'était ce Pei- 
xotto, j'en avais honte et je me disais, en pensant à mes péchés : Qu'ai-je 
fait pour que ceci soit « mesure pour mesure 6 » ? En outre, je souffrais 

1. L'affaire était alors en instance d'appel devant le Parlement de Paris. Elle s'est 
terminée, au moins judiciairement, l'année suivante par une sentence du Chûtelet, 
arrêtant que les deux époux seraient entendus par deux rabbins portugais, qui dres- 
seraient tous les actes qu'ils jugeraient devoir dresser, après quoi le tribunal statue- 
rait définitivement. Peixotto n'obtempéra pas, et pour cause. 

2. Sans doute le conseil de fabrique. « Professeur » ne paraît pas être un terme 
tecbnique. Faut-il lire « défenseur » ? On peut se demander quel intérêt Calmer avait 
à toute cette affaire. Mais Peixotto, désavoué par ses cureligionnaires « portu- 
gais », avait trouvé des souteneurs parmi certains « Allemands » et à ce moment 
Calmer se ebam aillait avec l'agent des « Portugais » à Paris au sujet de l'acquisition 
d'un cimetière (v. L. Kalin, Le Comité de bienfaisance, p. 99 et s.). 

3. Les Raba sont une famille de négociants bordelais. Aucun Raba ne parait 
impliqué dans le procès, mais c'était une affaire à scandale et on prenait parti pour 
ou contre. 

4. Exactement « Ébel ». — C'étaient les trois principales communautés portugaises 
de l'Occident, dont Azoulaï tenait à garder l'estime. 

5. Azoulaï comptait partir dimanche matin. Comme on était en été et que le sabbat 
finissait tard, il avait voulu transporter ses bagages au bureau de la diligence dès ven- 
dredi et passer à proximité les deux nuits qui restaient. 

6. En vertu du principe m 73 "1"»!DD 71*773, Azoulaï se demande si ce qui lui arrive 
n'est pas la punition d'un péché du même ordre qu'il aurait commis. Azoulaï est trop 
humble, non sans un brin d'inquiétude ; il aurait pu dire du mal de plus d'un de ses 
collègues, mais il le gardait pour lui. 



272 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

d'un changement d'humeur *, parce que j'étais resté toute la nuit de jeudi 
à vendredi à copier les Notes de R. Isaïe. 

Le sabbat, au matin, vint Israël Bernal, la bouche pleine de ses propres 
louanges et la langue empressée aux compliments menteurs*. Le soir 
vint son compagnon, Israël Vidal, qui a une femme à Avignon * ; il avait 
une servante Aschkenazite, nommée Sara, qu'il a tout à coup prise pour 
femme en faisant partir deux enfants, l'un âgé de six ans, l'autre de 
quatre ; on dit qu'il les avait mis aux « Enfants trouvés », puis qu'il les a 
repris. Lui aussi se vantait beaucoup, disant qu'il était puissant et qu'il 
avait beaucoup de nobles qui l'appuyaient: autant de propos orgueilleux 
et hautains 4 . 

Dimanche de Pinhas. A l'issue du sabbat est venu Aron Roget 5 , qui 
s'est mis à raconter les turpitudes et les abominations de Paris, ville en 
proie à la débauche. Il confessait notamment ses nombreux péchés et 
racontait sur son compte et sur celui d'autres gens des choses telles que 
les oreilles vous en tintent quand on les entend. Je suis extrêmement 
peiné de voir ces Israélites enfoncés dans cette boue profonde, avec des 
chrétiennes. Que Dieu, dans sa miséricorde, leur inspire le désir de faire 
pénitence et de devenir d'honnêtes gens, afin que notre âme soit rachetée 
en faveur de son nom ! Amen. 

Le jour, j'ai souffert du jeune 6 , à cause de la forte chaleur. 

Le dimanche soir nous sommes allés à la «diligence » et nous nous 
sommes entendus avec le patron au sujet des vêtements. 

La veille de mardi, dans la soirée, nous nous sommes rendus dans l'hô- 
tellerie proche du bureau de la « diligence», qui part le matin. Nous 
étions accompagnés de M. David Naquet, de M. Mardochée, de M. Hananel 
de Milhaud, de M. Silvryra 7 et de plusieurs jeunes gens. En arrivant à 

1. On sait quel rôle joue l'humeur dans la médecine du temps. 

2. Je traduis par à peu près. 11 a été question plus haut de I.-B. de Valabrègue. 

3. Est-ce le nom de la femme qui suit dans le texte hébreu? Sa rivale « allemande» 
est appelée, avec un jeu de mots, rHX au lieu de ÏTlttî. 

4. Cet individu, qu'Azoulaï appelle, non sans ironie, compagnon ou confrère du 
vaniteux interprète de la Bibliothèque, était sans doute son parent. Je le crois iden- 
tique avec le sieur Israël de Valabrègue, alias Vidal l'aîné, qui demande au pape, en 
1778, la dispense de porter le chapeau jaune dans la ville et le comtat d'Avignon en 
raison des services qu'il avait rendus aux finances du Saint-Siège; se requête fut 
recommandée par Dupré de Saint-Maur, intendant de Guyenne, au cardinal de Bernis 
(Inventaire sommaire des Archives départementales, Gironde, II, 112). En 1764 il 
avait eu, avec son frère Saûl, une entreprise de fourrages pour les armées royales 
(L. Kahn, Les Juifs de Paris au XVIII' siècle, p. 34). On voit qu'il ne mentait pas 
en se targuant de hautes protections. Sa vie privée était repréhensible et pourtant on 
a vu qu'un rabbin avait pris la défense de son mauvais cas. 

5. Bordelais, commerce en soieries, « bonne conduite », « bonne réputation », 
disent les rapports de police en 1755 et 1756 [Revue, XLIX, 124) ! Il avait mal tourné 
depuis. 

6. Jeûne du 17 tamouz. 

7. Est-ce le bayonnais David Silveyra, qui succéda à Péreire comme agent des 
Portugais >♦ à Paris ? 



LE SÉJOUR D'AZOULAI A PARIS 273 

l'auberge, nous cherchons deux paires de « bottes* », que j'avais remises 
à Abraham et qu'il avait oubliées dans la voiture avec laquelle nous étions 
venus. Pendant que nous parlions, Abraham s'en va. Je m'en aperçois 
aussitôt et me mets à sa recherche, mais sans le trouver. C'était une 
grande sottise de sa part, car le départ a lieu de bon matin, il était déjà 
minuit et il aurait pu se perdre dans une ville aussi grande que Paris. 
De cela aussi j'ai été chagriné. MM. Vidal «père et fils 2 » (le même que 
le Hananel déjà nommé) dormit à l'hôtellerie pour pouvoir nous accom- 
pagner. Que Dieu l'en récompense ! Au jour nous sommes partis. Toute 
la semaine j'ai été mal à mon aise, car il n'y avait que dix places dans la 
« diligence » et nous étions à l'étroit à cause de la chaleur caniculaire. 
A midi nous avons déjeuné dans la ville de Chailly 3 . Certes, les Français 
sont polis et gais ; ils nous ont traités respectueueusement et cordiale- 
ment, grâce à Dieu, qu'il soit à jamais béni ! ] 



1. « Djizmez » en judéo-espagnol. 

2. Désignation bizarre, d'autant plus que le verbe est au singulier. Mais c'est bien le 
sens : il a été question plus haut de Hananel et de son fils. Vidal est le nom civil. Il 
veut racheter sa négligence ! 

3. La diligence de Paris à Lyon, qui partait de deux en deux jours, à quatre heures 
du matin, dînait à Chailly-en-Bierre, un peu avant Fontainebleau {Le conducteur 
français, t. VIII). — Azoulai se rend par Màcon et Lyon en Italie. 



T .LXIV, n* 130. 18 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 



1. Notice généalogique. 

Glûckel de Hameln, seconde femme de Cerf Lévy de Metz, 
raconte dans ses Mémoires que, lors de son arrivée à Metz, le fils 
aîné de son mari, Rabbi Samuel, était revenu de Pologne, où il 
avait fait ses études rabbiniques, et habitait sa propre maison. Plus 
tard, Samuel fut nommé grand-rabbin en Alsace, grâce à l'influence 
de son père et de son beau-père Abraham Grumbach '. 

J'ai démontré ailleurs [Monatsschrift, LI,480), d'après le registre 
des décès de Metz, que les ancêtres de Samuel Lévy étaient proba- 
blement venus de Wimpfen ; c'est pour cela que Samuel Lévy signe 
parfois Samuel Wimpfen. Le premier représentant de cette famille 
mentionné dans le Memorbuch de Metz se nommait Moschéli Ascher. 

Il était, comme je le montrerai ailleurs, le fils du rabbin Jeqil 
Landau et demeurait à Alesheim, où il mourut le 7 Adar 354 (1594). 
Son fils Senior fut rabbin à Metz et mourut le 7 Siwan 395 (24 mai 
1635). Son second fils, JeqilJacob, fut pendant de longues années 
membre de la commission administrative de la communauté de 
Metz et se distingua par son esprit de charité. Il faisait partie des 
administrateurs élus en 1595 {Revue, VII, 107) ; Hannah, fille de 
Moschéh-Ascher Lévy, mourut avant 1576. 

R. Senior eut deux fils : Moscheh (mort en 1654 ou 1655) et 
David (mort le 25 Tischri 410 = 20 octobre 1650), et deux filles : 
Kronlein (morte en 1622?) et Jutte (morte en 1628 ?). 

Moschéh eut également deux fils : R. Isaac Ephraïm (mort le 
13 Adar 444 =28 février 1684) et Nethanel (mort probablement en 
1667), et deux filles Juttele Rachel (morte le 26 Adar II 429 = 
29 mars 1669) etJittelin (morte le 17 Heschwan 438 = 12 novembre 
1677). Isaac Ephraïm eut de môme deux fils : Hirtz ou Cerf (mort 

1. Kaufmanti, Die Memoiren der Glûckel von Hameln (1645-1719), p. 313. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 275 

le 19 Tammouz 472 = 24 juillet 1712), marié en premières noces 
avec Blumchen (morte le 14 Iyar 459 = 13 mai 1699), et Isaac Itziq 
(mort le 21 Schebat 474 = ô lévrier 1714), enfin, une fille, Freud- 
chele, décédée à L'âge de quatre-vingt-huit ans, le 2 Siwan 497 = 
1 er juin 1737. 

Cerf eut deux fils : Samuel et Salomon, et cinq filles : Gittele 
Bilhah, Hendele Sarah,. épouse d'Isaïe Willstâtt ou Lambert, Han- 
nali, Sarah Rébecca et Ellechen. 

Samuel naquit en 1678 et fit ses études à Metz et en Pologne. Il 
épousa Genendele, fille d'Abraham Grumbach {Revue, XLIV, 104 
et s.). Il eut deux fils, Méïr et Abraham, et deux filles, dont l'une 
devint la femme d'Olry,fils de Moïse Rothschild, de Metz, et l'autre 
celle d'un nommé Schwab de la même ville. Les Rothschild adop- 
tèrent plus tard le nom d'Alcan. 



2. Samuel Lévy en Alsace. 

Ahron Worms, premier grand-rabbin de la Haute Alsace sous la 
domination française, avait quitté le pays en 1684 pour devenir 
rabbin de Mannheim. A partir de cette époque, le poste de grand- 
rabbin resta vacant pendant plusieurs années. Il est vrai que Meyer 
Mutzig, ancêtre de la famille Carmoly, fut élu rabbin des Juifs de 
la Haute-Alsace le 30 juin 1693, et fit partie du Bet-Din alsacien 
avecWolf Bloch et Isaac Netter, de Brisach ; mais nous ne trouvons 
nulle part qu'il ait été confirmé dans ce poste parle gouvernement. 

A ce moment naquirent, parmi les Juifs de la Haute-Alsace, 
plusieurs différends. A Brisach, qui comptait alors une communauté 
assez importante, le rabbin vivait en désaccord avec l'instituteur, 
Aron Lévy. Il lui défendit de donner l'instruction religieuse et le 
mit au ban, lui et sa famille, après avoir fait venir un instituteur 
étranger. D'où protestation d'Aron Lévy auprès du bailli Scherer, 
ensuite opposition et appel du rabbin et de la communauté auprès 
de l'Intendant et, enfin, pétition d'Aron Lévy au procureur royal 
Scheppelin, afin de pouvoir donner l'instruction religieuse. Cette 
permission lui fut accordée et, quant au premier procès, il fut 
décidé, par un arrêt du roi, que le bailli Scherer avait le droit de 
juger les affaires entre Juifs. {Pièces justificatives, I a-d.) 

Un autre différend eut pour motif la nomination de Baruch 
Weil, de Westhofen, résidant à Ribeauvillé, comme syndic des Juifs 
de la seigneurie de Ribeaupierre. (P. /., IL) C'est Alexandre 
Doterlé, établi à Brisach et plus tard à Colmar — car il était fournis- 



276 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

seur de chevaux pour les armées de Louis XIV — qui avait brigué 
cette place d'honneur en sa qualité de père du gendre de Jeqil Rei- 
nau, de Ribeauvillé, dernier syndic des Juifs de la seigneurie. Il 
s'ensuivit une scission des Juifs de la Haute-Alsace. Après nombre 
de démarches et de procès, le parti Doterlé remporta la victoire. 
Une ordonnance de l'intendant Le Pelletier de Houssaye, datée 
du 12 août 1700, statua que les décisions prises par Alexandre 
Doterlé et par le rabbin élu de son parti, concernant les affaires 
entre Juifs, avaient force de loi et devaient être exécutées selon 
leur forme et teneur. Le rabbin en question était Samuel Lévy, 
fils de Cerf Lévy, de Metz. (P. /., II a-c.) 

Mais cela ne parut pas suffisant à Samuel Lévy. Il tint à être 
nommé formellement par le gouvernement français. Dans ce but, 
on organisa un synode des représentants des communautés juives 
de la Haute et de la Basse- Alsace, le 16 novembre 1700. On décida 
de transmettre au roi la décision prise au sujet de l'élection du rabbin 
Samuel Lévy et d'en demander la confirmation. [P. «/., III.) Cette 
demande fut accordée. Par décret du roi Louis XIV du 20 janvier 
1702, il fut permis aux Juifs des Haute et Basse-Alsace de recon- 
naître le rabbin Samuel Lévy comme chef religieux à la place et 
dans les mêmes conditions qu'Ahron Worms, qui avait donné sa 
démission. Ce décret fut enregistré par le Conseil souverain de 
Colmar. (P. /., IV.) Les partisans de Baruch Weil, de Ribeauvillé, 
signèrent une déclaration attestant qu'ils n'avaient jamais donné 
ordre à qui que ce fût de faire des démarches contre Baruch Weil 
et qu'ils étaient prêts à obéir aux ordonnances du seigneur de 
Ribeaupierre promulguées par Baruch Weil. Cette déclaratiou fut 
présentée à Chrétien le jeune, seigneur de Ribeaupierre, par Moïse 
Jacob, de Ribeauvillé. (P. </., V.) 

Il va sans dire qu'une situation pareille provoqua de nou- 
velles disputes. Un incident des plus futiles suffit, en effet, à faire 
éclater une vraie guerre entre les deux partis. Deux Juifs, Scheyele 
Wesch, de Ribeauvillé, et Joseph Katz, de Biesheim, n'avaient 
pu se mettre d'accord à propos d'affaires qu'ils avaient faites en 
association. Il y eut procès. Comme le jugement tardait à inter- 
venir, ils choisirent des arbitres en la personne de Moïse Jacob, de 
Ribeauvillé, et de Samuel Werth, de Biesheim. Ceux-ci pronon- 
cèrent leur jugement d'arbitrage. Le texte fut rédigé en hébreu par 
Moïse Jacob, le 29 mai 1702. Entre autres, il fut stipulé que celui qui 
se désisterait de cet accord aurait à payer une amende de 100 ducats. 

Dès que cette affaire fut connue, les syndics des Juifs d'Alsace, 
AlexandreDoterlé, de Colmar, Samson Cohen, d'Obernai, Aron Weil, 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 277 

de Ribeauvillé, Raphaël Moyse, de Bergheim, et Isaac Cohen, de 
Ribeauvillé, enjoignirent, le 28 juin, aux arbitres ainsi qu'aux parties 
de s'excuser auprès du rabbin et de lui donner satisfaction, parce 
qu'ils avaient empiété sur ses droits. En cas de refus, l'excommu- 
nication serait prononcée contre le ou les récalcitrants. (P. </., VI.) 

Là-dessus, Scheyele Wesch et Joseph Katz se rendirent chez le 
rabbin, le 5 juillet 1702, et firent un nouveau compromis en annu- 
lant l'arrangement fait par Moïse Jacob et Samuel Werth. Il 
est dit dans ce document que le rabbin, sur les instances de 
Scheyele et de Joseph Katz, ordonna à Moïse Jacob de lui remettre 
le compromis, qui n'était plus valable, mais que Jacob non seule- 
ment refusa, mais proféra même des paroles injurieuses contre le 
rabbin. [P. J., VII.) 

Baruch Weil, ayant eu connaissance de cette transaction, fit 
défense à Moïse Jacob de remettre le compromis au rabbin et 
s'adressa même à la seigneurie de Ribeaupierre avec prière de 
vouloir consigner le compromis au greffe du grand bailliage, jusqu'à 
ce qu'il fût autrement ordonné. (P. J., VIII.) Ce qui fut fait. 
(P. J., IX.) 

Samuel Lévy adressa alors au Conseil souverain d'Alsace, à 
Colmar, une plainte contre Moïse Jacob et contre le bailli Bartmann, 
de Ribeauvillé, demandant, entre autres, à être maintenu dans ses 
fonctions de rabbin des Juifs de la Haute-Alsace et qu'il fût 
défendu à tout chacun de le troubler dans l'exercice de son minis- 
tère. Le Conseil souverain fit droit à cette demande par un arrêt 
du 12 juillet 1702. (PJ.,X.). Les parties eurent communication de 
cet arrêt les 18 et 19 juillet. (P. /., XV.) 

Moïse Jacob, là-dessus, n'eut rien de plus pressé que de déposer 
le fameux compromis à la chancellerie contre quittance. Il est vrai 
que cette quittance était datée du 5 ou du 8 juillet, mais Samuel 
Lévy prétendit que c'était là un faux et que la déposition avait 
été faite seulement après le verdict du Conseil souverain. 
(/>./., XV.) 

Le 24 juillet, Moïse Jacob signifia au rabbin, par l'avocat 
F.-J. Klein, de Colmar, que le compromis se trouvait chez le bailli 
et que c'était à celui-ci qu'il avait à s'adresser. (P. </., XI.) 

SamuelLévy s'efforça alors surtout de prouver ses droits par des 
documents juridiques ' . {P. J., XII.) 

1. Ordonnances du Parlement de Metz du 5 septembre 1624 et du 24 janvier 1632, 
v. R. Clément, Conditions des Juifs de Metz, Paris, 1903, p. 254 et 260 ; Décret de 
nomination du rabbin Aliron Worms, v. Boug, Ordonnances d'Alsace, Colmar, 1775, 
I, 102 et passim. 



278 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Moïse Jacob chercha à réfuter les dires du rabbin (P. /., XV et 
XVI), mais il changea bientôt de tactique et chargea Alexandre 
Doterlé de faire un arrangement en son nom avec le rabbin Samuel 
Lévy. Il lui donna môme une procuratiou écrite dans ce but. 
(P. J , XIII.) 

Les démarches d'Alexandre Doterlé ne semblent pas avoir abouti. 
Alors, Moïse Jacob présenta une requête au Conseil souverain, afin 
d'être libéré de l'excommunication. Il fut fait droit à cette demande 
le 22 septembre 1702. Dès lors, Moïse Jacob devint encore plus 
hardi qu'auparavant. Il insulta à nouveau le rabbin, de sorte que 
celui-ci le remit au ban. Le 12 décembre, Moïse Jacob protesta 
auprès du Conseil souverain contre ce nouveau bannissement. 
(P.J., XVI.) 

Mais avant que le Conseil souverain pût prendre une décision 
concernant cette protestation, le litige prit une autre tour- 
nure. C'est que le prince Chrétien de Birkenfeld, seigneur de 
Ribeaupierre, s'était adressé également au Conseil souverain et 
avait pris fait et cause pour Baruch Weil, réclamant pour son 
compte le droit de nommer un préposé aux Juifs de Ribeauvillé. 
(P./., XIV.) 

Le Conseil souverain décida, le 23 ou 24 décembre, que chaque 
partie eût à produire ses preuves. Ainsi fut fait. Samuel Lévy usa 
même de son droit de réplique, en présentant un nouveau mémoire, 
le 48 juin 1703. {P. /., XV à XVIII.) 

Quelques mois après, au commencement de septembre, le bailli 
de Ribeauvillé demanda également, dans une pétition au Conseil 
souverain, le droit de juger les affaires des Juifs, parce que, d'après 
lui, le rabbin n'avait jamais possédé ce droit, et quelques jours 
après, le prince soutint également, dans un nouveau mémoire 
adressé au Conseil, que le bailli avait toujours joui de ce droit, 
tandis que le rabbin n'avait le droit de juger que dans le cas où il 
était appelé par les deux parties. (P. /., XIX et XX.) 

Le jugement fut prononcé le 12 septembre 1703. Samuel Lévy fut 
approuvé de ne pas avoir donné suite à la citation du bailli; il avait 
à exercer les fonctions rabbiniques comme par le passé, et 
le contrat devait être retourné aux parties; Birkenfeld et son bailli 
auraient à l'avenir le droit de nommer un préposé et de juger les 
affaires des Juifs. Moïse Jacob et le rabbin avaient à produire les 
preuves de leurs prétentions dans un délai de huit jours (V. Boug, 
Ordonnances d'Alsace, I, 347-48.) 

Nous ne connaissons pas la suite de cette dernière affaire ; il y 
eut, sans doute, un compromis. Quant à Moïse Jacob, nous appre- 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 279 

nons par un autre document conservé aux Archives départemen- 
tales de Golmar (E. 1625) qu'il eut beaucoup de malheurs et qu'il 
perdit toute sa fortune. En 1712, il demanda la permission à la 
seigneurie de pouvoir ouvrir un magasin. Il ressort de ce même 
document qu'il était originaire du pays de Wurzbourg et qu'il 
avait eu le droit de protection de la seigneurie de Ribeaupierre, le 
2 mai 1702. Parfois il est aussi nommé Moïse d'Alsace. 

Samuel Lévy ne se contenta pas d'exercer les fonctions de juge 
et de docteur de la loi. A l'en croire, il voulut élever la piété de 
ses coreligionnaires et leur moralité, surtout dans leurs rapports 
avec les chrétiens. Il s'adressa même au Conseil souverain, lorsqu'il 
vit que ses exhortations restaient sans succès. Il avait remarqué, 
dit-il, que plusieurs familles qui n'étaient juives que de nom et ne 
vivaient point selon la Loi, non contentes de leur mauvaise conduite, 
en entraînaient encore d'autres dans le mal. Il avait voulu les détour- 
ner de ces mauvaises mœurs, les prévenir qu'il ne leur était pas 
permis par la loi d'exiger des intérêts plus que de raison, leur 
imposer une espèce de réforme pour les tirer de l'opprobre et de la 
haine implacable qu'ils s'étaient attirés par leur mauvaise conduite 
et tâcher de les faire vivre autant qu'il était possible selon les lois 
de leur législateur ; mais il avait été fort surpris de rencontrer des 
esprits assez rebelles pour lui dire en face qu'ils n'accepteraient 
jamais de correction de lui. Il les menaça de les mettre au ban de 
la synagogue. Cela leur fit perdre tout respect. Ils l'injurièrent et le 
menacèrent. 

Une pareille dénonciation ressemble fort à un acte de vengeance. 
On s'explique sans peine les sentiments de ses ouailles à son égard 
et le parti qu'il dut prendre bientôt de renoncer à des fonctions 
pour lesquelles il n'était pas fait. 

Le conseil lui permit, par décret du 2 décembre 1704, de mettre 
à exécution les décrets qu'il rendrait pour l'observation de la 
Loi judaïque et de la police civile qui doit être observée parmi 
les Juifs. A ces derniers il enjoignit d'obéir aux décrets du rabbin, 
à peine d'être mis au ban. (Boug, Ordonnances d'Alsace, I, 
359-GO.) 

Il n'est guère probable que cette démarche ait eu le résultat 
voulu par son auteur. Il faut admettre, au contraire, que la haine 
et l'exaspération contre Samuel Lévy ne firent que croître à 
Ribeauvillé, et que c'est, sans doute, le motif pour lequel il trans- 
féra sa résidence à Golmar. 

Il est vrai qu'à cette époque il n'y avait pas encore de commu- 
nauté juive à Colmar, mais nous avons vu plus haut qu'Alexandre 



280 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Doterlé avait été autorisé à y demeurer en sa qualité de fournisseur 
du roi, et, quant à Samuel Lévy, nous avons des preuves irrécu- 
sables de son séjour dans la capitale de la Haute-Alsace. 

La bibliothèque de Gunzbourg à Saint-Pétersbourg possède un 
manuscrit du Talmud (n° 765) in-16°, dont la première partie fut 
écrite à Colmar, par Genendele, épouse de Samuel Lévy. La suite 
fut commencée par Cewi Hirsch, fils d'Isaac, qui demeurait alors 
chez Samuel Lévy à Colmar, le 11 Tébet 466 (28 décembre 1705) 
et achevé le 11 Tébet 457 (16 décembre 1706) (v. Libanon, p. 80 et 
121). Nous trouverons plus tard une autre preuve que Samuel 
Lévy demeura effectivement pendant quelques années à Colmar. 

Nous ne savons pas exactement jusqu'à quelle époque Samuel 
Lévy resta en Alsace. Dans le décret de nomination de son succes- 
seur, Samuel Sanvil Weil, fils de Baruch Weil (4 mai 1711), il 
est dit que Samuel Lévy avait quitté la province selon les indica- 
tions des Juifs « depuis peu », pour s'établir ailleurs. Or, il faut 
admettre que la pétition des Juifs avait été présentée au moins 
deux ans auparavant, de sorte qu'il est plus que probable que 
Samuel Lévy avait pris sa retraite en 1709. Cette date se trouve en 
accord aussi avec d'autres données que nous rencontrerons dans 
la suite de notre étude. 



3. Samuel Lévy en Lorraine. 

Glûckel prétend, dans ses Mémoires, que le vrai motif de la 
démission de Samuel Lévy est à chercher dans le fait que ses 
revenus ne lui permirent pas de vivre, comme lui et sa femme y 
avaient été habitués dans leur maison paternelle à Metz, et surtout 
d'être aussi larges envers les pauvres qu'ils l'eussent voulu, 
suivant leur penchant naturel et l'exemple de leurs parents. Il est 
possible que telle soit la vérité, mais il n'y a guère de doute que 
ses adversaires étaient également pour quelque chose dans la 
diminution de son traitement et de ses émoluments, d'année en 
année. D'un autre côté, il hésita d'autant moins à quitter 
l'Alsace, qu'il ne s'agissait de rien moins que de devenir trésorier 
du duc Léopold de Lorraine. 

Léopold-Joseph, fils de Charles V et de Marie-Eléonore, était né 
à Innsbruck, le 11 septembre 1679, et avait été nommé duc de 
Lorraine, à l'occasion de la paix de Ryswick (1697), sur les 
instances de Louis XIV, dont il épousa la nièce, Elisabeth-Charlotte 
d'Orléans, le 25 octobre 1698. 



SAMUEL LEVY, RABBTN ET FINANCIER 281 

Le duché de Lorraine était alors une des provinces les plus 
riches et les plus florissantes du royaume, et avec un peu 
d'économie, Léopold aurait pu devenir le prince le plus heureux. 
Mais il menait une vie fastueuse et s'adonnait au jeu. De plus, il avait 
la manie des constructions et, lors des visites d'ambassadeurs et 
de généraux étrangers, il déployait un luxe extraordinaire. Or, les 
revenus d'un pays relativement petit comme la Lorraine n'étaient 
nullement suffisants pour permettre longtemps de telles dépenses. 
Aussi Léopold se vit-il forcé bientôt d'aviser aux moyens de 
remplir son trésor vide et de contenter ses créanciers. Il créa de 
nouvelles contributions et augmenta celles qui existaient déjà, 
contre l'avis de ses conseillers. Ils lui représentèrent qu'il causait 
la perte de ses sujets, qu'il devait plutôt renoncer au jeu, vu que 
ses continuelles pertes d'argent avaient forcé de remettre le 
paiement des salaires des employés de la cour pour le premier 
trimestre de Tannée 1707. Ces indications se trouvent dans un 
rapport adressé par M. d'Audiffret, représentant de Louis XIV à la 
cour de Léopold, et daté du 5 février 1707. (V. Baumont, Histoire 
du duc Léopold de Lorraine , p. 391.) 

Mais toutes ces remontrances ne servirent à rien et la situation 
devint de jour en jour plus critique. Alors, le duc s'adressa à 
plusieurs Juifs de Metz, et les pria de s'établir dans son pays, afin 
de l'aider à l'amélioration de ses finances. Ce plan rencontra des 
difficultés. A peine fut-il connu, que l'on protesta de différents 
côtés. Les curés de Nancy s'opposèrent à l'établissement de Juifs 
dans leur ville. Ils présentèrent leur requête, le 18 décembre 1707, 
et, pour que le public n'en ignorât, ils la publièrent aussi dans le 
Mercure Galant, au mois de mai 1708. 

L'évêque de Toul avait également eu connaissance de l'intention 
du duc de Lorraine. Aussi demanda-t-il au gouvernement français, 
dans une lettre du 8 décembre 1707, de s'opposer à l'exécution de 
ce plan. Mais à Versailles on se rangea à l'avis de l'Intendant de 
Metz, de Saint-Contest, qui ne trouvait rien à redire à l'établis- 
sement des Juifs en Lorraine. (Baumont, p. 401.) 

L'évêque ne se tint pas pour battu : il chargea d'abord un 
membre du clergé de faire des remontrances au duc et lui écrivit 
le même jour (23 décembre) personnellement. Enfin, il décida 
d'en entretenir encore la famille ducale lors de sa visite de nouvel 
an. (P. /., XXI.) 

Il adressa même une copie de sa lettre de protestation à Rome, 
où se trouvait à ce moment le premier Président de la Cour 
souveraine de Nancy, M. Lefébure; ce magistrat voulait obtenir du 



282 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pape Clément XI, la succession de l'évoque de Munster, pour le 
frère de son maître, Charles, grand-prieur de Castille, et offrir au 
dit Pape d'être parrain du fils de Léopold, dont on attendait la 
naissance. 

Lefébure ne tarda pas à prévenir son maître. Il est absolument 
hostile aux Juifs. Il a appris à les connaître, lorsqu'il était avocat à 
Metz. « Ils sont des brigands et des sangsues du peuple. Les 
paysans des environs de Metz ont été ruinés par les Juifs, tandis 
que ceux de la Lorraine vivent dans de bonnes conditions. » Il 
aurait écrit déjà plus tôt, ayant appris par M. Sauter, secrétaire du 
duc, ce projet d'établissement des Juifs, mais, le 23 février, celui-ci 
lui avait dit que ce projet était complètement écarté. (P. /., XXH.) 

Ces réclamations et ces protestations eurent pour effet que les 
Juifs ne reçurent pas d'abord de permission formelle d'établisse- 
ment, mais les pourparlers continuèrent toujours et allèrent si 
loin, qu'en 1708, Isaïe Lambert transféra sa résidence de Metz dans 
le duché, probablement à Lunéville, et qu'il devait obtenir une 
patente à son nom, mais avec la permission de prendre ses beaux- 
frères, Salomon et Samuel Lévy, les frères de sa femme, chez lui, 
comme commis. 

C'est précisément le secrétaire de Léopold, Sauter, qui traita 
cette affaire avec Salomon Lévy, frère de notre Samuel. Au mois 
de janvier 1709, on était convenu que la patente devait être 
délivrée et qu'Isaïe Lambert devait fonder un magasin et une 
banque à Lunéville. 

Le rabbin Samuel Lévy, avec sa famille, devait demeurer dans 
la même maison. Dans une lettre du 29 janvier, Isaïe Lambert 
écrit qu'il a été mis au courant de ces choses par Salomon Lévy^ 
qu'il ne pouvait pas venir à Lunéville à cause du mauvais temps et 
aussi d'affaires urgentes, mais que Samuel allait se mettre en 
route dans quelques jours. (P. J., XXIII.) 

Glûckel fait donc erreur, quand elle raconte, dans ses Mémoires 
(p. 314), que c'est Samuel qui s'engagea chez le duc et qu'il fit 
venir chez lui ses deux beaux-frères, Isaïe Willstâdt et Jacob 
Schwab (Grumbach), frère de sa femme. Cette erreur s'explique 
par le fait que Glûckel ne rédigea cette notice que plusieurs 
années après, à une époque où elle ne se rappelait plus exactement 
les événements, d'autant que Samuel joua bientôt le premier rôle 
auprès du duc Léopold, comme nous le verrons bientôt. 

Mais, avant de continuer notre récit, donnons les notices 
généalogiques que nous avons pu trouver sur la famille Willstâdt 
ou Lambert, de Metz. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 283 

Le nom de Lambert ne se trouve que dans les documents non 
juifs; ailleurs, les membres de cette famille se nomment régulière- 
ment Willstadt, encore jusqu'au xix e siècle. Gela nous prouve d'une 
façon absolument sûre que l'origine de la famille est la localité de 
ce nom. Je suppose que c'est Ascher Laemmlein, venu de Willstadt 
à Metz au xvn e siècle, qui adopta alors le nom de Lambert. 
Laemmlein de Willstadt mourut à Metz le 22 Scbebat 429 = 23 jan- 
vier 1669. Le Livre des Morts de Metz lui consacre la notice nécro- 
logique suivante : 

-naa>a nv«Y* aaiob^na b"T pnir na iizjn finyh Taa -ip"n 3'N'*< 
csiam aia ba uy *7Dn b»na i-pm ^-wn *pia "]bn vw bso 
h '-p HL2D3 'n'a'a'nVa npixb m**] nw iana vaai n"ab an^m 

,p"sb bb'n ûaa'a ^a 

11 eut deux lils : Eliézer Liebermann (décédé le 4 Hescbwan 462 
=3 5 novembre 1701)' et Isaac Moscbéli (décédé le 21 Sivan 481 = 
16 juin 1721) 2 , et deux filles : Treinele (morte le 12 Iyar 441 = 
30 avril 1681) 3 , et Roescben Tamar Rachel (morte le 12 Ab 488 = 
29 juillet 1728) 4 . 

Eliézer Liebermann eut une fille, Breinele (morte le 26 Tébet 

i. b"T aaiûb"m ^b»3>b t^n la panama wôk n)aa iiann Ta* 1 cw '3'n'^ 
in?3 -rnim rravasa inDi Nisai iicn ra-na i^a" 1 aa -jbnio -na*a V"»'tf'a'a> 
ï-pm n"ab a'nrm a^a^m nanaa nm inbam vmax -naaa vw ba 
p^a-ia? nban nnab n"aa m^apa nv baa rrpatfïa ■HTaib «mnanna 
aon "j-iran "i p"u:a C3"u;a 'a n'a'x'a'nY.a vna*a npn^a 13P3 vaai "inta&n 

,aon "p^n 'n '« 'va -imrrab 'ai 

2. taa'Jab"m b"T -nbn na ntû7a pnat* n?aa «"vain niaai -na" 1 wkh 'a'N'-« 
na-im nrrvnb nmns nn^n nn^ai naittNa *jrm N-aa^î ma^a V'a'a'* 
inbsn bbsr.m n"ab anym D^aiam nais aba D^asb rvpTz miaarb 
mnTa maaa n'nwm û^jann ■'ama rn ra-m narpi n?a*wai nannaa 
■ma* 13P3 -paan ipujn aan rraybi ima nanab 'n pk pab yaxm Piaiu 

.n'd'p "jro K"a 'a 'v i3"iaa 'ai'a — n'a'az'a'pVa unpnb np-ii: 

3. -na*a aatDb'm n^N pa nbamia p-na n*mm n-\-pT> niawxn 'a'«'i 
nmoyi n"ab a^m û^aœm dtn ba a? non nbznjn man mpa» np-nœ 
'ai '3 — n'a'^'3'p'T'a rip-isa hpid^ 13P3 nbarn rmx an naiiaa npasp 

.at'n'ri -p"w a' s 'a dt* :a"£a 

4. -KEN a"nn pa bm nTap -"DT^n n-i?a nabinTam mp^n niaN 'j'n'^ 
'canvna npoan D"»-i*o^ ïama nw ba nabnto maya n'i'N'a'a» caBuarm 
-Taai n"ab na"na»m nwDOm n'i-ni namaa n^n nnbtm np'aia^ baa 
a? non nb?ana T'Tan nrrcn p^s^pa a^aïa^aa nu:D3 pn nsao np^n o^aia 
aiN ba uy nnaa nn^n rnia^m nnmb nmns np^n nn^ai a^37 ^3a 
nnsbi nmap anp nma nnsb np^r^ "jp^a hpii^i n^^a n^7a^ npban 

.n's'p Dn37a a""^ 'aVa — n'a's'a'ri'T'a n-nara n-p-ix i3P3 rraa aa nmap 



284 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

4G3 = 13 janvier 1703) \ et un fils, Jacob Jeqil (mort probablement 
en 1736) 2 . 

Isaac Moschéh eut trois fils : Abraham Mardochée (mort le 
5 Nisan 4S»"> 19 mars 172?») 3 , Iscbaï Israël Joseph, alias Isaïe 
Lambert (mort le 27 Tébet 494 = 1 er décembre 1733) 4 , et Isaïe (mort 
le l pr Siwan 508 = 29 mai 1748 \ 

i. b ,7 T cataœbm pna^b -naa na nba^na nn?a n-ip^n niaan 'a'N'"* 
nanaat ïimm -i©mn aipa robm ri^an p-ipy nrprra -naya "p'a'a'a* 
rran n-bina rwnaa nn^rr nnbem n"ab ïwi*m rra'oiam n"<u:y?a baa 
na;a Y'a ora 'a — rra'a'nVa ttipnb np-is rmaya T3P3 n^en nbya as 

p"sb 'a'o'p 

2. -iVkY* b'art ùBTDb'm pnar: ntyba na bpan apyi n?aa npTj 'a'tfi 
Tn?m rrown rwraNa pai «©ai vuwa bas !rn an vj-w npr^c maya 
mm ïib'roa nrma ib"»DN na^n «bi nbi-ia nanaa inben niayi nbsnb 
npns maya i3P3 i3ai in»« oa m»*rra n"ab Dmiaann p nn« wnn 

.'y* ca"iaa '3 — n'a's'r'rvT'a laipnb 

3. b"T eaiaiebm nizra pnar 'a mattn p ^n« omis n?aa -ip^n Vk^ 
tFDOTTi aiN ba oy nnan mn maïïi nravai nina ^bnia maya Y-'KVa» 
nrrnb mns mn amas bia imai mviaa nmn inbem n"ab a-nym 
pbm ib n^nïï nmnri ba» niay?an nran «msm. ibia?a amy mhanb 
'3 - n'a'ar'a'nYa ttnpnb may np*ii: ^3p3 mai nniaN aan cwb ims 

.rrVn p^a '-î 'a Tnnabia ara 'ai p*a 'n 'a ta"iDa 

4. taJaiûbm mara priât* 1 na tpr berna-» na-» 'rann "Te pi-iatm uî-^n a'»'*' 
mnn nspbnpa a^ia anabM nnv ï"s mma maya i^'s'a'y b"atï 
D-ma mai mapn p-m : Niaa'n o^Ta ■•yiaTa 3>ya a^unp p£ by pt<3 
mbinttjn paya o^am d^ 1 ^ oy non binab vizy pn n-iai :ma"in apmyb 
r\y~i "ne© •ppo'aa p panm •onbrrp ■'paya û"raa»D maa ^yaa nb^a yoai 
nrr»a b^au:^ aan ab ">a Piniffin -«s^ya p kiwi '^a-ana i^nai nanb 
nbibo Tna -naatn pn a^nam : rniN: i33^n Nisi7a nn 'n pyiiapai 
: miTJi naT nimaa nn^n irizn : mn^T m^aa Nbi msyn : mia^i 
bipa -iTan : K"nam ajnpn an^a ujnipn bN iNian ibip y?a^3n a^-a n^ai 
a^ainpb -mmb mns t- îp^ai : mna ïiDiaa n'mys nban a-iyi a^y3 
in->3a p^Tnn iPapT r\y'^ iy T^nvam : niw ^i?aib a^ayb -!PT»ai a^pirm 
anb roy iiddt : min ^?aib nanbiffl by?a ipoD »bi Q^absiTa a^aan n?aa 
nnbbi ninbb : rrnam inbiai «aai np?a ca on^ au:i a^pa^^ nbiyïia 
by m-13 ^p^na^î N'a^np «nan^ n^n oa :nnaoai biobsa o-nnsbi raab 
anb v^a a-annN n~>*vyn pas bu: "ion a^iaiy N'a^ip Nianai : n*n37an 
anDi innnon pn aab nana nw\ rwy pi^?a n^p aa : n-oia p?ab nria 
n-'nu: □■>bujT-i" , a noviD npmat7ai :n~i^73^ "i:n inb"»nna p"0 'a?a7a i"p anaa 
nœnpn n^yb mœ^aa nnb*a i^i"«i "«''N pny7a by «maTa^na n^aanb •'Nna 
*& v :7 ^a b?ai wN"ni n^nna o^aam a^^p?a n^ aa : nww a->7a^72 a'a'i'n 
— n'a'az'a'n'T'a "maya r>piz. iapa Tan oa : n?a^pb n^by t»ûd3 "laTan -mm 

,p"sb 'l'ac'p 'n Nnoonn 'n oi^ 'rrab 'ai naa t""| p"u) b^b La"iaa '3 

5. vw ba p:n N'aau: -naya caa^b^ii nu:?3 pn^ -ia 'lyw* 'n '3'^ 
!T5m nbann bN npai nny D^rpm naianbi rmnb i^sa n« biaan n3i?aNa 
T^aai n3p y-.Ni o^uj "jvby b« pi^Tana -inin nuj^n ^ma iTa^y anaT 
'rrab '3T ma n"-i b-b a"u:a '3 — n'a'x'o'n'T'a Tiiaya rt-piz 13P3 ipu:nt 

.p"cb n'p'n 



SAMUEL LÉVY, KABBIN ET FINANCIER 285 

Dans Le Livre des Morts je n'ai trouvé mention que de deux filles 
d'Ischaï, Breinele (décédée le 14 Kislew 519 = 14 décembre 1758) 1 
et Miriam (décédée le 10 Heschwan 530 ==11 novembre 1769) 2 , 
mais il est probable qu'il eut aussi des fils. 

De quel genre furent les affaires d'Isaïe Lambert et de ses 
associés? On est renseigné là-dessus par les lettres adressées par 
Salomon Lévy, frère de Samuel, aux hommes de confiance du duc. 
Mais avant d'en analyser le contenu, disons quelques mots de 
Salomon Lévy. 

Salomon Lévy naquit en 1667 ; il avait donc onze ans de plus que 
son frère Samuel. Il se maria avec la fille du médecin Simon 
Wallich de Coblence 3 . Déjà dans sa jeunesse il fut mêlé à plusieurs 
affaires louches dont il ne put se dégager qu'avec l'aide de son 
père. Mais celui-ci se vit forcé de le désavouer et rompit toute 
relation avec lui, de sorte qu'il perdit tout crédit chez les Juifs 
aussi bien que chez les chrétiens. En 1694, il fut accusé de plu- 
sieurs faux, comme il ressort d'une lettre de l'Intendant de Metz, 
M. de Sève, au contrôleur général des Finances à Paris, du 14 mars. 
L'Intendant le nomme « le Juif le plus décrié de Metz ». Il s'était 
engagé à importer 60.000 sacs de blé d'Allemagne en France et à 
prêter deux millions de livres au roi. Comme il ne put remplir 
cette promesse, il fut condamné à quatre mois de prison. (V. Bois- 
lilie et Bretonne, Correspondance des contrôleurs généraux des 
Finances avec les intendants de province, Paris, 1897, I, 1300.) 

En 1703, nous le trouvons en prison à Venise, soi-disant pour 
avoir été en correspondance avec le roi de France (^ ba> yap, XV, 
1899, p. 8). 

En 1708, c'était lui qui dirigeait les pourparlers en Lorraine, pour 
l'établissement de son frère et de son beau-frère, établissement 
qui eut lieu au commencement de 1709. Il se rendit probablement 
bientôt après en Allemagne. Au mois de mai, nous le trouvons à 

i. aaiabvn berna-» spv isji ï'hhd b"is na nba^-ia rryn ï-na&rr 'a'a'^ 
nanaa ïimn nnbDm nb^a masn rmn mpà> ïimrrô Tna>a n'*'a'a'? b"T 
ïianaa rrba» rtbapia D-uup ù-mo^a an iwt "m on^ by nbai7a nmïi ns 
'ai'a — 'T'a tznpnb ripii: rrnaya ina p^an^Ta t\ov n?2D naa na mrm 

.p"sb a'^p'n -nboa n"-» 'a d*p 

2 -naja tataiob^i "W n"a maaïi 7û"id na D"»-i7a mfc napïrr nwtxn a'a'"> 
nbann n^ab na^-um rwoiBrri nb^a nàaa rwiin man mpj ïrm™ 
D^anp û^arbi min "Hmbb nw baa pbnb n?^p inp rmriN iimam 
p"vy 'at'a — 'T'a rrn?au:D ma? rtpii: "iana manm ïrmaan mai p^DO?a ^o 

.p"sb nab'p'n •pianTa tt 

3. Voir sur lui Monat&schrift, 1905, 283. 



286 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Trêves, chez un certain Samuel Schweich. C'est là que lui est 
adressée une lettre de J.-B. Alliot de Lunéville, du 3 mai 1709. 
Alliot écrit à Salomon Lévyque sa lettre du 24 avril avait fait une 
bonne impression et qu'on était fort content de son attention etde 
son offre de service, mais s'il désirait une récompense, il devait 
indiquer les moyens par lesquels il ferait venir le blé en Lorraine, 
d'où il le prendrait et à combien il reviendrait. On pourrait en 
prendre jusqu'à 30.000 sacs et plus, l'affaire était très pressée et, 
dès qu'elle serait conclue, on lui enverrait un homme avec les 
passeports nécessaires pour le soutenir dans ses entreprises. 
(P. X, XXIII.) 

Le 13 mai, c'est le lieutenant général de Lunéville, d'Hablen- 
ville, qui lui écrit, au nom d' Alliot, que l'on achèterait indifférem- 
ment froment, seigles, orges et spelz pour le compte du duc et 
qu'on le ferait déposer à Nancy et à Lunéville. Dès que tout serait 
en ordre, le duc enverrait un homme de confiance avec des lettres 
d'échanges pour payer les prix, et lui-même serait également 
récompensé et trouverait toute la protection qu'il souhaiterait, s'il 
voulait venir en Lorraine. (P. J. , XXIV.) 

Alliot lui écrit, une seconde fois, le 20 mai 1709, en lui recom- 
mandant surtout de ne s'engager à rien sans un ordre formel. 
[P.J., XXV.) 

La réponse de Salomon Lévy à ces trois lettres est datée de 
Coblence, 27 mai 1709. Il dit qu'il a parlé à M. Bourcier (v. sur lui 
Baumont, /. c, p. 204) lors de son passage en bateau pour La Haye, 
et il demande de l'argent et l'ordre d'acheter du blé, le temps étant 
favorable au transport. D'une note jointe à sa lettre il ressort 
que Salomon Lévy avait acheté 6.000 maldres. (P. J., XXVI.) En 
attendant, il ne reçut ni argent, ni ordre. 

Le 24 juillet de la même année 1709, Samuel Lévy, Juif de la 
Cour de son Altesse Royale, fit la proposition d'acheter et de 
livrer, dans le délai de trois mois, 6.000 malters de blé bonne mar- 
chandise, dont les trois quarts en seigle et un quart en froment à 
raison de 7 1/2 florins, monnaie d'Allemagne, le malteràl80 livres, 
Il fera son possible pour faire le transport dans les meilleures 
conditions de bon marché. (P. </., XXVII.) Nous ne savons pas s'il 
fut donné suite à cette proposition. 

Le 4 septembre 1709, Salomon Lévy écrivit de Trêves à M. Sauter, 
secrétaire du duc de Lorraine, qu'il se trouvait dans cette ville 
depuis le 29 août. Les Français avaient vidé tous les greniers, 
ils étaient même entrés dans le palais épiscopal et avaient accaparé 
tout le blé ; dans ces conditions, il était difficile de faire des affaires. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 287 

Le service postal ne fonctionnait plus, de sorte qu'il avait dû 
engager un messager spécial. Tout cela occasionnait beaucoup de 
frais, aussi demandait-il l'envoi de passeports et d'un acompte. 
L'argent devait être envoyé à son frère Samuel à Coblence, lui- 
même logeait à Coblence chez le médecin Simon Wallich. (P. </., 
XXVIII.) 

Quelques jours après, Salomon Lévy se trouve à Francfort, d'où 
il écrit de nouveau. Il avait des discussions avec le Juif de Coblence 
qui lui avait vendu le blé, à propos de l'acompte de 450 1. qu'il 
lui avait donné. Non seulement il ne voulait pas rendre ces 450 1., 
mais il réclamait encore de Salomon des dommages et intérêts. Le 
représentant du duc à Francfort, M. Rendant, lui avait conseillé 
de s'adresser à Son Altesse Royale, le duc de Lorraine. Il deman- 
dait, en même temps, un passeport pour 3 ou 4 mois, afin de 
pouvoir se rendre en Lorraine, où il avait des affaires à régler. On 
devait adresser le passeport à sa femme, à Metz. (P./., XXIX.) 

Au mois d'octobre, il se trouvait dans cette ville, où il apprit 
par sa femme qu'on avait connaissance de ses entreprises à Luné- 
ville. Il annonçait à son correspondant, sans doute M. Sauter, par 
lettre du 8 octobre, qu'il avait trouvé un personnage ayant signé 
une promesse d'avance d'argent pour le duc, pour un délai de trois 
ou de six mois. Le blé acheté se trouvait à Coblence, et c'est là 
que le duc devait le faire prendre. Il se plaignait, en outre, de ce 
que, depuis le 15 mai, il avait envoyé plus de quinze messagers à 
Lunéville, sans que l'on eût jamais appris la vérité. // en attribue 
la cause à son frère. Il demande, enfin, encore une fois l'envoi 
d'un passeport, pour qu'il puisse venir sans crainte à Lunéville. 
(P.J., XXX.) 

Il est probable que cette dernière demande fut accordée. Mais 
l'affaire du blé n'avançait pas. Il semble qu'à Lunéville non plus 
on ne voulait pas lui donner d'ordres formels et encore moins de 
l'argent. On voulait d'abord se renseigner sur la valeur de ses 
affirmations. Dans ce but, on envoya un certain Gessner à Coblence. 
Il y vint le 13 novembre. Salomon s'y était déjà rendu auparavant, 
principalement pour faire patienter encore quelque temps les Juifs 
avec lesquels il avait fait un contrat, le 15 mai, pour l'achat du blé. 
Mais entre temps il était arrivé un accident : 170 sacs de seigle 
étaient tombés dans l'eau. Il demandait donc ce qu'il devait faire. 
Le blé devait être mis dans six greniers, qui coûtaient 24 écus par 
mois de loyer. Les ouvriers qui remuaient le blé deux fois par jour 
demandaient ,1 1/2 écu par jour, le surveillant 12 sols par jour 
M. Gessner s'était rendu compte de la situation et lui avait conseillé 



288 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de s'adresser à la cour de Lunéville, afin d'obtenir les procurations 
nécessaires. Les Juifs ne voulaient pas attendre plus longtemps, 
pouvant déjà alors vendre plus cher leur blé. (P. /., XXXI.) 

Aucune réponse ne venant, il se mit en route pour Lunéville. 
Mais arrivé à Metz, il fut mis en prison à cause d'un banqueroutier 
du nom de Valbrin, dont il devait détenir une promesse pour la 
somme de 5.000 livres, tandis que lui-même prétendait avoir 
transmis cette promesse au secrétaire-trésorier de Valbrin, un 
nommé Farge. Comme il craignait de négliger les affaires du duc, 
il demandait de pouvoir envoyer un homme de confiance à Coblence 
afin de prendre les mesures nécessaires. S'il ne devait pas être 
relâché au bout de huit jours, il désirait y envoyer sa femme pour 
mettre tout en ordre. Il espérait que son beau-frère, le médecin, 
la soutiendrait dans cette tâche. Nous trouvons tous ces rensei- 
gnements dans une lettre datée de Metz du 3 décembre 1709. Il 
priait, en même temps, que l'on lui envoyât M. Varcheux, brigadier 
des chevau-légers, qui devait passer par Metz et lui rendre visite ; 
si lui-même n'était pas encore relâché, il pourrait faire le voyage 
avec sa femme. Il donnerait alors les indications nécessaires. 
Enfin, il demandait une lettre de recommandation du duc à l'Inten- 
dant M. de Saint-Contest, dont le secrétaire avait en mains l'affaire 
Valbrin. Cette recommandation lui serait utile pour sa cause et il 
pourrait alors partir plus tôt. (P. «/., XXXII.) 

Nous ne savons pas exactement ce que l'on pensait à la cour 
lorraine de toutes ses propositions et de toutes ses demandes. Mais 
il paraît ressortir d'une lettre de Salomon, du 14 octobre 1710, qu'à 
cette date encore, il se trouvait en prison à Metz. « Je fais 
travailler, dit-il, en diligence pour mon élargissement qui ne tient 
qu'à 2.500 livres. » 

Il paraît donc qu'on était d'accord pour accepter la moitié de la 
somme réclamée au début. Or, le 24 septembre 1710, le prince 
Charles de Lorraine, frère du duc Léopold, avait été élu 
archevêque de Trêves. Le duc avait fait des démarches et dépensé 
des sommes considérables pour arriver à ce résultat. (V.Baumont, 
/. c.,p. 162.) 

Salomon paraît avoir eu vent de ces événements, aussi il 
écrivit à un Juif de Hatzfeld, lui demandant s'il était disposé à 
prêter de l'argent au duc. Ce Juif lui répondit, par lettre du 
28 novembre, qu'il pouvait avancer 600.000 livres et davantage 
dans un délai de trois ans, le matériel nécessaire pour la frappe de 
monnaie, à la seule condition qu'on lui donnerait une garantie 
suffisante. (P. «/., XXXIV.) 



SAMUEL LÉVY, HABB1N ET FINANCIER 289 

Glûckel ne mentionne pas ces événements et ne parle jamais de 
Salomon Lévy, sans doute à cause de sa mauvaise conduite. Par 
contre* elle nous a laissé, dans ses Mémoires, bon nombre de 
détails sur les affaires d'Isaïe Lambert, Samuel Lévy et Jacob 
Schwab. Ils montèrent, à Lunéville, un magasin, où le duc avait 
l'habitude de faire ses achats. Dans ce but il fallait un grand 
capital. Mais cela ne put avoir eu lieu que lorsque de nouveaux 
dissentiments divisèrent Louis XIV et l'Empereur, après l'échec 
des pourparlers de La Haye, c'est-à-dire, en 1709, et non pas, 
comme Glûckel le prétend, au commencement de la guerre de la 
succession d'Espagne. Six mois après, Samuel et ses associés 
devinrent également les fournisseurs de la monnaie, c'est-à-dire 
qu'ils s'obligèrent à livrer au gouvernement ducal chaque année 
une certaine quantité de monnaie étrangère, surtout française, 
pour être convertie en monnaie lorraine de moindre valeur. 
(Baumont, /. c, p. 404.) Comme ce commerce prospéra au 
commencement et rapporta beaucoup, deux autres Juifs de Melz, 
Olry Alcan ou Rothschild, gendre de Samuel Lévy, et son père, 
Moïse Alcan, vinrent s'établir en Lorraine. 

Cela s'accorde bien avec le fait suivant, rapporté par Lepage, 
Archives de Nancy, II, 46 : En 1711, Moïse Alcan et plusieurs de 
ses coreligionnaires furent accusés d'avoir été aux fenêtres de 
l'Hôtel du Sauvage, fumant et la tête couverte, lorsque la proces- 
sion du Saint-Sacrement passa devant la maison, tandis qu'ils 
auraient dû se retirer ou se mettre à genoux. Le lieutenant de 
police fit une enquête, qui confirma la vérité des allégations. 
Mais comme le duc Léopold avait donné ordre de traiter la chose 
« sans éclat», les accusés ne furent condamnés qu'à une amende 
de 300 livres, qui devaient être employées pour l'embellissement de 
l'église Saint-Sébastien. Défense fut faite au propriétaire de l'hôtel 
de louer aux Juifs des chambres donnant sur la rue, sous peine 
d'une amende de 1.000 livres et plus, s'il devait être nécessaire Ce 
jugement fut prononcé seulement le 13 février 171°2, parce que 
Moïse Alcan était en voyage, muni des passeports du duc 
Léopold. 

Le nom d'Alcan est né de la même manière que celui de la 
famille Lambert. Le premier qui l'ait porté fut probablement le 
nommé Jacob Joseph ben David Elhanan Rothschild, qui vint à 
Metz au xvn e siècle, et qui se nommait dans ses relations avec les 
chrétiens, Jacob Alcan. 

Il se distingua par ses connaissances, par sa grande autorité 
dans la communauté, par sa fortune et par son esprit de charité. Il 

TOME LXV, n° 130. 19 



290 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mourut le 5 Nisau 459 — 4 avril 1699 Le Livre des Morts de Mvtz 
lui a consacré la notice nécrologique suivante : 

ï-HWai naana «ba mai nmi vnnaK «banan tpban a'aO 
iDèn •p-naan "ja in-na ■panttDn pvn "p" 1 rt " nn ^-nn *3a ^pa rtiT^ 
*- n^ -nia nba naa?aa '^dni -nabra baa a«ttb y m rrbnpn rrwai 
qo^ apy^ ■Y'-jma ^amnn ynaa taom&ai yna laœ y-isa ia*iyn 
tarama an upk ap^a maya b"£T ab^Min "pnbs in l — T'mnaa 
mira rnn mTon "«binai masi ^b^aa niTai mbya baa a^b^iai 
nb^ba oa npaD »b "naa frrma min» nrmaN npian iicea 'n 
ms^nn ana nain a"»"rabnb maaan «in tp"pi -na ■na-'ya roTO 
mrs vpay baa mar bab raip rmnb a^ny nmana mabb mm 
r-rpi^T asioa as aa^insi ipiai av i-rb-na rranaa m'anan yaia 
inaian nyian ib icaaau) "nns "inbvin by rraia idiot a^p ta^aib 
a""i niaa ^a;a iaipa mvib manias riym aya aiaa vn na^naa 
-na a:> a^aina Nnn "-ion î-rba noaan ny-ob a^apina abiyb ^mab 
pin npiaa lavibnp "waKi "«bib aa^b;a-im ^ayb o^ioa ^o posa 
■naaa tn©N aa pipnnb i«i a^by Tnaniaa «bi pia^i by ban 

.ri'a's'a'nVa may unpsib 7rp*ïZ aana 
,p"sb a'a'n pn 'n 'a caa^ 'ai 'n dv nbyab bapnaa ^pana 

Son fils Moïse 1 mourut jeune, le 27 Tammouz 445 = 29 juillet 
1685, tandis que sa fille Keilche 2 décéda probablement en 1743 
dans la même année mourut également Moïse Alcan, dont le vrai 
nom était Moïse Abraham 3 ; il fut enterré le jour de son décès, le 
vendredi 8 Tébet 503 = 4 janvier 1743. 

1. *p™ maya l'i'fl'a'a* ab^wn apy^ i"nn p n\aa laa mnan 'a'«' 
ai" 1 'ai a"iaa 'a — n'a'a'nVa "maya npia: aana vaan va» aaa nwana 

.n'a'n nan ^"t 'n 

2. ab^Da^n cpv apy> "i"-ini7aa 7a"aD na ^ab"»p nia mp^n nvmn a'**'*" 
ay ion nbaia nnm n-va* ^a-na rra** ba nabrra maya l'i'N's'y b"ST 
naaiaa bbànnb nan^m na^aiûm nmvib nmna nrrn nn^ai a^ay 
©npnb npii: nmay nana nbyan maa a:* nby^b nnay nn"»m nbni^ 

.rr'a'a'n'T'a 

3. noa n""ina , j" , 33" , -iaiba na"H?an "jb-in^m 7a"iD a^iam 'j-'irpn a'N^ 
ab^a-'Ti BlOT 1 ^py^ apy^ -)"-iro 72"id «bsian ^aann maan p amas 
naiTa^a a"i7aa paiyi "l'jvai aina T^a -1 ba "jbn© maya l'^'^'a'y b"ST 
n-r»aya bbsnnb nbsnb im-«a a"na -^oaNa aipaa nn-»aa p*»Tnm -lUîiaan 
a-'iany d^hn D*aanb nnnnb nmns nn-Tî in-'an nmnb a^ny yaip mm 
Tibitoabi min naibb aia ba Nba inbia i^cai bab miDi miN a^au:n 
ba^p obna Tîaç«i ^b^ioi a-n-iDO a"ain noir pian a^buîim manpn ^"n 
baia mm bioa smpn bpia nc^ naaa aib^a oinbïji ms 1 a^aa laoa 



SAMUEL LÉVY, HAMUN ET FINANCIER 291 

Sa fille, mentionnée dans la notice nécrologique à lui consacrée 
dans le Livre des Morts se nommait Rôschen*, elle mourut le 
4 Tammouz 509 = 20 juin 1749. De ses fils nous ne connaissons 
que le gendre de Samuel Lévy, Olry ou Oury Phébus. Lui môme 
n'est pas mentionné dans le Livre des Morts de Metz ; par contre, 
nous y trouvons sa fille Rébecca Hindele 2 , décédée le 28 Ab 505 . — 
26 août 1745. 

Gltïckel parle longuement, dans ses Mémoires, de la terreur 
éprouvée par son mari, Cerf Lévy, lorsqu'il reçut de la part de sou 
(ils Samuel, la nouvelle ayant trait à rengagement de la Monnaie. 
En sa qualité de commerçant expérimenté et compétent, il se dit, 
avec raison, que cette entreprise ne pouvait être menée à bonne fin 



naai ipana» Ta prJ3>n anatna* nann mrnrnona a^-paa>3i a^aao "ian 
rrn ab a^ai pan rnn b^nm -ppia rrm b^xn bcna^ ^aaa maaa 
a^ayb pbnb im« a-np inabi vaab rman Dwaflbn a^arb np-is 'vaa'aa 
v-inat n^an aai niba "laa'na'nb titô a^aba "aa ijon ima nn« tpn 
naan "na ba? n"»anb a"b -nT»b a^aba naa> D*aa *pn na^p pp na-a 
ma bab n^ab-ia* naai naa bai ipbnb Ti©-iT»b mr^ naab naab 
n"33 mabb brraib moy np^b raab mvs am -naab 'jbrp p*r£i mpnaz 
nsc TabTa a*"aa nnaaab rm nnab m?^ ava dy 1 ^ia 'ti na^arpn ma 
n'a'a'nVa aipnb npis maya nana mai van in.a» aa i^a-npb mpiaz 
,p"ab a'p'n naa 'n ava na 'ai p"aa> 'i 'v ^naa 'n b^ba ■p» p"p hd 'a — 

1. "nana» 3373 "pan bnaa a-<aaa na"nam ht:jh n-ip^n naan a'N'"> 
ûnnas naa "Yhna n"n maan na narn ma nbba>a "aa nbbman "pi 
ban rp'«aa>73 ban ma^na n^ ba nabna maya P'N'a'a? 3"t ab^aain 
ma>ai moaaai -arb na-ia naa np-i^a nbi? hnt ^in nbnm na» 
■naabi a^pinm a^avpb npiac p^b nna^aa m*^ nbpa «b Tan manTan 
apn*n rira D"a"pasbi D""aa*b mibnbi a*aa naaa a"aapn oVamab Nnn"w 
a^aan n-nana nnvn nxam np&a*nn nanaai apn anb nana na-inbi 
oanab n-papiaz a^aa nnnn 'naaan naa ba non a^na mnaa mpoa?nan 
nn^aa nsar 1 abi nmaa a^am^ nbiaa amn aa na-pa av "htd a^^ay 
iai anb nnon Nb maan aôaaa anb nna^i a^Nb n^-o.Tû is nnniaa 
ûan nmns nn-«- nman ai^ aia -o^am nrann Nb aa naiia baa 
a^inaoi D^taràiDN a^absia a^ann a^nbiaa naa nbapi nartbia ^ba^a i^n 
a^ nn^3 iiaab ninan ban ms^ a^as nnan abnpi nanpn y-i^sa a^aan 
"jiD-an 'n ^aobi na^iym rsa^D-an n"aai nbna naiiaa nn^n nnbsn 
nn-aa> ton dkt nnaa naa3 r« n^-na ns maia» rwvai nnn^n ntl^ia 
n^an aa np-raz n v 3y 'jna nba?a a^ nnp-jaz tjdt^ pnt mpn^ '"«nb» Kbn 
,p"ob -j'p'n nan 'i 'i 't< ^naa 'n b"»ba 'a —'T'a rrnaa>a ri-pix. nana nnai 

2. maa» ab^aann aa^a "ma n"nna na ibna^n npan ma ncwsn a'w\'^ 
nai nn^n nnbsm naaaa minai n^ana» n"3ai r.-^Drr nnpj' nmna 
mb-'bn manb ai^n ba ûmna a^naib rn nn-'aai npiac nbj»a nn"»m 
nbya naaana nba aiba ^oaaai a^arb "paa -ja na^sn nma ampi 
mab-^a a^nanb maa?b pbn** "•nom 'b qb.x n?a^^p ^np n^inM 'man aa 
.n'p'n anaa 'n'a 'aVa — 'T'a n^bn na^a nana mpnat ^n^a a^ nba a^az-1^3 



292 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

et que le roi de France ne tolérerait jamais des manœuvres de ce 
genre. Il ne tarda pas à communiquer à son fils toutes ses appré- 
hensions, mais comme Paccord était déjà l'ait et comme les trois 
associés étaient tous jeunes et actifs, il n'y eut plus rien à changer. 

Nous apprenons par le récit de Glûckel que les craintes de Cerf 
Lévy ne furent que trop fondées. L'argent envoyé par les trois 
associés à Metz fut souvent arrêté et souvent renvoyé, mais souvent 
aussi confisqué. Le 26 avril 1712, Jacob Schwab avait envoyé par 
son domestique, Elie Limburg, 16.000 livres en argent lorrain, et 
en pièces de 28 sols, à Metz Cet argent fut saisi. (Arch. Nat., 
G 7 383), et dans le courant de la même année, Moïse Alcan fut 
même mis en prison à cause d'une affaire analogue. 

Le roi de France défendit bientôt après l'importation et l'expor- 
tation de l'argent lorrain de ses pays et dans ses pays, et l'intendant 
de Metz fut chargé de faire savoir à l'administration de la commu- 
nauté juive qu'elle eût à rappeler les membres de la communauté qui 
s'étaient établis en Lorraine. Ceux qui ne seraient pas revenus dans 
un délai de quinze jours devaient être exclus de la communauté. 
Isaïe Lambert était déjà de retour auparavant à Metz, de sorte que 
cette ordonnance ne se rapporte qu'à Moïse Alcan et à son fils Olry 
et à Samuel Lévy, ainsi qu'à son beau-frère Jacob Schwab. Ces 
quatre personnages sont effectivement nommés dans le document 
en question. Il fut également défendu aux Juifs de Metz de se faire 
nommer représentants ou agents par l'un ou l'autre de ces quatre 
Juifs, sous peine d'être eux-mêmes bannis du royaume. Cette 
ordonnance est datée du 14 juin 1712; une copie en fut adressée 
aux quatre Juifs établis en Lorraine. (P. J., XXXV, une copie rac- 
courcie et fautive en a été publiée dans les Arch. isr., V, 559.) 

Il va sans dire que les quatre Juifs visés par cette ordonnance 
employèrent tous les moyens pour la faire annuler. D'après Bau- 
mont (/. c, p. 404), c'est sur les instances des Ministres lorrains 
que M. Barrois, agent diplomatique de Léopold à Paris, fut chargé 
de faire des représentations au gouvernement français. Cette 
démarche fut sans résultat. Barrois répondit, par lettre du 
2 juillet 1712, que le Ministre français était d'avis que les traités 
conclus entre le roi et le duc ne se rapportaient aucunement aux 
Juifs, dont il n'était pas question, que le roi ne considérait pas 
comme ses sujets, mais comme une nation étrangère et tolérée, et 
qui ne pouvaient même pas venir à Paris sans permission spéciale. 

Moïse Alcan demanda alors la permission de rester encore 
deux ans a Nancy, vu qu'il avait prêté 25.000 livres au duc 
et qu'il s'était engagé, six mois auparavant, à livrer l'argent néces- 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 293 

saire à la Monnaie pendant trois années. Il espérait trouver cet 
argent en Allemagne et en Hollande, avec de bons certificats d'ori- 
gine. Cette demande fut même soutenue par M. d'Audiffred, agent 
français. Cela ne servit à rien. Le 23 juin, vint la réponse de Paris : 
la demande était rejetée. 

Néanmoins Samuel Lévy ne désespéra pas. Il arriva à gagner 
la confiance du puissant agent français, en lui donnant des ren- 
seignements précieux sur la conversion des monnaies françaises 
et sur les intrigues diplomatiques de Léopold et lui offrit même 
d'envoyer un homme de confiance à Vienne pour s'informer de ce 
qui se passait dans cette ville. En échange de tous ces services, il 
ne demandait qu'un passeport, afin de pouvoir se rendre de temps 
en temps à Metz, où il avait à soigner des affaires importantes. 

Les Mémoires de Glùckel nous renseignent à nouveau sur le 
genre de ces affaires. Le père de Samuel était tombé malade par 
suite de ses nombreux chagrins et soucis, et il mourut le 24 juillet 
de cette même année. Il avait encore sa maison, ses places dans la 
synagogue, etc., qu'il aurait certainement voulu vendre. Mais il 
paraît que lui non plus ne put arriver à se procurer le passeport 
tant désiré. 

Avant de continuer notre récit, il nous reste à discuter ici une 
question qui est de la plus haute importance pour apprécier le 
caractère de Samuel Lévy. M. Baumont prétend, en maints endroits 
de son ouvrage, que Samuel Lévy avait abusé de la confiance du 
duc et qu'il avait agi en traître envers le duc et envers son gouver- 
nement. Comme preuves, il cite des paroles que l'agent français 
avait prononcées à Nancy. En appuyant la pétition de Samuel Lévy 
à propos du passeport, M. d'Audiffred avait garanti sa fidélité et pré- 
tendu que l'on ne pouvait avoir plus de dévouement que lui pour 
le roi. C'est à lui qu'il devait ce qu'il y avait de meilleur dans son 
mémoire sur le billonnage. M. Desmarets, ministre français, avait 
également des preuves de la bonne volonté et de la capacité de 
SamuelLévy, disait M. d'Audiffred. Samuel Lévy avait même envoyé à 
ce ministre, par l'intermédiaire de M. d'Audiffred, des lettres d'infor- 
mation, qu'il avait reçues de M. Kertz, secrétaire du cabinet de 
l'archevêque de Trêves. 

Il ne nous semble pas que ces paroles contiennent la preuve 
de l'indélicatesse de Samuel Lévy. Il se peut parfaitement qu'il fit 
parvenir des renseignements à l'un ou l'autre des représentants du 
gouvernement français, lorsqu'il eut besoin d'eux. Mais ces rensei- 
gnements ne peuvent pas avoir eu un caractère secret, car 
M. d'Audiffred n'aurait sûrement pas manqué de le dire. Et nous 



•294 RKVUK DES HTUDES JUIVES 

trouvons juste le contraire. Le 24 octobre 1714, il écrivit à Paris que 
Samuel Lévy était un honnête homme et parfaitement au courant 
des affaires de la cour de Lorraine, qu'on pouvait obtenir de lui de 
bons services, mais qu'il agissait seulement par zèle et sans inté- 
rêt ; il fallait tâcher de le gagner parle point d'honneur, etc. 
M. d'Audiffred n'aurait pu s'exprimer ainsi si Samuel Lévy avait été 
un traître. 

L'offre d'établir des correspondances en Allemagne pour le gou- 
vernement français « sans aucune intention d'un avantage person- 
nel » ne prouve absolument rien, puisque ces correspondances 
n'avaient sûrement rien à faire avec la Lorraine Samuel Lévy 
voulait, là encore, se rendre utile au gouvernement français, parce 
qu'il avait besoin de lui pour ses affaires à Metz. (V.Baumont,p 410.) 

Les Juifs ne furent pas plus en état de subvenir aux besoins d'ar- 
gent toujours plus nombreux du duc Léopold que ne l'avaient été 
les financiers chrétiens. La dette se monta en 1714 à six millions 
de livres. Les conseillers du duc ne cessèrent de lui faire les repro- 
ches les plus vifs quant à sa conduite, à ses dépenses exorbitan- 
tes, mais rien n'y fit. Il prétendit, au contraire, que ce n'était pas 
lui. mais ses conseillers qui avaient provoqué le manque d'argent. 
Il est vrai que M. d'Audiffred dit également qu'ils n'entendaient rien 
aux affaires de finance. (Baumont, v. p. 408.) 

C'est pour ces motifs que le duc Léopold chargea Samuel Lévy, 
par lettre patente du 8 octobre 1715, des fonctions de Receveur 
général des finances à la place du sieur Dominique Anthoine, qui 
avait occupé ce poste jusquà cette époque. Samuel Lévy devait 
entrer en fonctions le 1 er janvier 1716. Dans ce but, un inventaire 
devait être dressé des sommes qui appartenaient au duc et qui se 
trouvaient dans la caisse d'Anthoine et devaient être remises à 
Samuel Lévy. Celui-ci avait à tenir une caisse de perception, dis- 
tincte de sa banque, et devait en rendre compte tous les mois au 
Baron de Mahuet, maître de la cour et inspecteur des finances, qui 
de son côté, devait reviser la caisse et en faire un rapport au duc. 
Enfin, les membres de la Chambre lorraine des Comptes devaient 
faire prêter serment à Samuel Lévy, le charger de l'exécution de 
ses fonctions et l'accréditer dans ce but chez toutes les personnes 
qui venaient en considération. (P. «/., XXXVI.) 

Inutile de dire que celte nomination rencontra la plus vive résis- 
tance auprès des membres du gouvernement ainsi que chez les 
sujets du duc Léopold. Aussi, ne nous étonnerons-nous pas si 
Samuel Lévy eut à lutter contre des difficultés avant même d'être 
entré en fonctions. La Chambre refusa d'exécuter les ordres du duc 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 295 

et lui fit, par lettre du 18 décembre 1715, les reproches les plus 
amers de ce qu'il avait nommé receveur général des finances le 
Juif Samuel Lévy ; un Juif ne pouvait, à son avis, qu'être animé 
d'une haine implacable contre le nom chrétien et le genre humain. 
Plutôt que d'accepter ce Juif dans son sein, elle préférait sa dissolu- 
tion. Léopold tint compte de ces remontrances en dispensant la 
Chambre de faire prêter serment à Samuel Lévy et de recevoir ses 
comptes rendus financiers. (Baumont, 409.) 

Déjà, en 1703, un conseil financier avait été institué par Léopold. 
Le baron Marc- Antoine de Mahuet en avait la présidence. Ce conseil 
fut réorganisé, par édit du 5 mai 1714, et chargé de juger en der- 
nière instance toutes les questions ayant trait à la gestion et à 
l'administration des domaines, fermes, monopoles, etc. Etaient 
membres de ce conseilles barons de Mahuet (père et fils), l'abbé de 
Beaufremont, Nicolas Marchai, Lefébure, François de Butant et 
Dominique Mathieu. (V. Recueil des édit s de Lorraine, 11, 26, 361 .) 
Samuel Lévy, en sa qualité de receveur général des finances, 
dépendait également de ce conseil. Il recevait, sans doute, pour 
chaque semestre un état des dépenses et des recettes de son res- 
sort. Mais les recettes de cet état n'étaient nullement assurées, 
tandis que les dépenses furent souvent dépassées par suite de 
besoins imprévus. De sorte qu'il ne faut pas s'étonner si Samuel 
Lévy dut avancer de ses propres fonds des sommes assez considé- 
rables. A la longue, sa fortune personnelle ne suffit même plus à 
faire face à ces exigences toujours croissantes. Il dut faire des 
dettes. 

D'autres difficultés survinrent. Nous avons déjà vu qu'à la cour 
et dans l'entourage de Léopold on n'était pas favorable aux Juifs, 
en général. On l'était encore moins à l'égard de Samuel Lévy, en 
particulier, parce qu'il avait su se créer une position sociale et 
financière tout à fait exceptionnelle pour un Juif de cette époque. 
D'un mémoire dressé, il est vrai, par un adversaire de Samuel Lévy 
sur sa vie et sa conduite à Nancy, il ressort qu'il ne se gênait nulle- 
ment de faire parade de sa richesse et de son pouvoir. Il se fit 
construire des palais, acheta des meubles d'art, eut une synagogue 
spéciale, remplie d'ornements précieux, et dans laquelle fonction- 
naient des rabbins salariés. Il s'entoura de domestiques comme un 
prince, organisa des festins splendides, des bals et des concerts; il 
fit venir des musiciens juifs de Francfort : lui et sa femme déployè- 
rent le plus grand luxe. On évaluait une seule douzaine de ses 
chemises à 1 .500 florins. 

Tout cela, quand une partie seulement de ces allégations serait 



296 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

vraie, ne put qu'augmenter L'envie et la haine à l'égard de Samuel 
Lévy. Ses adversaires en profitèrent pour le dénigrer auprès du duc 
et pour détruire son crédit à l'étranger. Il paraît qu'ils réussirent 
dans leur entreprise, puisque nous possédons un mémoire de 
Samuel Lévy dans lequel il cherche à se disculper des reproches et 
accusations de ses ennemis. 

Il insiste d'abord sur le fait que les recettes ne rentrèrent qu'en 
partie dans le délai fixé, tandis que, les dépenses ne pouvant être 
ajournées, il avait dû faire des avances sans aucun dédomma- 
gement. 

On avait prétendu qu'il devait 30.000 livres à Paris. Or il avait 
payé à Paris, sur les ordres du duc, la somme de 30.000 livres, tandis 
qu'il n'avait pu recevoir que 28 000 livres sur un effet sur Paris de 
100.000 livres que lui avait remis le duc. Cela lui avait encore causé 
des pertes. 

Il en était encore de même quant à l'affaire du général G. de 
Mercy. Ce général, petit-fils du général de Mercy, bien connu 
pendant la guerre de Trente ans, était né en Lorraine, en 1666. Il 
entra au service de l'empereur Léopold, en 1682, et fut nommé 
maréchal des armées impériales. Pendant la guerre de la succession 
d'Espagne, il combattit, en Haute-Alsace, contre le maréchal du 
Bourg et fut blessé, le 26 août 1709, près de Rumersheim. Puis il 
se retira à Bâle. A cette occasion, il dut céder aux Français un 
nombre considérable de prisonniers, des étendards, des canons et 
une cassette dans laquelle se trouvaient, entre autres, des lettres 
du duc Léopold. Vers 1716, Mercy vint en Lorraine, où il tâcha de 
gagner Léopold à la cause de l'empereur. Il y réussit dans une cer- 
taine mesure, car, lorsque la guerre contre les Turcs eut éclaté et 
que Mercy se fut rendu en Autriche, le duc de Lorraine envoya 
des sommes considérables à Vienne. (V. Baumont, p. 210 et 290.) 
Samuel Lévy procura l'argent à Léopold, et d'une lettre de Garrara 
adressée à Samuel Lévy il suit que ce dernier avait l'habitude de 
prêter cet argent à Francfort par l'intermédiaire de son commis 
Cerflsaac. (P. X, XXXVII.) 

Samuel Lévy fut accusé aussi de n'avoir pas payé régulièrement 
les troupes. Il déclara que cette accusation était fausse, puisqu'il 
avait payé, chaque mois, selon les ordres de ses préposés, la somme 
de 17.674 1. 13 s. 4 d. Il est vrai qu'il ne pourrait plus les payer le 
mois suivant, si l'on ne mettait à temps les ressources nécessaires 
à sa disposition. 

Depuis qu'il avait été nommé Receveur général, dit-il, ses adver- 
saires avaient tout fait pour lui enlever son crédit, à quoi ils avaient 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET ElNANCIEK 297 

déjà réussi en partie. Néanmoins il pouvait prouver qu'il avail fait 
plus dans l'exercice de ses fonctions que tous ses prédécesseurs. Il 
n'avait pas payé moins de 1.400.000 livres, plus que dans la meil- 
leure année, bien que les recettes n'eussent pas été plus élevées 
qu'auparavant. Il n'avait jamais eu, pendant huit jours, plus de 
20.000 livres en caisse, mais il avait toujours avancé plus de 20.000 
livres sans profit. En outre, il avait réussi à procurer, au prix 
courant, plus de 20 000 louis d'or en argent monnayé. Par cette opé- 
ration il avait perdu plus de 50.000 livres, qu'on lui avait promis 
de rembourser. Il se déclarait prêt à quitter la Lorraine, si l'on 
voulait lui payer les 2/3 de la somme due par un avis de trois mois. 
(P./.,XXXVIII.) 

Nous ne savons pas ce queLéopold pensa de toutes ces affaires, 
mais la suite prouve qu'il dut céder, car Samuel Lévy fut destitué 
de ses fonctions de receveur général, le 24 décembre 1716. (Bau- 
mont, p. 415.) On lui accorda un délai de deux ans, afin qu'il pût 
mettre ses affaires en ordre. Pendant ce temps il voulut, sans doute, 
encaisser ses dettes et prendre des arrangements avec ses créan- 
ciers. Dans ce but, il se rendit à Metz, au commencement du mois 
de mai 1717 et y resta jusqu'au mois de juin. Mais ses démarches 
furent stériles. Il fit des pertes considérables. Pour les sommes 
qu'on lui avait avancées pendant son ministère, il dut payer des 
intérêts exorbitants, jusqu'à 100 0/0. Au lieu d'argent comptant on 
lui avait souvent donné des objets qu'on évaluait alors au-dessus 
de leur valeur réelle. Son commis perdit rien qu'à Francfort plus 
d'un million et pas beaucoup moins à Metz, Paris, Nancy et en 
Hollande. Quelques-unes de ces pertes sont spécifiées dans un 
mémoire imprimé, dont on conserve un exemplaire à la Biblio- 
thèque Nationale de Paris ^Collection de Lorraine, 470). Malgré tout, 
il put encore payer, au mois de mai 1717, 860.000 livres, tandis que 
son commis Cerf Isaac ne déboursa pas moins de 969.050 livres à 
Francfort. 

Mais ses ennemis voulaient à tout prix sa perte. Ils firent d'abord 
mettre en prison son commis, probablement au mois de mai de la 
même année. Samuel Lévy, s'attendant, sans doute, au même 
sort, se fit délivrer, le 12 mai, un certificat du duc, attestant 
qu'il avait exercé ses fonctions de receveur général avec la plus 
grande probité et ponctualité, comme on pouvait en juger par les 
comptes rendus sur les revenus et les dépenses ^Bibl. Nat.). Ces 
précautions furent inutiles. 

Son commis ne resta probablement que quelques jours en prison. 
Dès qu'il fut relâché, il intenta une plainte en dommages et inté- 



298 HEVUE DES ETUDES JUIVES 

rets contre son maître. Celui-ci fut condamné à 500 livres, bien 
qu'il eût été absolument étranger à celte incarcération. 

A Metz, Samuel Lévy n'arriva pas non plus à se mettre d'accord 
avec ses créanciers, bien que la majeure partie de ceux-ci fussent 
de proches parents. Ainsi, il devait à Ruben Schwab 259.882 1. 8 s. 
en argent lorrain, à Moïse et Jacob Schwab 443.337 L, à Abraham 
Halenbourg 112.000 1. en argent français, à Salomon Schwab 
529,400 1., à Olry et Moïse Alcan 480.000 livres. 

Mais ce furent surtout ses créanciers chrétiens, et parmi eux, 
en première ligne, son prédécesseur, Dominique Anthoine de 
Nancy, qui demandèrent à être payés. Samuel Lévy réussit alors à 
se procurer, de la part du duc, une ordonnance du 6 mai 1717, 
d'après laquelle il était défendu aux huissiers d'entreprendre contre 
lui aucune action judiciaire, dans le délai de trois mois. Là-dessus, 
il parvint à s'arranger avec ses créanciers juifs de Metz, de Franc- 
fort, de Mayence. etc. Ils devaient recevoir leur argent, la première 
moitié dans le délai d'une année, payable tous les trois mois, donc 
par 1/8 chaque fois, et la seconde moitié en six termes égaux d'une 
année. 

Avec ses créanciers chrétiens n'intervint aucun arrangement, de 
sorte que le duc nomma des commissaires spéciaux, afin d'exa- 
miner l'affaire. On dressa des inventaires, on nomma des experts 
pour évaluer les diamants, les marchandises et les différents autres 
objets. Lorsque tout cela fut fait, les créanciers nommèrent quatre 
syndics de liquidation, qui s'emparèrent de tout ce qui existait et 
reconnurent, par là, l'exactitude de l'évaluation. Ces syndics 
étaient Dominique Anthoine, prédécesseur de Samuel dans les 
fonctions de receveur général, Alexandre Olivier, fabricant de 
bas, Alexandre Senturier et Gérard Despoules, commerçants 
de Nancy avec lesquels Samuel Lévy avait été en relations d'affaires. 

Un jour, probablement au commencement du mois de juillet, 
ces quatre syndics proposèrent à Samuel Lévy de transférer son 
domicile dans la maison d'un commerçant de Nancy, pour qu'il ne 
tombât pas dans les mains de ses créanciers juifs. Il accepta cette 
proposition et promit de ne quilter la maison sous aucun prétexte. 
Il y resta du jeudi au samedi, sans être surveillé par qui que ce fût. 
Mais entre Lemps, certaine personne dont Samuel Lévy ne dit pas 
le nom réussit à faire croire au duc que Samuel voulait s'enfuir 
par sa cave et se fit délivrer contre lui un mandat d'arrêt. Le 
samedi soir, il fut conduit en prison, et quelques jours plus tard 
il y fut rejoint par sa femme et ses deux serviteurs. (D'après un 
document conservé à la Bibl. Nat.) 



SAMUEL LEVY, RABBIN ET FINANCIER 299 

Samuel Lévy protesta contre toutes ces injustices, dans un 
mémoire spécial qu'il adressa au conseil ducal. Ce mémoire est 
composé de dix articles. Toutes les accusations portées contre lui 
y sont réfutées, et il y fait la preuve de son honnêteté. Il ne nie pas 
avoir subi des pertes considérables, mais la cause en a toujours 
été qu'il a préféré l'intérêt du duc au sien. S'il n'avait pas été 
honnête, il aurait facilement pu se mettre en sûreté, lorsqu'il avait 
été à Metz, où il était encore en possession de ses objets d'or et 
d'argent et où il avait encore des diamants et de fortes sommes 
d'argent ; mais il voulait être et rester un honnête homme. 
(P. X, XXXIX.) 

Pendant que Samuel Lévy était en prison, les syndics réunirent 
tous les créanciers chrétiens chez Dominique Anthoine et firent 
évaluer à nouveau, par des experts favorables à leurs intérêts, les 
diamants et les joyaux, qui, d'après eux, avaient été taxés trop 
haut à la première évaluation. Quant à la taxation des marchan- 
dises et des autres objets ils n'avaient rien à y redire. Inutile 
d'observer que la différence de prix ne fut pas en faveur du 
débiteur. (D'après un document imprimé en possession de 
M. L. Wiener de Nancy.) 

Les objets les plus précieux furent alors déposés chez M. de Beau- 
fremont, président du tribunal supérieur; les autres Curent laissés 
dans la maison de Samuel Lévy, sous la surveillance de sergents 
de police. Puis on convint de demander au débiteur le paiement 
de deux tiers de ses dettes, dans le délai de 15 jours ; pour le troi- 
sième tiers on lui accordait un crédit de deux ans. En vue du 
premier paiement une nouvelle évaluation devait être faite. Cet 
accord fut conclu le 20 août 171 7. L'évaluation eut lieu, le 26 août, 
par MM. Malcontent, Lenoir et François. 

Le lendemain, 27 août, cet accord fut encore annulé ; à sa place 
on fit l'arrangement suivant : les créanciers devaient choisir des 
objets, selon la dernière évaluation, pour le paiement des deux 
tiers ; pour le troisième, Samuel Lévy devait bénéficier d'un délai 
de deux ans et de sa mise en liberté. En cautionnement, les objets 
inventoriés et non inventoriés, mais déposés chez M. de Beaufre- 
mont, devaient être remis à Dominique Anthoine et Alexandre 
Senturier. (Bibl. Nat.) 

Il semble bien que cette solution favorable soit due à une lettre 
adressée par Samuel Lévy au duc Léopold, lettre datée du 25 
août et dans laquelle son auteur insiste sur la criante injus- 
tice qu'on lui a faite. « On emprisonne, dit-il, une femme 
pour affaire du commerce de son mary et cela sur des soupçons 



300 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Légers, on lui demande des comptes rendus et on lui garde ses 
papiers et ses actes, par lesquels il pourrait se disculper ». 
(P.J.,XL.) 

Samuel Lévy fut donc relâché. Mais ses adversaires ne tardèrent 
pas à trouver de nouveaux griefs contre lui. Suivant les lois du 
duché de Lorraine, seul l'exercice du culte catholique romain 
était permis. Or, il fut dénoncé au tribunal supérieur, pour une 
réunion solennelle qui avait eu lieu les 14 et 15 septembre 1717, 
dans sa maison. Avaient assisté à cette réunion les membres de 
sa famille, celle de son gendre et beaucoup d'autres Juifs. Cette 
réunion avait pour but de célébrer « la fête des sept trompettes 1 ». 
Samuel Lévy lui-même devait avoir officié dans cette réunion, 
revêtu des ornements d'un rabbin, et les autres Juifs avaient 
également, sur la tête et le s épaules, les insignes en usage à ces 
occasions. Il y eut de grandes illuminations, qu'on voyait de loin ; 
leurs cris et leurs chants furent entendus à une grande distance. 
Ce spectacle tout nouveau attira l'attention et provoqua un grand 
rassemblement devant la maison de Samuel Lévy. Or, les Juifs 
n'avaient même pas le droit de résidence et n'étaient que tolérés, 
de sorte qu'ils ne pouvaient même pas être considérés comme des 
sectaires étrangers, à plus forte raison ne leur était-il pas permis 
d'exercer leur culte publiquement, tolérance dont ne jouissaient 
même pas les réformés. 

Le procureur fiscal aurait donc pu requérir une punition sévère, 
mais il crut devoir s'en dispenser pour cette fois encore et se 
contenta d'une simple défense ; une enquête fut donc inutile. Le 
tribunal décida que la réunion tenue, les 14 et 15 septembre, dans 
la maison de Samuel Lévy avait été « scandaleuse, audacieuse et 
défendue » et interdit tant à Samuel Lévy qu'à tous les autres 
Juifs l'exercice public de leur culte, sous peine de 10.000 livres 
d'amende Celte décision, datée du 17 septembre 1717, devait être 
imprimée, publiée et affichée partout. {Recueil des édits, ordon- 
nances, déclarations, etc. du règne de Léopold 7 e ', II, p. 133.) 

M. GlNSBURGER. 

(A suivre > 



1. Il s'agit de la fête de Kippour. Digot, Histoire de Lorraine, p. 80, prétend qu'il 
est question de la fête du nouvel an, ce qui s'accorderait mieux avec les trompettes, 
mais, en 1717, le nouvel an tomba le 6 septembre. Dom Calmet {Histoire de Lorraine, 
VI, p. 252) a attribué le fait à l'année 1715, mais cette année-là, Rosch Hascbanah 
tomba le 24 septembre; du reste, il est dit expressément, dans le jugement du 17 sep- 
tembre 1717 : les 14 et 15 de ce mois. La dénomination de « fétc des sept trom- 
pettes » ne peut donc provenir que d'une confusion. 



LA 

BIBLIOTHÈQUE DU TALMUD TORA 

DE LIVOURNE 



La bibliothèque du Talmud Tora de Livourne se trouvait, lorsque 
j'y entrepris mes travaux en 1910, dans un état fâcheux de déla- 
brement et de désordre. Les imprimés, parmi lesquels beaucoup 
de livres rares, et les manuscrits gisaient pêle-mêle, de sorte qu'il 
n'était guère possible d'apprécier la valeur de cette collection. 
Cet état d'abandon, qui durait évidemment depuis longtemps, 
n'avait pas manqué de causer quelque dommage à bon nombre de 
livres; mais, par une heureuse circonstance, les volumes rares et 
les manuscrits n'ont pas eu à souffrir, de sorte qu'en somme, la 
bibliothèque n'a perdu que très peu de sa valeur. 

Après deux ans de travail assidu, elle se trouve maintenant com- 
plètement remise en ordre, et le catalogue des manuscrits et des 
livres rares, auquel je travaille depuis quelques mois, ne tardera 
pas à paraître. Comme il s'agit d'une collection à peu près ignorée 
du plus grand nombre des hébraïsants et des bibliographes, j'espère 
qu'en attendant le catalogue, on lira avec intérêt cette courte rela- 
tion du résultat de mes travaux. 

Je ne donne ici bien entendu, que des notices très sommaires 
sur l'histoire de la collection de Livourne et sur quelques uns de 
ses manuscrits et de ses livres les plus intéressants, en renvoyant 
pour tous les détails à mon catalogue. 

Étant donné les conditions déplorables où se trouvait la biblio- 
thèque, je ne pouvais m'attendre à trouver que des documents 
très insuffisants sur son histoire et son développement; voici ce 
que j'ai pu établir à ce sujet. 



302 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le fonds le pins ancien de la collection remonte sans aucun 
doute à la première époque de la communauté de Livourne, c'est-à- 
dire au commencement du xvn e siècle. C'est à ce fonds primitif 
qu'appartient la plus grande partie des livres imprimés à Constan- 
tinople, Salonique et dans les autres villes d'Orient durant le xvi e 
siècle, de même qu'un certain nombre de livres imprimés en Italie 
(Mantoue, Bologne, Ferrare, Sabbioneta, Venise, etc.). Ces livres 
sont venus enrichir la bibliothèque par donations ou legs des riches 
Juifs orientaux, espagnols, et môme italiens, qui trouvèrent à Li- 
vourne, sous le gouvernement libéral des Médicis, un asile contre 
les persécutions auxquelles ils étaient en butte un peu partout à cette 
époque. 

Les livres et les manuscrits qui constituent cet ancien fonds ne 
sont en général marqués par aucun signe distinctif, quelques-uns 
seulement portent sur le titre les mots : Talmud Tora ou Biblio- 
teca del Talmud Tora, suivis de leur numéro. Ce premier fonds 
s'accrut encore par le legs du rabbin cabbaliste Joseph Ergas*. Sa 
riche collection d'imprimés, ayant appartenu probablement au 
Bet-Hamidrasch dont son fils Raphaël fut le fondateur, passa plus 
tard à la bibliothèque du Talmud Tora. 

A partir de cette époque jusqu'au commencement du xix e siè- 
cle, les renseignements font absolument défaut. Mais on a 
le droit de supposer que pendant ce laps de temps assez long 
le nombre des livres est allé en augmentant grâce à des 
donations, voire môme à des achats, car nous trouvons la biblio- 
thèque un siècle plus tard assez riche déjà en œuvres de tous 
genres. C'est toutefois au commencement du xix e siècle, en 1806, 
que la collection la plus importante, soit par le nombre, soit pour 
la qualité, vint enrichir la bibliothèque du Talmud Tora, et c'est 
à ce fonds nouveau qu'elle doit en somme presque toute sa 
valeur. 

En travaillant au classement des livres, je ne tardais pas à obser- 
ver que la plupart des livres rares et des manuscrits intéressants 
portaient sur le titre ou sur la première page le sigle suivant : 
'n Dfr» wornM »"rn. 

Ce fait n'établissait pas seulement la même provenance pour 
tous ces livres, mais indiquait aussi qu'il s'agissait là de la collec- 
tion d'un bibliophile. N'étant parvenu à obtenir aucun rensei- 
gnement sur l'origine de ce fonds, je consultai les archives de la 

1. 1685 1130. Voir Azoulaï, D^bvttH DttJ, éd. Ben Jacob, I, p. 76 ; Graetz, Gesch. 
der Juden, X, p. 344 et suiv. 



LÀ BIBLIOTHÈQUE DU TALMUD TOBA DE L1VOURNE 303 

communauté, en prenant pour point de départ l'acrostiche 33'Vn et 
en ayant toujours présent à l'esprit que le collectionneur s'était 
arrêté à Tan 1805. Les recherches furent assez longues et pénibles, 
car jetais obligé d'aller un peu à l'aventure. Mais j'eus la bonne 
fortune d'atteindre le résultat que je désirais. Je trouvai, en effet, 
parmi les documents de l'an 1806. le compte rendu d'une séance 
des Massari (trésoriers), c'est-à-dire des administrateurs de la com- 
munauté, dans laquelle il était question de l'achat de la riche 
collection des livres hébreux ayant appartenu à feu Rafaël Hayyim 
Monselles ' (Monselice). 

La somme demandée par la veuve, à qui la collection avait été 
léguée et qui était à vrai dire assez au-dessous de sa valeur, fut 
naturellement accordée et le précieux legs passa dans la bibliothè- 
que du Talmud Tora. 

Malheureusement je ne suis parvenu à recueillir que très peu de 
données sur la vie de l'homme qui mérita si bien des études hébraï- 
ques à Livourne. Les personnes de sa famille que j'ai consultées à 
ce propos n'ont su me donner aucune indication précise. 

Il jouissait, paraît il, d'une grandeconsidération comme connais- 
seur de la littérature hébraïque, et les rabbins de Livourne avaient 
l'habitude de lui demander son avis sur toutes les questions ayant 
trait aux règles du culte et aux études religieuses. Il était aussi 
lié avec le célèbre Azoulaï, qui mourut à Livourne la même année 
que lui f 1806) 2 et qui a mentionné 3 plusieurs de ses manuscrits. 

C'était, en tout cas, un érudit et un bibliophile très intelligent, 
ainsi que l'atteste assez sa collection même, surtout à une époque 
où les études sur la bibliographie et la littérature juive étaient peu 
avancées. 

Le Rabbin Israël Costa 4 a donné aussi, au Talmud Tora, à des 
époques diverses, un certain nombre de livres, presque tous moder- 
nes et sortis de son imprimerie En mentionnant encore la donation 
que le professeur R. Mondolfi a faite dernièrement des livres et 
manuscrits en grande partie cabalistiques ayant appartenu à feu son 
père, le pieux et savant Ismael Mondolfi, j'aurai dit tout ce qui 
mérite d'être noté concernant l'histoire de la bibliothèque de 
Livourne. Je donnerai maintenant quelques notices sur son con- 
tenu. 

i. 1761-1806. 

2. Raf. Hayyim Monselles mourut le 14 Nissan 5566 (2 avril 1806). Azoulaï était 
mort vingt-six jours plus tôt, le 17 Adar (7 mars]. 

3. Voir, p. ex., le ms. des consultations d'Azriel Diena, aux n^ s 22-23. 

4. 1819-1897. 



304 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Il va sans dire qu'on y trouve, à quelques exceptions près, tous 
les livres imprimés à Livourne depuis 1650 jusqu'à nos jours, et 
dont plusieurs sont devenus aujourd'hui assez rares. Les livres 
imprimés durant le xvi c et le xvn e siècle à Venise, Ferrare, Bolo- 
gne, Crémone, Mantoue Sabbioneta, Riva, etc., s'ytrouvent aussi en 
grande partie, entre autres une vingtaine appartenant aux Soncino. 
Parmi les imprimeries étrangères sont représentées notamment 
Gonstantinople, Salonique, Cracovie, Prague, Lublin, Hanau, Fiirlh et 
d'autres villes de l'Allemagne. La bibliothèque contient aussi pres- 
que tous les livres imprimés à Belvédère, Kuru Tshesme, Safed, 
Isny, Tbiengen et autres lieux de moindre importance pour l'his- 
toire des livres hébraïques. Les incunables sont au nombre de 
12, presque tous assez rares. 

Le total général des imprimés est d'environ 4.000 et celui des 
manuscrits de 120. 

On s'expliquera facilement le nombre peu élevé de ces derniers 
en comparaison de celui des imprimés en considérant que la biblio- 
thèque de Livourne s'est accrue très lentement par de multiples et 
petites donations, non par l'achat de grandes collections ; à l'excep- 
tion de la collection Monselles, qui ne contenait toutefois qu'un 
nombre assez restreint de manuscrits. Tout en étant peu nombreux, 
les manuscrits de Livourne constituent néanmoins une collection 
assez intéressante, comme on le verra par les notes suivantes. 

Je répète que ces notes ne doivent donner qu'une idée sommaire 
des manuscrits et des livres que j'ai choisis, et que tous les détails 
sur leur contenu, leur forme, etc., se trouveront seulement dans le 
catalogue. J'emploie l'abréviation aut. pour les manuscrits auto- 
graphes et l'abréviation un. pour les manuscrits et les imprimés qui 
ne se trouvent, à ma connaissance, dans aucune autre collection. 



Manuscrits. 



31s. n° 1. In-folio sur parchemin de 350 feuilles 35x25. Contient 
le code de Alfasi sur 14 traités talmudiques avec le commentaire 
de Raschi et un recueil de Tossafot sur le lexte même de Alfasi. 
Ce recueil est anonyme, mais appartient probablement à l'école 
de n'^'n'K'n ou à celle de tt"nrm Ms. allemand du xiv* siècle. 
Les ms. contenant des tossafot sur le texte de Rif sont assez rares. 
Celui de Livourne est, en tout cas, le plus beau et le mieux con- 



LA BIBLIOTHÈQUE DU TALMUD TOKA DE L1VOURNE 305 

serve de tous ceux que j'ai vus (Londres, Paris, Parme *). En raison 
des nombreuses citations qu'il contient, ce ms. est très important 
pour l'histoire du rabbinat en France et en Allemagne aux xm e et 
xiv e siècles. 

N° 3. ir-pbs 'n m*iz)^ irai rnsbrr. Gode halacbique du rabbin 
Isaïe de ïrani le jeune (Tnm). Magnifique ms. de 453 feuilles de 
parchemin. Ancona, a. 1370-1371. Il contient 23 traités, c'est-à- 
dire le code toutjentier. 

N° 5. rma^D t-\Miin d* tmntt b* ^"«n '*&. Ms. de 294 feuilles 
de parchemin italien (Cortona), a. 1462. Le plus beau ms. de la 
collection, vraie merveille pour l'exécution. Les gloses marginales 
dont le ms. est rempli ont été écrites en menus caractères par le 
même copiste; c'est dire qu'elles sont l'œuvre d'un savant italien * 
antérieur à l'an 1462. Le ms. est, par conséquent, très important 
pour l'histoire de l'exégèse biblique en Italie. 

N° 8. bama» *jnD 'nb mn 'hm '^s. Ms. italien du xvi e siècle. 
La famille italienne des b^rna (Casadio), dont le nom fut plus 
tard changé en û-w (Mansi ou Pietosi), compte quelques membres 
célèbres 2 . L'auteur de ce commentaire est, par contre, tout à fait 
inconnu jusqu'ici. — Aut. un. 

N° 9. ^btt"i b -pn niDfc'a ira '-ib '"Vian '© b* '*£>. Ms. sans date, 
mais appartenant probablement au xvi e siècle. Je ne suis pas par- 
venu à identifier l'auteur de ce commentaire ; je crois qu'il est 
inconnu, ainsi que le précédent. — Aut. un. 

N° 13. ij" , nn mï-nir C'est le manuscrit original écrit et corrigé 
par l'auteur môme, qui n'est pas Samuel del Vecchio, comme on le 
trouve désigné dans presque tous les catalogues 3 , mais bien Moïse 
Yehiel del Vecchio. Les preuves documentaires de cette assertion 
seront données dans le catalogue. Il suffira que je fasse ressortir 
ici que, le ms. de Livourne étant l'original de l'auteur, il ne sau- 
rait y avoir de doute sur sa paternité. Le ms. a été censuré par 
Fr. Luigi, 1591, etDomen. Ierosol., 1593. — Aut. 

1. Le ms. 134 De Rossi contient plusieurs traités du code de Rif. Sur la marge 
extérieure du ms. se trouve, selon de Rossi, le commentaire de R. Nissim. C'est une 
erreur ; j'ai parcouru ce manuscrit plusieurs fois et j'ai constaté qu'il s'agit, au 
contraire, de tossafot allemands sur le texte de Rif. 

2. Que l'auteur de ces gloses ait été un Italien, cela est démontré suffisamment par 
les mots et locutions italiens dont il se sert souvent pour éclaircir le texte biblique 
et le commentaire de Raschi. 

3. V. Mortara, Indice, p. 49. 

4. Par ex. dans ceux de la Bodléienne (Neubauer) et du Br. Mus. ( Margot iouth). 
Cf. la note de Mortara {Ind., p. 68) sur le ms. de Manoach Gorcos collationné par 
Bartolocci . 

T. LXV, q° 130. 20 



306 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

N° 15. lunta'i tai-na» '3 pn»*» r a nnw» 'nb panan *-o*o. Cet 
ouvrage, contenant des prescriptions religieuses et rituelles, 
est inconnu jusqu'aujourd'hui. Le ms. de Livourne renferme 
l'original écrit par l'auteur môme avec beaucoup de corrections 
interlinéaires et marginales. A en juger par le contenu des der- 
nières pages, cet ouvrage aurait été composé et écrit en Orient; 
il porte la date de 1490 (1495?). — Aut. un. 

N° 16. rjp^m n^miî r-nab^n et -inm "nos nso de Samuel b. 
Elischa Portaleone ' ; ce ms. a été écrit par le frère de Fauteur, 
R. Salomon Portaleone. 

N° 20. Recueil d'environ deux cents consultations autographes de 
rabbins italiens et orientaux 2 du xvi 6 et du xvn e siècles. C'est de 
ce recueil qu'ont été copiées un grand nombre des consultations 
contenues dans le ms. d'Azoulaï appelé û^tûas anî 3 . 

N 08 22-23. Recueil complet des consultations du rabbin Azriel 
Diena de Sabbioneta •*. C'est évidemment le recueil mentionné par 
Azoulaï 5 . 

N° 24. Recueil complet des consultations de Moïse b. Abraham 
Provenzal, écrites et corrigées de sa main. La bibliothèque 
Bodléienne ne possède que trente-quatre consultations de ce 
célèbre rabbin de Mantoue. 

N os 29-31. Trois in-folio sur papier, ms. italien du xvn e siècle, 
contenant les œuvres complètes du rabbin Benjamin Espinosa de 
Livourne : I. nwi r-pa, super-commentaire d'Abraham ibn Ezra 
sur les Prophètes et les Hagiographes; II. tavpn w, sur le texte 
traditionnel des prières (beaucoup de corrections et d'additions 
autographes) ; III. pra ma 'do, sur l'architecture du Temple ; 
IV. d^dis t-iDia, recueil d'homélies; V. r-noi û^r, recueil d'études 
halachiques. sur le texte de la Gemara, de Maïmonide, de Raschi, 
etc., suivi d'un recueil de consultations de l'auteur; VI. r-ibatt b* '•» 
nnoa; VII. man'"*; VIII. "pT^aa -1*125 ou id.io naabtt, manuel 
en vers pour le scribe, accompagné d'un commentaire par l'au- 
teur; IX. Recueil de compositions poétiques; X. Recueil de 
lettres. — L'on jugera de l'importance de ces manuscrits en consi- 
dérant que parmi les dix ouvrages de cet auteur il y en a bien sept 

1. V. Schem hag., éd. cit., p. 188. IL parait que Azoulaï ne connaissait pas ces 
deux ouvrages. 

2. Pas exclusivement cependant, puisque le ms. contient, par exemple, des consul- 
tations de ?a"nn?a, de b"V~trV2 et autres. 

3. V. pour plus de détails l'article que je consacrerai plus tard à ce recueil. 

4. V. Revue, XXX, 304; XXXVIII, 277. 

5. Schem hag., p. 153. 



LA BIBLIOTHÈQUE DU TALMUD TORA DE LIVOURNE 307 

qui ne se trouvent dans aucune autre collection, et quelques-uns 
dont on ignorait tout à fait l'existence. 

N° 37. iiomn i»an. Ouvrage homilétique de Moïse b. Samuel 
ibn Bassa de Blanes, rabbin de Florence au commencement du 
xvn" siècle. Cet ouvrage, presque unique en son genre, ne se trouve 
dans aucune autre bibliothèque *. — Aut. un. 

N° 38. In-folio italien du xvi° siècle, contenant le "nro 'o avec 
deux commentaires : le commentaire très connu de Juda Moscato 
et un deuxième appelé sroïT bip na inconnu jusqu'à présent. Son 
titre nous indique qu'il s'agit peut-être d'un super- commen- 
taire, voire même d'un abrégé du rmm bip. On n'en connaît pas 
l'auteur. 

N° 40. I. uiD^nn^rt 'do ; II. ï-nmtt imn», ouvrages très connus 
de Schem Tob Falquera. Mais la troisième partie du ms., qui ne 
porte pas de titre, contient des notes critiques sur le More 
de Maïmonide, probablement par le même auteur. Ms. espagnol, 
a. 1382. 

N° 58. TiNWtt nso. Ouvrage cabalistique d'un auteur inconnu 
mais assez ancien à en juger par le contenu. Je ne l'ai vu noté dans 
aucun autre catalogue. Ms. italien du xvi e siècle. — Aut. un. 

N° 84. }a» "in et û">nba "in, deux grands ouvrages cabalistiques 
d'un auteur jusqu'ici tout à fait ignoré : Juda b. Eliézer b. Juda 
Àrié di Montescudo 2 ()yn im). Il a vécu probablement au 
xvi e siècle. — Aut. un. 

N° 86. Ms. italien du xvn e siècle contenant des écrits cabalis- 
tiques de Miguel Cardoso, le célèbre apôtre de Schabbataï Cebi. Le 
premier est un abrégé sur l'En Sof, le second et le troi- 
sième portent respectivement les titres de tmp:?n iam et riT ©m 
">b«; ce dernier est divisé en deux parties et en vingt-sept cha- 
pitres. — Aut. un. 

N° 110. Manuscrit italien du xvi e siècle contenant des recettes de 
tout genre, de médecine, d'alchimie, d'astrologie, de magie, des 
formules diverses, des amulettes, etc. 

N° 111. Manuscrit italien du xvi° siècle, contenant un recueil de 
plus de deux cents recettes de médecine; des notes ajoutées par un 
des propriétaires du ms. portent la date de 1559. 

N° 117. orna "^imn. Recueil d'homélies prononcées à l'occasion 
de la mort d'un grand nombre de rabbins italiens du xvn e siècle et 
de leurs parents. Ms. italien du xvn e siècle. — Aut. un. 

1. Cf. Mortara, Indice, p. 6; Steinschneider, Cat. BodL, col. 2035. 

2. Il s'ayit probablement de Montescudo, petite localité près de Rimini, ou de Mon- 
Uscudaio, aux environs de Pise. 



308 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

N° 118. Epv ûpVn. Recueil de compositions poétiques de rabbins 
italiens du xvii et du xviii siècles pour diverses circonstances. — 



Imprimés 1 . 



lo "psiov -idd, éd. pr.,Mantoue, 1480? 

2 a Moïse b. Nahman, ïrnnrt b* '-»d, éd. pr., Rome, 1480 ? 

3° Du même, bro^rr n^E, Naples, 1490. 

4° Misclina, éd. pr., Naples, 1492. 

5> Avicenne, li3Np, Naples, 1491-92. 

6° Pentateuque, Haftarot et Meguillot, sans points voyelles 
sur parchemin, Ixar (Alantansi), 1490-91 ? De ce magnifique incu- 
nable ne sont connus, en dehors de celui de Livourne,que deux 
exemplaires complets à Florence et à Oxford. 

7° David b. Joseph Qimhi, trunia b, Naples, 2 J éd., 1491. 

8° Proverbes avec le commentaire Kab venaki, d'Ibn Yahia, 
Lisbonne, 1492? 

9° David b. Joseph Qimhi, sa^unio o, Gonstantinople, 1513. 

10° Du même, bibD» 'o, éd. pr., Gonstantinople, 1532. 

11° Du même, bibs» 'o, 2 e éd. in-8o, Gonstantinople, 1532. 

12° Jacob b. Hahib, npr» f"»*, éd. pr., Salonique, 1516? 

13° Psaumes avec les commentaires de D. Qimhi et de R. Joseph 
Hayyon, Salonique, 1522. 

14° Salomon b. Jacob Almoli, marron bsb sp«tt, Gonstantinople, 
1530? 

15° Moïse b. Joseph Qimhi, r-unn ^baio ^brra, Rome, 1545. 

16° Isaac Léon et autres, pos, Rome, 1546. 

17° Juda Nathan Provenzal, b* pic banur 1 r-n^sn obi* tik. 
mpmr-j, Gonstantinople, 1560 ? 

18° Ahron Abraham b. Baruch, taroran mi», l re éd., 1582. 

19° Consultations des Gaonim, éd. pr. , Gonstantinople, 1575. 

20° Juda b. Moïse Gedaliah, robœrp 'ttbn rrno», Gonstanti- 
nople, 1573. 

21° cps W», Venise, 1575. 

22° Joseph, b. David ibn Leb, rVira, 4 e partie, Quru Tshesme, 
sans date. 

23° Simha Luzzatto, Discorso circa il stato delV hebrei, etc. 
Venise, 1638. 

1 . Je ne donne ici qu'un choix très limité des livres rares de la bibliothèque. 



LA BIBLIOTHÈQUE DU TALMUI) TORA DE LIVOURNE 309 

24° Moïse Hayyim Luzzatto, nbnn tD"nii3">b, éd. pr., Amsterdam, 
1743 et autres. 

La bibliothèque de Livourne possède aussi l'exemplaire 
unique d'un livre inconnu jusqu'à présent, le to"n?ra ^nnD de 
Salomon Mashiah, imprimé à Venise par Zuan de Gara en 1590. 

Il ne manque pas non plus de livres et de manuscrits ayant 
appartenu à des personnalités intéressantes. Ainsi le ms. 56, con- 
tenant le rinEarj nwn 'sa de Moïse Tordesillas, a été écrit à Ferrare 
en 1550 pour Don Juda b. Samuel Abrabanel * ; le y"nu:ri 'o 
(Crémone, 1556) porte sur le titre la signature de Léon Modena, 
et le recueil des rT-im de R. Asher b. Yechiel, éd. pr. (Constanti- 
nople, 1517), porte sur le titre l'indication suivante : '-nba pn ton 
.tzTDCo '73 ^03 t*«3«"i* 5|Dv 'n mo-ion t b? im» vnapi ^man m? ï-m 
■nb nantû^. 

Carlo Bernhèimer. 



1. C'était le neveu du célèbre Isaac et le fils de Don Samuel et de Doua Benvenida. 



NOTES ET MÉLANGES 



DEUX OBSERVATIONS 

I. — Dans son article sur La dispute entre les Égyptiens et les 
Juifs devant Alexandre, écho des polémiques antijuives à Alexan- 
drie, M. Israël Lévi prouve que cette légende est une réfutation de 
l'accusation élevée par la polémique anti-juive, qui faisait grief 
aux Hébreux d'avoir détroussé les Égyptiens*. Je n'ai pu prendre 
connaissance que ces jours-ci de cette savante étude et je me 
permets de citer quelques textes qui montrent que cette accusation, 
souvent lancée par des lecteurs non-juifs de la Bible 2 , a beaucoup 
occupé les rabbins. 

R. Àkiba disait déjà : tous les prophètes ont condamné les 
Israélites d'avoir emporté de l'or et de l'argent lorsqu'ils sortirent 
de l'Egypte : « ton argent est devenu du plomb » (Isaïe, i, 22 ; « ils 
ont employé de l'argent et de l'or pour Baal » (Osée, n, 10) ; « de 
leur argent et de leur or ils se sont fait des idoles » {ib., vin, 4) 3 . 
C'est peut-être aussi une intention apologétique qui a suggéré à 
R. Ismaël l'assertion que les Israélites ne voulaient rien prendre, 
mais que les objets leur furent imposés \ ce qui écarte toute idée 
de rapine et de vol. Dans ce cas, R. Ismaël contrairement à R. Akiba, 
contesterait le fait même du vol. L'interprétation de R. Natan est 
du même genre. Dans la Mechilta de R. Simon b. Yobaï, qui pro- 
vient de l'école d'Akiba, on lit cependant : les Égyptiens prêtèrent 
d'eux-mêmes aux Israélites ce qu'ils ne voulaient pas accepter, ils 
prêtèrent aux Israélites malgré ceux-ci ; c'était, pensaient les 

1. Revue des Études juives, LXIII, 211-215. 

2. V. Bergmann, Jûdische Apologelik im neulestament lichen Zeilaller (Berlin, 
1908), p. 148. 

3. Gen. r., p. 266 3 Theodor. 

4. Mechilta, iib Friedmann. 



iNOTES ET MÉLANGES 311 

Égyptiens, afin que les peuples de l'univers, voyant les Israélites 
dans le désert, disent : « Les esclaves des Égyptiens sont si riches 
(combien plus les Égyptiens doivent-ils l'être !) 3 ». Ici l'opposition 
des deux écoles n'apparaît pas aussi tranchée. Nous voyons seule- 
ment que l'une et l'autre s'efforçaient d'écarter le même reproche. 

On peut voir une troisième source dans un texte cité par le 
Talmud de Babylone comme émanant de l'école de R. Ammi 6 . « Je 
t'en prie, dit Dieu à Moïse, recommande aux Israélites d'emprunter 
de l'or et de l'argent aux Égyptiens, afin que le pieux Abraham 
n'ait pas à se plaindre. Il pourrait me dire : la première partie de 
ta promesse s'est réalisée, « ils deviendront esclaves et on les oppri- 
mera » (Gen., xv, 13), mais la seconde partie ne l'a point été, à 
savoir «ils partiront ensuite avec une grosse fortune ». R. Ammi 
explique ensuite le midrasch anonyme mentionné plus haut 1 . 

Il est donc certain que les aggadistes ont cherché à infirmer et à 
réfuter les accusations en question. 

II. — Dans un autre travail, Le sacrifice d'haac et la mort de 
Jésus, M. Lévi établit à l'aide de textes péremptoires les rapports 
qui existent entre la Akéda et la conception de la mort de Jésus 2 . 
Or, l'amoraHilkiyahou 3 polémise contre la filiation divine de Jésus 
et sa mort sur la croix 4 . « Stupide, dit-il, est l'opinion des men- 
teurs qui disent que Dieu a un fils. Gomment ! Dieu n'a pu voir 
Abraham égorger son fils et il a dû s'écrier aussitôt : n'étends pas 
la main sur le jeune homme ! (Gen., xxn, 12). N'aurait-il pas changé 
l'univers tout entier en un désert si on avait voulu tuer son propre 
fils? 5 » 

Nous voyons clairement par là que l'idée de la crucifixion de 
Jésus a été mise en rapport, dans la polémique, avec l'Akéda. 

Londres, le 12 février 1913. 

A. Marmorstein 



1. Éd. Hoffmann p. 25 12 . 

2. Berachot, 9 a. 

3. Berachot, 9 b. 

4. Bévue, LX1V, 161-184. 

5. Bâcher, Die Agacla der pal. Amor., III, 689. 

6. Agadat Bevéschit, 64 Buber ; cf. mes Beligionsgeschichlliche Studien, II, 91. 

7. Peut être la comparaison d'Abba b Cahana appartient-elle au même cercle d'idées 
[Pesikta, éd., Buber, p. 13 a, 1-9) : HNEb rpb 171 ^nX •NTTP 13 "in b"« 

ib*»» ,*p03 "pn":) T3?n73 n^-\-p n':i pNi 3"h ,«b b w « ^.-"a-ipi b"« t nva 

•n73D"i hed nriN bs> n^anp 



312 REVUE DES ÉTUDES .1U1VES 



LES CINQ ISAAC 

On sait qu'Abraham ibn Daud rapporte, dans son Se fer ha- 
Kabbala, qu'il y a eu en Espagne, dans la deuxième période rab- 
binique, cinq docteurs considérables qui portaient tous le nom 
d'Isaac. Deux d'entre eux étaient du pays de Sefarad proprement 
dit, c'est-à-dire de l'Andalousie, un troisième d'un pays voisin et 
les deux autres étaient d'origine étrangère 2 . Les deux premiers 
sont Isaac b. Barouch Albalia de Cordoue (mort à l'âge de cinquante- 
neuf ans à Grenade, en Nisanl094) et Isaac b. Juda ibn Gayyath de 
Lucène (mort à Cordoue en 1089) ; le troisième est Isaac b. Moïse 
ibn Sakni 2 de Dénia, qui émigra plus tard en Orient; enfin, 
les deux derniers sont Isaac b. Ruben Albargeloni, qui passa de 
Barcelone à Dénia, et Isaac b. Jacob Alfâsi, qui, venu de Fez, eut 
son école d'abord à Cordoue, puis à Lucène 3 . 

Cette notice a servi de source à beaucoup de chroniqueurs 
postérieurs : Meïri (apnd Neubauer, M. J. C, II, 228), Isaac Lattes 
(ib.y 234 ; texte altéré), Saadya ibn Danân {Hemda guenouza, 296), 
Conforte (éd. Cassel, 6 b) et Sambari (apud Neubauer, I, 126). 
Ibn Danân et Sambari sont seuls à mentionner les cinq rabbins; 
les trois autres omettent le troisième du groupe, Isaac b. Moïse. 
Mais la relation d'ibn Danân a une valeur particulière, parce qu'il 
ajoute quelques renseignements personnels à ceux d'ibn Daud 
et qu'il permet de rectifier quelques inexactitudes dans le texte du 
Se fer ha-Kabbala. 

Remarquons d'abord qu'ibn Daud entend par Sefarad uniquement 
l'Andalousie propre, c'est-à-dire l'Espagne musulmane '*, puisqu'il 
considère Isaac b. Ruben de Barcelone comme un étranger. Mais 
chose singulière, il ne rattache même pas Dénia à l'Andalousie 
proprement dite 5 , alors que cette ville avait déjà été conquise par 

1. Éd. Neubauer, Med. Jew. Chr., I, 73 : "PÏTI ta j-|E02 Tlttbnn Ï"D ""iTm... 

iN3 D^aiDi Dnb 2*np lUJ^œn d^tiso d--3ib prix* 1 nbo nvaiai ûm2-i 'n ûuj 

2. Telle est la leçon de l'éd. princeps ("^300) *, l'éd. Neubauer porte "HOO et indique 
comme variante "H 20. Des deux chroniqueurs dont il va être question, ibn Danàn et 
Sambari, le premier donne "HDO, tandis que le second omet tout surnom. Cf. Stein- 
schoeider, ./. Q. R., XI, 320 (il ne tient pas compte d'ibn Danân). 

3. V. Revue, LVM, 297. 

4. Il n'en est pas ainsi des autres auteurs, qui paraissent entendre par Sefarad 
toute l'Espagne ; v. la réunion des textes de Harkavy, TUSH btflfaTD 'H mibinb 
(dans E10N73H, éd. L. Rabinowitsch, Saint-Pétersbourg, 1902), p. 38. 

5. C'est le seul sens que peuvent avoir dans le contexte les mots Dnb 2*np "^tf^biDm. 



LES CINQ ISAAC 313 

Tarik en 713, qu'elle formait précisément au temps d'ibn Daud un 
État particulier sous la domination de Famiride Ali Ikbâl al-Daula 
(régna de 1044 à 1073) et qu'elle ne fut enlevée aux Musulmans qu'en 
1244 *. C'est d'autant plus étrange qu'Isaac b. Ruben est dit avoir 
passé en Sefarad du fait qu'il s'est établi à Dénia. 

Ces inexactitudes se trouvent déjà dans l'édition princeps 
(Mantoue, 1513) ainsi que dans les manuscrits, dont huit ont été 
utilisés par Neubauer. Et non seulement celui-ci n'a pas corrigé les 
fautes de la première édition, mais encore il ne les a pas toujours 
signalées et il a par de nouvelles fautes ajouté au désordre du texte. 
Ainsi, tout au début de notre passage, l'édition princeps porte : 
an .nfcpa p ïtt\^ Sa pnaF am npna na prur* an 2 pi iba û-nnson traiû 
ttaïamp bnptt mbawbN pa 3 npna Sa apjn 'na pnat^ Si npna Sa prer* 
'■Di. Il est clair que les mots prur Sn dans la deuxième phrase sont 
superflus et la leçon exacte, déjà signalée par Steinschneider 4 , se 
trouve chez ibn Danân : las npna na ap:n na nnna na pnir 1 S 
rmamp bnptt îrbNaba, soit : Isaac b. Barouchb. Jacob b. Barouch ibn 
Albaliade Gordoue. Ensuite il est question tout au long de ce rabbin, 
dont Abraham ibn Daud était le petit-fils, puis d'Isaac ibn Gayyath 
et de son disciple Joseph ibn Sahl, mort en Nissan 1123 ou 1124* : 
Sa "pin cpT '"i rr<n (naoa p mv ana prur» an b© b"n) "PTttbn ^bvtttti 
mitî p-^a nasai a'^nni rûu) aaïaa naanp m^na ^«03 . . .brio p apjn 
tm »""> banni"» na UDU31 Y'Dnm. Ensuite l'édition princeps a : 
^?3D3T . . .p^it p p-»ni£ 'na ->st Si n^a^u; "na ^na Sa pnsp S ">Tttbn£n 
k"i b&niz^ na usnai a"pnrn n:nja nasal n"snm naio ivoa nasnp mma 
ïmm Sa pra:-» Si npna Sa pra^ Sb nan &np:j &om rwto, tandis que 
l'édition Neubauer porte : npna Si npna an na pnafci S mn "PTttbntn 
'nai pmt p p^s ^ana spr Si n-owra "ûa. Or, la première phrase ne 
donne de sens clair sous aucune de ces deux formes. L'édition 
princeps n'est pas assez exacte et il semble qu'il manque quelque 

1. V. Enzyklopàdie des Islam, s. v. Dénia (1, 978). 

2. Éd. Neubauer: Dm 73 TB "JH lb» DiTlBOÏT 

3. Dans l'éd. Neubauer la leçon divergente de l'éd. pr. n'est pas indiquée exactement. 

4. Bibliotheca Mat hématie a, 1895, p. 98. Ibn Danàn a aussi, sur le lieu de sépul- 
ture d'Isaac b. Baroucb, une indication qui diffère de celle d'Abr. ibn Daud. Stein- 
schneider est porté à ne pas ajouter foi à une tradition de quatre cents ans plus jeune ; 
mais ibn Danân avait d'excellentes sources. C'est ainsi qu'un poème, naguère inconnu, 
de Salomon b. Gabirol a récemment confirmé l'indication qu'il est seul à donner sur 
le séjour de Nissim b. Jacob à Grenade, où le poète fut son élève, v. mon ^C3N 
•jNWp, p. 43. 

5. La date de 1124 est donnée, on le voit, par ibn Daud; celle de 1123 l'est par Moïse 
ibn Ezra dans sa Poétique (cité par Steinschneider, Die hebr. Uebersetz., p. 1024). 
Mais peut-être ibn Daud aura-t-il avancé la date d'un an pour pouvoir dire d'ibn 
Sahl aussi bien que d'ibn Çaddik : ï-ftta N"" 1 b^niD"* fltf Ù2DT22 Nim. 



314 REVUE DES ETUDES JUIVES 

chose. Dans l'édition de Neubauer on ne voit pas à qui se rap- 
porte le mot T»Tttbrffin, si c'est à ibn Gayyâth ou à Joseph ibn 
Sabl, nommé immédiatement avant; mais ni l'un ni l'autre ne peut 
avoir été à la fois et en même temps le maître d'Isaac b. Barouch et 
celui de son fils Barouch. 

La bonne leçon se trouve ici encore chez ibn Danàn, qui dit en 
parlant d'Isaac b. Barouch: 'ti TOïatD 133 -pna 'n ■m T^Tttbn ^bYWtti 
'iai pT» las p-nss na * pan tpv. Il faut donc lire aussi chez Abraham 
ibn Daud : p"Hï '-p ""ot 1 'm TDTSib lia ^na 'n ^-na *->a prop'n -"TttbnEn 
'nai p*ro p, c'est-à-dire : parmi les disciples d'Isaac b. Baruch se 
trouvait son fils Baruch, qui va être mentionné ensuite, et Joseph ibn 
Çaddik 2 . En effet, Moïse ibn Ezra, dans sa Poétique, ne compte que 
Joseph ibn Sahl parmi les disciples d'ibn Gayyath, et non pas 
Joseph ibn Çaddik. 

Beste encore une phrase incompréhensible : pn^"> r ih ian nnpi aim 
rmïT 'na pmr» '-n ^p-ia 'na, mots qui se rapportent nécessairement 
à Joseph ibn Çaddik. Comment celui-ci, qui était un élève d'Isaac 
b. Barouch, pouvait-il être considéré en même temps comme son 
collègue 3 ? De plus, ibn Çaddik est mort en 1149, soit cinquante-cinq 
ans après son maître; il doit donc, lorsqu'il fut son élève, avoir été 
fort jeune ; partant il ne pouvait pas être son collègue. Il pouvait 
encore moins être celui d'ibn Gayyath, qui est mort en 1189, soit 
encore cinq ans plus tôt''. D'ailleurs, il aurait fallu dire, dans ce 
cas : 'iai pmr> '-jb nan rrm. Je corrige donc en "YJ "ian snps sim 
'nai pnr\ c'est-à-dire qu'ibn Çaddik reçut d'Isaac b. Barouch et 
d'Isaac ibn Gayyath la dignité de haber, justement parce qu'il était 
trop jeune pour recevoir d'eux l'autorisation rabbinique. L'existence 
de ce titre en Andalousie à cette époque résulte de ce qu'ibn Daud 
rapporte aussitôt après d'Isaac b. Moïse : ^anbs nnatt rm pn 

1. Les autres sources ignorent la qualité d'Aaronide d'ibn Çaddik. 

2. Ce qu'on ne s'explique pas, c'est pourquoi ibn Daud parle d'abord d'Isaac b. 
Baroucb, puis d'ibn Gayyatb, puis des disciples de ce dernier et ensuite seulement de 
ceux d'Isaac b. Baroucb, et pourquoi il n'a pas fait suivre sa notice sur celui-ci de celle 
sur ses disciples. 

3. En aucun cas, *ian ne peut signifier disciple, comme le prétend Brody (Drei 
unbekannte Feudschaftsgedichte de Josef ibn Zaddik, Prague, 1910, p. 4), qui 
pour cette raison fait d'ibn Çaddik aussi un élève d'ibn Gayyat. 

4. De ce que Josepb ibn Çaddik a été l'élève d'Isaac b. Barouch, mort en 1094, 
Jellinek [Mikrokosmos, p. vi, n. 3, où la date de 1098 est erronée) conclut avec raison 
qu'il était né dans les année 60 a 70 du xi e siècle. Steinschneider [Die liebr. Uebersetz., 
p. i08, n. 276; cf. Horovitz, Mikrokosmos, p, n, n. 1 et Brody, l. c.) objecte qu'ibn 
Daud l'appelle collègue d'Isaac. Mais, sans compter qu'il le désigne également comme 
un élève d'Isaac, ibn Çaddik serait né encore plus tôt etaurait atteint l'âge de cent ans 
environ. 



CONTRAT D'ENGAGEMENT DU RABBIN D'AVIGNON 315 

ibfcô -nn !-pn abi ai &np3 d'WD'i nan «np3 û*wd ^ . . .t-rcîtt 'ia pnif 'n 
'"Di*. Ce n'est peut-être pas un hasard qui a fait que, tandis que 
pour Isaac b. Barouch et Isaac ibn Gay yath l'historien dit rusa-ia-fEDS-i, 
il dit de leurs disciples, Joseph ibn Sahl et Joseph ibn Çaddik, 

Samuel Poznanski. 



CONTRAT D'ENGAGEMENT DU RABBIN D'AVIGNON 

EN 1661 



Notre distingué prédécesseur, M. J. Bauer, aujourd'hui rabbin 
de Nice, a fait connaître l'année dernière un contrat intervenu en 
1785 entre la communauté de Nice et son rabbin et qui nous 
renseigne sur les fonctions de ce dernier 2 . 

Nous avons eu la bonne fortune de trouver un document 
du même genre, plus intéressant encore parce que plus ancien : 
le contrat d'engagement d'un rabbin à Avignon au milieu du 
xvii e siècle, exactement le 24 novembre 1661. 

C'est un acte notarié. Les Juifs comtadins, traités comme des 
citoyens (cives) pour les affaires de la vie civile, contractaient, même 
dans un cas de cette espèce, par devant notaire. Les parties sont, 
d'une part, les bailons et députés de la carrière d'Avignon 3 , d'autre 
part Elie Crémieu, de Carpentras. Celui-ci exerçait déjà depuis plus 
d'un mois — peut-être à l'essai — les fonctions spécifiées au contrat. 

1. Il y a ici un jeu de mots : ibftô nan !"Ptt &ÔT ..."13n N1p3 tT733>D "O, 
mais il n'en faut pas moins remarquer la différence entre fcOpD et TV^7t> 

2. Bévue des Études juives, LXIII, 269-270. 

3. L'organisation de la carrière d'Avignon au milieu du xvi e siècle a été décrite par 
L. BanJinet, Revue des Éludes juives, I, 274 et s., d'après les statuts de 1558 (les- 
quels ont été publiés ensuite par R. de Maulde, Revue, VII, 237 et s. ; VIII, 96 et s. ; 
IX, 92 et s. ; X, 145 et s. = Les Juifs dans les États français du Saint-Siège au 
moyen âge, Paris, 1886) ; celle de la fin du xvin* siècle, par Is. Loeb, Annuaire de 
la Société des Etudes juives, I, 165 et s., d'après les statuts de 1779. Nous avons 
trouvé les statuts de 1702, qui forment probablement l'intermédiaire. — Quelques-uns 
des notables qui figurent dans notre acte doivent se retrouver parmi les protesta- 
taires de 1643 {Revue, XXXVIII, 128-129). 



316 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

11 doit d'abord instruire les enfants dans « la loi mosaïque» (c'est- 
à-dire leur expliquer le Pentateuque) et leur apprendre à lire et à 
écrire. Ce rabbin n'est pas un professeur de Talmud, mais plutôt un 
instituteur primaire, ce qui indique que la communauté d'Avignon 
n'était point considérable à cette époque et que le niveau religieux 
et intellectuel n'y était pas très élevé l .ll doit aussi prêcher chaque 
fois que les administrateurs le lui demanderont et généralement 
remplir toutes fonctions rabbiniques. Son traitement annuel, dont 
le montant était obtenu par une contribution ad hoc, est fixé à 
80 écus de 3 livres tournois, payables par tiers et d'avance; il sera 
en outre exonéré de tout impôt (comme doit l'être le rabbin d'après 
le droit talmudique). L'engagement est valable pour deux ans et 
les parties jurent d'en observer les stipulations « à la manière des 
hébreux » [more judaico). 

Le rabbin qui figure ici n'est pas un inconnu. Il est l'auteur 
d'élégies et de prières d'actions de grâces d'après Zunz, qui le fait 
fleurir à Carpentras en 1682 2 . Il ne faut pas le confondre avec son 
homonyme de Carpentras au xvnr 3 siècle, connu par l'édition du 
Séder ha-Tamid et par le rapt de son fils. 

Cet acte, que nous reproduisons ci-après, est tiré d'archives 
notariales, et se trouve aux Archives du Vaucluse. Il nous a été 
signalé par M. Duhamel, et mis obligeamment à notre disposition 
par l'aimable et érudit archiviste départemental, auquel nous som- 
mes heureux d'adresser ici l'expression de notre profonde et res- 
pectueuse reconnaissance. 

J. Prener. 



Obligation réciproque entre la carrière des Juifs d'Avignon 
et elie crémieu leur rabin. 



Scaichent tous que l'an mil six cents soixante ung et le vingt quatrièsme 
jour du mois novembre, par devant moy notaire et tesmoings, person- 
nellement estably, Elie Grémieu juif de la carrière de Carpentras, lequel 

1. Is. Loeb distingue cependant du rabbin de la communauté le rabbin de l'école 
[Le, p. 173). Notre personnage aurait cumulé les deux charges. 
4. Zur Gesc/iichle, 465. Je ne le retrouve pas dans la Literaturgeschichte. 



CONTRÂT D'ENGAGEMENT DU RABBIN D'AVIGNON 317 

de son gré pour luy et les siens a promis et promet, aux beillons et 
carrière des juifs de cette ville d'Avignon, Illec Jassé, Petit, Mossé, del 
P uge t. et David Rogier députés respectivement de la dicte carrière, présents 
et pour eulx et autres particuliers juifs et juifves de la dicte carrière, 
absents avec moy dict notaire, stipulants d'enseigner les enfants juifs 
d'icelle carrière suivant la quantité descripte au roole, ja remis au dict 
Crémieu comme il a dict à lire et escrire et iceulx respectivement 
instruire de la loy mozaïque, pendant le terme de deux années ja com- 
mencées puis le vingtièsme octobre dernier passé, et ainsin continuant 
jusques à la fin des dictes deux années, comme aussi durand le dict temps 
prescher en la dicte carrière, toutes les fois que les dicts beillons qui sont 
de présent et autres que seront durant les dictes deux années, vouldront 
et bon leur semblera et autrement faire toutes les fonctions que touche 
et convient faire à ung rabin, suivant la couthume parmy les dicts juifs, 
et à toutes les réquisitions des dicts beillons. Pour raison de quoy les 
susnommés et députés aux susdicts noms, ont promis et promettent pour 
eulx et les leurs susdicts, tenir en la dicte carrière, le dict Elie Crémieu 
pour leur rabin pendant les dictes deux années, luy establissant pour 
salaire la somme de huictante escus pour chascune des dictes deux années, 
payables en trois payes esgalles de huictante livres chascune, par avance, 
dont pour la première paie commencée au vingt octobre dernier passé 
par advance, le dict Elie Crémieu a confessé et confesse avoir heu et receu 
des dicts bayions particuliers et carrière des juifs du dict Avignon, et par 
les mains des dicts David Rogier, Jassé, Petit et Mossé Del Puget fils à 
Jacob, depputés à la dicte carrière, et des deniers par eulx comme ont dict 
exigés des autres particuliers d'icelle carrière, pour la taille sur ce impo- 
sée sçavoir est, la somme de huictante livres tournoises et patas illec 
reallement comptés et nombres et par le dict Elie Crémieu juif retirées et 
emboursées au yeu et présence des susdicts notaires et tesmoings, dont 
contens et aquictesavec pache etrenonccant à l'exception etc et les autres 
deux paies de huictante livres, l'une se pairont aux vingtième fébrier et 
vingtième juin et ainsin continuant pendant les dictes deux années 
comme les dicts députés l'ont promis et promettent, au nom d'icelle 
carrière à peine de tous dépens dommages et intérests, à faute de ce, et 
soubs les obligations apprès descriptes à condition toutes fois que les dicts 
bailons et carrière des dicts juifs seront teneus affranchir et deschargerle 
dict rabin, de toutes tailles capages et autres charges généralles et parti- 
cullières imposées et à imposer, à la dicte carrière, pendant les dictes 
deux années, par qui et pour quelconque cause que ce soit sans que le 
dict rabin soit tenu au paiement d'aulcune d'icelles durant le dict temps. 
Et ces présentes et tout leur contenu les dictes parties, contraentes 
comme chascune d'elles respectivement touche et concerne, ont promis 
et promettent l'une envers l'autre, et au contraire mutuelles et réci- 
proques stipullations intervenantes, avoir à gré et ni contrevenir, et pour 
ce faire, ont soubsmis et obligé sçavoir les dicts Jassé, Petit, David, Rogier 
et Mossé, Delpuget, tous et chascuns les biens rentes et revenus de la 



318 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dicte carrière, et particulier d'icelle et autres les dicts personnes des 
dicts particuliers et les leurs propres et le dict Elie Grémieu aussi sa 
personne et biens présents et advenir à toutes cours requises en la meilleure 
forme de la chambre apostolique. Etainsin l'ont promis et juré sur le bras 
de moy dict notaire, à la manière des Hébreux. Renoncé etc.Dequoy etc. 
Fait et recité au dict Avignon, dans la boutique du greffe de moy dict 
notaire, ez présence de Monsieur André Court du lieu du Thor, et de 
Pierre Dumas clerc habitant du dict Avignon, temoings requis soubsignés 
avec le dict Elie Grémieu, Jossé, Petit, David, Hogier, et Mossé Delpuget 
juifs. 

(Origin. Minutes de l'étude Charasse, n° 455, fol. 388, v*. 
Notaire Pezenas, 1657-1662.) 



TABLE DES MATIÈRES 



REVUE 

ARTICLES DE FOND. 

Aptowitzer (V.). Noms de Dieu et des anges dans la Mezouza 54 

Bâcher ( W.). Rabbanan et Rabbanin 32 

Bernheimer (Carlo). I. Document relatif aux Juifs de Négrepont 224 

II. La Bibliothèque du Talmud ïora de Livourne 301 

Epstein (I. N.). Les « Tossafot » de R. Ascher sur « Berachot » 47 

Ginsburger (M.) Samuel Lévy, rabbin et financier 274 

Kahn (Salomon). Les Juifs de la Sénéchaussée de Beaucaire 181 

Lévi (Israël) . Document relatif à la « Communauté des fils de Sadoc » 24 

Liber (M.). I. Les Juifs et la convocation des États Généraux (suite). 89 

IL Le séjour d'Azoulaï à Paris 243 

Marx (A.). Le séjour d'Azoulaï à Paris 243 

Poznanski (Samuel). Sur quelques noms propres dans des documents 

de la Gueniza récemment publiés 40 

Régné" (Jean). Catalogue des actes de Jaime I or , Pedro III et Alfonso III, 

rois d'Aragon, concernant les Juifs (suite) 61 et 196 

Reinach (Adolphe). Noé Sangariou. Etude sur le déluge phrygien et 

le syncrétisme judéo-phrygien 161 

Vexler (M). De Y Apologie de Spinoza 231 

Weill (Julien). L'essence du pharisaïsme 1 

Weill (Raymond). Un document araméen de la Moyenne-Egypte... 16 

NOTES ET MÉLANGES. 

Galante (Abraham). Deux nouveaux documents sur Dona Gracia 

Nassy 151 

Lévi (Israël). I. Note sur Psaume xvn, 14 et 11 134 

II. Encore quelques mots sur le sacrifice d'Isaac 138 

Marmorstein (A . ). Deux observations 310 



320 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Poznanski (S.)- Les cinq Isaac 312 

Prenner (J.). Contrat d'engagement dn rabbin d'Avignon en 1664... 315 

Reinach (Théodore). Les Juifs de Xénéphyris .135 

Schwab (Moïse). I. L'image f^ poj 143 

II. Unix, inscriptions hébraïques 147 



BIBLIOGRAPHIE. 

Poznanski (Samuel). Catalogue ofthe Hebrew and Samaritan Manu- 
scripts in the British Muséum, by G. Margoliouth. Part III, 
Sections ii-vu : Ethics, Philosophy, Poetry, Philology, 
Mathematics and Astronomy, Medicine 155 

Additions et rectifications 1 60 

Table des matières 319 



VERSAILLES. — IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS 



\ 



DS Revue des études juives; 
101 historia judaica 

t. 65 



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